Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Dans une communauté fermée il y en a toujours un par génération qui fait chier. Le genre d'engeance toujours impliquée dans la grosse affaire du moment. Quand une résidence secondaire est visitée ou qu'une bagnole brûle. Lorsque les langoustes disparaissent des viviers...Bref, dans la génération de ceux nés dans les années 80, la chieuse historique c'est moi : Blanche de Rigny.
Blanche de Rigny a un sacré caractère, et comme on dit, elle ne mâche pas ses mots. Il faut dire qu'elle galère dans sa vie depuis qu'elle est handicapée, suite à un accident de jeunesse qu'elle nous expliquera au fil des pages. Elle a en particulier du mal à élever seule sa fille, Juliette. Si elle n'avait pas pour amie Hildegarde qui l'aide à trouver un job à la reprographie du Palais de Justice, et si elle n'avait pas l'idée d'utiliser (illégalement) les informations qui lui passent entre les mains, elle ne s'en sortirait pas financièrement. En effet, elle se "permet" d'organiser un petit trafic pas très honnête. Elle revend des listes de consommateurs de drogues, connus parce qu'ils ont témoignés lors des procès perpétrés contre des dealers, à ceux qui veulent continuer discrètement le business.
Après l'enterrement de son père sur son île bretonne natale, Blanche décide d'éclaircir les mystères et les non-dits qui entourent la vie de certains membres de sa famille et de reconstituer la généalogie familiale. Elle découvre qu'elle porte le même nom que des personnes célèbres et riches, impliqués récemment dans un scandale écologique et financier. L'enquête qu'elle va mener sur ses ancêtres dont un certain Auguste, son arrière-grand-père, l'emmènera au coeur du XIXe siècle, au moment de la guerre de 1870.
En 1870, Auguste est le plus jeune fils d'une riche famille d'industriels qui ont su profiter du développement récent de leurs entreprises. Mais lui ne s'intéresse ni à la finance, ni à l'industrie. Ce qu'il veut, c'est poursuivre ses études à la Sorbonne, cat il aime avant tout passer du temps dans les cafés parisiens pour refaire le monde avec ses amis communards. Mais la guerre éclate et son avenir est désormais lié à un tirage au sort. Malheureusement, il tire un mauvais numéro et devra faire son service durant de longues années, et partir ensuite à la guerre sauf...si son riche père trouve quelqu'un pour le remplacer, ce que toutes les familles aisées faisaient en ce temps-là, afin d'éviter que leur progéniture ne se fasse tuer injustement...
Pour des raisons que je ne vous dévoilerai pas, car elles sont le sel même de l'histoire, Auguste reconnaitra plus tard, par conviction personnelle, un enfant qui n'est pas de lui. Cela aura des conséquences inattendues sur sa descendance...
Le roman alterne donc les deux périodes et inévitablement la jeune Blanche, au fil de ses investigations, va découvrir des secrets bien cachés et avec son regard acéré, beaucoup de similitudes entre le passé et le présent.
Être sensible à la détresse de celui qui est pauvre alors qu'on est fortuné représentait une démarche pleine de contorsions que sa famille évidemment ne comprenait pas, mais qui séduisait Auguste. Il ne niait pas sa position sociale et le fossé qui pouvait exister entre lui et les prolétaires dont il épousait la cause, mais il voulait trouver un moyen sinon de le combler, du moins de le dépasser...
Mais enfin, Auguste, la véritable grandeur du peuple est dans sa foi en Dieu et dans son ignorance. Dans le sacrifice spontané de son existence à notre bien-vivre. Vouloir y mettre fin, lui apprendre à lire et à raisonner, reviendrait à scier la branche sur laquelle tu es assis. Mais pourquoi veux-tu consacrer ta vie à une chose pareille.
Depuis la lecture de "la Daronne" que j'avais aimé, je voulais poursuivre la découverte des romans noirs d'Hannelore Cayre mais ils ne sont jamais disponibles dans mes médiathèques, tellement ils ont du succès. C'est donc avec plaisir que j'ai emprunté, quand je l'ai trouvé, ce roman dont je ne me souvenais pas avoir vu passer de chroniques sur le net.
Le sujet principal de ce roman noir qui est aussi un roman social, est celui de la différence de classes sociales, un sujet toujours d'actualité. Mais l'autrice aborde d'autres sujets (un peu trop je trouve), comme le handicap, l'écologie, l'art, le colonialisme, le trafic d'hommes, le pouvoir donné par l'argent, le capitalisme...
J'ai bien aimé le caractère de Blanche de Rigny, la jeune narratrice, et la vie plutôt déjantée qu'elle mène avec son amie Hildegarde et sa fille Juliette. Elle nous décrit le milieu dans lequel elle vit avec beaucoup d'humour et j'ai aimé sa manière de s'opposer sans cesse à ce qui est politiquement correct. Malgré tout, je ne me suis pas du tout attachée à elle, ni à son amie Hildegarde qui est pourtant une écologiste sincère dans l'âme qui se bat pour la cause animale.
Les recherches généalogiques, les passages dans lesquels Blanche nous parle de sa famille m'ont un peu perdue malgré l'arbre généalogique que l'on retrouve à la page 73.
L'autrice nous offre pourtant toute une galerie colorée de personnages intéressants même s'ils sont souvent un peu caricaturaux. Les riches sont de vrais riches tels qu'on les imagine, totalement inconscients de leurs privilèges et des difficultés encourues par ceux qui ont moins de chance qu'eux. Les femmes sont admirables quelle que soit l'époque où elles vivent, ou l'endroit où elles habitent (en ville ou sur leur île bretonne).
Les parties du roman racontant la vie d'Auguste et de sa famille ne manquent pas d'intérêt qu'il s'agisse des recherches incessantes du père qui décide de payer une personne du peuple afin de remplacer Auguste à la guerre, ou des opinions du jeune homme qui s'inscrivent à gauche (donc opposées en tout à sa famille), et qui auront des conséquences sur sa vie et celle de ses descendants.
La ville de Paris assiégée par les Prussiens est aussi une belle page d'histoire tout comme le déménagement du Palais de Justice vers les Batignolles. L'autrice s'est documentée sérieusement pour nous décrire le contexte social et historique de l'époque.
Ce qui est intéressant c'est qu'elle dénonce donc dans ce roman, avec sa manière bien à elle de provoquer, la vie et les travers des trop riches ainsi que leur mépris des plus pauvres, ou de ceux qui sont différents, ce que Blanche vit tous les jours à Paris, avec son handicap. Elle dénonce aussi le fonctionnement de nos sociétés modernes où l'argent est roi et régit toutes les décisions importantes pour notre avenir et nous invite à réagir face aux problèmes sociaux et environnementaux actuels.
Le roman est court mais je le reconnais, je n'ai pas retrouvé le plaisir de lecture que j'avais eu avec "la Daronne". J'ai eu l'impression de ne faire que survoler les événements sans vraiment m'y intéresser, et je ne me suis attachée à aucun des personnages. J'ai eu aussi par moment l'impression de me disperser, de passer d'un sujet à un autre sans en comprendre le lien et ce qui est rarissime chez moi, j'ai commencé un autre roman en parallèle, alors que je n'avais pas fini celui-là...mais bon j'ai tout de même réussie à atteindre la dernière page car je voulais savoir si Blanche arriverait à ses fins.
C'est un roman noir qui me permet de participer au challenge d'Alexandra, (je lis, je blogue), "Un hiver polar".
Vous pouvez aller lire les avis d'Aifelle ICI (sur son ancien blog), de Dasola ICI, de La petite liste ICI et de Violette ICI.
Ce qui me révoltait le plus, c'était ma frustration, mon impuissance à comprendre les motivations qui poussaient ces affairistes à détruire l'avenir de nos enfants pour gagner encore plus d'argent, alors qu'ils en avaient accaparé assez pour vivre quatre cents générations. Quel but poursuivaient-ils en pourrissant la vie de ceux qui n'avaient presque rien, pour leur prendre le peu qui leur restait ?