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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Ni poète ni animal / Irina Teodorescu

Quand j'étais enfant, il y a eu, dans mon autre pays, une révolution. Un moment de grâce, j'ai cru que le temps des dictateurs était terminé et que commençait le règne des poètes.
Plus tard_ mais quand ?_ je me suis rendu compte que je m'étais trompée. C'est cela la définition d'un éblouissement : l'altération du jugement par un éclat, une luminosité insupportable.

Flammarion, 2019

Flammarion, 2019

C'est par hasard que j'ai emprunté ce roman à la médiathèque de mon village avant le confinement, car je n'en avais pas encore entendu parler. J'ai réalisé en rentrant à la maison que j'avais déjà lu et présenté sur le blog, le premier roman de cet auteur d'expression française d'origine roumaine. Il s'agit de "La malédiction du bandit moustachu", un roman qui avait obtenu plusieurs prix. 

Les images vraies, et non pas télévisées, que je garde de la révolution sont très peu nombreuses : seulement deux.
La première est celle de mon père qui agite au milieu du salon un petit drapeau_format A4_ aux couleurs roumaines, rouge, jaune, bleu en papier, avec un trou au milieu du jaune, un trou parfaitement rond...
La deuxième image est celle du ciel que je voyais depuis la chambre de mes parents (...) j'observai pendant plusieurs heures, car c'était beau, la pluie d'étoiles filantes_ les balles traçantes rouges et bleues qui dessinaient des arcs lumineux sur toute la largeur de la fenêtre.

Carmen, la narratrice, devenue avocate en France, apprend par le journal la mort du Grand Poète, qu'elle connaissait personnellement et qui était originaire de la Roumanie, son pays d'origine à elle-aussi. Elle est d'autant plus affectée par sa disparition que personne bien entendu, ne l'a prévenue alors qu'elle se considérait comme une amie et qu'il était son mentor...le lecteur en apprendra davantage au fil du récit. 

 

Elle est en train de traverser un rond-point mais est stoppée non seulement par cette nouvelle, mais aussi parce qu'elle se retrouve au milieu d'une manifestation, dans une France déchirée, celle des gilets jaunes. Elle a soudain un "éblouissement" car cet instant lui rappelle l'année 1989, alors qu'elle n'avait que dix ans et que son pays vivait lui-aussi une révolution, conduite justement par ce poète dissident, longtemps assigné à résidence par le Parti. 

 

Carmen nous raconte sa petite enfance  quand sa mère au lieu de l'appeler Carmen, la surnommait "petite xénope" ce qui signifie "petite grenouille"...

 

A cette époque, la petite fille écrit des poèmes à l'éloge de sa maîtresse ou du Parti. Ses poèmes sont appris par la classe entière et Carmen en retire une très grande fierté. Les parents ne peuvent rien dire car ils savent bien que toute parole entraînerait des conséquences immédiates et irréversibles pour leur petite fille, cadette de la fratrie, si poète et rêveuse. Ils veulent la protéger le plus possible.

Mais Carmen sait profiter de ces instants de gloire car la maîtresse ne l'aime pas ! Les parents de Carmen ne lui ont jamais offert de cadeaux, comme ils se devaient de le faire, si on voulait que les enfants aient de bonnes notes. 

 

Carmen est surtout heureuse avec ses grands-parents paternels qui l'emmènent pour le week-end ou les vacances, hors de la ville au milieu des animaux. Là elle s'attache particulièrement à un petit cochon... 

Par contre, Carmen a très peur de Dani, sa grand-mère maternelle qui a été internée plusieurs fois, a fait des tentatives de suicides et qui est à vrai dire un peu folle. A sa sortie de l'hôpital psychiatrique, elle a vécu pourtant plusieurs années chez elle, à son domicile, simplement surveillée par une jeune étudiante. 

 

Ema, la mère passe son temps à enregistrer des K7 audio qu'elle envoie de temps en temps à Marga, sa meilleure amie passée à l'Ouest (en Amérique). La plupart du temps elle ne peut pas les envoyer car elle sait qu'elles ne passeront pas la censure.  Elle y raconte sa vie quotidienne mais aussi le harcèlement dont les femmes sont victimes dans le cadre de leur travail. 

Le père travaille dans une usine de savons et, de temps en temps, il en échange quelques-uns pour avoir des petits pains...car la nourriture est rationnée. 

 

Quand on est enfant, nous dit-elle, on voit les événements de la vie d'une autre façon. On a une distance naturelle par rapport aux choses graves. Mais à dix ans, on est ni enfant, ni adulte et on comprend beaucoup de choses sans pouvoir y mettre des mots. 

Ainsi en est-il des événements qui frappent le pays, du rationnement qui affame la population, les gens attendant pendant des heures l'arrivée d'un camion quand "ils introduisent des tomates, ou de la viande".

Le regard sur la folie de la grand-mère nous interroge. Dani est en effet surveillée depuis toujours par les autorités pour une raison qui nous restera inconnue. Les interrogatoires des médecins qui la suivent sont totalement effrayants. 

 

La petite fille n'a pas peur non plus des ours des Carpathes qui sortent de leur tanière pour parcourir les forêts parce qu'affamés, ils ne peuvent rester longtemps en hibernation. Sa vie d'enfant est traversée par toutes sortes d'animaux, du cochon dont je vous ai déjà parlé, au hérisson qui parle, aux cigognes qui meurent de froid durant ce rude hiver, animaux qui donneront envie à Carmen, devenu adulte  et avocate de se battre pour leurs droits. 

 

Ainsi à travers le regard teinté de naïveté et de légèreté de la narratrice, Irina Teodorescu dresse le portrait de trois femmes, bousculées par l'histoire, du mois de mars à décembre 1989 et au début de l'année 90. 

Le récit s'appuie sur des événements réels qui se sont bien passés à Bucarest. Il alterne entre le récit de la narratrice enfant, "l'écoute" des K7 enregistrées par Ema, les interrogatoires de Dani et, le ressenti de la narratrice aujourd'hui.

 

Le lecteur a parfois un peu de mal à suivre, mais au fond nos souvenirs personnels sont un peu ainsi constitués de bribes, d'extraits que nous avons nous-aussi parfois du mal à remettre dans un ordre chronologique !

 

Avec sa plume particulière, directe mais non dénuée d'humour et de poésie, l'auteur sait nous parler à travers ses mots, des privations de liberté vécues durant son enfance en Roumanie, sous le règne de Ceausescu, et nous fait revivre cet "espoir de liberté" consécutif à la révolution. 

 

Le titre évoque l'entre-deux qui marque la vie de la narratrice mais aussi celle de l'auteur. Il évoque les mots que lui disaient son mentor..."Repoétise-toi" car le poète et sans doute aussi les animaux, c'est ce qu'elle veut nous dire, savent prolonger l'éblouissement de l'enfance et rêver d'un monde meilleur. Comment faire alors quand on est ni poète, ni animal pour garder espoir ?

Ils doivent donc s'unir, nous dit-elle, le "camp des artistes" et le "camp des sauvages" contre le manque d'imagination et réinventer une vie nouvelle !

Chez nous il n'y a pas de mur. C'est un problème majeur. Quand il y a un mur, tu sais exactement comment t'y prendre, si t'as une pioche, un marteau, des clous, une perceuse, si t'as du courage c'est simple : tu casses. Bien sûr, un mur en béton n'est pas un château de confettis, il ne tombe pas si tu souffles dessus, il faut y aller de toute sa force. Mais chez nous, il faudrait casser quoi ?

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M
J'ai beaucoup entendu parler de cette auteure, sans trouver le temps d'essayer un de ses livres. Un livre à retenir. Merci pour ce retour.
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M
Le premier que j'avais lu était plus facile d'accès pour faire sa connaissance, je trouve...tu verras !
T
Un roman qui me tente beaucoup, cette période résonne profondément avec une période de ma vie ! Ton billet est très séduisant !
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M
Contente de te donner envie, en principe c'est l'inverse qui se produit :) Belle semaine
M
Garder en soi sa part d'enfance, les animaux nous transmettent cela aussi, je crois... Impossible de lire, mes yeux me brulent, les pollens sans doute...
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M
Ne les fatigue pas trop alors tes yeux c'est précieux tu sais. D'ailleurs tu devrais faire des exercices de yoga des yeux, cela détend tous les muscles autour des yeux, dénouent le visage, les tensions, permet aussi de mieux dormir...Regarde la vidéo de la canadienne Maryse Lehoux (https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=NJwIQMkAWiA) elle est très drôle en plus mais très sérieuse et ne fait pas n'importe quoi. Tu peux te fier à ses séances et toutes les vidéos qu'elle met en ligne d'ailleurs mais celle-ci en particulier tu peux la faire assise dehors ou sur ton canapé. Bisous et une douce fin de journée
P
Ce livre me plait. J'aime cette phrase : Lorsque l'on a 10 ans, on est ni enfant, ni adulte et on comprend beaucoup de choses sans pouvoir y mettre des mots." ... comme c'est vrai !
C'est la première fois que j'entends parler de cet auteure. Bises
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M
Je continuerai à la lire même c'est certain mais dans des périodes plus faciles côté concentration :) bises
C
Merci pour la présentation de ce roman - elle donne envie de découvrir cet auteur !
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M
Merci c'est gentil c'est donc le second que je lis d'elle et même si ses souvenirs sont parfois un peu confus, il suffit de se laisser porter et elle nous raconte l'histoire de son pays avec son regard d'enfant ce qui est très intéressant...
Z
Tentant
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M
Son écriture est à découvrir !
E
Tu me donnes envie de le lire, je regarde sur ma liseuse ! Bisous
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M
Tu le trouveras je pense...Bisous
C
Un très beau résumé, un livre qui a l'air sympa et un peu dur aussi.
Bonne soirée
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M
Plus dur que ce que je lis habituellement c'est vrai mais de temps en temps j'aime lire un auteur étranger...enfin elle écrit en français comme beaucoup d'auteurs d'origine roumaine. bises
R
SOunds like a complicated story. Friendship
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E
tu en parles tellement bien que cela met l'eau à la bouche!
je note pour connaître davantage la Roumanie, son Histoire et sa culture :-)
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M
De temps en temps j'aime bien lire un auteur étranger qui nous parle de son pays. J'avais aimé aussi lire Lola Lafon en autre... Belle journée
C
Bon désolée Manou mais pour cette fois je passe mon tour.
Merci malgré tout pour ton ressenti sur ce livre.
Bel après-midi, bisous !
Cathy
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M
Je te comprends. Si tu as le temps de lire tu liras autre chose...Je suis très en retard pour présenter mes lectures et celui-ci je l'ai lu au début du confinement heureusement car ces jours-ci j'aurais peut-être eu du mal à me concentrer ! bisous et une douce journée
R
Merci beaucoup pour ta présentation on voit que tu a aimé ce livre c'est très complet. Bisous bisous
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M
J'essaie de trouver du positif à mes lectures...il est toutefois plus complexe parce que les souvenirs arrivent tous emmêlés et donc il faut s'accrocher mais en ce moment j'ai besoin de ça pour me concentrer donc cela ne m'a pas dérangé mais pourra en dissuader d'autres lecteurs. Bisous
C
Un autre bon livre! Merci Manou! Bises et belle journée.
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C
Il a l'air bien ! merci pour la découverte. C'est la première fois que j'entends parler de cette auteure.
Bonne journée, bisous
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M
Comme je le dis je l'ai pris par hasard pour changer un peu ! bisous et une belle journée
D
réinventez une vie nouvelle, nous sommes au seuil de cette démarche, mais saurons nous le franchir ?
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M
Je voudrais y croire mais nous ne tenons pas toutes les ficelles...
M
."Repoétise-toi", c'est une bien jolie expression.
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M
J'ai aimé moi-aussi l'idée de se repoétiser surtout en ce moment, on en a bien besoin !
R
Bonjour Manou,
Oui, c'est catastrophique cette "guerre" !!! je n'aurais jamais pensé à ça !!!! j'ai mon gendre infirmier à l'hôpital militaire de Bejin, ce n'est pas le moment d'entrer dans ces endroits !! les malades entrent et sortent les pieds en premier !! il n'y a pas que des vieux !! 30, 40 , 50 ans aussi, ça touche aussi le foie , le coeur, les reins , pas que les poumons !!! le virus dévastateur !!! le plus nombre de décès ce sont les noirs qui ne réagissent pas aux traitements ! ou autres, je ne sais pas trop !! ce n'est pas mon métier , et heureusement, grrrr
Passe une bonne journée, bises
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M
Comme tous les virus forcément ce sont tous les organes qui sont atteints... je comprends que tu sois en soucis pour ton gendre, les personnels soignants sont aux premières loges en ce moment, en plus ils sont épuisés donc bien plus vulnérables et tant qu'on ne trouvera pas un traitement, ce sera grave pour tout le monde. Je suis très inquiète de ce déconfinement...bises
F
Merci pour ce nouveau partage Manou
Bisous et douce journée
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M
Belle journée à toi aussi. Merci de ton passage
L
Peut-être un peu difficile à lire ? Mais pourtant j'aime beaucoup les livres qui tracent des portraits de femmes. je note toujours !
Bisous et bonne journée
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M
Je te comprends en effet c'est un livre plus difficile que ceux que je présente le plus souvent en ce moment. Bisous et une douce journée
M
Je crois n'avoir jamais lu d'écrivain Roumain, c'est avec plaisir que je note celui-ci pour la fin du confinement, elle a fêté la fin de la révolution c'est avec elle que je fêterai la fin du confinement.
Je n'ai pas lu tout ton ressenti, car tu le sais lorsque je veux lire un livre je ne viens lire ton ressenti qu'après l'avoir lu. (ouf j'ai fait beaucoup de répétition).
Passe une belle journée, aujourd'hui un peu moins chaude mais tout de même avec un beau soleil et comme de toute façon on ne peut pas sortir s'il fait moins chaud dehors ça ne nous dérange pas.
Bisous
Maryse
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M
Si tu en as envie tu peux regarder sur internet "Lola Lafon", "Jean Mattern" et "Racula Antonescu"...ce sont les seuls auteurs que j'ai déjà lu avec Irina Teodorescu. Bisous et une douce journée