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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

La nuit des enfants qui dansent / Franck Pavloff

Albin Michel, 2017

Albin Michel, 2017

Peut-on mourir d'avoir été abandonné ?

 

Zâl a fui la Suisse pour devenir "slacker" (funambule donc). Il a vécu toute son enfance au Manoir, un orphelinat de luxe et n'a qu'un très vague souvenir de sa mère.

Le voilà sur son fil, tendu, au bord du lac de Constance, en train de danser avec ses oiseaux apprivoisés, qui lui obéissent au moindre sifflement, entrent et sortent de leur cage, tandis que lui, évolue sous les étoiles et que les spots éclairent sa silhouette filiforme en contre-jour.

 

En bas, quelques spectateurs applaudissent... Parmi eux la petite Téa qui a fui un beau-père violent et est tombée amoureuse de Zâl, mais lui ne le sait pas encore, et Andras, fils d'un facteur d'orgue, qui porte un lourd passé, car il est hanté par sa Hongrie natale.

 

Qui font-ils là ?

Est-ce seulement le hasard qui a mis Andras, sur la route de Zâl ? 

 

Parfois la scène est plus ancienne, moins précise, un tank à étoile rouge roule sur un pont de fer dans un fracas d'enfer, la tourelle du canon semble suivre le moindre de ses mouvements et il court sur ses jambes d'enfant vers la rive alors que le char s'embrase et bascule dans le fleuve.

Il y a si longtemps, l'été 1989, vingt-cinq ans déjà, le 18 août exactement. Comment oublier cette nuit des barbelés, comme la baptisèrent les journaux de l'Ouest, au coude à coude avec des centaines de Hongrois et d'Allemands, fuyant l'Est par la ville de Sopron sur la frontière austro-hongroise, avec balluchons de misère et carrioles à bras...

 

Quoi qu'il en soit, ils vont se retrouver tous les trois réunis dans le camion aux oiseaux et en route pour Budapest. En chemin, ils feront halte à Salzbourg pour un nouveau spectacle...

Ils ont en commun d'avoir un immense désir d'y voir clair dans leur vie, d'affronter les fantômes du passé et de savoir quel avenir les attend. 

A Budapest, tandis que toute la jeunesse européenne se regroupe pour le Grand Festival d'été sur les îles du Danube, la route de Zâl croise celle des migrants venus jusque-là pour fuir une mort certaine.

Tandis que ces derniers tentent de survivre, tout en échappant aux camps, Andras se souvient des années noires de sa jeunesse dans une Hongrie dévastée par les extrémismes...

 

Dans une maison bleue au toit pentu adossée à une église en béton blanc, deux adultes du siècle dernier et deux enfants dans leur époque respirent le même air étouffant d'un mois d'août autrichien. Ils ajustent leurs histoires par bribes comme on cherche les pièces éparpillées d'un puzzle...aucun ne voudrait rompre l'équilibre en dents de scies qui les rapproche et les lie.

 

 

C'est un roman initiatique très fort comme seul Pavloff peut en écrire. Tout est dans le non-dit...et dans la poésie du texte. 

La confrontation des différents points de vue des deux générations est riche en enseignement. Tous sont en quête de quelque chose qui changerait leur vie.

Les jeunes ne désirent que vivre pleinement et oublier leur passé. Zâl sera rattrapé par le sien et finalement en sortira grandi. 

Andras à l'inverse, plie sous le poids de ses souvenirs qui l'étouffent, l'empêchent d'être heureux et de profiter de l'instant présent. Il perdra un peu plus chaque jour de ses certitudes et sera prêt à s'ouvrir au bonheur à nouveau. 

Quant aux migrants, on le sait déjà, mais Pavloff nous le démontre à sa façon, ils sont prêts à tout pour survivre et atteindre enfin l'eldorado_un pays d'accueil, mais c'est la solitude et la pauvreté extrême qui les attend...

Du grand Pavloff, juste et profond qui doit nous faire réfléchir, comme l'avait fait "Matin brun" lors de sa sortie et en prime avec des personnages attachants et très humains.

Un livre lu grâce à Zazy qui nous l'a présenté sur son blog...et dont je vous invite à lire la chronique ci-dessous.  

 

Non loin du camion où ils reposent, à l'entrée du parking du parc, des hommes et des femmes épuisés, des enfants en sueur, s'accrochent à ce que chaque jour leur octroie de survie. Leur passé est enfoui dans les ruines d'Alep et ils rêvent d'un avenir à Berlin. La peur au ventre avec leurs sacs troués, leurs vêtements d'emprunt, leurs regards de réfugiés, ils piétinent le sol de l'Europe frileuse dont la Hongrie est le symbole. Ils sont le présent douloureux du monde.

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Durgalola 21/11/2017 21:24

je note cet auteur inconnu.
Merci et bonne soirée.

missfujii. 21/11/2017 07:59

Ta chronique magnifique ne peut que me donner envie de lire ce livre

Philippe D 17/11/2017 21:45

Je ne connais l'auteur que de nom, sans plus.
Bon weekend.

CathyRose 17/11/2017 21:28

Rien qu'à te lire on imagine tout à fait la poésie qui doit se dégager de ce livre ! Il traite aussi de sujets très différents d'après ce que je comprends, ce doit être une jolie lecture, mais pas forcément toujours facile ...
Belle soirée, bisous !
Cathy

lemenuisiart 17/11/2017 21:02

Très belle la couverture.

Rose63 17/11/2017 20:41

Demain je vais au salon carnet de voyages , il y a les écrivains qui tracent des lignes au fil de leurs mots et d'autres dont je raffole aussi ce sont ceux qui croquent la vie en dessinant , ce sera sûrement de belles rencontres
Bonne fin de semaine
Bisous

Gomez Victoria - Lynn 17/11/2017 18:17

coucou c'est un grand livre je vois ; bisous

Mimi 17/11/2017 17:00

Quand la réalité se mêle aux mots contés de Frank Pavlof, la lecture prend de l’altitude comme ce funambule des étoiles. Jolie critique. Merci Manou.

Renée 17/11/2017 16:56

Merci de le signaler bisoussss

Nell 17/11/2017 14:14

Je suis certaine que le récit doit en être bouleversant à lire car plusieurs sujets y sont traités et tu nous en parles si bien. Belle et douce journée, Manou, et gros bisous

Maria-Lina 17/11/2017 13:02

Ce livre semble superbe, merci du partage! Bise, bon vendredi tout doux!

Nassy 17/11/2017 12:15

Très intéressant et très bien présenté. Merci Manou pour cette suggestion.

danielle 17/11/2017 11:46

auteur et livre inconnus pour moi; roman fort d'après ce que tu en dis. parution récente?

domi 17/11/2017 11:17

je ne sais pas si je le trouverai en ma villégiature actuelle, mais le lire serait un ... bon réflexe

Maryline 17/11/2017 10:57

Je n'ai pas encore découvert cet auteur, mais je note ce titre qui me tente... Je suis chez ma fille et j'ai fait les bouquinistes, j'ai acheté quelques livres à petits prix, c'est chouette, je vais avoir une réserve de lectures ;-)
Bisous et à bientôt

Thaddée 17/11/2017 10:51

Une belle galerie de portraits, des métiers rares et précieux comme funambule, facteur d'orgue ... On est dans le domaine du conte. Un livre qui fait rêver ... Merci Manou, passe une belle journée !

Fouillet 17/11/2017 10:38

Bonjour
Le blog de marmotte 5 est en deuil,en effet Pierre est DCD dans un accident de voiture,je n'en sais pas plus.
Merci encore pour le partage.Bonne journée,NOEL arrive à grands pas...

Caroline 17/11/2017 10:21

Je n'ai jamais lu Pavloff mais je pense que ça arrivera à un moment ou l'autre dans mes études ;)

chemindetables 17/11/2017 09:53

comme toujours un vrai plaisir de lire ta chronique sur ce livre, je ne connais pas l'auteur merci de la découverte
bisous
patricia

écureuil bleu 17/11/2017 09:36

Bonjour Manou. Je ne connais pas l'auteur et je n'avais pas entendu parler de ce roman. Je le lirai peut-être. Bonne journée et bisous