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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

L'expédition du Kon-Tiki / Thor Heyerdahl

Libretto, 2021

Libretto, 2021

C'est peut-être comme cela que commença ou, si l'on préfère, que s'amorça toute une série d'événements qui finalement devaient nous amener, nous six et un perroquet vert, à bord d'un radeau flottant au large de la côte sud-américaine.

Alors qu'il séjourne en Polynésie française, Thor Heyerdahl découvre certains éléments qui lui font penser que l'archipel a été colonisé il y a des siècles par des navigateurs indiens originaires d'Amérique du Sud. Or cette théorie contredit ce qui à l'époque fait acte : le peuplement polynésien primitif proviendrait d'un peuple issu de l'Asie du Sud-Est. 

L'anthropologue imagine alors un projet fou : démontrer qu'il a raison et parcourir les huit mille kilomètres qui distancent l'Amérique du sud et la Polynésie sur un radeau de balsa, seule construction connue par les indiens d'Amérique du Sud en ce temps là. Autant vous dire que la traversée dans de telles conditions était considérée comme impossible ! 

Il va donc devoir trouver de l'argent et des équipiers, obtenir des soutiens divers. L'expédition sera finalement financée par des sociétés qui vont offrir du matériel, des vivres et faciliter la construction du radeau. 

Il faut tout d'abord trouver la matière première du radeau, le balsa, ce qui ne sera pas une mince affaire car il faudra aller le chercher directement dans la jungle, faire fabriquer le radeau dans un lieu sûr près du port de Callao, par ceux qui savent encore le faire, en ajustant les rondins de balsa encore verts avec des cordages, sans aucun clous ou rivets et se mettre en route après avoir préparé, nourriture, conserves et autres nécessités comme du matériel de pêche par exemple.

Le radeau est surnommé le Kon-Tiki en référence aux divinités Incas, Kon étant le dieu de la pluie et du vent, et Kon-Tiki ou roi-soleil pour les Incas du Pérou, le chef divin d'un des peuples du lac Titicaca. 

Tiki est également la représentation divine des ancêtres polynésiens. Tiki, chef du soleil, comme le dit la légende, serait venu d'un grand pays lointain au delà des mers, pour peupler avec sa tribu les îles encore désertes. 

Ils seront six sur le radeau, cinq norvégiens et un suédois : Herman Watzinger qui sera le premier à accepter l'aventure, il recueille de nombreuses données tout au long du voyage en particulier concernant la météo et les courants marins ; Erik Hesselberg qui sera le navigateur ; Knut Haugland et Torstein Raaby qui s'occuperont de la radio, un savoir acquis durant la seconde guerre mondiale ; Bengt Danielsson le seul suédois du groupe chargé des vivres et des rations journalières qui s'avère aussi être un grand lecteur, même à bord et enfin, Thor Heyerdahl, l'initiateur et responsable de l'expédition. 

Aux hommes s'ajoutent Lorita, un perroquet devenu célèbre, des livres et une guitare. 

Les voilà près à partir de Callao au Pérou en avril 1947.  Ils seront d'abord remorqués pendant une nuit et une journée...L'aventure peut alors commencer ! 

Ils navigueront au gré des vents et des courants avec une voile rudimentaire et une godille pour diriger le radeau. Ils apprennent à récupérer l'eau de pluie, à pêcher, à se défendre contre les requins qui sans être agressifs représentent une menace pour le radeau, vue leur taille. 

Lorsqu'ils arriveront dans les îles polynésiennes du Tuamoto, en août 1947, ils seront accueillis par un peuple chaleureux, fier de découvrir leurs origines et de voir que les paroles véhiculées par les anciens sont réelles.

Ce sont bien les ancêtres des Incas qui sont venus en radeau de balsa et en traversant le pacifique, peupler les îles polynésiennes...

la forêt vierge se dressait comme un mur solide des deux côtés de la rivière, des perroquets et d'autres oiseaux richement colorés sortaient du feuillage épais quand nous passions. Une ou deux fois, un alligator se jeta dans la rivière et disparut dans l'eau boueuse...
Plus en aval, nous sentîmes une odeur de brûlé. Elle venait de huttes de paille, situées dans des clairières sur la rive. Nous, les gens du radeau fûmes l'objet d'une intense curiosité de la part d'individus à l'aspect inquiétant, mélange déplaisant d'Indiens, de nègres et d'Espagnols.

Quand les étoiles scintillaient dans le ciel foncé des tropiques, la phosphorescence de la mer rivalisait avec les étoiles. Ce plancton ressemblait tellement à des morceaux ronds de braise enflammée, qu'involontairement nous retirions nos jambes nues, dès que les boulettes luisantes se déversaient autour de nos pieds sur l'arrière du radeau.

Ce récit devenu un classique du genre est un récit d'aventure en mer tout à fait passionnant que je n'avais jamais lu, sa lecture durant ma jeunesse étant proposée aux garçons adolescents intrépides mais bizarrement pas aux filles...

Le récit reprend donc les préparatifs, la traversée et l'arrivée en Polynésie. L'expédition est retranscrite avec précision mais sans prendre pour autant le style d'un journal de bord donc le lecteur ne trouvera que de rares extraits tels quels. L'auteur a de l'humour et le sens du détail. Il partage ses échecs comme ses découvertes avec beaucoup de sincérité. Le lecteur découvre les différentes espèces animales rencontrées et pêchées tout au long de la traversée. 

L'aventure est incroyable pour l'époque, il faut dire aussi que juste après la guerre, les six aventuriers n'avaient plus peur de rien. Mais il faut noter que même s'il y avait une station d'émission et réception radio à bord du radeau, ne pouvant émettre que sur les bandes de la radio amateur, ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes car ils n'avaient aucun GPS, ni aucun moyens modernes connus à l'époque pour appeler en SOS en cas de naufrage. Ils ne savaient pas où ils se trouvaient vu que seuls les courants les emmenaient vers l'est. 

L'ambiance à bord est amicale, ils sont tous les six différents, ont chacun leur tâche précise et "leur sphère de responsabilité". Ils ne connaissent pas la navigation mais avec courage apprennent de leurs erreurs et rectifient immédiatement leur manière de faire. 

Evidemment les âmes sensibles seront choquées (je l'ai été !) de voir les massacres qu'ils occasionnent sur les populations de requins. L'époque est ainsi faite qu'aucun d'eux ne songeaient à mal faire, et qu'ils étaient bien éloignés de nos soucis de protections des espèces. Mais à part cela, ils ne pêchent que pour se nourrir ou ne récupèrent d'ailleurs le matin que les poissons échoués sur leur radeau (en particulier des poissons volants, des dorades des mers du sud, appelées des coryphènes, ou des bonites). Je vous laisse découvrir leurs autres rencontres dont certaines étaient de véritables découvertes zoologiques, ces espèces n'ayant jamais été vues auparavant. 

En réussissant cette traversée l'auteur a été très controversé car il a remis en cause la théorie d'un peuplement primitif venant de l'Asie. Il a montré que ce peuplement venant de l'Asie existait bel et bien mais était secondaire et intervenait après celui des peuples indigènes en provenance de l'Amérique du Sud.

Un classique à redécouvrir qui me permet de participer encore une fois au Book Trip en mer de Fanja, cliquez sur le lien pour découvrir le récapitulatif des lectures.   

 

Bonne Lecture ! 

Plus nous voyions de près la mer et ses habitants, plus nous nous y sentions chez nous. Et nous apprenions à respecter les anciens peuples primitifs qui vivaient dans une étroite intimité avec le Pacifique et le connaissaient d'un point de vue si différent. Nous avons maintenant évalué son contenu en sel et donné aux thons et aux dorades des noms latins. Mais je crains que l'image que ces gens se faisaient de la mer ne fût plus exacte que la nôtre.

La mer contient beaucoup de surprises pour celui dont le plancher est au niveau de l'eau et qui avance lentement, sans faire de bruit. Un chasseur qui se fraie un chemin dans les bois en brisant des branches peut revenir sans avoir vu de gibier. Si, au contraire, il s'assoit doucement sur une souche et attend, il ne tardera sans doute pas à ouïr des susurrements et des craquements, comme à voir des yeux curieux le regarder entre les feuilles. Il en est ainsi en mer. Nous avons l'habitude de la sillonner dans de grands rugissements de moteur et des coups de piston, avec l'eau écumant autour de notre proue. Et à notre retour nous disons qu'il n'y a rien à voir sur l'océan.

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G
Tu nous en parles si bien <br /> Merci Manou<br /> Rose
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