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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Que sur toi se lamente le tigre / Emilienne Malfatto

Editions Elyzad, 2020

Editions Elyzad, 2020

Je n'ai pas dit non, je n'ai pas dit oui...
Chaque fois, nous allions un peu plus loin. Chaque fois nous avions un peu peur, de franchir l'interdit, de nous faire surprendre. J'aimais ses mains sur mon dos, ses lèvres sur mes cheveux, me sentir contre lui. Je me croyais protégée.

Nous sommes en Irak sur les berges du Tigre. 

Une jeune fille dont on ne connaitra jamais le nom a cédé aux avances de son fiancé juste avant que celui-ci parte à la guerre. Elle se retrouve enceinte et quand elle le comprend c'est bien trop tard. Mohammed a été tué sous les bombes. 

Elle qui porte la vie, sait qu'elle va mourir, il ne peut en être autrement dans son pays. Son frère aîné, porteur de la responsabilité familiale va le faire. Il va laver l'honneur de la famille en la faisant disparaitre. 

Mais avant ce soir fatidique où son destin semble scellé de manière immuable, chacun des membres de la famille s'exprime sur ce qu'il ressent. 

Il y a bien sûr la voix d'Amir, son frère aîné qui commettra le crime d'honneur, mais ça il ne le sait pas encore. Il y a sa femme, Baneen, l'épouse parfaite, qui attend un enfant qu'elle a conçu, elle, dans le cadre du mariage et qui ne peut qu'être d'accord en tous points avec son époux. Il y a la mère qui se tait et l'autre frère, Ali qui lui est contre les conventions mais qui ne pourra pas empêcher la tragédie de se produire, et puis il y a le petit frère Hassan, devant lequel les femmes n'ont pas encore besoin de se voiler et qui ne comprend pas tout ce qui se joue autour de lui. Layla, qui est elle-aussi bien trop petite pour comprendre, pleurera sa soeur qu'elle aimait tant, tout en sachant qu'elle n'aura plus jamais le droit de prononcer son nom. 

Ainsi en ont décidé la société irakienne et les hommes de la famille. 

Je suis le frère, celui par qui la mort arrive. Je suis l'homme de la famille, l'aîné, le dépositaire de l'autorité masculine_ la seule qui vaille, qui ait jamais valu. Je suis le frère qui a pris le rôle du père. Je règne sur les femmes.
Je suis l'assassin. Je vais tuer tout à l'heure et je l'ignore encore. Que ferais-je si je le savais ? Ferais-je demi-tour dans l'année poussiéreuse ? ...
Ce n'est pas moi qui tuerai, mais la rue, le quartier, la ville. Le pays.

Je suis le lâche, celui qui désapprouve en silence. Je suis la majorité inerte, je suis l'homme banal et désolé de l'être. Je suis le frère de ma soeur qui aime et qui comprend. Je suis le frère de mon frère qui respecte l'autorité de l'aîné. Je suis celui qui condamne les règles mais ne les défie pas. Je suis le complice par faiblesse.

Je suis vieille et le monde de mes enfants m'est étranger. J'ai consciencieusement appliqué à mes filles les règles qui m'avaient été imposées. J'ai bâti autour d'elles la même prison que pour moi. J'ai justifié mon monde en le reconduisant...
Ai-je rêvé d'autre chose un Jour ?

Ce court roman de 79 pages à peine a obtenu le Goncourt du premier roman en 2021. Il plonge le lecteur au coeur d'une famille qui doit laver son honneur.

L'autrice que je ne connaissais pas, connait bien l'Irak. Elle a voulu à travers ce roman nous permettre de comprendre de l'intérieur les drames de la société irakienne, régentée par le code de l'honneur et l'autorité masculine. 

La condition des femmes est tout simplement horrible et ce livre est encore davantage bouleversant quand on sait que son intitulé de "roman" cache en fait une réalité qui touche toutes les femmes. Il aurait pu être un récit. Il ne m'a rien appris que je ne sache déjà mais sa lecture reste troublante car l'autrice a choisi de donner la parole à chaque membre de la famille. Peu à peu, la voix de la jeune femme qui est pourtant la principale intéressée, s'éloigne pour ne plus être qu'un murmure...

Tout se joue dans l'écriture car l'autrice va droit au but sans fioriture, nous décrit la douleur et le ressenti de chacun avec beaucoup de justesse. C'est cela qui fait de ce roman un texte très fort mais aussi le fait que la guerre est là, bien présente en toile de fond, à chaque page. 

L'autrice intercale en italique, entre deux voix, celle du Tigre, ce fleuve qui par sa présence dans la ville, devient le témoin des crimes commis par les hommes et donc le symbole du sang qui s'écoule, transportant au loin les horreurs de la guerre.  Elle met aussi sur le devant de la scène un héros de la Mésopotamie, Gilgamesh dont je ne connaissais pas l'importance dans l'histoire de l'Irak, mais si j'ai bien compris, il représente la mémoire du pays et celle des hommes. 

Un roman fort et bouleversant à découvrir absolument même si le sujet est très difficile.

Sa lecture me permet de participer encore une fois aux "Gravillons de l'hiver" que j'ai un peu laissé tomber. Voir le récapitulatif des lectures ICI .

 

 

Je n'oublie pas non plus que le 8 mars prochain est la Journée internationale des droits des femmes. Voilà pourquoi cette semaine, je ne vous présente que des romans dont les héroïnes sont des femmes

Enfants, dans la cour de la maison, mes frères attrapaient des lézards et nous leur coupions la queue dans l'espoir toujours déçu de la voir repousser. Aujourd'hui les enfants de mon pays demandent à leur mère si leur bras va repousser. Nous sommes un pays de mutilés, d'ensanglantés, un pays d'ombre et de fantômes.

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S
Tout ça est si loin de notre culture, que de tels actes puissent encore avoir lieu au 21em siècle est terrifiant, des sociétés moyenâgeuses qui brisent des femmes pour une religion, ces hommes sont des lâches, pauvres femmes, c'est tellement triste ce qu'il se passe dans ces pays opaques. Bises Manou! Sylvie
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A
Je comprends mieux pourquoi tes chroniques livresques parlent de femmes ; et des conditions dans lesquelles elles doivent vivre. <br /> Ce roman a l'air particulièrement difficile. Mais, nécessaire.<br /> On se rend compte de la chance qu'on a en France même si tout n'est pas parfait loin de là.<br /> Merci pour ce partage et pour tes commentaires sur mon blog.<br /> Belle soirée à toi.<br /> Bises
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E
Bonjour Manou. Ce roman doit être très dur et je ne crois pas que je le lirai. Bonne journée et bisous
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M
Une religion qui prône la violence surtout au niveau des femmes n'est pas une religion. <br /> L'amour de l'autre, le respect, la bonté, la générosité, l'entraide voilà ce que l'on doit à ceux que l'on aime et à tout être humain.<br /> Comment se fait-il que l'islamisme ait fait tant d'adeptes ? Ces hommes ne portent pas loin leur réflexion, leur amour, une femme porte la vie et ses valeurs . Ca me révolte !
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C
pas pour moi mais merci de nous présenter ce livre qui doit être si poignant <br /> bisous<br /> patricia
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A
Je n'en peux plus de ces horribles histoires dont les femmes sont toujours les victimes. Je ne doute pas des qualités de ce roman, mais je ne le lirai pas.
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M
Grande tristesse et incompréhension pour notre époque et dire que ça existe encore ! Et pas qu'en Irak !<br /> Gros bisous et bonne journée<br /> Mitou
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F
J'ai dû relire plusieurs fois ton paragraphe "elle qui porte la vie, sait qu'elle va mourir", tellement ça ne me semblait pas évident qu'on puisse tuer une femme pour laver l'honneur de la famille... Ça doit être un sacré choc culturel cette lecture et en même temps, on doit tellement s'identifier aux femmes et à leur condition que ça doit être éprouvant. Tout ça en quelques pages. Un texte qui ne doit pas laisser indemne mais qui semble valoir le détour. Merci pour cette découverte.
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S
Un choix très fort à l'approche du 8 mars et c'est intéressant de faire parler tout l'entourage et pas seulement la victime. Mais c'est une lecture certainement éprouvante, je ne sais pas si j'aurais le courage de me lancer... Même si j'ai fait de très belles découvertes aux éditions Elizad...
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P
Je ne savais pas qu'il existait un Goncourt du premier roman. Je ne me souviens pas avoir entendu parler de ce roman, dur, mais nécessaire sans doute.
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A
Un livre court et intense. Je regarderai à la médiathèque. B Ises
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M
Chaque jour un livre largement commenté ! Quelle lectrice !
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B
Comment ne pas se laisser toucher par la tragédie de cette femme victime de la violence de la guerre puis de celle des traditions imposées par une société patriarcale qui se donne le droit de vie et de mort sous couvert de l’honneur…Les femmes n’ont aucun droit et le dénouement fatal est en route dès le début. Un livre engagé, douloureusement beau, qui montre la réalité de la condition féminine dans certaines parties du monde. Je l’ai adoré et je te remercie de le mettre à l’honneur cette semaine. Belle soirée à toi Manou !
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B
coucou Manou je ne sais pas si tu as un mail ... pour les coms je t'ai mis un com ici <br /> https://www.bulledemanou.com/2022/05/paysages-printaniers-de-haute-loire.html<br /> gros bisous A+
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I
Cela me rappelle un peu Chronique d'une mort annoncée, de Garcia Marquez.. j'ai lu un titre de cette auteure, qui n'est pas un roman, mais un récit sur l'assassinat d'une activiste écologiste sud-américaine. J'avais beaucoup aimé. Elle s'empare de sujets douloureux, mais dont il est nécessaire de parler..
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M
Bonjour Manou,<br /> Encore un bouquin que j'ai sur ma liseuse mais pas encore lu. Je stocke, je stocke mais il faudrait que je lise plus vite!<br /> Bises.<br /> Bon après-midi.<br /> Mo
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C
en pleine synchronisation avec des pays concernés par la guerre !! il faudra attendre encore longtemps pour que cela ne change<br /> bonne journée
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A
Un de ces romans que l'on n'oublie pas.
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V
Terrifiant, étrange conception de l'honneur, j'y vois plutôt de la barbarie... Gros bisous Manou. cathy
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C
Merci manou pour ce partage.<br /> Triste réalité pour toutes ces femmes qui subissent le pire.<br /> Belle journée, bisous<br /> Lili
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