Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Bientôt un chant s'éleva, comme une seule voix dans la froideur du silence. Un chant bercé par le hurlement des loups. Malgré sa terreur, Margaux sentit sa gorge, son coeur se nouer. Ce chant, elle le connaissait. Sa mère le fredonnait. Puis après sa mort, quelquefois son père...
C'était son enfance. Ses racines. C'était son histoire, l'histoire de sa grand-mère, de sa mère, de sa tante, l'histoire de la persécution, de l'exil, que ces gens en marche racontaient. Comment aurait-elle pu ne pas en être touchée, elle que son père avait élevé dans l'esprit des philosophes, dans le respect des autres et de leur croyances ?
Nous sommes en mars 1313, dans la vallée du Razès...
Cela fait sept ans déjà que l'ordre des Templiers a été dissous par Philippe le Bel, le roi de France. De nombreuses personnes ont été arrêtées, torturées et condamnées au bûcher, sans que le roi ne sache précisément ce qu'est devenu le fameux trésor du Temple. Mais la chasse aux hérétiques n'est pas terminée et sème toujours autour d'elle la terreur.
En effet, des rumeurs disent que cet or n'est pas inutilisé et qu'il servirait en secret à protéger certains hérétiques qui continueraient ainsi à perdurer dans l'ombre. L'enquête diligentée par le roi est confiée à Geoffroy d'Ablis, le grand Inquisiteur de Carcassonne, alors capitale du pays Cathare. Il compte bien retrouver tous ces hérétiques qui se cachent et les faire éliminer les uns après les autres.
Dans son château, où elle vit tranquillement avec son époux Michel de Plaine et sa fille Anne, Margaux de Dente tremble de peur. Elle qui cache depuis cinq ans un lourd secret qui la ronge, sait depuis l'assassinat de son frère que la menace se rapproche d'elle. Il faisait en effet partie de l'ordre des templiers, et avait été chargé de transporter l'or et de le cacher dans une grotte de la région. Margaux redoute que l'Inquisition vienne jusqu'à ses terres.
Les dernières semaines ont été marquées par des événements graves : des attaques ici ou là d'un loup blanc et l'arrestation de quatre moines du prieuré situé dans leur domaine. Ils gardaient dans leurs cellules des lingots d'or appartenant au trésor de l'Ordre. Et maintenant, sur ses terres viennent d'être découvertes des pièces d'or au milieu desquelles était plantée une épée tenue par un gant d'armure enveloppant une main coupée et cela aux côtés d'une des brebis égorgée de Gabriel, le berger.
De plus, une femme inconnue a été vu allumant des feux en pleine nuit au sommet des anciennes tours cathares, aujourd'hui désertées par leurs habitants. Accusés d'hérésie pendant l'Inquisition ils ont tous fui ou ont péri sur le bûcher. Or ces feux, entre eux, étaient un signe de ralliement bien connu.
Le roi de France dépêche son conseiller, Guillaume de Nogaret à Carcassonne. Il est chargé de mener l'enquête dans la région afin de retrouver l'or des templiers et de le lui ramener. Il espère aussi y retrouver son père qu'il n'a pas revu depuis très longtemps. Quand il arrive dans la ville, il découvre que la boutique de son père est vide mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il va devoir déjouer les pièges qui lui sont tendus par Geoffroy d'Ablis.
A une époque où toute personne sortant de la norme est suspectée de faire commerce avec le diable, où la jalousie règne pour posséder le pouvoir, Margaux va devoir protéger les siens....tout en déjouant le complot qui se joue autour d'elle et risque de lui faire perdre la vie, à elle, mais aussi à ses proches et à tous ceux qu'elle aime.
Margaux représentait un mystère pour ses pairs. Ils considéraient sa simplicité comme indécente. Et ne parvenaient pas à comprendre qu'elle l'avait acquise en dévorant les livres de la bibliothèque de son père. A qui s'étonnait du comportement familier qu'elle entretenait avec ses domestiques, elle avait coutume de citer Platon et de dire que la connaissance des mots conduisait à celle des choses. Que la philosophie permettait de placer à égalité le maître et l'esclave, le seigneur et le serviteur, Un discours que les cathares avaient tenu autrefois. Et qu'elle avait fini par taire...
Le message était clair : s'il [Guillaume de Nogaret] ne s'acquittait pas de sa mission, outre le fait que le roi le saisirait de sa jolie fortune, les nombreuses terres et les domaines qu'il avait acquis ces dernières années, il perdrait au mieux sa place, au pis sa vie.
- Désirez-vous autre chose ? demanda le barbier.
"Découvrir pourquoi mon père a subitement disparu il y a vingt-quatre ans en affirmant que nos origines cathares l'avaient rattrapé."
Mais cela, il ne pouvait pas l'exprimer.
Les premières pages de cette lecture ont été difficiles, je trouvais l'histoire un peu confuse et puis j'ai compris pourquoi car ce roman est en fait, la suite de deux autres romans intitulés "Le Templier de l'Ombre", que je n'ai pas lus. Il aurait fallu commencer par ceux-là et même lire aussi le petit opus, uniquement disponible en numérique, qui sépare les deux duologies et fait le lien entre elles. En fait ce n'est pas réellement une suite mais on retrouve les mêmes personnages, leurs secrets, leurs ambitions cachées, leur cruauté et donc cela aurait été plus facile que je commence par les tomes précédents bien que beaucoup d'éléments sont expliqués dans ce premier tome, je le reconnais.
L'histoire de Margaux alterne d'un chapitre à l'autre avec celle de Guillaume de Nogaret, conseiller du roi Philippe le Bel, et de Bertrand Leplacier, prévôt dans le Haut-Razès.
Margaux de Dente nous apparaît tout de suite sympathique. Son secret est terrible (le lecteur en prend connaissance dès la page 105) et si elle le dévoile un jour, même à son époux, elle sait qu'elle le paiera très cher, elle et sa famille. C'est une femme déchirée de l'intérieur qui va devoir combattre une personne qu'elle aurait préféré aimer...mais qui est jalouse d'avoir été privée de la vie qui lui revenait, mais c'est ainsi et même si je ne peux vous en dire davantage pour ne pas spoiler tout le dénouement de l'histoire, la vie en a décidé autrement.
Margaux a peur en particulier de son beau-père, le terrible Othon d'Aure qui n'agit jamais seul et qui est responsable du chantage qui mine ses jours et ses nuits.
Guillaume de Nogaret, personnage plutôt froid et distant au départ, comme il a dû être dans sa vie (c'est un personnage qui a réellement existé), va se dévoiler dans la fiction plus humain au fil de l'histoire bien qu'il poursuive son unique dessein. Il faut dire aussi qu'il ne peut faire autrement car l'histoire qui touche Margaux est reliée à la sienne.
D'autres personnages nombreux, se découvrent au fil du roman : Bertrand Leplacier, le prévôt (l'intendant du domaine de Margaux), Gabriel, le fils du meunier (que Margaux aime éperdument en secret et qui fait aussi partie du chantage), Bénédicte et Gerdre, les fermiers du domaine...ainsi que d'autres personnages qui seront importants dans l'histoire. Certains sont des personnages de fiction, d'autres ont réellement existé.
Le style de l'autrice est simple et le récit bien rythmé. Les chapitres sont courts, datés et concis et le texte alterne entre les événements concrets et les révélations sur le passé des uns et des autres. On sent que Mireille Calmel s'est bien documentée avant d'écrire son roman, qui s'inspire de faits réels concernant aussi bien les Templiers, les Cathares que l’Inquisition.
Le contexte est bien décrit, l'ambiance de l'époque tant dans la cité de Carcassonne que dans les campagnes est bien rendue. Les peurs, les croyances, l'impression d'insécurité permanente et l'Inquisition en toile de fond donnent un peu de profondeur aux personnages qui vivent dans la peur du lendemain.
Je n'ai pourtant pas été totalement conquise par ce premier tome qui pourtant nous transporte au coeur des légendes cathares et templières. J'ai trouvé l'ensemble assez prévisible, mais les intrigues restent intéressantes même si parfois un peu invraisemblables. Les dialogues entre les personnages sont parfois un peu trop attendus et manquent de profondeur. Par exemple, l'amitié soudaine entre les deux hommes aimés par Margaux manque de crédibilité même s'ils veulent tous les deux la protéger avant tout, j'aurais plutôt vu en ce temps-là deux hommes aimant la même femme, se battre pour être l'unique !
On retrouve tout de même tout ce qui fait le sel d'un "bon" thriller historique : le suspense, les luttes de pouvoir, les jalousies, les enjeux politiques et religieux, les légendes liées aux Templiers, aux Cathares et à Raedae (Rennes le Château) et les superstitions de l'époque, les intrigues et les complots, les secrets et mystères, et bien entendu l'esprit de vengeance ce qui fait qu'on ne peut faire confiance à personne. Le roman nous parle aussi de la manière dont étaient traitées les femmes, même de haut rang, pendant l'Inquisition.
Je n'oublie pas que le 8 mars prochain est la Journée internationale des droits des femmes. Voilà pourquoi cette semaine je ne vous présente que des romans dont les héroïnes sont des femmes. J'avais deviné la fin mais ce qui est positif, c'est que j'ai eu envie de lire la suite sans attendre.
Comme j'ai lu le second tome dans la foulée, je dois reconnaître qu'il m'a permis de faire remonter cette lecture dans mon estime car les deux tomes constituent une lecture parfaite pour les vacances et pour les amateurs de thrillers historiques.
Ce roman, présenté partout comme un thriller médiéval me permet de participer encore une fois au challenge d'Alexandra, (je lis, je blogue), "Un hiver polar", voir le récapitulatif des lectures ICI.
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A force d'ambition, il en avait oublié que les bonnes gens prônaient la simplicité, le partage, la non-violence, qu'ils célébraient la vie sous toutes ses formes, allant jusqu'à refuser de manger de la viande, de prier dans des lieux consacrés, de servir aveuglément une Eglise corrompue. Point de lieux de culte, les cathares trouvaient Dieu au pied des arbres, des rochers, autour d'une table, dans une main tendue. Quant à l'or, l'argent, ils n'étaient pour eux que des outils au service de l'homme, non l'objet de concupiscence ou le moyen de s'élever, d'asservir, de soumettre...