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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Mapuche / Caryl Férey

Gallimard, Série Noire, 2012

Gallimard, Série Noire, 2012

"Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Colombiens des Mayas, les Argentins descendent du bateau" raillait le dicton.
De fait Buenos Aires existait avant tout par les yeux de l'Europe...

Cette fois, l'auteur nous emmène en Argentine, à Buenos Aires à la fin des années 2000. 

Ruben Calderon, rescapé des prisons clandestines de l'Ecole de Mécanique de la Marine alors qu'il n'avait que 15 ans, dirige désormais une agence au sein de laquelle il enquête sur les responsables des disparus et des enfants volés lors des années terribles de dictature (1976-1983). Trente ans ont passé depuis les actes de Vileda, mais il ne peut oublier que son père, un poète connu et sa jeune soeur ne sont jamais revenus.

Il travaille pour les Grands-Mères de la place de Mai, dont sa mère fait également partie.

Un de ses amis journalistes, Carlos lui demande d'enquêter sur la disparition récente d'une de ses amies photographe, Maria Victoria Campallo, juste au moment où elle devait lui faire certaines révélations. Elle est la fille d'un des hommes d'affaires le plus influent du pays. 

Ruben reçoit aussi la visite d'une jeune mapuche, Jana. Elle est sculptrice et vient de découvrir avec Paula, (=Miguel, son ami travesti) que Luz, (=Orlando, lui-même travesti et meilleur ami de ce dernier), vient d'être retrouvé flottant dans le port. Il a été sauvagement assassiné après avoir été émasculé. Il refuse tout d'abord de l'aider mais il va découvrir très vite que les deux affaires sont liées. 

Jana a quitté sa communauté qui avait été expulsée militairement de son territoire au profit d'une multinationale italienne. Elle est venue à Buenos Aires réaliser ses rêves de devenir sculptrice, mais a du se prostituer pour pouvoir poursuivre ses études et s'installer dans son propre atelier situé dans la friche de son ancien mentor.  C'est durant ces années difficiles lors de la crise financière du début des années 2000, qu'elle a croisé Paula / Miguel. 

Alors qu'il enquête sur la disparition de Maria Victoria, Ruben assiste à l'assassinat de José Ossario, un paparazzi. C'est lui qui a révélé à Maria la vérité sur ses origines. Elle a été adoptée par ses parents et est une enfant volée. Le voisin d'Ossario, Franco Diaz est en fait, non pas le botaniste pour lequel il se fait passer, mais un ancien militaire qui a participé aux enlèvements, aux tortures et aux exécutions pendant la dictature, et était chargé de surveiller Ossario. 

Alors qu'une grande opération de nettoyage est en cours, Ruben et Jana vont se retrouver poursuivis à leur tour. 

Le corps de Maria Victoria est alors retrouvé. Elle a été jetée d'un avion (= le vol de la mort) mais le rapport d'autopsie est mensonger. Cette nouvelle déstabilise toute sa famille, tandis Paula disparait à son tour et que sa mère, démente, qui cachait un document important chez elle que Maria Victoria lui avait confié et pouvant compromettre de nombreuses personnalités connus de la ville, est à son tour cruellement assassinée. 

Ruben et Jana n'en resteront pas là, au péril de leur propre vie...

Ruben Calderon faisait partie des rescapés.
On l'avait libéré au milieu de la liesse populaire qui avait suivi la victoire de l'équipe nationale lors de la Coupe du Monde de football, un jour de juillet 1978n sans explications.
Sans doute fallait-il des gens pour raconter les atrocités qui se déroulaient dans les prisons clandestines, et de manière suffisamment convaincante pour refroidir les récalcitrants. Ou plutôt pour qu'il raconte ce qui s'était passé lors de son incarcération...
Mais Ruben s'était tu.
Raconter l'ineffable, c'était le revivre, laisser remonter l'angoisse, le chagrin, la douleur, parler, c'était redonner à ses tortionnaires le pouvoir de l'écraser.

Ecrasés militairement lors de la Grande Battue à travers la pampa, tirés comme des lapins à coups de Remington, livrés aux écoles religieuses ou comme esclaves aux "estancieros" qui s'étaient partagé leurs territoires, parqués, acculturés, appauvris, réduits au silence, mentant sur leur origine lors des rares recensements, oubliant par honte ou désœuvrement leur culture, les Mapuche avaient traversé le siècle comme des ombres. Des fantômes...

Ce roman de Caryl Férey, est encore une fois très prenant et violent. De nombreux rebondissements maintiennent le suspense tout au long de cette lecture addictive bien qu'éprouvante. 

Comme toujours, l'auteur s'est documenté en profondeur avant de nous parler des crimes perpétrés en Argentine, lors des années de dictature entre 1976 et 1983. Rien n'est passé sous silence, qu'il s'agisse des tortures subies par les prisonniers politiques enfermés dans l'Ecole de la Marine transformée en Centre clandestin de détention (il y avait plus de 500 centres répartis dans tout le pays), des disparitions inexpliquées (5 000 opposants séjourneront dans cet unique centre de Buenos Aires), des bourreaux en particulier ceux qui pratiquaient les vols de la mort, des flics ripoux. Etaient impliqués aussi dans ces actes tout comme dans les enlèvements d'enfants, des prêtres, des hommes politiques, des militaires ou autres personnages importants...

On estime aujourd'hui, en l'état de ce qui a été découvert, qu'il y a eu 30 000 disparus, 15 000 fusillés, 9000 prisonniers politiques, et 1,5 million d'exilés (pour 32 millions d'habitants), et au moins 500 bébés enlevés aux parents de disparus et adoptés par des couples de militaires, ou d'hommes politiques stériles. Ces chiffres donnent le vertige. 

Le lecteur doit aussi accepter de s'immerger dans une ambiance particulière, car il est entrainé dans la société argentine parmi les exclus qu'ils soient pauvres, d'origine indienne, prostitués ou travestis. Mais il voyage aussi dans toute l'Amérique du Sud. Entre deux séjours à Buenos Aires, il fait un tour en Uruguay, gagne la pampa et escalade en voiture la Cordillère des Andes, entre autres lieux. 

Les personnages tous profondément meurtris sont terriblement attachants. Ruben bien entendu a toute notre sympathie mais c'est Jana qui m'a le plus subjuguée par  sa " rage" et son énergie pour réclamer justice, sa bienveillance envers ses amis et sa sensibilité à fleur de peau. Plus le roman avance plus le lecteur est admiratif de ce qu'elle est capable de faire tout en étant choqué par autant de violence.

J'ai découvert le travail au quotidien des Grands-mères de la place de Mai que je ne connaissais pas dans les détails.

Ce polar noir, très noir même, mais passionnant et réaliste a obtenu le prix Landerneau polar en 2012 et le prix Tenebris en 2013. Je l'ai préféré à ma dernière lecture de "Zulu", il m'a davantage touchée par son sujet mais je vais tout de même attendre un peu pour découvrir d'autres oeuvres de cet auteur. 

C'est un roman qui me permet de participer à nouveau au challenge d'Alexandra, (je lis, je blogue)"Un hiver polar". Je peux cocher une case bonus supplémentaire "métropole américaine" la quasi totalité de l'action se passant à Buenos Aires. 

Bonne lecture ! Bonne lecture ! 

Bonne lecture ! 

Les femmes s'étaient réunies devant l'obélisque, un lange de bébé sur la tête, le "panuelo", comme symbole de leurs enfants volés.
Défiant ouvertement le pouvoir, les Mères réclamaient l'"apparition en vie" de leurs proches, refusant le deuil sur ce principe : les enfants étaient partis vivants et, aussi longtemps que les tortionnaires n'auraient pas avoué leurs crimes, ces "disparus" resteraient vivants. La police avait vite menacé, ordonné la dispersion, mais les Mères, se tenant par les coudes, s'étaient mises à circuler autour de la place...Des folles avait raillé le pouvoir.
Mais elles revenaient. Chaque jeudi...
On leur avait envoyé les chiens, les charges de la police montée...les Mères de la place de Mai revenaient...

Les documents top secret liés à la séquestration et à l'assassinat des trente mille disparus avaient été brûlés à l'arrivée de la démocratie (et les éventuelles copies probablement détruites) mais la Marine, comme tous les corps d'armée, avait gardé ses archives...

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S
Je crois que cet auteur n'est pas pour moi : j'ai lu deux romans qui ne m'ont pas plu. Mais une chère amie lectrice m'a prêté "Okavango" pour me peruiader du contraire. Il est bien posé sur mon étagère...
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C
tu donnes envie de lire ce livre, merci de ta chronique<br /> douce soirée<br /> bisous<br /> patricia
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M
Il me serait impossible de lire ce livre ,ta lecture du jour s'embrouille déjà dans ma tête. <br /> Coup de grosse fatigue 😫 ça ira mieux demain. . . . <br /> Gros bisous journée pluie chez nous<br /> Mitou
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F
Tu l'aimes beaucoup cet auteur, j'ai l'impression, pour y revenir aussi régulièrement. C'est qu'il doit valoir le détour et les sujets qu'il explorent sont toujours très intéressants, mais j'appréhende un peu le côté violent, éprouvant et noir (très noir) de ses romans, donc j'hésite encore à m'embarquer dans un de ses livres.
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M
Je ne sais pas si je l'aime beaucoup, je l'ai découvert il y a à peine 6 mois et j'aime bien lire deux ou trois romans d'un même auteur avant de me faire une opinion. Oui c'est violent et noir mais ça décrit une réalité qu'on ne peut occulter...donc je ne m'arrête pas à ça même si je trouve certaines scènes dérangeantes.
P
Je vois souvent passer cet auteur (je croyais que c'était un prénom féminin), mais je n'ai rien lu de lui jusqu'à présent.
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L
Je ne connaissais pas le peuple mapuche.<br /> Pas contre, trop noir pour moi. J ai besoin de plus de légèreté. <br /> Belle journée.<br /> Bises<br /> lavandine
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M
Bonjour Manou,<br /> Il fait partie de ma PAL (si je puis dire) sur ma liseuse. Merci pour ta présentation!<br /> Bisous.<br /> Bon après-midi;<br /> M.
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J
Moi qui suis un fan de Caryl Férey, j'apprécie vraiment que tu aies aimé "Mapuche", comme tu le détailles si bien.
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S
Trop noir pour moi, sans doute, mais le sujet est tristement passionnant. De manière plus douce, j'ai aimé la bd Vies volées de Mars et Mayalen Goûts sur le même thème.
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B
Une lecture qui ne laisse pas indifférent
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B
Que d'horreurs commises en Argentine ! (et ailleurs hélas) Oui les chiffres donnent le vertige...<br /> Un polar noir. Pas sûr que je puisse le lire si c'est trop noir et violent...<br /> Merci pour ta belle présentation<br /> Bisous Manou et bon mardi
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V
Intéressant, je note, un pan de l'histoire de ce pays que je connais très peu... Gros bisous Manou. cathy
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L
Polar noir, tu les sais, ce n'est pas pour moi. Malgré le fond historique<br /> Bisous et bonne journée
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M
Au nom de la pôlitique se commettent tant d'horreurs !<br /> C'est...noir pour moi !<br /> Bises Manou
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T
Est-ce que ce roman évoque l'"opération Condor", la coordination entre les services secrets des différentes dictatures d'Amérique du Sud pour des assassinats ciblés d'opposants, dans les années 1970, avec le soutien au moins tacite des Etats-Unis?<br /> (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
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M
Tous les événements politiques de l'époque sont abordés à un moment donné du roman. C'est la marque de Caryl Férey.
M
Un sujet intéressant mais j'attendrai pour le lie!
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P
Une chronique très complète pour un livre qui semble l'être tout autant. C'est fascinant de voir comment un polar peut devenir un véritable outil de mémoire. Merci Manou mais trop de noirceur pour moi. Plus du tout envie de ça.<br /> Bisous et bonne journée.
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C
comment ne pas frémir rien qu'en lisant ton récit ? de tous les temps les hommes ont été capables du pire comme du meilleur, mais jamais je ne pourrai m'habituer à ces massacres n'ayant qu'un seul but : "Le POUVOIR" ...<br /> je note et le livre et l'auteur .
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E
Bonjour Manou. Ce roman semble passionnant mais très noir, trop pour moi. Bonne journée et bisous
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I
C'est après ce titre que j'ai arrêté de lire l'auteur... je trouve toujours ses intrigues très intéressantes pour leurs contextes, qui nous instruisent sur des épisodes d'Histoire et/ou des contrées lointaines, mais j'ai fini par me lasser de sa propension à une violence à mon avis souvent gratuite..
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M
Il y a en effet des passages très violents mais la manière dont il aborde dans ses romans le contexte historique et politique est vraiment intéressant je trouve...on est bien d'accord. Je pense que je continuerai à le lire de temps en temps, je l'ai découvert il y a seulement 6 mois !