Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Accepter cette eau froide sur sa peau était pour elle une expérience quasi religieuse. Elle expira profondément quand, penchée en avant, elle s’offrit à l’étreinte du fleuve. Soudain, elle fut délestée de toute pesanteur, soulevée par une onde caressante, douce à son corps comme de la soie.
Elle nagea à contre-courant parmi les éclats de lumière que le soleil du soir projetait sur l’eau. Elle sourit, comme toujours quand elle nageait ainsi. C’était plus fort qu’elle. Après tout, des gens pouvaient promener leur chien sur le sentier de halage, et si elle tournait son regard vers le clocher de l’église de Marlow et le pont suspendu d’époque victorienne qui reliait la petite ville au village de Bisham, il y avait pas mal de monde...
Un soir de canicule dans la campagne anglaise, en plein coeur de la petite ville de Marlow, Judith Potts une vieille dame de 77 ans décide d'aller se baigner dans la Tamise comme elle aime le faire même en pleine nuit. C'est alors qu'elle est tranquillement en train de se détendre qu'elle entend un cri suivi d'un coup de feu qui semble venir de chez son voisin, Stefan Dunwoody, un homme charmant. Puis c'est le silence... Comme elle a l'habitude de se baigner toute nue, elle est un peu ennuyée et va donc rentrer chez elle pour prévenir la police.
Elle ne sait pas que sa vie tranquille vient de basculer. Elle qui jusqu'à présent occupait son temps libre à fabriquer des grilles de mots croisés pour le journal local, entre deux verres de whisky, va se retrouver au coeur de l'enquête sans l'avoir cherché. Il faut dire aussi qu'elle a été dans le passé une archéologue reconnue et qu'être curieuse et fouiner... c'est dans ses gènes si je puis dire.
En menant son enquête en parallèle de celle de la police qui n'est pas assez efficace, pense-t-elle, et ne croit pas à un meurtre, elle croise la route de deux autres femmes plus jeunes qu'elle qui vont devenir ses coéquipières. Il s'agit de Beck devenue femme au foyer depuis qu'elle est la femme du vicaire et de Suzie une promeneuse de chien professionnelle.
Mais voilà qu'un second meurtre, puis un troisième viennent à leur tour perturber la petite ville tranquille où il ne se passe jamais rien. Le mystère s'épaissit quand il s'avère que les principaux suspect ont tous un alibi en béton et que l'étrange médaillon trouvé sur les trois cadavres, ainsi que l'arme à feu ancienne utilisée (une antiquité !) pour les trois crimes, soient les deux seuls liens qui les relient entre eux. A moins qu'un troisième élément soit découvert...mais chut je ne vais pas vous en dire davantage !!
Comment est-ce possible ? Comment un tel drame a-t-il pu arriver dans une petite ville d'apparence si tranquille avec son "élégant pont suspendu du début du XIXe siècle" qui enjambe la Tamise, son ancienne église, sa rue principale animée, ses boutiques et ses habitants heureux d'y vivre ?
Après la disparition de sa tante, Judith avait adopté son rituel par fidélité : un verre de scotch chaque soir, c'était juste de la bonne éducation. Pour faire honneur à sa tante.
A bicyclette, il ne lui fallait que cinq minutes pour atteindre Marlow par le sentier de halage. Judith ne prêta aucune attention aux petits saluts du menton et de la main que lui adressaient de parfaits inconnus à son passage....
Elle était totalement inconsciente de sons statut de quasi-célébrité...
Judith trouvait cette maison extraordinaire. C'était un ancien moulin dont la grande roue de bois tournait encore paresseusement, mais plusieurs fenêtres rectangulaires de tailles différentes avaient été percées dans les murs. C'était délicieusement désuet avec une touche de modernité.
Judith observa à nouveau, de sa fenêtre, la maison de Stefan qui se tenait là, sous le soleil déclinant, avec toute l’apparence de l’innocence.
Si le passager d’un bateau passant là, à cet instant, avait levé les yeux vers la maison de Judith, il aurait vu une toute petite dame de plus de soixante-dix ans, assez dodue, les cheveux en bataille, debout toute nue devant sa baie vitrée, à moitié couverte d’une cape telle une super-héroïne. Ce qu’elle était, à maints égards.
Mais elle l’ignorait encore.
C'est un roman drôle et léger malgré les cadavres, avec lequel je viens de passer un bon moment de lecture.
L'ambiance particulière qui règne dans cette petite ville au coeur de la campagne anglaise, les nombreux rebondissements et les surprises qui étayent le roman, y sont pour beaucoup mais ce sont surtout les personnages féminins qui font tout le sel de l'histoire car nous côtoyons dans ce roman quatre femmes particulièrement originales et amusantes.
Judith Potts d'abord qui vit seule et a renoncé à se remarier après la mort mystérieuse de son premier mari, a un caractère bien trempé. Elle ne tient pas compte de l'avis des autres et mène sa propre vie comme elle l'entend sans jamais n'avoir peur de rien. Qu'importe pour elle ce que pense les autres, qui la juge excentrique, si elle se baigne nue, boit du whisky à la place du thé et cache bien des secrets, elle n'est pas moins d'une époustouflante perspicacité pour son âge et nous ne pouvons qu'être admirateur de ses frasques qui parfois vont la mettre carrément en danger.
Beck Starling peut paraître agaçante au premier abord, coincée et trop parfaite dans sa vie d'épouse modèle. Il faut dire qu'en tant que femme du vicaire de la ville, elle doit tenir son rôle et son rang, mais au fond d'elle-même, elle rêve d'aventure et de liberté...Il faut dire qu'elle a du mal à s'adapter à cette vie étriquée elle qui a été cadre dans l'industrie musicale.
Suzie Harris gagne sa vie en promenant les chiens des autres. Elle est d'un naturel simple et avenant même si elle semble un peu brusque dans ses manières, et aussi un peu sans-gêne, elle cache un coeur d'or qui fait d'elle une amie précieuse.
Sans oublier la sergente chargée de l'enquête, Tanika Malik qui va se prendre d'une certaine affection mêlée de respect pour le trio d'enquêtrices et même les nommer comme "conseillères civiles officielles" ce qui n'est pas très bien vu par ses coéquipiers masculins.
Difficile pour l'auteur de ne pas tomber un peu dans la caricature mais qu'importe le lecteur aime et ne compte pas et le livre s'avale sans effort et sans prise de tête surtout ce qui fait vraiment du bien.
C'est donc un roman de cosy mystery plein d'humour. L'enquête est menée tambour battant et les personnages sont attachants, que demander de plus pour se détendre et profiter d'une fin d'après-midi d'hiver ou d'une soirée au coin du feu !
Et en plus au fil de l'enquête et pour vous aider à la résoudre, vous trouverez dans ces pages, trois grilles de mots croisés à résoudre...
Robert Thorogood, l'auteur est le créateur et scénariste de la série TV à succès "Meurtres au paradis", suivie par 5 millions de téléspectateurs en France (mais que je n'ai jamais vu !). "Mort compte triple", le premier volume des enquêtes des Dames de Marlow, a été le roman de cosy mystery le plus vendu en France en 2021, avec la série Agatha Raisin de M.C. Beaton. Une adaptation TV est parue aux Etats-Unis et en Angleterre en 2024 et 2025. Elle n'a pas encore été diffusée en France (sauf erreur de ma part).
La lecture de ce roman policier de cosy mystery me permet de participer une nouvelle fois au challenge "Un hiver polar" chez Alexandra, (je lis, je blogue), et d'ajouter quatre points bonus en cochant les cases "détective amateur" + "campagne anglaise" + "arme à feu" + "retraité" bien qu'une seule du trio le soit, c'est elle qui est à l'initiative de l'enquête et l'héroïne principale du roman.
Judith évalua silencieusement la détective Malik. Personne efficace et même compétente, mais totalement dépourvue d'imagination. Le genre première de la classe, conclut-elle sans aménité. A sa décharge, il convient de préciser qu'adolescente Judith s'était fait virer du pensionnat très chic où ses parents l'avaient envoyée. Ainsi que du pensionnat beaucoup moins chic où on l'avait admise ensuite. Puis du pensionnat suivant. Dans ces conditions, il va de soi que ses relations avec les fameuses premières de la classe n'avaient jamais été au beau fixe.