Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
J'aurais pu faire un carnage dès l'instant où j'ai piraté mon module superviseur ; en tout cas, si je n'avais pas découvert un accès au bouquet de chaînes de divertissement relayées par les satellites de la compagnie. 35 000 heures plus tard, aucun meurtre à signaler, mais, à vue de nez, un peu moins de 35 000 heures de films, de séries, de lectures, de jeux et de musique consommés. Comme impitoyable machine à tuer, on peut difficilement faire pire.
Un robot particulièrement intelligent, mélange parfait de composants électroniques et biologiques, est chargé de la sécurité d'un petit groupe de scientifiques qui explore une planète inconnue, encore mal cartographiée. Ils doivent recenser, entre autres, les ressources exploitables en vue d'une prochaine colonisation, mais en profitent pour découvrir aussi la faune, la flore, et décrire en détails les reliefs, vallées et autres découvertes faites sur place.
Êtes vous prêts à entrer dans ses circuits...et dans ses pensées car c'est lui le narrateur ?
Cet androïde que les humains appellent SecUnit, se surnomme lui-même un AssaSynth, vous saurez pourquoi en lisant le roman. Il n'est ni masculin, ni féminin (on parle de lui en disant "iel"). Considéré par les humains qui l'entourent comme un simple robot, une machine donc, le lecteur se rend vite compte qu'il est loin de pouvoir n'être réduit qu'à cela. En effet, s'il est bien capable de remplir sa mission qui est de protéger les humains dont il a la charge, il s'avère très tôt qu'il est doué de pensées qui lui sont propres et a une forte personnalité. Il est en plus doué d'une conscience dont les autres robots sont totalement dépourvus.
Toujours à l'écoute de ses circuits et de ses actes, il a piraté son module superviseur (son "hubsystem" mis en place par ses employeurs) ce qui lui donne beaucoup de liberté car il peut ainsi s'affranchir des règles imposées. Il évite aussi de faire effacer sa mémoire tout comme de faire surveiller ses moindres gestes. Il va donc prendre du bon temps de temps en temps lorsqu'il est dans sa capsule de régénération, en regardant des séries télé piratées et pour se donner bonne conscience, il se dit qu'il le fait pour mieux comprendre les humains et mieux les protéger. Mais il doit cacher cette modification à ses commanditaires, et ne doit pas non plus le faire savoir aux membres de l'expédition.
Il n'aime pas vraiment la cohabitation avec les humains qu'ils considèrent comme des personnes inintéressantes. D'ailleurs, il n'a même pas lu le rapport qui concerne chacun d'entre eux, avant de s'engager dans cette nouvelle mission, c'est dire !
Mais un jour lors d'une expédition à l'extérieur de la base, deux des membres du groupe sont grièvement blessés par une bestiole inconnue et non signalée. AssaSynth, réalise que les rapports ont été falsifiés afin que personne au sein de l'équipe ne se méfie de cette zone dangereuse.
Le doute s'installe...
Et si sa véritable mission n'était pas celle à laquelle il pensait ?
Assasynth va devoir tout faire pour déjouer un complot qui semble avoir été perpétré par ses employeurs et qui vise à éliminer sa petite équipe de scientifiques. Face au danger, et quitte à tomber lui-même en morceaux, malgré sa combinaison de sécurité et son casque, il n'hésitera pas un instant à poursuivre les indésirables chargés de les détruire...
Voyager avec les humains étant interdit aux AssaSynths, je ne pouvais pas monter dans la cabine sans autorisation explicite. À vrai dire, avec mon module superviseur piraté, rien ne m’en empêchait. Hormis un détail insignifiant, de ceux qui vous font finir en pièces détachées : mon émancipation devait rester secrète – surtout auprès de mes commanditaires.
Je n’ai pas piraté mon module superviseur pour tuer mes clients. Il a dysfonctionné, parce que les imbéciles de la compagnie tirent les coûts au maximum sur les composants, et j’ai perdu le contrôle. Je les ai tous massacrés. Après mon retrait de la mission, j’ai écopé d’un module flambant neuf, que j’ai tout de suite piraté afin que ça ne se reproduise jamais.
Il semblait troublé. « Tu as clairement des sentiments… »
J’ai tressailli. Je n’ai pas pu m’en empêcher.
Overse, plongée dans son analyse de données recueillies en expédition, a levé la tête, les sourcils froncés. « Ratthi, qu’est-ce que tu fabriques ?
— Je sais que Mensah nous l’a interdit, mais… tu as vu ça, non ? » a-t-il répondu, penaud, en me désignant.
Overse a retiré son interface. « Tu vois bien que tu l’incommodes, a-t-elle grondé entre ses dents serrées.
— Justement ! a-t-il insisté, frustré. Cette pratique est absolument répugnante; c’est horrible, c’est… de l’esclavage ! Si, ça, c’est une machine, alors Gurathin est…
— Parce que tu crois qu’iel ne le sait pas, peut-être ? » a rétorqué Overse, exaspérée.
Voilà un roman court, (122 pages) dont j'ai beaucoup entendu parler sur les blogs cette année. L'autrice que je ne connaissais pas est américaine et a déjà publié une quarantaine de romans ou de nouvelles de Science-fiction et de fantasy. Ce roman est le premier d'une série et a obtenu plusieurs prix : Prix Nebula du meilleur roman court en 2017 ; Prix Hugo du meilleur roman court et Prix Locus du meilleur roman court, en 2018 et enfin, Prix Bob-Morane en 2020.
L'autrice s'adresse plutôt aux grands ados et aux jeunes adultes. C'est un roman addictif, que j'ai beaucoup apprécié aussi (je dois être restée jeune !). Il est bien écrit, avec du suspense, des rebondissements, de l'action, et beaucoup d'humour, tout ce qui plait aux jeunes et qui fait que l'on ne s'ennuie pas en le lisant.
Le lecteur découvre la manière de vivre des êtres humains sur cette planète et le travail particulier des scientifiques... mais je ne vais pas tout vous raconter pour autant même si le contexte a son importance pour entrer plus facilement dans l'histoire. Le décor est plutôt classique pour un roman de SF. On retrouve des éléments technologiques connus, comme les déplacements en navettes, la régénération des robots, les armes...mais aussi de superbes paysages désertiques ou forestiers, avec des vallées et des montagnes...et une faune forcément inconnue et étrange qui peut devenir dangereuse. Il faut noter que l'autrice va droit à l'essentiel et qu'il n'y a pas de longues descriptions : tout est dit en peu de mots.
Ne vous fiez surtout pas au titre de ce roman, ce robot n'a rien d'un assassin et c'est même tout le contraire. Il est sympathique, attachant et par moment même attendrissant. J'ai aimé l'humour un peu cynique, il faut bien le dire, avec lequel il observe les humains. C'est bien entendu un robot particulier car il est intelligent, un peu désabusé et il est évident pour nous lecteur qu'il s'ennuie à mourir au cours de sa mission, mais, il ne la laisse pas tomber pour autant, quitte à se mettre en danger. Nous sommes heureux d'assister à son évolution personnelle, de voir sa conscience s'éveiller, et de le voir devenir capable de faire ses propres choix.
Ce qui est amusant aussi dans ce roman c'est le fait que les scientifiques le considèrent au départ comme un simple robot mais qu'au fur et mesure des événements, leur ressenti évolue. J'ai beaucoup aimé découvrir la complexité des relations qui se nouent entre eux et les réflexions qui en découlent...Lui qui ne veut surtout pas leur ressembler, finit par éprouver de l'empathie pour les humains et même davantage pour certains d'entre eux, et cela devient réciproque. Ses réflexions à voix haute, sa verve et la naïveté de ses propos lorsqu'il évoque son ressenti ainsi que sa soif de liberté et d'autonomie, le rendent proche de nous. C'est un personnage nouveau dans l'univers sérieux de la SF, car un peu déjanté et son désir d'indépendance crée une très belle surprise.
Et si nos futures entités dotées d'intelligence artificielle ou augmentée devenaient un jour elles-mêmes autonomes et douées de libre arbitre ?
Le roman bien que léger et vite lu, nous offre une véritable réflexion sur l'humanité, et ses limites. Une découverte sympathique à proposer aux ados dès 15 ans.
La lecture de ce premier opus me donne envie de savoir ce que Assasynth va devenir ensuite...et donc de lire au moins le second tome prochainement d'autant plus que ces livres sont très courts. A noter que la série a été adaptée à la TV et diffusée depuis le mois de mai dernier sur Apple TV+ sous le titre : "Murderbot : Journal d'un AssaSynth".
Lire les avis de Fanja ICI et de Keisha ICI (qui présente les 3 premiers opus dans la même chronique).
Et cet opus me permet de participer encore une fois au challenge "Objectif SF 2025" chez Sandrine, un challenge que j'ai un peu / beaucoup laissé tomber par manque de temps...
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"Tu peux rester ici, si tu veux, a-t-elle ajouté. Qu'en dis-tu ?"
Ils se sont tous tournés vers moi, la plupart le sourire aux lèvres. L'un des inconvénients de mon armure, c'est que j'ai tendance à profiter de la visière opaque. Je n'ai plus l'habitude de contrôler mes expressions faciales. Or, à cet instant précis, la mienne devait exprimer un mélange d'horreur et de stupéfaction. Ou de consternation, peut-être.
Décontenancées, Mensah s'est redressée sur son siège. "Aucune obligation, s'est-elle empressée de préciser. C'est comme tu veux.
- Il faut que je fasse ma ronde ", ai-je prétexté. J'ai réussi à quitter la salle de contrôle d'une démarche absolument naturelle, sans donner l'impression de fuir à toutes jambes un troupeau d'hostiles géants.
On a tort de considérer les synthétiques à moitié humains et à moitié machines. L'idée sous-entend que les deux entités fonctionnent indépendamment l'une de l'autre, comme si la part robotique n'aspirait qu'à exécuter les instructions et à remplir sa fonction tandis que la part humaine, privilégiant sa propre vie, ne cherchait qu'à prendre ses jambes à son cou. La réalité est tout autre. Je suis un être à part entière, nageant en pleine confusion sans la moindre idée de ce que je veux. Ni de ce que je devrais faire. Ou même de ce dont j'ai besoin.
"Je sais que tu te sens plus à l'aise avec ton casque opacifié, mais la situation a changé. Nous avons besoin de te voir" a-t-elle dit.
Je n'en avais aucune envie . Maintenant moins que jamais. Ils en savaient bien trop sur moi. J'avais besoin de leur confiance, pour faire mon boulot et les garder en vie. Fini le travail bâclé comme auparavant , avant que quelqu'un cherche à tuer mes clients. Mais ça ne change rien au fait que l'idée ne m'enchante pas le moins du monde. "Il est préférable que les humains me considèrent comme un robot, ai-je répondu...