Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Le chemin m'a paru étrangement plus long que d'habitude. Cette façon qu'a la nuit montante de métamorphoser le connu en inconnu, de fausser les distances et les points de vue, est pleine d'intérêt pour moi . En gagnant des mots, il me semble que j'ai gagné aussi des images, ou du moins la capacité de mieux regarder. Ces nouvelles images entrainent elles-mêmes des impressions neuves et le tout, compose des récits. Je me demande jusqu'où cela va.
Nous sommes sur la Lune vers 2330. Les hommes ont fui leur planète ravagée et ont tenté de reconstituer une existence la plus proche possible de celle qu'ils avaient avant en s'installant dans des cités sous-lunaires bâties dans des tubes de lave gigantesques.
Là, dans une sorte de serre proche de la surface, bien protégée du rayonnement et du froid par des plaques de plexiglass épais, El-Jarline, une jeune humanoïde a bâti une gigantesque ferme. Dans cette cloche protégée des vents et de l'atmosphère glaciale, elle fait pousser des plantes d'ornements et des plantes grimpantes qui parfois deviennent envahissantes. Elle plante aussi des aromatiques ou plantes médicinales, des légumes et des fruits qu'elle soigne avec patience et persévérance. Elle les aide à s'adapter à leurs nouvelles conditions de vie, comme par exemple au manque de pesanteur. Elle a su créer des endroits apaisants proches des milieux connus sur Terre : un petit étang, une rocaille, des endroits ombragés,...où se plaisent à vivre des animaux variés.
Dans son journal de bord, qui est en fait le rapport quotidien de son travail et des soins qu'elle apporte autant sur place à son jardin, qu'aux personnes et animaux qui viennent vers elle, elle consigne tout ce qui peut être important pour le "gouvernement" central.
Aidée par Trym, un chat très intelligent, car modifié, elle vit toute seule dans cet espace confiné, loin de Mut, la plus proche ville. Elle a la capacité de supporter les radiations solaires car elle n'est pas réellement humaine, elle est programmée pour apprendre de son expérience quotidienne, trouver des solutions au moindre problème, interagir avec les humains.
Ainsi, quand on lui demande d'effectuer des rapports moins techniques pour être mieux comprise, elle va aller chercher dans la littérature, d'autres manières de s'exprimer. Mais, ce que personne n'avait prévu, c'est que ces mots nouveaux vont instiller en elle, au fur et à mesure qu'elle les découvre, des sentiments qu'elle ne connaissait pas avant, et qui vont la rendre de plus en plus humaine et lui donner envie d'échanges plus profonds, d'amitiés durables et...d'amour.
Elle s'inquiète du manque de retour du gouvernement car elle a signalé deux problèmes qui lui semblent importants. Tout d'abord, elle a vu une fissure dans le plexiglass du Dôme qui s'agrandit de jour en jour, or si le Dôme de la serre se fissure, il y a un risque de le voir exploser sans prévenir, engendrant inévitablement une dépressurisation dans la serre qui serait fatale à tout être vivant se trouvant sous le Dôme à ce moment-là. Elle a aussi remarqué, aux portes de la serre, la présence d'une plante envahissante, la "minicola" qui semble grandir à vue d'œil et risque d'envahir tout le paysage lunaire.
Mais personne ne lui répond.
Voilà qu'un jour, on lui demande de s'occuper de Sileqi, une toute jeune enfant qui a des dons pour le jardinage et à laquelle elle s'attache inévitablement. Or la petite fille lui est enlevée par la terrible maladie qui sévit dans les cités sous-lunaires, la fièvre aspic.
El-Jarline va vouloir comprendre à quoi est due cette maladie mortelle car elle sait qu'ailleurs dans d'autres cités lunaires, par exemple dans la Cité Franche du Grand Large de l'autre côté de la lune, là où il fait toujours sombre, la maladie n'existe pas. Elle va décider de s'y rendre pour en apprendre davantage. Mais le voyage n'est pas sans risque et surtout, elle va comprendre peu à peu que quelqu'un lui veut du mal.
Est-elle est trop proche de la vérité ?
Je suis nativement douée pour reconnaître les images et les sons. J'ai aussi les compétences techniques nécessaires pour conduire un écosystème vers son équilibre. Il est étrange que le seul fait d'avoir amendé avec des mots ce substrat simpliste ait fait éclore des images qui ont engendré des sensations, des émotions et, enfin des sentiments...
Cette avalanche de mots m'a transfigurée...
Je regarde la ferme dans son automne, l'herbe roussie de feuilles mortes, les frondaisons éclatantes de la petite forêt, et un sentiment de fierté m'envahit...
Les mots sont des ponts, les mots sont des passages, les mots sont des mains qui se tendent et vous tiennent au-dessus du vide.
Voici une autrice de Science-Fiction dont je n'avais jamais entendu parler mais qui m'a été conseillée par les bibliothécaires. Ce roman a été finaliste du prix SGDL des Littératures de l'imaginaire.
Si le départ du roman est surprenant, il n'en est pas de même au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture.
J'ai aimé découvrir la plume visuelle et très poétique de l'autrice et la manière avec laquelle elle nous fait pénétrer dans cet univers totalement inconnu où les robots devenus fous sont lâchés dans la nature sans être réparés, et où les humains apparaissent comme très diminués par rapport à eux.
L'autrice emploie un ton plutôt ironique pour décrire cet environnement peu accueillant mais elle nous décrit des situations qui arrivent à nous émouvoir. Il faut dire aussi que beaucoup de nostalgie transparaissent à travers les lignes. Les hommes n'ont rien appris du passé, ni des conséquences de leur agressivité, ni de leur manque de respect du vivant, ni de leur égocentrisme.
Et, El-Jarline est une humanoïde très attachante qui nous apparait plus humaine que les humains. Ce que j'ai aimé chez elle et qui explique que ce roman soit addictif pour moi, mais sera peut-être trop contemplatif pour d'autres lecteurs, c'est sa façon bien à elle d'être heureuse de la moindre petite chose qui lui arrive dans sa vie quotidienne. Le bonheur simple de voir une fleur s'épanouir, un oiseau ou un insecte voleter de branche en branche, des enfants courir dans les allées. Sa passion pour les plantes, et les soins qu'elle apporte aux différentes espèces végétales ou animales, la rendent très proche de nous. Au fur et à mesure du récit, elle nous ravit avec ses réflexions profondes sur les humains et l'humanité, ses conseils judicieux, ses inquiétudes et ses questionnements incessants.
Elle cherche qui elle est et pourquoi des sentiments nouveaux l'envahissent, et elle va réussir à communiquer différemment avec ceux qu'elle aime.
Quant aux autres personnages, je vous laisse les découvrir par vous même...
C'est un roman de Science-Fiction que j'ai beaucoup aimé et qui me permet de participer encore une fois au challenge "Objectif SF 2025" organisé par Sandrine (voir ICI).
Lire l'avis de Keisha ICI qui en a fait un coup de coeur.
Et en plus je trouve la couverture absolument magnifique !
Seulement, si le regard humain disparaissait, il ne laisserait pas derrière lui beaucoup de regrets. Sans compter qu'il ne laisserait pas derrière lui grand monde pour le regretter.
Je crois que je supporte de plus en plus difficilement l'inconséquence d'un peuple qui regrette sans fin d'avoir ruiné une planète entière, et qui n'a rien retenu de la leçon. Trym, de son côté, estime que c'est moi qui deviens inconséquente. Il a probablement raison. Auparavant, la légèreté humaine n'était pour moi qu'une note de bas de page...