Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Aujourd’hui encore, je réalise combien ces terres ingrates me sont pénibles à traverser. Ce sont des terres où pendant des siècles les hommes se sont pendus de désespoir dans des granges sombres comme des ventres, et où les femmes, vaincues par l’épuisement, les grossesses sans fin et l’absence d’amour, ont un jour préféré le creux d’un puits ou d’un étang.
Du jour où j’ai pu vivre ailleurs, j’ai choisi des lieux où la vie ne s’arrête jamais, rassuré par la disponibilité, l’abondance des êtres et des choses, par l’illusion des innombrables possibles à portée de main, et par l’irremplaçable liberté de l’anonymat.
Quand j'y songe, je me dis que je n'aimerais pas trop rencontrer un type comme moi.
Le célèbre pianiste François Vallier découvre par hasard, suite à un message sur son site, que la jeune femme qu'il a tant aimée, mais qu'il a abandonnée dans des circonstances dramatiques il y a trois ans, est internée dans un hôpital psychiatrique au cœur des Pyrénées.
Il annule tous ses concerts et rendez-vous, part sans donner d'explications à sa nouvelle compagne, pour la retrouver dans ce village où elle vit depuis toutes ces années.
Lorsque François est parti précipitamment, pour une tournée au Japon déjà remise à plusieurs reprises, le frère de Sophie n'a jamais voulu lui donner de nouvelles de la jeune femme, ni lui dire l'endroit où elle vivait quand il est rentré.
Pétri de culpabilité depuis trois ans, il décide de se regarder en face, de renouer avec ce qu'il est vraiment et de revivre en pensée, la vie qu'il a eu avec Sophie, et avec tous les êtres qui comptaient pour elle, comme le luthier chez qui elle travaillait par exemple, tout cela pour mieux la comprendre et peut-être arriver à l'aider.
Depuis qu'elle est murée dans le silence de sa chambre, la seule chose qui semble la relier à son passé, et à lui, c'est qu'elle écoute sans cesse les enregistrements de ses concerts de Schumann.
Et, sur un grand mur, elle peint, se rappelant peut-être en recouvrant les murs de blanc, puis de noir, qu'elle a un jour été un grand peintre...
En peu de pages (142 pages) Gaëlle Josse réussit à nous faire entrer dans la vie de ces deux personnages, sensibles et meurtris par la vie. Elle nous fait vibrer au rythme de leur musique intérieure, et nous découvrons sous sa plume merveilleusement sensible, deux êtres fragiles aux vies désaccordées...par leurs erreurs, leurs renoncements, les non-dits...et surtout le silence.
C'est superbe !
Avec Sophie, j’ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. Jamais je n’ai été aussi désarmé qu'aujourd'hui, ni plus serein peut-être.
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