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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 16:39
Les heures silencieuses / Gaëlle Josse

Au XVII° siècle, la vie de Magdalena semble bien réglée dans la petite ville de Delft, en Hollande où elle vit avec ses enfants et son époux.

 

Celui-ci est très pris par son travail car il est administrateur de la Compagnie des Indes orientales.

 

Elle avait rêvé de succéder à son père, étant l'aînée d'une famille de cinq filles ! Mais en ce temps-là ce n'était pas possible pour une fille de travailler dans le commerce. C'est donc son mari qui tout naturellement a pris la suite.

 

Décue, elle a accepté de fonder une famille et tient avec rigueur et sérénité tout son petit monde.

 

Un peintre vient de réaliser un tableau, montrant l'intérieur de sa maison. Personne ne comprend pourquoi elle a choisi d'être représentée de dos, à son épinette (un instrument de musique à clavier).

 

Dans son journal intime, où elle raconte la douleur encore vive qu'elle ressent suite à la perte de son dernier-né et les bouleversements de sa vie amoureuse qui lui ont succédé, elle explique pourquoi elle n'a pas voulu montrer son visage.

Il y a tant de choses qu'elle porte sur son coeur et qu'elle cache à tous.

 

Son journal intime va les dévoiler au lecteur...

 

 

Mon avis

 

Il s'agit d'un premier roman écrit par un auteur qui promet, je vous l'assure, de nous surprendre.

 

Ce n'ai pas un livre récent car il est paru en 2011 (déjà !) mais je l'avais noté dans ma liste de livres à lire absolument, comme d'ailleurs ses autres romans.

C'est chose faite et sans regrets...

 

L'auteur part du tableau qui illustre la page de couverture et imagine l'histoire de cette jeune femme mystérieuse, vue de dos.

Le tableau est celui du peintre Emmanuel De Witte et s'appelle :"Interior with a Woman at the Virginal" (= Intérieur avec femme à l'épinette).

 

L'auteur nous livre ici un beau portrait de femme.

Elevée dans une famille riche et aimante, admirée par son père qui l'a emmené partout avec lui, elle a appris tout ce qui était nécessaire à son éducation de jeune fille bien-née. Elle nous raconte le plaisir de ses découvertes, les heures passées avec son père, avec qui elle avait une relation privilégiée, à parcourir au milieu de l'équipage, les ponts des bateaux à peine de retour des Indes.

 

Elle a tout pour être heureuse, pourtant "les heures silencieuses", ce sont celles que Magda passe dans la solitude de sa chambre, à se souvenir de ses enfants trop tôt disparus, de ses espoirs déçus, des enfants restés auprès d'elle qui grandissent et vont bientôt la quitter pour bâtir leur vie...

 

Est-ce uniquement les femmes se demande-t-elle qui ont l'esprit occupé par ces questions et se tracassent toujours du lendemain ?

 

Que lui restera-t-il, alors qu'elle n'a que 36 ans, lorsque ses enfants auront quitté le nid ? La confiance de son époux ? La fierté qu'elle éprouve pour chacun d'eux ?

 

L'extrait du journal dure à peine plus d'un mois. Il débute le 12 novembre 1667 et se termine le 16 décembre de la même année.

 

L'écriture est superbe, à la fois simple, poétique et pleine de sensibilité.

Le lecteur pourrait penser qu'il s'agit d'un journal authentique écrit au XVII° siècle tant l'écriture semble proche de la réalité.

 

Laissez-vous guider à l'intérieur du tableau...

 

L'auteur nous fait entrer par petites touches colorées et parfumées et d'une manière tout à fait originale dans cette époque lointaine et ce pays méconnu, au coeur d'une famille aisée, dans l'intimité d'une femme d'avant-garde (plutôt "féministe") qui cherche un sens à sa vie de femme.

 

A lire absolument.

"Je m'appelle Magdalena Van Beyeren. C'est moi, de dos, sur le tableau. Je suis l'épouse de Pieter Van Beyeren, l'administrateur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Delft, et la fille de Cornelis Van Leeuwenbroek. Pieter tient sa charge de mon père.
J'ai choisi d'être peinte, ici, dans notre chambre où entre la lumière du matin. Nous avançons vers l'hiver. Les eaux de l'Oude Delft sont bleues de gel et les tilleuls, qui projettent au printemps leur ombre tachetée sur le sol, ne sont aujourd'hui que bois sombre, et nu.
Pour oiseaux, nous n'avons que corbeaux et corneilles, ils sont les seuls à se plaire par ce temps. Leur cri me glace et il me tarde de revoir sur les bords du canal cette couleur tendre de vert mêlé de jaune, celle des premières feuilles du printemps.
La traversée de l'hiver demande patience. Ce n'est qu'une saison à passer, mais je remarque, et chaque année davantage, combien l'angoisse m'étreint, sitôt disparue l'ardeur des rouges et des ors de nos mois d'automne. Cet aveu m'apaise, car nous abritons en nous quantité de souvenirs et de réflexions ; il ne se trouve personne pour les entendre, et le coeur s'étouffe à les contenir."

 

Ainsi débute le roman...

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