Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Encore une chose Lambert, les livres ne sont nécessaires qu'à leurs auteurs... et, dans de rares cas, à leurs éditeurs.
Lambert Delville est un écrivain talentueux qui a obtenu le Prix Femina pour son roman "Le Voyage parallèle".
Mais c'est difficile de tenir sur la durée dans le monde de l'édition. Seize ans après, plus personne ne s'intéresse à lui et les soirs de dédicace en librairie, il ne voit plus aucun lecteur s'approcher de sa table.
Et voilà que son éditrice lui confirme ses doutes en lui annonçant qu'elle ne publiera pas son dernier manuscrit, "L'éclipse", qu'elle juge carrément "mauvais" et inintéressant pour les lecteurs d'aujourd'hui.
Sophie, sa copine, profite de cet instant déstabilisant pour le quitter, car elle n'en peut plus de le trouver constamment dépressif. Il décide alors de suivre le conseil de son éditrice et de partir en mer sur son bateau...mais, alors qu'un violent orage approche, il fait naufrage tragiquement et disparait en Mer Egée.
Dès cet instant, le monde de l'édition se réveille, sa disparition devient l'occasion de rééditer son oeuvre. Les ventes de ses livres s'envolent et tous les médias lui rendent un bel hommage...
A part que...Lambert s'est réfugié dans une petite île de pêcheur paradisiaque où il n'y a que peu d'habitants, la mer et le soleil. Il découvre tout cela bien installé devant la TV dans le petit cabanon où il coule des jours heureux, quoi que..."tourner la page", oublier Paris et le passé, recommencer ailleurs, ce n'est pas donné à tout le monde, et donc...je ne vais pas vous raconter la suite, non n'insistez pas, vous ne saurez rien de plus mais tout ce que je peux vous dire c'est que rien ne se passera comme prévu.
J'ai redécouvert ZEP que je connaissais pour ses œuvres jeunesse, en lisant "Ce que nous sommes", présenté ICI sur mon blog. Ce dernier album graphique, que j'ai reçu grâce à la dernière Masse critique de Babelio (que j'en profite pour remercier ici, ainsi que l'éditeur), est dans la même veine.
C'est une véritable découverte en vérité car ce que nous offre ZEP est un changement radical. Il ne se cache plus uniquement derrière l'humour qu'on aimait tant pour faire passer son message. Il nous offre un récit plus intime et nous invite à des réflexions intéressantes sur le monde qui nous entoure.
J'ai été happée par l'histoire tant le récit est captivant et riche en rebondissements (mais je ne vous dirai pas pourquoi !). Il nous parle de la difficulté d'être un écrivain aujourd'hui. Le monde de l'édition est un monde à part, cruel et injuste, qui subit de plein fouet les lois du marché. Ce monde-là plutôt fermé a aussi ses jalousies, ses trahisons, ses vengeances...
L'auteur s'attache à nous montrer tous ces travers mais ce qui est surtout intéressant c'est de voir comment l'auteur réussit à faire parler les proches. L'éditrice dira de lui : "Un grand auteur ne meurt jamais, ses mots sont éternels". Son ex pleurera son absence, même ses concurrents trouveront les moyens de ne pas être laisser de côté dans ce battage médiatique. Tous vont contribuer à bâtir une image de lui différente de ce qu'il a été et c'est elle qui finalement restera à la postérité.
C'est intéressant de voir le processus se mettre en place...car ce récit est l'occasion de réfléchir sur la vie d'auteur aujourd'hui, sur le succès et les passages à vide et sur les conséquences humaines de l'oubli.
J'ai beaucoup aimé le graphisme. L'auteur a choisi la technique de l'aquarelle pour illustrer son histoire et ses aquarelles pleine page, tout comme celles qui composent les vignettes sont d'une douceur incroyable. Je les ai trouvé magnifiques en particulier celles qui décrivent la vie sur cette île de pêcheurs paradisiaque où Lambert Delville a trouvé refuge. De plus comme toujours, les personnages sont croqués à merveille, leur ressenti est visible sur leur visage et complète parfaitement le texte. Les scènes parisiennes alternent avec les scènes se passant en mer ou sur la petite île ce qui donne envie au lecteur de poursuivre la découverte.
Et la fin à laquelle on ne s'attendait pas nous cueille par surprise... non sans un dernier petit clin d'humour que nous connaissons bien venant de ZEP.
Cette première lecture du mois de mai me permet de participer pour la première fois cette année, au BookTrip en mer de Fanja (saison 3 / version 2026 donc) qui durera jusqu'en novembre.
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Être mort ça s'apprend. On peut glisser du paradis à l'enfer, si l'on n'y prend garde.
Il faut enterrer le passé.
Ou le brûler...et laisser le vent en emporter les cendres.