Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
La première fois que j'ai obéi à Ab Stenson, je n'ai pas vu qu'elle était belle. D'ailleurs je n'ai pas compris que c'était une femme avant un moment, vu qu'elle portait des habits d'homme, le cheveu court, et qu'elle était si sale que seul un homme - du moins je le pensais à l'époque - pouvait traîner un col noir de crasse comme le sien et des paquets de poussière rouge au creux de chaque pli du visage.
Nous sommes dans l'Ouest américain dans les années 20.
Lorsqu'une femme hors la loi, qu'il prend pour un homme, débarque chez lui alors qu'il est seul à la maison, Garett 16 ans est terrorisé. Le shérif et ses hommes sont à ses trousses et il va tenter de leur faire comprendre qu'elle est derrière lui, planquée dans sa maison et qu'elle le menace avec son fusil.
Ce qu'il ne sait pas encore c'est qu'elle vient de braquer une banque.
Cette femme, Ab (Abigail) Stenson réussit à s'enfuir en emmenant l'adolescent avec elle.
Au départ terrifié, Garett va petit à petit faire connaissance avec sa ravisseuse. Ils vont prendre des chemins détournés pour éviter leurs poursuivants, et il va finir par mieux la comprendre et même s'attacher à elle. Car si elle se comporte comme un homme et s'habille comme un homme c'est parce qu'elle est libre et, si elle a braqué cette banque c'est pour assurer l'avenir de Pearl, sa petite fille, qu'elle a laissé aux bons soins de Jenny, sa protégée.
Ce qu'elle veut aussi c'est que Jenny ne travaille plus que comme danseuse, et ne "monte" plus avec les hommes de passage, dans le saloon où elle est hébergée.
Ab est une femme meurtrie depuis son enfance. Elle ne tue que si elle ne peut pas faire autrement et pour sauver sa propre peau.
Elle va emmener Garett, loin de chez lui et de son père violent. Le jeune homme est fasciné par ce personnage hors norme et il est prêt à la suivre au bout du monde.
Abigail va lui montrer ce qu'est la vraie vie. C'est un cadeau qu'elle lui fait car au fond, elle l'aime bien. Elle lui montre qu'il peut lui- aussi avoir la liberté de vivre comme il l'entend. Grâce à elle, il découvrira l'amitié avec Will, vivra son premier amour avec Jenny, et appréciera la tendresse de la petite Pearl qui lui rappelle celle de sa petite soeur, qu'il a laissé derrière lui.
Mais il découvrira aussi que tout n'est pas rose quand on veut vivre libre et que certaines personnes mal intentionnées, sont à leur trousse, certaines pour se venger.
Mais... je ne vais pas tout vous raconter !
Will était né dans une forêt d'Oklahoma, entre deux terres - celle des Cherokees et celle des Blancs.
Sa mère disait que la forêt avait cet avantage de n'appartenir à personne sauf aux bêtes sauvages et à ceux qui les respectaient. Les tracés étaient flous, et la forêt immense.
La solitude c'est précieux mais ça fait mal. Et au bout d'un moment on peut plus s'en passer, mais ça continue de faire mal.
Voilà un roman à l'ambiance très cinématographique, style western, très réussi car il sonne juste à chaque page.
Je ne savais pas que Marion Brunet avait écrit ce genre de roman d'ambiance et d'aventure pour adolescent (à lire à partir de 14 ans) et je l'avoue je me suis régalée en le lisant. Je dois être restée une grande ado ou bien ce sont des réminiscences de mes années de travail en tant que bibliothécaire et enseignante-documentaliste (?!) mais plaisanterie mise à part, pour moi ce roman initiatique est une réussite totale, parfaite pour réfléchir ensemble avec nos ados sur la notion de choix et de liberté.
Dès les premières pages, j'ai été happée par l'histoire car l'autrice sait nous embarquer dans un roman prenant et terriblement humain.
On y retrouve forcément comme dans tout western qui se respecte, une hors la loi libre de faire ce qu'elle veut, mais au coeur tendre, un saloon (et un bordel), un shérif pas toujours clean, des hommes vite vexés qui ne chercheront qu'à se venger surtout parce qu'ils ne supportent pas qu'une femme leur fasse la leçon et tire plus vite qu'eux et bien entendu, des bagarres, des armes à feux et beaucoup de rebondissements et d'émotion.
Le personnage d'Abigaïl est très intéressant. C'est un beau portrait de femme libre que nous brosse l'autrice. C'est une femme rebelle, mais tellement humaine. Elle le cache sous une apparence rude pour ne pas sombrer elle-même et tenir compte de ses émotions. Elle est apparemment indomptable et impossible à garder par ceux qui l'aiment car elle ne rêve que de voyages et de liberté...
Marion Brunet est la lauréate du prix commémoratif Astrid Lindgren 2025 (Astrid Lindgren Memorial Award) qui est la récompense internationale la plus prestigieuse pour la littérature jeunesse.
Ce roman pour adolescents a reçu la Pépite d'or 2019 du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil.
N'hésitez pas à le lire avec vos ados pendant les vacances !
Je n'ai jamais été amoureux d'Abigail Stenson. La fascination qu'elle exerçait sur moi était d'un autre ordre. Peut-être que j'aurais aimé lui ressembler, peut-être qu'elle incarnait tout ce qu'on m'avait appris à détester. Je ne sais toujours pas exactement.
Elle était effrayante et cela me rassurait. C'était comme être du bon côté du fusil, malgré les apparences.
Que les choses soient claires : si Stenson n'avait pas déjà été abattue, chassée ou violée à cause de sa façon de vivre, je suis persuadé que c'est parce qu'elle était mère. Ce qui faisait que Carson et la plupart des types qui traînaient au saloon supportait qu'elle fume, crache, porte jean, chemise et cheveux courts, c'est parce qu'elle avait donné la preuve de son rôle dans le monde. Elle s'était couchée sous un homme et avait enfanté dans la douleur. Elle ne respectait pas les règles, c'est vrai, mais elle avait obéi à la plus importante. C'était ce qui la rendait libre, aussi ambivalent ou absurde que ça puisse paraître.
Nous y voilà. Ce n'est pas qu'elle ait tué, le pire. Ce n'est pas qu'elle ait vidé des coffres de banque. Que Stenson ait choisi de porter un pantalon, une chemise, et de vivre une vie d'homme, ça, personne ne lui pardonne.