Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Le Grand Jeu / Céline Minard

Rivages, 2016

Rivages, 2016

On peut se faire une promesse à soi-même. Parce que dans le jeu de la promesse, la seule règle, et généralement la seule difficulté, c'est de la tenir.
La promesse est-elle la méthode elle-même ?

Une jeune femme dont on ne connaitra jamais le nom s'installe volontairement dans un refuge de montagne pour s'isoler du monde sur une parcelle qu'elle vient d'acquérir.

Elle a fait bâtir elle-même ce refuge sur un pic montagneux à près de 3000 mètres d'altitude, au milieu de nulle part avec vue sur la vallée et sur les montagnes. Elle a tout prévu dans ce logement higt-tech : un salon confortable, un coin cuisine, un endroit pour dormir et des ouvertures pour admirer la vue, ainsi que des panneaux solaires et un système ingénieux pour récupérer de l'eau pour la douche et les sanitaires...

Elle s'impose une discipline de fer au quotidien : de très longues marches qu'elle balise avec des cairns et de l'escalade, avec la création de nouvelles voies. Elle pêche dans le lac proche et installe un vivier, cultive un jardin potager pour avoir des légumes frais, et vivre ainsi en totale autarcie. Elle coupe des arbres pour préparer le bois pour l'hiver et travaille jusqu'à épuisement. Mais elle s'offre de temps en temps un bon thé tout en écoutant de la musique. Par contre, elle boit beaucoup trop. D'ailleurs ses réserves de rhum semblent inépuisables.

Elle installe aussi une plateforme au milieu des falaises pour pouvoir bivouaquer de temps en temps loin de son refuge et dormir à la belle étoile ce qu'elle fait aussi parfois dans son jardin. 

Vous l'aurez compris ce qu'elle veut avant tout c'est se mettre elle-même à l'épreuve, vivre dans des conditions extrêmes de solitude mais aussi de danger...

A travers cette vie quotidienne à la fois rude et agréable, elle veut découvrir ses propres limites et répondre à une question pas si simple que cela "Comment vivre ?". 

Alors que les jours s'écoulent sans difficulté, elle découvre qu'elle n'est pas seule dans ses montagnes, qu'une ermite "cohabite" avec elle, détruisant ses cairns au passage, démontant ses voies pourtant réalisées avec soin...

Qui est-elle et que veut-elle ? 

L'attention est une capacité de l'esprit à se rendre disponible, à rassembler ses forces et à les mobiliser pour résoudre le problème qui se présente. Mais que se passe-t-il quand l'attention ne se concentre sur aucun problème ? Quand elle s'occupe de la respiration par exemple, la respiration devient-elle un problème ?

Que vous dire sur ce roman singulier qui est une sorte de "récit survivaliste", sinon que j'ai l'impression d'être passée totalement à côté. Pourtant je l'ai découvert avec curiosité et je l'ai lu jusqu'au bout. 

Ce qui est positif c'est que l'autrice écrit bien. Ses descriptions de la montagne, du lac, des forêts et des hauts sommets, ses randonnées dans les pierriers m'ont beaucoup plu. J'ai beaucoup aimé aussi ses descriptions des éléments déchainés, que ce soit l'orage de grêle ou la chaleur extrême, et celles du silence à peine perturbé par le bruissement du feuillage, le sifflement du vent ou les pas des animaux... 

Le problème n'est pas là.

Tout d'abord même si j'ai aimé son questionnement de départ, très vite, il est devenu lassant. Il y a trop de questions, séparément intéressantes mais leur juxtaposition, leur nombre et leur répétition nuit à chacune d'elles. 

Je ne me suis pas du tout attachée à l'héroïne. Elle est pleine de contradictions, et cela pourrait nous la rendre plus sympathique, mais elle m'a trop fait pensé à une petite "bourgeoise" désœuvrée tenant à son confort, mais qui veut nous faire croire qu'elle a des pensées profondes sur tout, sur la nature (qu'elle découvre en fait et dont elle a peur), sur la vie et les autres êtres humains. Sa devise, qu'elle répète à plusieurs reprises dans le roman, est :  "Tous les matins il faut se souvenir qu'on rencontre un ingrat, un envieux, un imbécile". Elle a donc une très haute idée d'elle-même et est assez imbue de sa personne, c'est le moins qu'on puisse dire et c'est ce qui ne m'a pas plu du tout dans ce personnage. 

Autres points que je n'ai pas aimé,  elle vante la pleine solitude mais elle loge dans un abri 5 étoiles dont il a fallu tout de même payer cher l'installation et le transport des matériaux par hélicoptère. J'aurais davantage trouvé le personnage crédible si elle s'était installée dans la cabane de berger déjà présente sur les lieux. Elle pouvait avoir les mêmes activités de plein air en vivant plus simplement, je trouve et aurait pu méditer de la même manière et se questionner sur la vie...

Elle vante une vie simple et naturelle, mais elle est montée dans son refuge avec un stock d'alcool fort et de substances illicites...donc je ne vois pas comment elle peut affirmer ensuite que sa vie est "sous contrôle". 

Je rajouterai à ce tableau, le fait que je n'ai pas aimé le mépris dont elle fait preuve et qu'elle n'arrive pas à cacher lorsqu'elle découvre l'existence de l'ermite qu'elle surnomme "tas de laine" ni son comportement dans la cabane, alors qu'elle s'aperçoit qu'elle est habitée par une marmotte (je ne vous donnerai pas les détails...). J'ai trouvé son comportement limite "malsain".  

Le fait que leur relation évolue ensuite positivement, que l'ermite soit capable de la surprendre, tout en restant mystérieuse, n'a pas réussi à réhabiliter l'héroïne à mes yeux. 

De plus, j'ai trouvé beaucoup d'incohérence dans les propos : les bambous ne peuvent pas former une haie aussi rapidement, ni les pêchers produire des pêches juteuses en un été ou les légumes pousser aussi vite surtout à cette altitude ! 

C'est donc bien que certains passages du roman sont imaginés sous l'emprise de l'alcool ou autre substance illicite, ou bien rêvés. Je me suis demandé d'ailleurs si l'ermite existait vraiment, et si ce n'était pas symboliquement un double, et donc un autre "moi" de l'héroïne qui l'emmènera beaucoup plus loin que ce qu'elle pensait, et même la poussera à se mettre en danger...

En conclusion, le message de l'autrice nous dit que "Le grand jeu" c'est le grand saut vers l'inconnu, vers demain, vers la vie...celui qui nous oblige à abandonner nos certitudes, notre vie actuelle pour avancer. C'est un beau message n'est-ce pas, mais je n'ai pas été convaincue par la manière dont elle veut nous le prouver.

J'ai donc un avis mitigé sur ce roman et sur ce personnage trop égocentré que je n'ai pas du tout aimé, et pour lequel je n'ai ressenti aucune empathie.  

Je ne sais plus qui dans mon entourage ou la blogosphère m'a vanté les mérites de cette autrice en tous les cas, c'est bien moi qui l'avais mise dans mes listes de la médiathèque, mais je crois que je ne suis pas prête à poursuivre pour l'instant la découverte de ses autres écrits. 

Heureusement, c'est un roman court qui ne fait que 192 pages. Sa lecture me permet de participer à un nouveau challenge, "Les gravillons de l'hiver", conditions de participation, ICI, sur le blog de "La petite liste". 

Bonne lecture

Bonne lecture

C'est un fait. Dès que je vois un humain, j'ai l'idée d'une relation entre lui et moi. Je m'en rends compte. Je ne peux pas faire comme s'il n'existait pas. Encore moins dans la positon isolée dans laquelle je me trouve. Que j'ai choisie. Dans laquelle je m'exerce et cherche à savoir si on peut vivre hors jeu, en ayant supposé qu'on le peut et que c'est une des conditions requises pour obtenir la paix de l'âme. C'est une hypothèse que j'ai faite et que je m'efforce de vérifier.

Peut-on se porter secours à soi-même ? Peut-on agir envers soi comme envers un étranger ? Peut-on prendre ses distances, se tenir à distance de soi-même ? Comme le danger qu'on est, qu'on représente. Se porte-t-on secours en s'éloignant, en se décollant, en désadhérant de ses états? ...
Est-ce que c'est le risque à prendre ? Se perdre, se déprendre ? Le risque à prendre pour se sauver ?

Si s'éloigner des humains c'était céder à l'affolement ? Refuser de prendre le risque de la promesse, de la menace. Refuser de le calculer, de le mesurer, de s'en garder. Si la retraite (le retirement), c'était jeter le risque du côté du danger, définitivement ? Si c'était choisir la peur, la panique, se choisir un maître ? Se laisser dévorer par la promesse et la menace, sans même qu'elles s'annoncent ? Vaut-il mieux s'éloigner du danger ou tenter de le réduire ? A quelle distance une relation humaine n'est-elle qu'un risque ? A quelle distance est-elle inoffensive ?

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
Alors moi, j'ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Il y a un billet sur mon blog si tu veux voir un avis différent. ;-)
Répondre
S
en bas à droite du blog, tu as la liste des titres :-)
M
Je n'ai pas trouvé ta chronique mais bon par contre j'ai vu que tu avais lu "Richesse oblige" alors je t'ai rajouté en lien sur mon article du jour !!!
M
Je vais venir te lire avec grand plaisir....
C
EN lisant ton début de billet, je me suis dit, oh, elle n'a pas été convaincue... et la suite l'a confirmé! en effet, c'est contradictoire et, pardon, complètemnet c*n. Le coup du chalet 5* et tout le toutim franchement... je passe, je passe!
Répondre
A
De l'auteure, je n'avais pas du tout aimé Plasma, ni Failli être flingué.
Répondre
M
Du coup tu ne me donnes pas du tout envie de poursuivre la lecture de ses oeuvres...
S
Le personnage semble totalement contradictoire et avoir des motivations d'enfant gâtée à sa sorte de "retraite". Je ne le note pas (et mes listes te disent merci car j'ai souvent du mal à résister aux récits de montagne!).
Répondre
G
Tant pis !
Répondre
F
Dommage, ça semblait prometteur. L'idée de l'intrigue m'intéressait et j'ai toujours été curieuse de l'écriture de l'autrice qui recueille souvent des éloges. Mais bon, on dirait qu'il vaudrait mieux que je commence par un autre roman pour la découvrir.
Répondre
A
Il y a des livres dont on sort un peu écoeurée. Cela m'est arrivé avec un auteur dans les années 1980. Je n'ai plus jamais lu ses livres. Heureusement il existe tant d'autres auteurs. Bises
Répondre
B
A oublier très vite.
Répondre
M
Merci de nous donner tes impressions qui, d'après le résumé que tu présentes au début, m'avaient déjà effleuré l'esprit. Je t'admire de lire tant de livres, surtout lorsqu'ils ne te plaisent pas totalement !
Répondre
L
Merci pour la découverte. Bisous
Répondre
G
J'avais lu et détester "faillir être flingué" de cette même autrice... <br /> Donc ce roman qui peut-être alléchant sur le papier, vu ton avis et mon expérience avec cette autrice, je vais le fuir à toutes jambes !
Répondre
M
On m'a conseillé ce titre mais tu n'es pas la première à me dire que tu ne l'as pas aimé alors je crois que pour l'instant je vais laisser tomber l'auteur.
A
Une belle lecture, merci pour le résumé.
Répondre
C
je ne lirai pas ce livre, ta chronique est super, comme toujours et ton ressenti je le partage même sans avoir lu le bouquin, ce soit disant "vivre en autarcie" alors qu'elle s'est fait construire un mini palace, boit tant etc etc......on est bien loin des "vrais" qui vivent ça<br /> une héroïne antipathique<br /> bonne journée à toi<br /> bisous<br /> patricia
Répondre
A
Au moins, la plume était jolie.Cela permet de terminer un peu plus facilement des livres qui sur certains points nous rebutent. L'héroïne a l'air trop imbue d'elle-même pour moi ou du moins, trop peu sympathique et honnête avec elle-même pour que je tente mais je pense que j'aurais apprécié la dimension immersive de l'histoire.
Répondre
A
Je suis allée à une rencontre où l'autrice présentait son livre ; je ne suis pas étonnée de ton ressenti, j'ai eu le même en l'écoutant en parler. Une certaine froideur, manque d'empathie pour le personnage et au final je n'ai pas compris ce qu'elle avait voulu faire. Je n'ai pas eu envie de la lire.
Répondre
M
Compte tenu ce que tu as découvert de cette autrice je ne me forcerai pas à le lire, ce livre semble un concentré de contradictions !<br /> Merci Manou, tu as été courageuse d'aller au bout !<br /> Ton petit Titi est une merveille.<br /> J'ai eu une gastro, j'ai été fattiguée mais comme je ne sors pas beaucoup je n'ai pas grand chose à reconter !<br /> Bises +++++++++
Répondre
D
Quand je lis ton ressenti, je me dis que c'est un livre que je ne lirai pas. L'héroïne me paraît très agaçante, et je vois avec les extraits choisis qu'elle se pose beaucoup de questions, sans vraiment sembler expérimenter les choses pour les ressentir de l'intérieur. C'est une sorte de "retour" à la nature d'une "bobo" qui semble ne pas vraiment s'y connaître. Comme toi, j'ai l'impression que l'ermite pourrait bien être son double pour la faire évoluer.
Répondre
B
Compte tenu de ton ressenti, je ne m'attarderai pas à lire ce roman...<br /> Merci beaucoup Manou pour mon anniversaire hier et tu es toute excusée. Bisous et bon mercredi
Répondre
V
Ha dommage, l'idée du livre était belle, mais ce que tu en dit ne donne pas envie de le lire... Gros bisous Manou. cathy
Répondre
J
à noter intéressant<br /> <br /> nota pour mo n petit problème pour la mise en place des commentaires, je remarque que sur l'ordi portable d'où je t écris, je vois mieux je vais essayer de régler la luminosité du PC grand modèle dont je me sert plus couramment <br /> amitiés
Répondre