Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
On peut se faire une promesse à soi-même. Parce que dans le jeu de la promesse, la seule règle, et généralement la seule difficulté, c'est de la tenir.
La promesse est-elle la méthode elle-même ?
Une jeune femme dont on ne connaitra jamais le nom s'installe volontairement dans un refuge de montagne pour s'isoler du monde sur une parcelle qu'elle vient d'acquérir.
Elle a fait bâtir elle-même ce refuge sur un pic montagneux à près de 3000 mètres d'altitude, au milieu de nulle part avec vue sur la vallée et sur les montagnes. Elle a tout prévu dans ce logement higt-tech : un salon confortable, un coin cuisine, un endroit pour dormir et des ouvertures pour admirer la vue, ainsi que des panneaux solaires et un système ingénieux pour récupérer de l'eau pour la douche et les sanitaires...
Elle s'impose une discipline de fer au quotidien : de très longues marches qu'elle balise avec des cairns et de l'escalade, avec la création de nouvelles voies. Elle pêche dans le lac proche et installe un vivier, cultive un jardin potager pour avoir des légumes frais, et vivre ainsi en totale autarcie. Elle coupe des arbres pour préparer le bois pour l'hiver et travaille jusqu'à épuisement. Mais elle s'offre de temps en temps un bon thé tout en écoutant de la musique. Par contre, elle boit beaucoup trop. D'ailleurs ses réserves de rhum semblent inépuisables.
Elle installe aussi une plateforme au milieu des falaises pour pouvoir bivouaquer de temps en temps loin de son refuge et dormir à la belle étoile ce qu'elle fait aussi parfois dans son jardin.
Vous l'aurez compris ce qu'elle veut avant tout c'est se mettre elle-même à l'épreuve, vivre dans des conditions extrêmes de solitude mais aussi de danger...
A travers cette vie quotidienne à la fois rude et agréable, elle veut découvrir ses propres limites et répondre à une question pas si simple que cela "Comment vivre ?".
Alors que les jours s'écoulent sans difficulté, elle découvre qu'elle n'est pas seule dans ses montagnes, qu'une ermite "cohabite" avec elle, détruisant ses cairns au passage, démontant ses voies pourtant réalisées avec soin...
Qui est-elle et que veut-elle ?
L'attention est une capacité de l'esprit à se rendre disponible, à rassembler ses forces et à les mobiliser pour résoudre le problème qui se présente. Mais que se passe-t-il quand l'attention ne se concentre sur aucun problème ? Quand elle s'occupe de la respiration par exemple, la respiration devient-elle un problème ?
Que vous dire sur ce roman singulier qui est une sorte de "récit survivaliste", sinon que j'ai l'impression d'être passée totalement à côté. Pourtant je l'ai découvert avec curiosité et je l'ai lu jusqu'au bout.
Ce qui est positif c'est que l'autrice écrit bien. Ses descriptions de la montagne, du lac, des forêts et des hauts sommets, ses randonnées dans les pierriers m'ont beaucoup plu. J'ai beaucoup aimé aussi ses descriptions des éléments déchainés, que ce soit l'orage de grêle ou la chaleur extrême, et celles du silence à peine perturbé par le bruissement du feuillage, le sifflement du vent ou les pas des animaux...
Le problème n'est pas là.
Tout d'abord même si j'ai aimé son questionnement de départ, très vite, il est devenu lassant. Il y a trop de questions, séparément intéressantes mais leur juxtaposition, leur nombre et leur répétition nuit à chacune d'elles.
Je ne me suis pas du tout attachée à l'héroïne. Elle est pleine de contradictions, et cela pourrait nous la rendre plus sympathique, mais elle m'a trop fait pensé à une petite "bourgeoise" désœuvrée tenant à son confort, mais qui veut nous faire croire qu'elle a des pensées profondes sur tout, sur la nature (qu'elle découvre en fait et dont elle a peur), sur la vie et les autres êtres humains. Sa devise, qu'elle répète à plusieurs reprises dans le roman, est : "Tous les matins il faut se souvenir qu'on rencontre un ingrat, un envieux, un imbécile". Elle a donc une très haute idée d'elle-même et est assez imbue de sa personne, c'est le moins qu'on puisse dire et c'est ce qui ne m'a pas plu du tout dans ce personnage.
Autres points que je n'ai pas aimé, elle vante la pleine solitude mais elle loge dans un abri 5 étoiles dont il a fallu tout de même payer cher l'installation et le transport des matériaux par hélicoptère. J'aurais davantage trouvé le personnage crédible si elle s'était installée dans la cabane de berger déjà présente sur les lieux. Elle pouvait avoir les mêmes activités de plein air en vivant plus simplement, je trouve et aurait pu méditer de la même manière et se questionner sur la vie...
Elle vante une vie simple et naturelle, mais elle est montée dans son refuge avec un stock d'alcool fort et de substances illicites...donc je ne vois pas comment elle peut affirmer ensuite que sa vie est "sous contrôle".
Je rajouterai à ce tableau, le fait que je n'ai pas aimé le mépris dont elle fait preuve et qu'elle n'arrive pas à cacher lorsqu'elle découvre l'existence de l'ermite qu'elle surnomme "tas de laine" ni son comportement dans la cabane, alors qu'elle s'aperçoit qu'elle est habitée par une marmotte (je ne vous donnerai pas les détails...). J'ai trouvé son comportement limite "malsain".
Le fait que leur relation évolue ensuite positivement, que l'ermite soit capable de la surprendre, tout en restant mystérieuse, n'a pas réussi à réhabiliter l'héroïne à mes yeux.
De plus, j'ai trouvé beaucoup d'incohérence dans les propos : les bambous ne peuvent pas former une haie aussi rapidement, ni les pêchers produire des pêches juteuses en un été ou les légumes pousser aussi vite surtout à cette altitude !
C'est donc bien que certains passages du roman sont imaginés sous l'emprise de l'alcool ou autre substance illicite, ou bien rêvés. Je me suis demandé d'ailleurs si l'ermite existait vraiment, et si ce n'était pas symboliquement un double, et donc un autre "moi" de l'héroïne qui l'emmènera beaucoup plus loin que ce qu'elle pensait, et même la poussera à se mettre en danger...
En conclusion, le message de l'autrice nous dit que "Le grand jeu" c'est le grand saut vers l'inconnu, vers demain, vers la vie...celui qui nous oblige à abandonner nos certitudes, notre vie actuelle pour avancer. C'est un beau message n'est-ce pas, mais je n'ai pas été convaincue par la manière dont elle veut nous le prouver.
J'ai donc un avis mitigé sur ce roman et sur ce personnage trop égocentré que je n'ai pas du tout aimé, et pour lequel je n'ai ressenti aucune empathie.
Je ne sais plus qui dans mon entourage ou la blogosphère m'a vanté les mérites de cette autrice en tous les cas, c'est bien moi qui l'avais mise dans mes listes de la médiathèque, mais je crois que je ne suis pas prête à poursuivre pour l'instant la découverte de ses autres écrits.
Heureusement, c'est un roman court qui ne fait que 192 pages. Sa lecture me permet de participer à un nouveau challenge, "Les gravillons de l'hiver", conditions de participation, ICI, sur le blog de "La petite liste".
C'est un fait. Dès que je vois un humain, j'ai l'idée d'une relation entre lui et moi. Je m'en rends compte. Je ne peux pas faire comme s'il n'existait pas. Encore moins dans la positon isolée dans laquelle je me trouve. Que j'ai choisie. Dans laquelle je m'exerce et cherche à savoir si on peut vivre hors jeu, en ayant supposé qu'on le peut et que c'est une des conditions requises pour obtenir la paix de l'âme. C'est une hypothèse que j'ai faite et que je m'efforce de vérifier.
Peut-on se porter secours à soi-même ? Peut-on agir envers soi comme envers un étranger ? Peut-on prendre ses distances, se tenir à distance de soi-même ? Comme le danger qu'on est, qu'on représente. Se porte-t-on secours en s'éloignant, en se décollant, en désadhérant de ses états? ...
Est-ce que c'est le risque à prendre ? Se perdre, se déprendre ? Le risque à prendre pour se sauver ?
Si s'éloigner des humains c'était céder à l'affolement ? Refuser de prendre le risque de la promesse, de la menace. Refuser de le calculer, de le mesurer, de s'en garder. Si la retraite (le retirement), c'était jeter le risque du côté du danger, définitivement ? Si c'était choisir la peur, la panique, se choisir un maître ? Se laisser dévorer par la promesse et la menace, sans même qu'elles s'annoncent ? Vaut-il mieux s'éloigner du danger ou tenter de le réduire ? A quelle distance une relation humaine n'est-elle qu'un risque ? A quelle distance est-elle inoffensive ?