Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
A 12 ans, Zeno découvre que son grand-père maternel qu'il croyait mort, est bien vivant. Il est vrai qu'il n'a jamais posé la question directement à Agata, sa mère. Elle n'a donc pas eu à le lui confirmer...
Le destin va leur permettre de se rencontrer et de créer un lien durable et inattendu durant l' , le dernier été du siècle. Zeno découvrira ainsi tout un pan de l'histoire familiale qu'il ignorait.
C'est lorsque Vittorio, le père de Zeno, tombe gravement malade (il a une leucémie : "un méchant crapaud") que les événements se précipitent : Agata doit le conduire à Gênes dans une clinique spécialisée. Elle emmène Zeno avec elle. Il lui qui n'a jamais passé un été loin de Capo Galilea où il vit depuis sa naissance avec ses parents et ses grands-parents paternels qui tiennent un restaurant. Lorsqu'ils arrivent à Gênes après des heures de route, Agata découvre qu'elle ne peut le garder auprès d'elle à la clinique et décide de l'emmener chez son père qu'elle n'a pas revu depuis plus de 12 ans lorsqu'elle a quitté le nord de l'Italie pour partir en Sicile avec Vittorio. Elle était alors enceinte...
A Colle Ferro, un petit village de montagne perdu dans le Piémont, et situé au bord d'un lac de barrage qui a englouti l'ancien village, Zeno fait peu à peu connaissance ce grand-père muré dans son silence. Au début, celui-ci n'assure que le strict minimum pour permettre au jeune garçon de supporter la séparation d'avec sa mère. Zeno est le plus souvent seul sauf pour les repas car son grand-père arpente les sentiers de montagne toute la journée. Au début son obsession est de chercher à communiquer avec ses parents pour avoir des nouvelles de son père mais il n'y a pas de réseau au village et son grand-père n'a pas le téléphone. Il réussit à se faire deux amis, Isaac un adolescent solitaire qui a perdu ses parents et vit avec sa tante (l'épicière du village) et Luna, une adorable jeune fille au caractère bien trempé...
Zeno et Simone vont s'apprivoiser, apprendre à se connaître, à compter l'un pour l'autre et l'un sur l'autre : ils découvriront qu'ils ont beaucoup en commun.
C'est un roman à deux voix :
Zeno devenu adulte qui nous raconte son enfance, celle d'un enfant rêveur passionné de BD (et qui deviendra d'ailleurs auteur de BD, une fois devenu adulte). Elle nous conte les imprévus , les doutes, les difficultés à vivre avec un grand-père silencieux, les remarques et les dialogues avec sa mère ou son père, l'angoisse de la maladie, de la perte, mais aussi les jeux et les aventures vécues avec ses amis durant l'été et ce qu'il sait ou comprend des événements passés. De temps en temps Zeno nous donne quelques clés pour mieux comprendre les événements, e .
En parallèle, il y a la voix de En fait il ne s'est jamais autorisé à vivre, hanté par son enfance, par les proches disparus et tous les événements qu'il n'a pas compris, car trop jeune pour les appréhender, mais qui ont été présents en lui tout au long de sa vie, l'empêchant de trouver le bonheur et de rendre ses proches heureux.
Son récit est tout en finesse et sensibilité. De manière un peu décousu comme le sont les souvenirs, il nous conte son enfance, son adolescence puis sa vie d'adulte devenue solitaire à la mort de sa femme et suite au départ d'Agata pour la Sicile.
Grâce à leurs deux voix qui se répondent, le lecteur découvre peu à peu les mystères familiaux, les drames du passé...les liens qui se sont tissés ou désunis, l'intimité de toute une famille secouée par les soubresauts de l'histoire.
Et ce qui devait être pour l'un, le tout dernier été du siècle et pour l'autre un été douloureux, devient un été qu'ils n'oublieront jamais et qui marquera à jamais leur vie.
Au final, c'est un livre très attachant et très humain, roman proche du récit de vie, à la structure beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît...
Il nous parle d'amour, d'amitié, de la complexité des relations humaines entre générations, des non-dits et de la difficulté de parler des vrais problèmes quand on est trop vivement touché par les événements, mais aussi des maladresses qui nuisent au dialogue et à la bonne entente familiale.
Quelques extraits :
"Je compris qu'il y avait chez mon grand-père un univers entier de silence et que je l'avais profané. J'ignorais comment. Mais le résultat était là."
"En général, j'inventais des histoires, des personnages, des lieux, j'esquissais au crayon 4B sur les feuilles transparentes de mon imagination et mes dessins s'animaient...enchaînant courses-poursuites, vengeances et sauvetages de familles en danger."
"Je ne savais pas encore que Luna et moi resterions ensemble le reste de notre vie. en tous cas c'est notre intention...nous essaierons, c'est une certitude... J'ignorais que nous ne nous reverrions pas après cet été, pour, six ans après, nous rencontrer par hasard à la gare de Florence..."
"La méfiance qui nous avait tenus à distance pendant près d'un mois s'assoupissait, laissant affleurer la fascination de la découverte."
" Pourquoi la vie s'effondre-t-elle à côté de moi ? Pas sur moi. A côté de moi." [se demande Simone ].
Remarque
Plusieurs passages racontant l'enfance de Simone appartiennent à la vie de Franco Debenedetti Teglio, que Fabio Geda a rencontré par hasard dans un
Lui qui a apporté son témoignage auprès de milliers de jeunes piémontais en racontant la vie des enfants juifs cachés sous un faux nom, durant les années de guerre, a aussi organisé entre autre une exposition intitulée :
1938 - L'Etat doit adopter les lois raciales italiennes.
En Novembre 2007, a remporté le premier prix pour une collection de cinq histoires courtes jamais publiées et il a également collaboré à la rédaction du livre "Les Juifs sous la persécution en Italie" écrit par Mario COPY et Marco Palmieri.
Lorsqu'ils se sont rencontrés et que Fabio Geda lui a parlé de son projet, a aussitôt accepté que certains événements de sa vie soient utilisés pour le personnage de Simone. Mais
L'auteur nous livre donc un roman adapté qui peut être lu par des lycéens car la présence de nombreux dialogues le rend facile à comprendre. Ce roman peut aider les ados à réfléchir sur les événements qui ont marqué l'histoire de l'Italie (et de toute l'Europe) et qui ont dévasté des milliers de familles juives.
Il peut être ajouté sans problèmes à une bibliographie sur l'Italie et proposé à ceux qui étudient l'italien et veulent en savoir plus sur la culture de ce pays.