Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Simon n’était pas là, il n’a jamais été là, et elle n’aurait pas souhaité qu’il en soit autrement. Quand son ventre tendu a déformé les hibiscus tatoués autour de son nombril, elle n’a jamais pensé que leur histoire y était pour quelque chose. C’était du passé, pas un vilain passé mais simplement périphérique…elle n’a jamais rien souhaité d’autre que sa solitude.
Vanda est une jeune femme plutôt paumée. Elle travaille comme femme de ménage dans un hôpital psychiatrique et élève seule Noé, son fils âgé de 6 ans. C'est son petit "bulot" qu'elle protège comme une louve. Il s'inquiète pour elle quand elle part nager trop loin, ou part faire la fête en le laissant seul et s'endort contre elle...
Pour ne pas avoir à rendre de compte et surtout vivre en toute liberté sans payer un lourd loyer ce qu’elle ne pourrait pas se permettre de faire vu son salaire, ils vivent tous les deux dans un cabanon sur la plage, face à la mer, quelque part vers les Goudes à Marseille.
Dans cette ville du sud, où les populations de toute origine se côtoient, tout cela est possible mais vivre seule avec son fils ce n’est pas facile tous les jours. Son lieu de travail est éloigné de son lieu de vie et elle doit prendre un bus, le métro puis encore un autre bus pour s’y rendre ce qui fait qu’elle arrive souvent en retard à l’école le soir ce que la maîtresse n’apprécie guère.
Pourtant, lorsqu’elle a quitté sa Bretagne natale, et sa mère avec qui elle ne pouvait plus vivre, elle ne s’attendait pas à avoir cette vie-là. Douée pour le dessin, elle avait même commencé des études aux Beaux-Arts. Elle y a rencontré des gens qui lui ressemblaient et avec qui elle a passé de bons moments. Et elle aurait aimé continuer à vivre ainsi. Mais la vie en a décidé autrement lorsqu’elle a rencontré Simon. Ils ont vécu très peu de temps ensemble et elle a fini par le quitter sans savoir qu’elle était enceinte, ce qu’elle a appris alors qu’elle était en voyage à Tanger.
L’arrivée de Noé a tout changé. Le petit garçon est à présent toute sa vie, rien ne pourra jamais les séparer pense-t-elle. Ils vivent en osmose, se suffisant presque à eux-mêmes, bien que le petit garçon aimerait jouer avec ses copains, mais comme il connait bien sa mère et ses colères imprévisibles et impressionnantes, il fait comme tous les enfants, il lui dit ce qu’elle a envie d’entendre pour la voir heureuse.
Mais voilà que Simon, parti à Paris depuis leur rupture, revient à Marseille pour les obsèques de sa mère. Il est un peu perdu de se retrouver là après tant d’année, et il va chercher à la revoir. Elle lui apprend qu’il a un fils, ce qu’il ne savait pas, ayant lui-même coupé les ponts avec leurs anciens amis.
Ce qu’il ne sait pas non plus, c’est que toute sa vie va être à jamais chamboulée par cette découverte…car cette idée d’être père devient pour lui une véritable obsession (d'autant plus que sa compagne ne veut pas d'enfant) au point qu’il va faire des projets d'avenir intégrant son fils.
De son côté Vanda a tant retenu de violence depuis des années qu’elle est humiliée dans son travail et dans sa vie, qu’elle ne compte pas le laisser faire, ni s’insérer dans leur vie... mais elle accepte que Simon et Noé se rencontrent…
Le destin implacable est en marche...et c'est le drame.
Un jour il sera grand, et elle sera seule. Un jour il la débordera de son grand corps, elle ne pourra plus le protéger de ses deux bras. Ses petites mains à la peau tendre ne se glisseront plus contre sa paume, il s’éloignera. Il aimera, souffrira sans elle. Sur le chemin du retour, elle résistera un peu à l’envie de l’étouffer dans ses bras, mais pas complètement, coupera son babil par une étreinte soudaine, trop solennelle, à laquelle répondra l’enfant avant de s’échapper pour courir vers la plage.
C’est un roman social noir, tragique mais très émouvant et tout à fait addictif car il touche à l'amour maternel avec un grand A.
C'est un roman pour adultes qui peut être lu par des lycéens. D’ailleurs, dans ma région, il faisait partie de la Sélection du Prix Littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA en 2022, un prix qui a été créé en 2005, auquel je participai avec les élèves de mon lycée pro quand je travaillais encore, et qui existe toujours.
Dans ma médiathèque, il est classé en rayon adulte.
Dès le départ, j’ai été à nouveau conquise par la plume de Marion Brunet, par sa manière tellement réaliste et touchante de décrire le personnage de Vanda.
C’est encore une fois un très beau portrait de femme qu’elle nous offre dans ce livre, une femme meurtrie par sa condition sociale depuis l’enfance qui n’en peut plus d’être montrée du doigt alors qu’elle fait tout ce qu’elle peut pour s’en sortir et élever son fils du mieux possible. Une femme dont on sait très vite qu’elle n’y arrivera pas parce que tout le monde semble se liguer contre elle, parce qu'il y a cette violence en elle, ce besoin de liberté et qu'elle est toute en contraste.
L'autrice nous montre sans détour sa fragilité. Les tatouages qu'elle a sur tout le corps n'arrivent pas à la protéger de la vie qui est la sienne, ni des autres qui ne la comprennent pas. Elle est trop possessive et voit forcément l'arrivée de Simon comme une intrusion dans sa vie qu'elle ne veut partager qu'avec son petit garçon.
Noé est un petit garçon attendrissant. Il aime profondément sa mère et est heureux avec elle mais comme tous les enfants, il aimerait jouer ailleurs et vivre autrement. L’instabilité de sa mère l’inquiète : il la sent à la fois forte et fragile. Il devine qu’elle a besoin d’être rassurée et aimée alors que c’est lui qui est l’enfant et elle l’adulte et que les rôles sont trop souvent inversés. C'est une forme de maltraitance finalement que cet amour exclusif de sa mère, mais il n'est pas malheureux pour autant bien qu'à quelque part elle lui vole son insouciance et donc son enfance...
Les moments qu’ils vivent ensemble sont emplis de tendresse et de poésie. On aimerait presque vivre ainsi face à la mer pour partager autant d’amour…mais la noirceur du lendemain nous ramène à une dure réalité, celle de ceux qui sont abandonnés par notre société.
C'est un roman social à découvrir absolument. Merci à tous ceux qui m'ont donné envie de le découvrir en le citant dans les commentaires lors de mes précédentes chroniques autour de l'autrice. Il était temps en effet que je me plonge dans cette belle histoire, émouvante qui en plus se passe dans ma région.
Bon weekend à tous !
Simon voulait être pris au sérieux. Artiste, c’est pas sérieux. Il y avait toujours quelqu’un pour vous le faire sentir. Et pour être pris au sérieux, il fallait partir, monter à Paris faire ses armes et poser ses bagages. Ici, c’était pas sérieux, jamais, quoi que vous fassiez pour en avoir l’air…Le vrai sérieux ici, c’était de ne pas louper l’heure de l’apéro.