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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Plomb / Timothée Zourabichvili

Edition Sabine Wespieser, 2026

Edition Sabine Wespieser, 2026

Il a secoué discrètement le panier, juste un frémissement du poignet quand la fille regardait ailleurs, pour intimer au truc de se taire, c'était sa première interaction avec le truc qu'il voyait pas, qu'il avait jamais vu, caché sous la couverture. Le truc a arrêté de bouger et il s'est dit qu'il fallait arrêter d'interagir avec, que s'il lui donnait encore une fois de l'humanité avec une interaction, il serait incapable de la lui retirer ensuite, l'humanité qu'il mettait en lui en secouant le panier sur la route pour lui dire d'arrêter de bouger parce qu'il supportait pas de sentir la vie bouger dans le panier.

Deux jeunes gens à peine sortis de l'adolescence, dont nous ne saurons jamais le nom, se retrouvent dans une chambre louée à bas prix pour la nuit. 

Ils ne se connaissent pas. Ils se sont juste croisés, il y a neuf mois et comme beaucoup de jeunes, ils ont couché ensemble. C'était leur première fois à tous les deux. Lui est militaire, elle étudiante. Et maintenant, il y a ce couffin qui les sépare et dans le couffin un nouveau-né de six jours, surnommé "le truc" dans le roman, car elle ne lui a pas donné de nom. Un nouveau-né qu'ils ne veulent/peuvent pas assumer.  

Elle est silencieuse et s'occupe l'esprit en faisant un puzzle qu'elle a trouvé dans un tiroir. Lui ne pense qu'à une seule chose, recommencer à faire "la machine" avec elle,  la "baiser" donc car cela fait des mois que cela ne lui est plus arriver et y penser pour lui, vire à l'obsession. 

Perdus dans leurs regrets, dépassés par la situation, ils ont décidé de se retrouver quand elle l'a appelé. Lui (qu'elle surnomme intérieurement le "chien") a tout organisé, elle s'est laissée porter mais ne sait pas encore si elle va accepter de faire ce que lui a décidé à sa place : se débarrasser de leur problème. 

Il ne sait pas à quel point elle en a bavé durant sa grossesse qu'elle a cachée et vécue isolée dans sa chambre d'étudiante, seulement aidée par une vieille dame croisée dans la rue, ni sur l'accouchement, toute seule dans la douche, ni sur les six jours qui viennent de s'écouler...

Elle ne devine pas ses pensées de jeune homme qui tourne en boucle et ne pense qu'au sexe.

Ils sont seuls face à eux-mêmes, à leurs regrets et à leur désir de vivre...  

A l'armée, on nous dit que c'est beaucoup plus facile de tirer sur quelqu'un qu'on connaît pas, qu'il faut éviter le contact le plus possible avec les gens qu'on va tuer. C'est encore plus facile pour les tireurs d'élite...eux quand ils tirent sur quelqu'un, bah, dès qu'ils enlèvent leur oeil de la lunette de visée, ils peuvent même plus voir ce sur quoi ils ont tiré, donc c'est comme si rien ne s'était passé pour eux...

elle a le même désir...Juste, elle le montre pas, mais ça c'est les filles, c'est comme ça, c'est ce qu'il se dit dans sa tête. Il sait qu'il connait pas trop les filles...
Il le sait bien, mais depuis qu'il est dans la caserne, autour de la table et dans le noir des chambres quand la lumière est éteinte, tout le monde dit que la séduction, le succès, la victoire, comme la guerre, se trouvent dans la volonté d'aller prendre ce qu'on nous refuse, d'occuper un espace étranger et que l'étranger, si on se comporte bien, finira par aimer ça parce qu'il verra que c'est mieux que sa vie d'avant et que de toute manière c'est ça ou la mort. La guerre est partout.

Voilà un roman choc qui ne peut laisser personne indifférent tant il est dérangeant, car il parle d'un sujet terrible et tabou, traité avec force, celui de l'infanticide, ce que je ne savais pas lorsque je l'ai noté sur ma liste de demandes lors de la dernière Masse critique de Babelio. Et bien entendu parmi tous ceux que j'avais choisi c'est celui-là que j'ai reçu. 

J'avais vu que l'auteur est un jeune auteur, et j'aime découvrir souvent les premiers écrits toujours très riches et sur lesquels personne n'a encore donné son avis. Ainsi l'émotion est totalement la nôtre. J'avais découvert aussi qu'il était scénariste et préparait un long métrage adapté à ce roman (un court-métrage existe déjà). Et en plus, j'aime beaucoup cet éditeur. 

Je me doutais que vu le titre, ce roman ne serait pas léger, mais je n'imaginais pas du tout ni le sujet ni la puissance des propos tenu dans ce huis-clos époustouflant où tout ou presque n'est que suggéré, car les silences en disent davantage que ce qui est réellement raconté.

Sachant tout cela, je n'ai pas été surprise par la construction de ce roman, très cinématographique, ni par les échanges entre les deux protagonistes qui sont tellement enfermés dans leurs ressentis qu'ils ne peuvent communiquer que par leurs silences, ni la précision des mots employés par l'auteur pour "décrire" les événements. Les propos nous bousculent, les points de vue alternent entre les deux jeunes mais ne se rejoignent jamais. Tous deux ne se connaissent pas, ne se comprennent pas, ne se rencontrent pas. Ce sont deux êtres terriblement solitaires qui nagent en plein désarroi car ils ne savent pas que faire de leur problème. On sort à peine de la chambre louée pour pénétrer dans une autre chambre, celle de la jeune étudiante en ville. Mais, aucune indication ni de lieu ni de temps n'est donné au lecteur. 

Cet auteur est une révélation pour moi tant ce roman, émotionnellement très fort est une claque. Pour vous dire franchement, même un thriller, c'est rien à côté car on sait qu'à chaque instant c'est de la pure fiction. Tandis que là, en lisant ce roman qui raconte finalement un simple fait divers (mais pas du tout comme on le lirait dans un journal), tout parait tellement réel, que notre ressenti est profond et perturbant, le lecteur passant de l'émotion incontrôlable à la révolte. 

Cependant, l'auteur met une certaine distance dans ses propos ce qui nous permet de garder la nôtre, une sorte de protection qui n'empêche en rien d'aborder ce thème de l'intérieur. Il ne juge pas, n'explique pas, n'excuse pas et le lecteur fait de même...mais se refuse à chaque page à accepter l'inéluctable. 

C'est un roman très court dont on ne sort pas indemne. Je ne m'attendais pas à ça et je l'ai lu quasiment en apnée le temps d'une soirée.

C'est un jeune auteur qui a de l'avenir, je n'en doute pas un instant...

Cette lecture terrible mais qui aborde un sujet de société, hélas toujours régulièrement d'actualité, ce qu'on ne peut pas occulter, me permet de participer au challenge de la Petite Liste, "Les Gravillons de l'hiver", voir ICI. 

Merci à l'éditeur, à Babelio et à sa Masse critique de janvier pour l'envoi de ce roman. 

Non, il n'y aurait aucune vie possible après ça et elle ne croyait pas à son plan et elle le trouvait d'une naïveté sans nom d'être capable de croire à un plan pareil et de lui jurer en la regardant droit dans les yeux, comme pour se persuader lui-même, que ça allait marcher et qu'ils allaient tout oublier. Pour lui dire ça droit dans les yeux, il fallait n'avoir jamais connu les mois enfermés dans la résidence étudiante, n'avoir jamais connu la semaine qui a suivi la naissance du bébé...Non, il n'avait rien connu de tout ça et c'est pour ça qu'il pouvait lui dire une chose pareille en la regardant droit dans les yeux...

Plomb / Timothée Zourabichvili
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E
Bonjour Manou. Ce livre est trop noir pour me tenter. Bonne journée et bisous
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G
Difficile comme lecture, pas sûre de pouvoir
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F
Eh bien, ça a l'air d'un sacré uppercut ce texte. Le sujet ne m'aurait pas attirée comme ça, mais son traitement semble ne pas pouvoir laisser indifférent. Ton billet me tente assez pour que je m'y risque si je le croise à la bibli. Merci pour cette présentation !
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J
J'ai peur que la thématique ne soit trop dure pour moi.
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P
Inconnu au bataillon, mais tu me tentes, je vais le noter.
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M
Bonjour Manou,<br /> je pense passer mon tour cette fois...<br /> Bisous.<br /> Bonne soirée,<br /> Mo
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A
Comment peut on écrire si jeune un roman dérangeant ? Peut-être parce qu'il en a été proche. Bises
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M
Je me suis posée la même question...le sujet est terrible
I
J'aime les textes dérangeants, et la forme de ce texte semble par ailleurs très percutante... Je retiens !
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S
C'est un sujet très fort, et il me semble qu'il est rarement abordé avec les deux "points de vue", l'impression étant souvent que la mère agit à l'insu du père. Xz rend ce roman d'autant plus intéressant, même si sa lecture doit être éprouvante.
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B
Un sujet qui intéressera
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P
Je sais que tu présentes toujours très bien les lectures Manou et je t'en remercie. Mais là, je passe mon tour.<br /> Histoire morbide trop lourde. Bisous et belle journée
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M
Je te comprends Elisa et je m'attendais à des réactions émotionnellement fortes de la part de mes lecteurs, car c'est une histoire très lourde à laquelle je ne m'attendais pas...comme je l'explique quand j'obtiens un livre par Babelio, je dois le présenter et le lire donc, mais bizarrement malgré le sujet, une fois commencé, je voulais en connaître le dénouement, et l'auteur sait y faire en peu de pages pour nous aimanter...Bisous
V
Un livre que ne ne pense pas pouvoir lire... Gros bisous Manou. cathy
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F
Houlà !... Maman bobo, c'est pas beau, chanterait Souchon… Non seulement pas beau mais monstrueux… Ceci écrit, ne prenant en compte que l'intention de tuer l'enfant fruit de leur union physique… Mais, y réfléchissant, on sait qu'aujourd'hui et certainement hier également, des personnes ont cette mentalité de ne pas avoir à subir les conséquences de leurs actes et donc ne pas assumer et au pire éliminer par tous les moyens ce qui constitue la gène, l'obstacle, quelle qu'en soit la nature fut-elle humaine. C'est glaçant quand ce sont des parents qui décident puis programment la mort de leur enfant nouveau-né.<br /> Ton compte-rendu de lecture est à la fois objectif, instructif, et détaillé suffisamment pour tenter la lecture de ce roman au sujet hors norme; néanmoins outrageusement immoral. Existent sans doute des êtres froids secs et hyper égocentriques … oui, on aimerait comprendre leur détermination, les raison de leur insensibilité à la cause de l'autre, d'autrui et leur rapport à la vie … leur vie…<br /> Merci pour cette présentation mais je ne lirai pas cela actuellement.<br /> <br /> Amitiés des Farfadets du Poitou.
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P
Tu es très courageuse à mes yeux, je ne pourrai pas lire ce livre ou voir le futur film, je pense que j'en serai totalement déstabilisée...<br /> Bises Manou, à bientôt.
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M
Je passe mon tour Manou, ce sontdes sujets difficile...
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A
Un sujet pas facile, en effet. Mais ton billet me donne envie de découvrir ce roman.
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R
"Un nouveau-né qu'ils ne veulent/peuvent pas assumer. " <br /> Cette phrase me glace <br /> Je n'irais pas plus loin dans ma réflexion car commenter parfois c'est aussi froisser des oreilles qui ne veulent pas entendre d'autres idées<br /> Mais même très jeune quand on veut on peut , le fruit d'un amour n'est pas un truc pour moi , on peut être une mère avant d'être une épouse ... <br /> Ma 1 ère poupée je l'ai eu à 18 ans et ce fut un bonheur incommensurable, j'ai franchi tous les dit , tous les cons y a qu'à , je n'ai suivi que mon idée, mon âme ...<br /> J'ai beaucoup de mal avec ce sujet ...<br /> Je n'ai pas lu le contenu de ce que tu as écrit désolée, je me suis arrêtée à cette phrase <br /> Bonne journée <br /> Rose 🌹
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M
Moi aussi j'ai eu beaucoup de mal avec ce sujet qui n'est jamais traité en littérature mais comme je l'explique je l'ai obtenu avec Babelio et je ne connaissais pas du tout le sujet qui n'était pas expliqué. Ensuite quant un éditeur nous envoie des livres par respect nous devons écrire une chronique c'est comme ça, un "contrat moral".<br /> Tu es libre de lire ou pas, de dire ou pas, de commenter ou pas, ici c'est un espace de liberté et de démocratie Rose, j'ai l'impression que tu n'en es pas persuadée...et je te rassure si je lis de tout et aime découvrir de jeunes auteurs qui ont des choses à dire sur notre société, et qui ne les disent pas à demi mots, qui ne restent pas dans le politiquement correct, c'est simplement parce que je l'ai toujours fait, c'était mon métier d'ailleurs alors je ne peux pas faire autrement, la littérature est hélas le reflet de nos sociétés même quand ça nous parle de ce qu'on ne veut surtout pas voir. Comme je l'ai dit heureusement que le livre est très court et que l'auteur écrit très bien...Belle soirée
C
ouah, rien qu'à en lire ton "résumé", j'ai mal !<br /> et pourtant cet ouvrage me tente ...<br /> je le note et peut-être le lirais-je <br /> amitié .
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B
Un roman choc que tu nous présentes très bien... Un livre difficile mais j'ai bien envie de le lire <br /> Je note son titre "Plomb" facile à retenir<br /> Merci pour ton beau partage <br /> Bisous Manou et bon mardi
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M
Ton analyse et ton extrait donne des frissons, néanmoins je l'ajoute à ma liste pour mieux comprendre peut-être "une réalité" dont on ne parle pas ou si peu et qui a existé depuis la nuit des temps... "Les tours d'abandon" ont été crée pour éviter les infanticides et les bébés trouvés dans les rues... https://sup.sorbonne-universite.fr/sites/default/files/files/Noms-destins-sans-famille_2009-05-12_LES_DOSSIERS_DE_L_OBSTETRIQUE.pdf
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