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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 06:00
Les Salins d'Aigues-Mortes

Les Salins d'Aigues-Mortes

 

Lunid dernier, vous m'avez suivi en Petit Train à travers les Salins d'Aigues-Mortes et nous avons pu admirer le paysage.

Aujourd'hui, je vais être plus "technique" car nous allons voir comment les sauniers assurent la production de sel !

Ce n'est pas parce qu'une entreprise préserve l'environnement qu'elle ne réussit pas à bien fonctionner. 

Il faut juste qu'elle s'en donne les moyens. 

Le saunier est un agriculteur de la mer. Il doit suivre la météo de près, analyser la teneur en sel des différentes tables salantes, gérer les niveaux d'eau de mer et la circulation de l'eau en ouvrant ou fermant les portes-martelières (que nous appelons en Provence des martelières tout court). 

 

La production de sel

La production de sel

 

En résumé, la production du sel se fait en quatre étapes...

- La mise en eau des bassins :

L'eau est amenée de la mer vers les salines dès le mois de mars, grâce à un système de pompage de l'eau de mer. Et oui en méditerranée, il n'y a pas de marée, il faut donc pomper !

Le pompage a lieu à environ 12 km du salin et l'eau arrive par un canal...

Elle est d'abord stockée dans un premier bassin de partènement, puis va successivement, en circulant dans des canaux, passer de bassin en bassin en parcourant pas moins de 60 kilomètres au cours desquels son taux de salinité augmente peu à peu, avant d'arriver dans les tables salantes (ou cristallisoirs).

En chemin, l'eau est purifiée car les matières en suspension se déposent au fond des "carreaux" (qui ici sont de très grandes tailles par rapport à ceux de la côte atlantique).  Ils devront donc ensuite être curés durant l'hiver. 

L'eau entre et sort des bassins, et passe d'un bassin à un autre, ou d'un canal à un bassin ou vice versa, grâce à un système de martelières plus ou moins grosses...



 

Quelques vues sur les martelières des Salins
Quelques vues sur les martelières des SalinsQuelques vues sur les martelières des Salins
Quelques vues sur les martelières des Salins

Quelques vues sur les martelières des Salins

 

- La concentration en sel est une étape importante durant laquelle tout le savoir-faire du saunier est révélé. 

Au départ, l'eau de mer ne contient que 35 g de sel par litre en moyenne. Sous l'action du soleil et du vent, l'eau circulant dans le dédale du salin, entre les centaines de partènements et les canaux, atteint, lorsqu'elle arrive dans les tables salantes, le taux de 260 g de sel par litre nécessaire à la cristallisation.

Autant dire que saunier suit de près la météo ! 

 

En plein salin, une girouette indique d'où vient le vent...un élément du décor indispensable.

En plein salin, une girouette indique d'où vient le vent...un élément du décor indispensable.

 

- La cristallisation dure d'avril à septembre :

C'est donc une étape qui suit de près la précédente... 

Dans la cinquantaine de tables salantes rectangulaires, l'épaisseur de l'eau saturée en sel est très faible, ce qui va faciliter la cristallisation du sel et l'évaporation de l'eau grâce au soleil et au vent. 

Cette eau résiduelle, saturée en sel, s'appelle la saumure.

Les bassins sont alors vidangés du peu d'eau qui reste. Apparaît alors une couche de 8 à 15 centimètres de sel qui recouvre le fond de la table salante et va sécher au soleil jusqu'à la récolte : c'est le "gâteau de sel". 

 

 

- Enfin c'est le temps de la récolte !

Elle débute en juillet et dure jusqu'à la mi-septembre, toujours avant les fortes pluies d'automne, ce qui garantit un sel de qualité. 

Le levage se fait grâce à des pelles mécaniques, actionnées par des tracteurs qui ressemblent aux grosses moissonneuses utilisées en riziculture : ce sont les fameux "récolteurs". Nous sommes dans une véritable entreprise agricole.

Le sel récolté contient plus de 97 % de chlorure de sodium (NaCl), notre sel alimentaire. 

 

Voilà un petit aperçu des machines utilisées sur le site. Certaines sont fabriquées uniquement pour leur usage sur les Salins.

 

La mécanisation de l'exploitationLa mécanisation de l'exploitationLa mécanisation de l'exploitation
La mécanisation de l'exploitationLa mécanisation de l'exploitationLa mécanisation de l'exploitation
La mécanisation de l'exploitationLa mécanisation de l'exploitationLa mécanisation de l'exploitation

La mécanisation de l'exploitation

 

Le sel à destination de l'alimentation est acheminé jusqu'à la gerbeuse qui le dépose en tournant autour de la zone de stockage, formant ainsi de grosses "dunes" de sel, les camelles, caractéristiques du paysage autour d'Aigues-Mortes, pouvant atteindre les 15 à 20 mètres de hauteur et qui, par leur forme, s'égouttent de leur eau résiduelle. 

Lors des premières pluies, la couche superficielle de sel de la camelle fond, puis se recristallise et sèche, formant ainsi naturellement une couche protectrice et durcie sur laquelle on peut marcher. 

Seul le sel à destination de l'industrie est rincé puis essoré. 

 

Les camelles sur le siteLes camelles sur le site
Les camelles sur le siteLes camelles sur le site
Les camelles sur le siteLes camelles sur le site
Les camelles sur le siteLes camelles sur le site

Les camelles sur le site

 

L'originalité du circuit en train est de prévoir un arrêt pour monter sur une des camelles. Elle nous permet d'avoir une vue particulièrement impressionnante sur les salins. Beaucoup de mes photos prises sur le site viennent de là. 

La camelle aménagée pour les visiteurs...

La camelle aménagée pour les visiteurs...

 

Le sel récolté au fond des tables salantes est en gros cristaux. Les cristaux se sont déposés naturellement au fond de la mince couche d'eau saturée en sel.

 

Mais sur le site, les sauniers récoltent aussi la fleur de sel (le "caviar du sel") qui se dépose à la surface de l'eau, lorsque certaines conditions météorologiques sont favorables (en particulier le vent et une certaine amplitude de températures entre le jour et la nuit).

Les cristaux de la fleur de sel sont plus petits et se récoltent exclusivement à la main encore aujourd'hui, avec une pelle réservée à cet usage. Puis les cristaux "cueillis" sont mis à égoutter sur des clayettes disposées au bord des tables salantes, durant une journée environ, afin de maintenir un taux d'humidité supérieur au gros sel. 

Selon les années, les sauniers récoltent de 400 à 700 tonnes de fleur de sel.

 

Vous pouvez visionner la vidéo ci-dessous, si vous désirez en savoir plus sur cette récolte effectuée avec des méthodes ancestrales.

 

 

Le sel des camelles, bien égoutté, est prélevé au fur et à mesure des besoins, tamisé puis stocké dans de gros sacs qui partiront vers la zone de conditionnement.  

Vue de l'espace de stockageVue de l'espace de stockage

Vue de l'espace de stockage

 

Il sera ensuite commercialisé sous deux marques.

Les deux marques que vous retrouverez partout en France et même dans le monde...Les deux marques que vous retrouverez partout en France et même dans le monde...

Les deux marques que vous retrouverez partout en France et même dans le monde...

 

On peut donc dans les boutiques des Salins, comme dans celles de toute la France acquérir du gros sel, du sel fin, de la fleur de sel, nature ou agrémentée de piments, d'herbes de Provence, d'épices et même, pour les gourmands... des caramels à la fleur de sel qui eux seuls, ne sont pas fabriqués en Provence. 

Dans la boutique du siteDans la boutique du site
Dans la boutique du siteDans la boutique du site

Dans la boutique du site

 

Une petite halte (trop courte à mon goût) au musée des Salins nous a permis de visualiser l'évolution du travail de saunier au cours des siècles.

 

Ce sera l'objet de notre visite de vendredi...si vous le voulez bien. 

Cet article est programmé...

Merci pour votre fidélité. Profitez-bien de l'été ! 

 

Au revoir et à demain pour la suite de la visite

Au revoir et à demain pour la suite de la visite

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 06:00
Les Salins vus du haut d'une camelle avec Aigues-Mortes au fond

Les Salins vus du haut d'une camelle avec Aigues-Mortes au fond

 

Aujourd'hui, nous allons visiter les Salins du Midi en petit train. Le public peut en effet accéder aux Salins d'Aigues-Mortes depuis plus de 25 ans, en petit train, en VTT ou encore, en véhicule électrique avec un guide naturaliste, mais jamais à pied, pour ne pas gêner le travail des sauniers, ce qui est bien compréhensible. 

 

A Aigues-Mortes, les Salins se situent sur le marais de Peccais et occupent aujourd'hui une surface d'environ 18 000 hectares, dont un peu plus de 10 000  sont exploités, la surface de Paris intramuros.

Autant dire que les salins, avec sa production de 500 000  tonnes de sel par an, sont au coeur de l'activité économique de la Camargue. De plus, ils se situent sur quatre communes, à cheval sur deux départements et offrent encore aujourd'hui de nombreux emplois saisonniers.

 

La récolte est facilitée par le climat ensoleillé de l'été et le vent (mistral et tramontane) ainsi que par la faible quantité de pluie qui tombe sur la région. 

Le sel de mer, "l'or blanc de Camargue", produit sur le site, est essentiellement destiné à l'alimentation. 

 

Mais avant d'embarquer pour ce périple d'une heure 15 environ, nous allons nous pencher un court moment sur l'histoire du lieu, puis je vous ferai visiter le site...

 

Le marais de Peccais

Le marais de Peccais

 

L'exploitation des Salins d'Aigues-Mortes date de l'Antiquité, mais nos ancêtres, dès le néolithique, savaient déjà récolter le sel, sans qu'aucune trace n'ait pu être découverte dans la région. On doit donc l'origine la plus anciennement connue de cette activité, à l'ingénieur romain Peccius qui a donné son nom au marais. Il aurait été chargé par Jules César d'organiser la production de sel à Aigues-Mortes.

 

Au Moyen Âge, la cité ne vivait encore que de la pêche et des salins...la quasi totalité des salins de Peccius appartenaient alors aux moines de Psalmody et aux Seigneurs d'Uzes et d'Aymargues (lieux géographiquement tout proche des Salins). Puis, les moines de Psalmody cèdent le territoire d'Aigues-Mortes à Louis IX (Saint-Louis) qui aménage les Salins et poursuit leur exploitation.

Après lui Philippe III, puis Philippe IV développent la ville et réorganisent les marais salants. Les Salins de Peccais deviennent alors le site d'exploitation du sel, le plus important du littoral méditerranéen. On les baptise alors les "Salins du Roi". 

Au XVIIe siècle, il n'existait pas moins de 17 salins, tous réunis sur le territoire du marais de Peccais, appartenant à divers propriétaires. Chacun des salins avait son propre nom conservé aujourd'hui :  les Aubettes, la Lone, Mirecoule, Bourbuisset, Saint-Jean...

 

Au début du XVIIIe siècle, après les graves inondations du Rhône de 1842, les différents propriétaires décident de s'unir pour ne former qu'une seule société. Ils exploitent alors à frais commun tous les salins et en partagent la production. Mais il faudra attendre 1856, pour que  la "Compagnie des Salins du Midi" voit le jour.  

 

Le site de production, les bâtiments administratifs et les logements des Salins d'Aigues-Mortes sont inscrits à l'inventaire général du patrimoine culturel depuis 1995.

 

Alors, prêts pour monter dans le Petit Train avec moi, et découvrir cet environnement encore sauvage, ayant été façonné par les hommes au fil des siècles ?

 

Le départ du petit train...Le départ du petit train...
Le départ du petit train...
Le départ du petit train...Le départ du petit train...

Le départ du petit train...

 

Si la visite permet de comprendre l'organisation et le fonctionnement du salin que je vous montrerai demain, elle permet aussi de découvrir cet espace préservé...

Et tout d'abord, la visite permet d'apercevoir la cité d'Aigues-Mortes et bien sûr les remparts, de loin certes, mais quelle vue, ce serait dommage de ne pas commencer par là ! 

Pourtant, le jour de ma visite, le temps était couvert suite à des entrées maritimes.

La cité vue des Salins
La cité vue des Salins
La cité vue des Salins

La cité vue des Salins


Le paysage des Salins d'Aigues-Mortes est grandiose et, bien que façonné par les hommes qui ont creusé au cours des siècles ces tables salantes plus ou moins grandes et ces canaux reliés entre eux, il constitue un site unique en Europe par son immensité d'une part et sa diversité biologique d'autre part.
 

Les tables salantes, bassins, cristallisoirs et canauxLes tables salantes, bassins, cristallisoirs et canaux
Les tables salantes, bassins, cristallisoirs et canauxLes tables salantes, bassins, cristallisoirs et canaux
Les tables salantes, bassins, cristallisoirs et canauxLes tables salantes, bassins, cristallisoirs et canaux

Les tables salantes, bassins, cristallisoirs et canaux

 

Car malgré l'intervention des hommes sur les Salins, la nature alentour est encore en partie sauvage... La saliculture est donc créatrice de richesses écologiques.

 

Sur les Salins on recense environ 300 espèces de plantes différentes, dont une vingtaine sont protégées et certaines adaptées à l'extrême salinité. A côté de plantes connues et fréquentes comme l'immortelle, la salicorne, les saladelles ou lavandes de mer (7 espèces différentes en Camargue), la canne de Provence, par exemple, on trouve des plantes rares, protégées en PACA, comme le lis de mer (Pancratium maritimum), qui fleurit en juillet dans les dunes de sable, et certaines, carrément en péril, quasiment disparues du territoire français, comme la malcolmie naine (Maresia nana).

Pour admirer la flore, il vaut mieux parcourir les salins en VTT : c'est plus facile de s'arrêter. Enfin, moi en tous les cas je n'ai pas essayé de descendre du petit train en marche, même pour faire les photos ! 

 

Les Salins constituent aussi une gigantesque réserve de nourriture pour de nombreux oiseaux et mammifères. L'eau chaude salée de ce milieu humide, et la préservation des abords des tables salantes, servent à la fois de garde-manger et de lieu de reproduction.

Les Salins abritent plus de 200 espèces d'oiseaux (dont 157 protégées) qui se reproduisent sur les lieux.

1/4 de la population française de flamants roses se retrouve ici, et 5000 couples viennent y nicher, grâce à l'aménagement d'îlots de reproduction !

On dénombre 8 espèces d'oiseaux rares ou vulnérables, et donc tous protégés : l'avocette élégante, la sterne naine, la sterne pierregarin, la sterne caugek, la sterne hansel, la mouette mélanocéphale, la mouette rieuse, le goéland railleur...


 

La biodiversité est bien préservée...
La biodiversité est bien préservée...La biodiversité est bien préservée...
La biodiversité est bien préservée...

La biodiversité est bien préservée...

 

Saviez-vous que la couleur des tables salantes variait selon la salinité de l'eau et les micro-organismes qui y vivent ?

La coloration rose de l'eau est liée à la prolifération de micro-algues : les dunaliella salina qui aiment les fortes salinités.

Elles servent de nourriture à un petit crustacé très résistant et vivant lui aussi dans ce milieu extrême : l'artemia salina, qui devient rose à son tour ! 

Lorsque l'eau atteint la concentration de 70g de sel par litre, les petits crustacés abondent...et les flamants roses colonisent la table salante pour s'en nourrir ce qui leur donne leur belle couleur. 

 

L'algue Dunaliella salina colore l'eau des tables salantes et des canaux en rose
L'algue Dunaliella salina colore l'eau des tables salantes et des canaux en roseL'algue Dunaliella salina colore l'eau des tables salantes et des canaux en rose
L'algue Dunaliella salina colore l'eau des tables salantes et des canaux en roseL'algue Dunaliella salina colore l'eau des tables salantes et des canaux en roseL'algue Dunaliella salina colore l'eau des tables salantes et des canaux en rose

L'algue Dunaliella salina colore l'eau des tables salantes et des canaux en rose

 

J'espère que vous n'avez pas eu trop chaud en vous promenant avec moi au coeur de ces paysages grandioses !

Bientôt, nous poursuivrons la visite en nous penchant sur la fabrication du sel, enfin...si vous le voulez bien.

Et voilà notre petit tour au coeur des Salins est presque terminé...

Et voilà notre petit tour au coeur des Salins est presque terminé...

 

Cet article est programmé...

Un grand Merci pour votre visite ! 

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