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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 06:35
Flammarion jeunesse, 2016 / Collection "Colère"

Flammarion jeunesse, 2016 / Collection "Colère"

Chez elle [fatou] on savait dire "je t'aime" à ses enfants. On les touchait. On les étouffait de caresses, pour vérifier qu'ils étaient encore vivants, pour vérifier qu'on l'était encore, qu'importe. On savait leur dire qu'ils comptaient plus que tout le reste. Bien plus que les fins de mois difficiles, que la haine qui régnait partout, sourde, dans cette ville, depuis qu'elle avait basculé entre les mains des racistes...

 

Annabelle est une jeune collégienne en classe de troisième. Elle vit une situation familiale difficile, sa mère étant dépressive et incapable de s'occuper d'elle. Heureusement, elle a une amie qu'elle apprécie beaucoup, c'est Fatou...

Chez elle ce n'est pas comme à la maison, on sait parler d'amour et manifester par des gestes et des mots tendres que l'on se soucie des autres.

 

Dans la classe d'Annabelle, rien n'est simple non plus et la situation est quasiment explosive en cette veille de weekend prolongé de Pentecôte. 

La jeune professeur de français que les élèves surnomment "Et chérie chérie" tente de les inviter à débattre sur le roman de Radiguet "le diable au corps" mais personne ne veut jouer le jeu. Elle finit par exclure les trois plus pénibles garçons de la classe qui se prennent la tête depuis le début du cours et sont incapables d'arrêter de s'insulter.

 

Mais Fabien, un des garçons exclus, décide de se venger à la fois de son professeur et de ses camarades qu'il juge responsables de cette exclusion.

Il va être aidé par Sébastien, l'ex-petit copain d'Annabelle qu'elle vient de quitter et qui le prend très mal (car c'est la première fois qu'une fille ose le faire). 

Tous deux n'hésiteront pas un instant à se rendre au concert prévu ce soir-là, pour laisser libre cours à leur agressivité, certains d'être dans leur bon droit et soutenus par leurs parents.

Toute la jeunesse de la ville s'y trouve réunie, car le concert est organisé pour soutenir les "sans-papiers" que le père de Fabien, adjoint au maire de la ville, fait expulser depuis que la municipalité a basculé à l'extrême.

Le drame éclate...

 

Les gens couraient dans tous les sens et je perdais complètement mes repères. Je n'arrivais plus à savoir exactement dans quelles directions se trouvaient les issues.
J'ai tenté de ramper sur le béton parmi les éclats de verre en me guidant tant bien que mal aux pas des spectateurs qui s'enfuyaient. La panique me faisait manquer d'air et de force. Chaque centimètre me coûtait un effort plus terrible que le précédent. J'allais abdiquer lorsque ma main a rencontré le petit corps d'une gamine assise-là sur mon passage et qui pleurait...Somaya appelait Fatou d'une voix sourde et déjà presque inaudible.

 

Dès le départ, le lecteur prend connaissance d'un drame à venir, même s'il ne sait pas lequel car le texte présente des encarts en italiques qui donnent la parole à deux personnes, encore vivantes...mais on ne sait pas encore pour combien de temps. 

Très vite, le lecteur va comprendre que ce n'est pas un hasard si l'auteur se focalise sur les événements survenus en classe, cet après-midi là... C'est un de ces jeunes adolescents qui va "péter un câble". 

La tension monte en effet rapidement et le lecteur, au fil du récit, se révolte devant tant d'injustice et de violence et finalement voit arriver le dénouement avec soulagement.

 

On se prend d'amitié pour Mokhtar qui n'est pas un mauvais bougre malgré sa fougue et sa promptitude à répondre. Il va servir de bouc émissaire à la cruauté et la trahison des jeunes racistes irresponsables, mais se croyant soutenus par leur famille. 

Annabelle, l'héroïne, nous émeut par ses questionnements et ses "moments de grâce" auxquels elle s'accroche pour trouver quelque chose de positif à sa vie quotidienne. Son envie de vivre et d'être heureuse nous touchent de près.

Isabelle l'enseignante, qui nous semble bien démunie au départ, est un des personnages attachants du roman car elle montre bien que parfois, il est difficile quand on a ses propres problèmes de faire face à ces ados rebelles et agressifs. 

 

L'auteur nous offre ici une belle écriture, un rythme époustouflant pour ce roman qui nous entraîne dans la spirale de la violence.

A la fois roman d'ado et thriller social, il montre bien comment de simples violences verbales vont être montées en épingle et servir de prétexte à des actes barbares et irréfléchis.

Voilà donc un roman très réaliste et crédible qui, je l'espère fera réfléchir les jeunes sur la montée de la violence et les conséquences de leurs actes...

Une lecture marquante pour un roman très fort dont nous ne sortons pas non plus indemnes, je vous l'assure.

A réserver aux plus  de 13-14 ans. 

 

J'ai repris le chemin de la maison en songeant que mon jardin secret était planté de pousses maladroites et semblables. Des mauvaises herbes qui luttaient, qui parfois réussissaient à fissurer les murs, les trottoirs et la ville, mais pour en faire un chouette jardin d'agrément, c'était assez pauvre. Il fallait que je change les choses.

 

Hubert Ben Kemoun est devenu un auteur prolifique en littérature jeunesse dès les années 90. Il a toujours ancré ses romans dans la réalité et les problèmes de société. 

Mais là alors qu'il a fini d'écrire ce livre, c'est la réalité cette fois qui l'a tragiquement rattrapé et il s'en excuse à la fin du livre. 

 

J'ai découvert ce titre chez DocBird, une blogueuse enseignante-documentaliste passionnée et qui partage avec nous ses lectures adultes et ados : romans, documentaires, mangas, il y en a pour tous les goûts. C'est elle qui m'a donné envie de le lire et de l'emprunter à la médiathèque de mon village...

Je la remercie ici pour cette belle découverte.

N'hésitez pas à aller lire sur son blog sa superbe chronique, en cliquant ci-dessous...

 

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 07:17

Je suis un sacrificateur.
N'importe où d'ailleurs nous avons disparu. Il fallait ces montagnes lugubres, les croyances ancrées dans notre sang, pour que le métier survive à cette époque ; il faut être bon aussi. Car je ne suis pas un sacrificateur parmi d'autres : je suis le meilleur.

Six fourmis blanches / Sandrine Collette

 

Un homme gravit la montagne...

Dans ces bras il tient une chèvre choisie avec soin parmi le troupeau. Il s'apprête à accomplir la cérémonie du sacrifice en la jetant du haut de la falaise. En bas, une famille l'attend et à son côté parfois, tout un village.  

Tous pourront dormir tranquilles : les mauvais esprits se sont éloignés !

Nous sommes en Albanie, dans un pays où les préjugés et les croyances d'un autre siècle font la loi. Mathias exerce un métier qui terrifie ses proches : il est un des rares sacrificateurs du pays.

 

Je ne sacrifie jamais en vain...
Tuer est un art qui se maîtrise, une communication avec la nature, l'animal et les dieux. Pas un acte barbare, non : un présent pour consacrer un mariage, un anniversaire, un baptême, un départ. Une requête. Une prière. Avec la conscience que rien ne nous est dû, mais que derrière l’offrande, nous attendons un retour. Pauvre équilibre dont nous sommes toujours les dupes. Du sang pour un peu de bonheur.

 

C'est alors que Mathias est bien ancré dans sa routine tranquille que Carche, un mafieux local lui demande de s'occuper de son petit-fils, qui aurait le don lui-aussi...

Ce que Mathias ne sait pas encore, c'est que sa vie va basculer et qu'il va se retrouver obligé de fuir à travers les montagnes pour tenter de rejoindre la frontière. 

 

A des kilomètres de là, Lou contemple les silhouettes de ses camarades de cordée, partis comme elle pour trois jours de trek en montagne, qu'ils ont tous gagné par tirage au sort. Les voilà avec Vigan, leur guide, qui connaît la montagne comme sa poche.

Six silhouettes qui se perdent dans ce magnifique paysage blanc...six fourmis minuscules. Ils sont venus là pour se sentir vivre, enfin libres parmi ces magnifiques montagnes.

Lou est accompagnée d'Élias son petit ami. Il y a aussi un autre couple, Arielle et Lucas et deux  célibataires, Marc et Étienne. Tous comprennent dès le départ que Vigan ne leur fera pas de cadeau. Il est rude, taciturne et s'occupe uniquement de l'essentiel sans rien dévoiler ni de lui-même, ni de sa vie en montagne.

 

Evidemment que nous sommes tous repartis avec Vigan...
Vigan ne me voit pas, traçant la piste devant moi. Je le surveille aussi. Peut-être quelque chose s'est-il effrité aujourd'hui, et j'ai compris qu'il pouvait nous planter là au milieu de la montagne_ je n'en suis pas certaine cependant, mais le doute s'est insinué, il l'a instillé lui-même. Je tire régulièrement la corde, comme si de rien n'était pour vérifier qu'il ne l'a pas détachée. Qu'il ne va pas disparaître...

 

Ce qu'elle ne sait pas encore c'est que dès le lendemain une terrible tempête, imprévue par les organisateurs du trek, va ravager la région et que pour ces citadins en mal de sensations nouvelles, ce sera le début de l'horreur.

La mort rôde et ne les lâchera pas, d'autant plus qu'ils sont terrifiés, épuisés et affamés...

Un refuge. Dieu. Le mot sonne étrangement doux, inattendu_alors il y en a donc, aussi loin et aussi haut. Cela me fait un élan chaud dans le corps, j'ai presque envie de rire, pour la première fois depuis le déjeuner, et les autres aussi...

 

J'avais décidé d'explorer les autres romans de Sandrine Collette suite à mes précédentes lectures comme "Des noeuds d'acier" et "Il reste la poussière" .

Ces deux lectures m'avaient beaucoup marqué.

Encore une fois l'auteur nous offre un thriller  à couper le souffle...

Le lecteur plonge immédiatement dès les premières pages dans l'aventure et dans l'horreur. Tout le talent de l'auteur réside à faire des deux histoires parallèles...une seule. Bien sûr, on comprend très vite que les deux histoires vont se rejoindre, mais on ne devine pas ni quand, ni comment, ni pourquoi...

L'auteur est très douée pour faire monter le suspense et l'angoisse du lecteur va crescendo. L'oppression le gagne au fur et à mesure que la montagne devient de plus en plus hostile. 

 

Vingt secondes plus tard, il m'a fait glisser au bord de la crevasse, évitant mon regard pour ne pas lire la peur qui m'envahit ; juste sa main sur ma tête pour m'encourager, et son murmure, "Je sais que tu vas réussir. Tu es une fille exceptionnelle. Je me retrouve les jambes balançant dans le vide, engloutie dans une opacité effrayante, cherchant désespérément des points d'appui sur la roche et la glace...

 

Les personnages sont encore une fois psychologiquement bien décrits et ils nous deviennent si familiers que l'on frémit à côté d'eux.

De plus, le ton employé par l'auteur n'est pas du tout le même quand c'est Lou qui parle et nous narre l'expédition, ou bien Mathias qui raconte sa fuite et la traque dont il fait l'objet...tous deux à la première personne. 

Encore une fois, la fin nous laisse pantelants et nous poursuit longtemps...

C'est vraiment un auteur à lire et à découvrir si vous aimez les romans à suspense.

 

Autour de moi l'eau est plus claire que je ne m'y attendais, d'une pureté irréelle. J'ai bien fait de plonger. Jamais je n'aurais su à quoi ressemble l'eau d'un lac au printemps. Jamais je n'aurais vu la glace briller par en dessous, tels des milliers de diamants façonnés.

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 07:13
Hortense / Jacques Expert

Cette femme sans âge, c’est moi, transparente, anonyme. Voilà ce que je suis devenue. Rien. Même pas un fantôme. Un fantôme, on finit toujours par le voir.

 

Je ne connaissais pas Jacques Expert aussi, lorsque lors de la dernière réunion du Cercle de Lecture auquel je participe, une de mes amies a présenté "Hortense", je suis allée aussitôt l'emprunter à la médiathèque. 

 

Dans les années 90, Sophie Delalande s'est laissée séduire par Sylvain, un gars beaucoup trop beau pour elle, qui a tôt fait de s'installer chez elle et de se laisser entretenir par cette jeune femme quelconque, timide et naïve et surtout mal dans sa peau. Mais le jour où elle lui annonce qu'elle est enceinte, il devient violent et s'enfuit non sans lui avoir dit moultes méchancetés qu'elle aura du mal à oublier.

Pourtant lorsque Hortense, sa fille naît, elle va remplir sa vie au fur et à mesure que l'amour grandit...

Un jour pourtant Sylvain revient vers elle : il veut revoir sa fille et la menace, jusqu'à ce jour terrible où il vient chez elle et l'enlève.

Le lecteur retrouve alors Sophie des années après...le temps a passé et elle ne se remet pas de la disparition de sa fille. Aucune piste n'a réussi à localiser son ex-copain, malgré le sérieux du policier chargé de l'enquête et l'argent qu'elle a dépensé avec un détective privé, et seule son amie Isabelle la soutient encore après toutes ces années. 

C'est alors qu'un soir elle est bousculée dans la rue par une jeune femme blonde...Sophie en est sûre, c'est Hortense !

Elle va alors tout faire pour se rapprocher de cette mystérieuse jeune Emmanuelle qui travaille dans un restaurant et qui ne semble entretenir d'admiration que pour...son père.

 

 

J’étais follement amoureuse, pour la première fois de mon existence. Chaque fois que j’y repense, je n’en reviens toujours pas d’avoir été aussi sotte. Comment ai-je pu croire à toutes ses sornettes ?

 

C'est un roman psychologique très bien mené. L'intrigue nous tient en haleine jusqu'au bout et la fin, qui était impossible à imaginer (ou presque), remet les choses en place en deux petites pages seulement.

Ce roman, inspiré d'un fait divers, multiplie les pistes, enchaîne les rebondissements pour nous amener à espérer.  Il nous offre là, au final un puissant roman sur l'amour maternel quand la fin nous apparaît comme limpide après le premier instant de surprise passée, un amour maternel exclusif certes, mais très fort.

L'écriture est fluide et facile à lire ce qui en fait un excellent roman de détente pour ceux qui aiment ce genre de lecture. Le récit de Sophie est entrecoupé de rapports et témoignages de l'entourage qui recadrent les faits et les rendent encore plus réels, et de la voix d'Hortense (Emmanuelle) dont l'angoisse va crescendo...  

 

Si la vie était juste, elle n'aurait pas permis que je croise sa route. Elle m'aurait épargnée et je n'aurais jamais eu à endurer ce que j'ai enduré. Une vie de rien, une vie perdue. Hortense n'aurait jamais vu le jour, c'est vrai, mais est-ce que cela n'aurait pas été mieux ainsi ?
Oui, la vie est injuste, et j'en suis la preuve.

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 07:13
Tokyo / Mo Hayder

Tout ce à quoi je pensais croire s'est dérobé. Il y a dans mon cœur un vide aussi béant que celui du ventre de la petite fille et je ne puis penser à rien d'autres qu'à ce que cette occupation nous a réellement coûté. Elle signe la fin d'une Chine dont je n'ai pas assez fait de cas pendant des années. La mort de toute croyance-la fin des dialectes, des temples, des gâteaux de lune à l'automne et de la pêche au cormoran au pied des montagnes. La mort des jolis pont enjambant les mares à lotus, des galets jaunes qui se reflètent le soir dans le silence de l'onde...

 

Grand Prix des Lectrices de Elle en 2006

Prix SNCF du Polar 2006

 

Grey est une jeune anglaise perturbée et angoissée qui cache un lourd passé.

Dans les années 90, elle débarque à Tokyo pour y rencontrer un enseignant de sociologie, Shi Chongming. Elle vient d’Europe pour lui demander de visionner un film, qui serait en sa possession, montrant un événement important de la guerre Sino-japonaise et en particulier de la prise de Nankin, film qui est devenu indispensable à la survie psychologique de la jeune fille et dont elle a trouvé trace lors de ces nombreuses recherches sur cette période de l’histoire.

 

Au départ, le lecteur ne sait rien des raisons qui la pousse à harceler le professeur, ni du passé de la jeune fille. On apprend simplement au fil de la lecture qu’elle est considérée comme « folle », qu’elle a été longuement hospitalisée dans un service psychiatrique, que même ses parents ne la croient pas, lorsqu’elle a déclaré qu’elle avait commis cet « acte ignoble » qu’on lui reproche, par ignorance…

Le lecteur n’apprendra qu’à la fin de quoi il s’agit. Bien sûr, de nombreux indices seront semés sur sa route. Grey a été élevée par des parents aimants qui désiraient avant tout la protéger de tout et l’ont donc maintenue dans l’ignorance. Aussi lorsqu’elle a mis la main sur un petit livre orange racontant les événements de Nankin, elle est devenue une adepte de cette période historique…et c’est par hasard qu’elle a trouvé mention du professeur et du film prouvant le déroulement des événements. Seul ce film prouverait qu’elle n’est pas « folle » et qu’elle dit vrai.

 

En attendant, on suit Grey dans les rues de Tokyo, sans un sou en poche car elle a juste eu de quoi payer son voyage. Dans un parc, elle rencontre Jason, un jeune américain qui est étrangement attiré par cette jeune fille mutique qu’il va surnommer « phénomène » et lui proposer de l’héberger « chez lui » dans une mystérieuse maison délabrée et fantomatique où la moitié des pièces sont inaccessibles et même carrément interdites d’accès.

Elle va finir par y aller, morte de fatigue et de faim et par travailler dans un club d’hôtesse où l’argent coule à flot et où Mama Strawberry l’accueille sans poser aucune question…

 

C’est alors que Shi Chongming, qu’elle a revu plusieurs fois entre temps, lui propose un étrange et dangereux marché : lui montrer le film en échange de quelque chose qu’elle doit récupérer pour lui chez Fuyuki , le patron de la mafia de Tokyo, un vieux chef yakusa, surveillé en permanence par sa terrible et gigantesque nurse, sur laquelle beaucoup de rumeurs circulent…

 

Le visage blême, elle se raidit sur son tabouret et braqua les yeux sur le hall d'entrée.
Six gorilles en costume bien taillé, aux cheveux courts et permanentés venaient de franchir les portes en aluminium et balayaient le club du regard, certains en se tripotant les boutons de manchette, d'autres en glissant un doigt entre leur col de chemise et leur cou massif. Au centre du groupe se tenait un homme mince, vêtu d'un polo noir à col roulé, les cheveux ramenés en queue-de-cheval. Il poussait un fauteuil de roulant dans lequel était assis un homme minuscule, fragile comme un vieil iguane...

 

En parallèle de l’histoire de Grey, le professeur de sociologie se remet à lire le journal qu’il écrivit de mars à décembre 1937 alors qu’il habitait Nankin en Chine et que les Japonais envahissaient la ville et perpétraient des horreurs si terribles qu’elles ont été effacées des manuels scolaires, tant les générations futures en ont eu honte…

 

Un thriller haletant…qui démarre par un prologue saisissant où un personnage inconnu poursuit un soldat japonais pour lui prendre sa caméra. Très vite on comprend qu’il s’agit de Shi Chongming.

 

- Ne la prenez pas, a-t-il repris. Si vous la prenez, qui témoignera ?
"Si vous la prenez, qui témoignera ?"
Ces mots sont restés en moi. Ils resteront en moi jusqu'à la fin de mes jours. Qui témoignera ? J'observe longuement le ciel au-dessus de la maison, la fumée noire qui passe devant la lune. Qui témoignera ? La réponse est : personne. Personne ne témoignera. Tout est fini. Cette page est la dernière de mon journal. Je n'écrirai plus jamais. La suite de mon histoire ne sortira pas de la bobine que contient cette caméra et ce qui s'est passé aujourd'hui restera un secret.

 

Personnellement j’ignorai tout de ces événements historiques occultés et souvent confondus avec la guerre sino-japonaise. Si j’en ai entendu parler, je les avais oubliés !

Des milliers de chinois ont été massacrés, des femmes violées avant d’être tuées, des atrocités, des tortures et des actes de cannibalisme ont été relevés… C’est sous la plume fictive du professeur que les événements historiques sont relatés et les horreurs de Nankin dévoilées.

 

On y apprend aussi les traditions et les coutumes de cette époque.  Tout comme le lecteur découvre avec Grey la vie à Tokyo dans les années 90.

 

L’ambiance est singulière et souvent glauque…les personnages attirants et très bien décrits. C’est un roman noir effrayant et attractif pour ne pas être addictif puisque dès qu’on commence sa lecture on n’a de cesse de le poursuivre pour trouver les réponses aux nombreuses questions qui surgissent au cours de sa lecture.

L’auteur n’a pas son pareil pour faire monter le suspense au fil des pages mais il nous reste au-delà du thriller, une belle mais terrible leçon d’histoire…et une lecture qui nous apparaît comme  indispensable, surtout lorsque l’on sait que le massacre de Nankin est, toujours aujourd’hui, contesté par les négationnistes japonais.

 

- C'est impossible, ai-je murmuré. O Père du ciel, suis-je en train de rêver ?
Il y avait là une centaine, non, un millier de cadavres. Empilés à la va-vite, les uns sur les autres, en couches innombrables de corps contorsionnés, de têtes tournées selon des angles irréels, de pieds flasques plus ou moins chaussés. Liu et moi nous étions endormis au clair de lune face à une montagne de cadavres. Il m'est impossible de retranscrire ici tout ce que j'ai vu ce matin-la vérité écrite risquerait de crever le papier-, les pères, les fils, les frères, les infinies variations du deuil.

 

Biographie de Mo Hayder (d’après wikipedia)

Mo Hayder (née à Londres en 1962), est une romancière britannique de roman policier, noir et thriller.

Fille d’universitaires anglais et enfant terrible, elle quitte brutalement sa famille à l’âge de 15 ans pour enchaîner les petits boulots dans la capitale. À 25 ans, après un mariage éclair et dix années de vie mouvementée sur fond de « sexe, drogue et rock’n’roll », elle décide, un aller simple en poche, de s’envoler pour l’empire du Soleil-Levant. Une fois arrivée à Tokyo, c’est la désillusion. Elle mène alors une existence des plus austères, vit dans une seule pièce et n’en sort que pour aller travailler. Elle y exerce les métiers de barmaid, éducatrice et, enfin, professeur d’anglais.

Attirée par le cinéma d’animation, elle quitte à 28 ans le Japon pour les États-Unis afin d’y suivre des études de cinéma. Elle obtient finalement son diplôme, mais le caractère violent de ses réalisations lui interdisant tout espoir de large diffusion, Mo Hayder décide de retourner en Angleterre. Elle y occupe un poste dans la sécurité comme « garde du corps », puis se consacre entièrement à l’écriture. Elle vit désormais avec sa fille et son compagnon.

Marquée à vie par les expériences traumatisantes dont ont été victimes plusieurs de ses proches, elle reconnaît volontiers sa fascination pour le morbide et la cruauté qui hantent ses livres. Birdman (Presses de la Cité, 2000), son premier roman, est devenu en très peu de temps un best-seller et s’est vendu à 130 000 exemplaires en Grande-Bretagne. Avec Tokyo, Mo Hayder confirme son statut unanimement reconnu d’étoile montante du roman noir. Elle a reçu pour ce roman le Grand prix des lectrices de Elle 2006 catégorie Policier.

Plusieurs de ses romans (BirdmanL'Homme du soirRituelSkin et Proies) mettent en scène l'inspecteur Jack Caffery, de la brigade criminelle du sud de Londres et Phoebe Marley, surnommée Flea, plongeuse pour la police de Bristol.

Ses livres sont traduits dans une quinzaine de pays.

En plus des prix reçus pour « Tokyo » elle reçoit en 2012, le Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur roman pour « Gone » traduit en français sous le titre « Proies ».

 

On n'a pas besoin de comprendre ce qu'est l'amour pour avoir envie de le faire. C'est ce que démontrent les abeilles et les oiseaux. J'étais la pire combinaison possible, ignorant tout des tenants et aboutissants de la chose et aussi fascinée qu'on puisse l'être. Pas étonnant, peut-être que je me sois attirée des ennuis.

 

J'avais noté ce roman depuis fort longtemps sur mes listes à lire...je crois bien lors de mes premières visites sur le blog de MissFuji dont je faisais à peine connaissance...

Puis plus récemment, c'est Mimi qui en a parlé et m'a décidé à l'emprunter en médiathèque, car ce roman comme vous l'avez vu n'est pas une nouveauté. 

Voilà donc les deux avis sur mes blogs amis ! 

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 06:41
Denoël / Collection "Sueurs froides", 2016 / Prix Landerneau Polar 2016

Denoël / Collection "Sueurs froides", 2016 / Prix Landerneau Polar 2016

 

Voilà le second thriller de Sandrine Collette que je lis. Depuis le printemps dernier, suite à la lecture de son roman "Des noeuds d'acier"  que j'ai chroniqué que ce blog, plusieurs titres de cet auteur sont dans ma liste à lire et je ne m'étais pas encore décidée pour l'un d'entre eux...

 

C'est chose faite avec son dernier roman paru en janvier dernier.

 

L'histoire

 

Au fin fond des paysages arides et sauvages de Patagonie, celle qu'on appellera tout au long du roman, la mère, tente d'élever seule ses quatre fils depuis que son mari est parti...

Il y a d'abord les jumeaux, Joachim et Mauro, puis celui que tous surnomme "le débile", Steban, parce qu'il a perdu la voix après avoir assisté à une scène particulièrement choquante et enfin le petit dernier, Rafael, enfant maltraité par ses frères et maudit par sa mère pour être né quelques mois seulement après le départ du père...

 

Des quatre fils, il [Rafael] est le meilleur cavalier. C'est pour cela que la mère lui confie de plus en plus souvent la surveillance des bêtes, pour cela, et parce qu'elle peut l'envoyer seul, lui que ne demande jamais que ses frères l'accompagnent...
Au début Mauro le suivait à cheval, étrier contre étrier jusqu'à la grande barrière. Un silence effrayant, de ceux qui précèdent les tempêtes. Son regard brutal sur Rafael, sur le porte-fusil sanglé à la selle_ à croire qu'il allait s'en saisir, épauler. Tirer. Pan.

 

La mère est la seule dans la région à tenter de survivre en élevant comme avant du bétail de toutes sortes, la plupart des estancias aux alentours se contentant d'élever des brebis pour la laine, afin de tenter de faire face aux gros domaines qui se développent un peu partout.

Mais sur ses terres arides et battues par les vents, les bovins peinent à engraisser et ne rapportent que peu d'argent.

 

Malgré sa fierté d'être propriétaire du domaine, la mère n'en peut plus des journées épuisantes et sans fin qui lui permettent à peine de faire vivre sa famille dans la misère. 

Elle a pourvu toute seule à l'éducation de base des enfants, et ils savent tous lire et compter. Mais ils sont taiseux, violents et sauvages. Il faut dire qu'elle les tyrannise, distribue les coups, leur interdit tout plaisir, sans jamais leur donner d'affection ou de gestes tendres. Elle doit se faire obéir à n'importe quel prix et n'accepte aucune discussion. Même les grands la craignent...et leur vie de jeunes gens tourne uniquement autour des animaux et du travail harassant de la ferme. 

 

Pourtant avec son oeil de mère toujours à l'affût, elle les connaît bien et enregistre tout et, à sa façon, elle les protège du monde extérieur et de ses tentations.

Elle seule descend donc à la ville pour acheter des vivres, voir le banquier et lorsqu'elle en ressort folle de rage car elle n'a plus rien malgré le travail quotidien, elle part boire un coup tout en s'adonnant au poker pour se consoler. 

 

Un jour, elle perd toutes ses économies au poker et pour se refaire, elle joue son fils, Joachim... et perd. 

Resté seul, Joachim s'assied sur son lit. Mauro lui manque, et la mère, et même le petit et l'autre débile ; il voudrait pleurer pour enlever la boule de sa gorge, respirer mieux. Mais rien ne vient, qu'une sécheresse qui lui fait frémir le cœur et lui laboure les joues, quelque chose de mort dans sa poitrine, parce que tous aussi, à l'estancia, ont refermé la porte sur lui. Il espérait...il a attendu en vain.

 

 

Joachim va vite se rendre compte que la liberté a parfois du bon, que son travail moins harassant qu'auprès de la mère est rémunéré, et que les étrangers lui accordent plus d'attention que ne l'a jamais fait sa propre famille depuis toujours...

 

Pendant ce temps, à l'estancia, la situation empire parmi la fratrie et Mauro, le second jumeau qui ne supporte ni la séparation d'avec son frère, ni le geste de la mère,  s'en prend de plus à plus souvent à Rafael qu'il déteste pour n'être pas encore capable d'assurer sa charge de travail.

La tension monte inexorablement...

 

Mais des événements imprévus vont modifier le cours des choses. Rafael va garder espoir et croire, dans sa naïveté de jeune garçon, qu'il pourra apporter un peu de joie et de légèreté dans la famille...

Mais est-ce le bonheur qui va enfin entrer au coeur de l'estancia ou l'enfer sur terre ? 

 

Vous le saurez en lisant ce palpitant thriller psychologique...

 

Il joue à nouveau avec l'eau, la bouscule, à marche forcée, et sort sur la rive, revient en bondissant, jusqu'à ce que la pression sur ses jambes le déséquilibre et le fasse tomber. Alors le cœur battant, essoufflé d'avoir trop ri et trop braillé, il se laisse flotter à quelques mètres du bord, surveille qu'il a toujours pied. La lumière l'exalte, ricoche sur le lac, sur les bosquets, sur le presque sable. Il ferme les yeux et une étrange mélodie vient le bercer...

 

Ce roman est terrifiant tant il semble au lecteur toujours se situer sur un fil ténu entre la haine et la violence, voire l'absence totale d'humanité des personnages, et d'autre part, l'attachement puissant qu'ils ont à cette terre hostile et inhospitalière, où ils ne connaissent que souffrance physique et accumulation de malheurs, une terre façonnée par les vents glacials et incapable de les faire vivre convenablement.

 

Les personnages sont tous dépeints avec beaucoup de psychologie ce qui fait de ce roman un roman social, proche du témoignage, mais aussi un thriller haletant, qui se lit d'une traite et où le lecteur est malmené comme le sont les personnages, persuadé qu'il n'y aura point d'issue heureuse à ce terrible huis-clos familial. 

 

Le personnage de la mère est sacrée. Aucun ne se permet de la juger : elle est LA MÈRE, un point c'est tout. Elle gère l'estancia, leur attribue leur criollos quand ils en ont l'âge, répartit les tâches quotidiennes, prépare les repas et ne prend jamais parti pour défendre l'un ou l'autre des frères.

 

Peut-être aurait-elle dû accepter, pour les selles. Ce refus-là a été de trop, elle le sent bien. Mais faire marche arrière à présent, impossible, ils auraient la main sur elle, définitivement, et ils demanderaient encore plus. Des têtes de cochon, voilà ce qu'elle a récolté, et pourtant, elle a joué de la trique, mais il en fallait davantage, semble-t-il, et elle a eu l'âme trop sensible...

 

Les paysages sont décrits avec une justesse incroyable et beaucoup de poésie. Le lecteur galope aux côtés des criollos, crinières au vent, ces puissants chevaux qui savent rabattre les bêtes du troupeau pour les ramener vers l'estancia et qui sont indispensables à la survie des exploitations.

 

C'est un roman très fort et très dur qui se dévore d'une traite et que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la dernière page, mais même alors, une fois le roman refermé, les personnages nous poursuivent comme nous poursuivent le vent, le silence et la solitude de la steppe...

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 05:55
Du Monde Entier / Gallimard, août 2016

Du Monde Entier / Gallimard, août 2016

 

Sebastian von Eschburg est originaire d'une famille aisée qui appartient depuis des générations à l'aristocratie et a donné son nom au village d'Eschburg-le-Château, situé entre Salsbourg et Munich. 

Il habite dans le superbe manoir construit au XVIIIe siècle par ses ancêtres,  où sa mère élève des chevaux.

Personne ne s'occupe réellement de lui : sa mère s'adonne à sa passion et son père travaille, se saoûle ou passe son temps dans son bureau et à ses parties de chasse.

A dix ans, Sebastian est envoyé en pension en Suisse, là où tous ses ancêtres ont fait leurs études secondaires. 

Un été, alors qu'il est venu passer ses vacances chez ses parents, son père se suicide et c'est le jeune Sébastian qui découvre découvre son corps. 

Sebastian s'était assoupi dans le fauteuil. Quand il entendit la détonation, il dévala les escaliers dans la pénombre, traversa en toute hâte le vestibule du rez-de-chaussée, trébucha, se meurtrit le genou, fila sans désemparer le long du couloir qui conduisait au bureau de son père. Il ouvrit brusquement la porte...

"Nous avons encore le temps" lui avait dit son père.

 

Sa mère nie le suicide et lui parle d'un terrible accident.  

Sebastian va s'enfermer dans son imaginaire. Il a depuis l'enfance un don particulier pour percevoir les couleurs...c'est ce qu'on appelle la synesthésie, une perception particulière qui lui fait voir le monde différemment des autres.

 

Sa mère ne va avoir qu'une hâte c'est de vendre la demeure et de refaire sa vie, ce qu'elle fait quand Sebastian atteint ses 16 ans. 

Sebastian qui s'entend mal avec son beau-père va essayer d'oublier son enfance , la mort brutale de son père et le manoir où il adorait vivre, en se plongeant dans l'art.

Il se consacre alors à la photographie et suit une formation chez un photographe célèbre, avant d'ouvrir son propre studio à Berlin.

 

Il travaille beaucoup sur la beauté et photographie de nombreux artistes, mais il montre aussi la solitude des hommes et n'a rien contre un peu de sexe, puisqu'il photographie aussi beaucoup de nus, dont Sofia sa maîtresse, qui semble être la seule à le comprendre. 

Ses photographies sont très originales : elles montrent que vérité et réalité sont deux choses totalement différentes et en sont même effrayantes.

Mais cela plaît et il devient célèbre a seulement 25 ans. 

Tout bascule alors qu'il est au sommet de sa gloire... le jour où Sebastian est accusé d'avoir tué une jeune femme dont on a retrouvé des traces de sang dans sa voiture et qui aurait appelé les secours alors qu'elle se trouvait enfermée dans la malle.

 

Le policer chargé de l'interrogatoire le menace, tandis que le procureur Monika Landau se retrouve au coeur de l'affaire. Malgré les preuves, aucun coprs n'est retrouvé et l'identité de la victime reste inconnue.

Mais Sebastian avoue le crime... 

 

Un interrogatoire est une entreprise bien délicate songeait Landau. Pourquoi le suspect passerait-il aux aveux , s'il réfléchit ne serait-ce qu'un instant, il s'apercevra qu'il n'a rien à y gagner. Un homme n'avoue qu'il a commis un crime que s'il a un bénéfice à en retirer...

 

Konrad Biegler, un célèbre avocat de Berlin accepte de se charger de sa défense, et de prouver l'innocence de son client, alors que lui-même est amoindri par un événement récent : il vient d'être victime d'un sérieux burn-out et se remet avec peine de sa dépression... 

 


"- Je voudrais que vous me défendiez comme si je n'étais pas l'assassin.
- Comme si vous n'étiez pas l'assassin ? Qu'est-ce à dire ? Est-ce que c'est vous, oui ou non ?
-Est-ce si important ?"
C'était une bonne question. Et la première fois qu'un client la lui posait.

 

C'est un roman surprenant à bien des égards.

Est-ce un problème de traduction... j'ai trouvé que la première partie manquait de fluidité.

C'est vrai que de nombreux événements se succèdent, mais l'alternance des rythmes ne facilite pas la lecture. 

La description trop poussée de certains personnages qui ne s'avèreront d'aucune utilité ni pour l'histoire, ni pour l'ambiance, ainsi que certains détails m'ont même ennuyé. 

Il en est de même pour tout ce qui concerne la technique photographique. Certes ces détails peuvent peut-être passionner un photographe, mais n'apportent rien au récit, ni à la résolution de l'affaire. 

 

Ce qui est intéressant par contre, c'est la manière dont le personnage se plonge dans sa passion (la photographie) pour essayer d'échapper à la réalité du monde qui l'entoure. L'art est un refuge, la photographie lui permet de mettre une distance entre lui et le monde qui le fait souffrir, mais ne va pas suffire à le rendre heureux.

Le roman s'ouvre d'ailleurs sur une brève introduction mettant en scène Louis Daguerre, l'inventeur de la photographie, l'auteur montrant par là son intention de porter aussi une reflexion sur l'image, certes, mais surtout sur le regard du photographe. 

 

Le suspense démarre réellement au niveau de la seconde partie lorsque  le crime est révélé et le héros accusé. A partir de là, le lecteur veut connaître la vérité et n'aura de cesse de suivre les pérégrinations et les réflexions de l'avocat qui cherche à comprendre.

Est-ce vraiment la jeune demi-soeur de Sebastian qui a été assassinée ? 

 

Mais là encore j'ai été déçue : l'avocat est un personnage sans aucune profondeur et le lecteur est même étonné qu'il réussisse à résoudre une telle énigme et à prouver l'innocence de son client. Là encore beaucoup de problèmes surgissent lors de la lecture...

L'histoire de la torture arrive comme un cheveu sur la soupe. Elle aussi n'est pas crédible dans la mesure où le policier n'était pas seul lors de l'interrogatoire. Comment le procureur a-t-il pu tolérer de telles menaces ? Ce fait est plus que surprenant !

Le fait que l'accusé ait semé un certain nombre d'indices sur sa route, avant son accusation, n'est absolument pas crédible non plus !

Mais le lecteur, en bon public, est prêt à oublier ce détail...ce qui lui permet même d'être surpris quand il découvre toute la vérité sur l'affaire.

Certains personnages sont totalement imaginaires alors que nous avons cru à leur existence et vice versa. 

C'est à la fois amusant et déconcertant car cela nous interpelle sur la notion de vérité, de culpabilité, mais aussi de crime et sur notre propre façon d'anticiper les événements et de les imaginer.

Car vérité et réalité sont forcément différents...

C'est ce que l'auteur a voulu nous montrer comme le ferait le regard porté par le photographe sur le monde.

 

Malgré le manque de fluidité de la première partie (122 pages / 224 ) qui empêche finalement le lecteur d'éprouver une quelconque empathie avec le héros, malgré le manque de crédibilité de l'histoire, j'ai finalement eu du plaisir à lire la seconde moitié du roman.

Pour moi ce n'est absolument pas un roman policier, car il n'y a pas véritablement d'enquête. L'avocat doit résoudre des énigmes dans une sorte de jeux de piste...que l'assassin présumé lui a laissé avant d'être inculpé.

 

Malgré l'originalité de la construction de l'histoire, je garde un avis mitigé sur ce roman mais je tiens à remercier les Éditions Gallimard et Masse critique de Babelio pour m'avoir permis de découvrir cet auteur et ce roman en avant-première de la Rentrée Littéraire 2016.

 

tous les livres sur Babelio.com

 

L'auteur est avocat de la défense au barreau de Berlin depuis 1994.

Il a déjà publié plusieurs ouvrages dont deux ont été traduits en français et ont reçu un succès international. 

Crimes et Coupables (nouvelles)

L'affaire Collini

Le présent roman paru en 2013 en allemagne est traduit de l'allemand par Olivier Le Lay

 

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 06:51
Sonatine, 2015

Sonatine, 2015

« Un suspense formidable qui m’a tenu éveillé jusqu’au bout de la nuit ! »
Stephen King

 

Entre Londres où elle est censée aller travailler et la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour.

Chaque fois, elle est assise à la même place et elle observe une jolie maison, située en contre-bas de la voie ferrée, lors d'un arrêt régulier du train.

Cette maison, elle la connaît par cœur, car elle a habité une maison strictement identique située à quelques numéros de là.

Elle observe la vie de ses habitants et elle a même donné un nom au jeune couple,  Jason et Jess, car elle ne les connait pas : ils ne vivaient pas là lorsqu'elle habitait encore le quartier.

 

Elle qui ne s'est jamais remise de son divorce, leur invente une vie parfaite et heureuse, sans nuages...elle se fait des films, revit sa propre vie de jeune femme aimée, projette sur eux tout ce qu'elle n'a pas pu vivre, les aime ou les déteste selon ce qu'elle voit chaque jour. Ils remplissent sa vie et deviennent indispensables à son quotidien, comme l'est, à ses heures perdues, la boisson à laquelle elle s'adonne sans répit dès le matin qu'elle soit seule ou pas. 

 

Rachel a été heureuse dans le passé avec Tom, avant qu'il ne la trompe avec Anna qui est maintenant devenue sa femme et la mère de sa petite fille. 

C'est la raison pour laquelle elle boit. Elle a perdu son travail à cause de ces événements et le cache à sa colocataire qui est en fait une ancienne amie qui l'héberge, ainsi qu'à sa famille et à ses amis qui le découvrent peu à peu au hasard de leurs rencontres...

 

Mais la situation s'aggrave lorsqu'un matin, Rachel découvre un autre homme que Jason dans le jardin de la maisonnette. Jess et cet homme s'embrassent comme le feraient deux amants !

 

Bouleversée, elle ne sait plus que penser d'autant plus que les jours suivants la maison semble déserte et qu'elle apprend avec stupeur à la UNE des journaux que la jeune femme qui se nomme en fait Megan Hipwell, a mystérieusement disparue.

Or ce soir-là, totalement ivre, elle a été vue dans les parages et a même harcelé Anna...mais elle ne se souvient de rien ! 

 

Pour en savoir plus, elle décide alors de se faire passer pour une amie de Megan et d'aller sonner à la porte de Jason, qui se nomme en fait Scott, ce qu'elle apprend dans les journaux...

 

 

 

C'est un thriller haletant qu'on ne peut pas lâcher jusqu'à la fin même, si j'y ai trouvé quelques situations trop répétitives !

Au départ on ne voit pas trop comment le monde imaginaire de la jeune femme et la vie réelle de ses personnages vont pouvoir se réunir.

Mais peu à peu le lecteur, même s'il n'a rien d'un voyeur tombe dans le piège...

Chaque chapitre fait parler un des personnages de son point de vue à lui et au fil des chapitres le lecteur s'enfonce en même temps que Rachel dans la paranoïa ambiante.

Il y a donc du suspense, des rebondissements, des personnages qui deviennent la clé de l'énigme et dont on ne soupçonnait pas le rôle, des coupables qui n'en sont pas...bref tous les ingrédients d'un bon thriller.

 

A noter : ce roman connaît un succès sans précédent aux Etats-Unis, au Canada et en Angleterre et a été traduit en 26 langues...

Il est même en cours d'adaptation cinématographique...

 

C'est donc un bon roman pour vos vacances...si vous êtes amateurs du genre, bien sûr ! 

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 06:47
Phébus 2015

Phébus 2015

 

Ce roman, paru en 1941 en Hongrie, a été traduit pour la première fois en français en 2015 par Sophie Képès. Il a obtenu le Prix Bagarry-Karatson pour sa traduction !

 

C'est un petit roman que j'ai emprunté en Médiathèque tant le titre m'a intrigué...

En effet comment un assassin peut-il être innocent ?

 

L'auteur nous propose d'entrer, pour une journée seulement, dans une maison bourgeoise quelque part en Hongrie durant la première moitié du XXème siècle.

Mais ce ne sont que des déductions de ma part, car de tout cela, il ne vous dira rien !

Le début de l'histoire peut d'ailleurs paraître déroutant pour le lecteur. Une ambiance particulière règne en effet dès les premières pages du roman.

L'auteur fait tout ce qui est en son pouvoir, pour nous présenter les personnages un à un, durant leurs occupations quotidiennes, avant de nous laisser faire le lien entre eux et parfois de les nommer. 

Parfois en début de chapitre, on ne sait pas qui parle, car chacun s'exprime à son tour...

Peu à peu le puzzle se met en place, dans un décor réfrigérant, car non seulement il neige au dehors, mais il fait un froid très éprouvant partout ; la maison est sombre et les enfants sont livrés à eux-mêmes ; la nourrice est d'une rigidité déconcertante ; la décoration intérieure est si austère qu'elle ajoute son ombre au tableau.

 

Dans cette maison bourgeoise où les heures s'égrènent les unes après les autres, va se dérouler un drame dont l'enquête se résoudra en huis-clos...

 

L'ambiance est tendue : tous les membres de la famille ou leur entourage ont quelque chose à se reprocher...

Le père tout d'abord qui a ouvert un club privé de jeux et s'expose ainsi à des poursuites, vient de passer une nuit épouvantable mais a pu sauver in extrémis de la mort, un jeune écervelé, neveu d'un de ses amis qui avait tout perdu en jouant. 

La mère Magda, a pour seule hantise celle de vieillir prématurément et d'être délaissée par son amant, le merveilleux Robert, un ami de son mari, qui gâte tous ses caprices...

Poupée, surnommée ainsi par sa famille, a 14 ans et profite de son temps libre pour fréquenter en cachette, Pista, le fils du gardien, un ado pauvre mais au coeur d'or qui s'est engagé avec ses amis dans la révolution...

Et puis il y a Petit, le plus jeune de la famille qui cherche, malgré ses douze ans, à attirer l'attention de ses parents  parce qu'ils ne sont jamais là et ne s'occupent jamais de lui...

 

Beaucoup de tensions, de non-dits entourent cette famille bourgeoise mais bien sûr toute parole déplacée est aussitôt retenue. Même la nourrice n'ose pas dire ce qu'elle pense de leur façon de vivre.

 

C'est alors que Robert Gedeon, l'ami de la famille et amant de Magda,  est retrouvé assassiné...

 

Tous peuvent être coupables !

 

Péterffy, le policier chargé de l'enquête va devoir démêler le vrai du faux et étudier de près les mensonges par omission de ceux, volontaires, visant à protéger tel ou tel membre de la famille.

Ecrivant lui-même des romans policiers sous le pseudonyme d'Archibald Cross, il n'aura de cesse d'entrer dans la psychologie des personnages et de déjouer leurs plans afin d'établir l'identité de l'assassin.

Mais au delà de l'enquête menée avec brio et intuition, il a du mal à se détacher de l'écrivain qui sommeille en lui, et cherche à chaque instant l'événement qu'il pourra coucher sur le papier et immortaliser dans son prochain roman.

 

Finalement lorsque les preuves se referment sur l'assassin, le lecteur découvre, ébahi que le titre n'avait pas menti : seul celui-ci est véritablement innocent, tous par leurs actions et leurs attitudes l'ont peu à peu amené à effectuer son geste !

 

 

Quelque chose de pesant, d’angoissant flottait dans l’air de l’appartement. Quelque chose de tellement épouvantable et sinistre qu’on aurait voulu hurler de terreur, comme si des fauves inconnus se tenaient aux aguets quelque part aux environs, prêts à bondir, avides de sang frais et de tiède chair humaine.

 

C'est un roman qui sort de l'ordinaire tant sa construction est originale et proche d'une oeuvre de théâtre...

Plutôt lent au départ, ce roman, à la fois thriller psychologique et roman policier, prend sa vitesse de croisière dès l'annonce du meurtre pour se dérouler ensuite en huis-clos, au sein  d'une famille désunie, mais qui tient absolument à sauver les apparences.

 

La façon dont l'auteur entre dans la psychologie de ses personnages, en particulier celle du couple, est tout à fait fascinante. L'auteur met à jour leurs faiblesses sans concession ni émotion. 

Leur relation est très particulière et le lecteur se sent parfois en position de voyeur, ce qui renforce son malaise... 

 

Le lecteur entre dans le jeu et soupçonne tour à tour chacun des personnages qui eux-même se soupçonnent entre eux !  Cette situation renforce la tension omniprésente, liée au huis-clos mais aussi le suspense, et il faut bien le dire, ne manque pas d'humour... 

 

Mais le dénouement reste tragique et la façon dont chacun des personnages va se mettre à nu, particulièrement éprouvante.

 

Un thriller intéressant, à réserver cependant aux adultes, car je ne crois pas que les ados adhèrent au démarrage un peu lent du roman. 

Mais bien sûr je peux me tromper !

 

 

 

Qui est l'auteur ?

 

Née à Budapest, Julia Székely (1906-1986) est une écrivaine et une pianiste douée. Elle fut l'élève de Béla Bartók et de Zoltán Kodály. 

Elle est l'auteur de dix-sept ouvrages, romans, pièces de théâtre et biographies (sur Beethoven, Liszt, Bartók, Chopin notamment) dont 

Sa première oeuvre à l'avoir propulsé sur le devant de la scène est "Rue de la Chimère" paru en 1939 (Buchet-Chastel, 2005) qui a connu un immense succès.

Publié en 1941, son deuxième roman, "Seul l'assassin est innocent", confirme son immense talent et en fait l'égale de son compatriote, Sándor Márai (1900-1989).

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 06:08
Robert Laffont /2016

Robert Laffont /2016

 

Voilà un roman qui m'a réellement surprise...

Je m'attendais à lire une histoire légère dont j'oublierais les personnages à peine le livre refermé. Et bien détrompez-vous car ce n'est pas le cas ! 

 

Zoé, cette jeune adolescente de 17 ans qui a du mal à vivre tant elle est poursuivie par la culpabilité, depuis la mort accidentelle de son petit frère dix ans auparavant, m'a touchée en plein coeur. Nino avait avalé les psychotropes de sa mère, dilués dans un verre d'eau que, Zoé par erreur lui a tendu...bien sûr sans savoir ce que le verre d'eau contenait : elle n'avait que 7 ans !

 

Depuis elle n'arrive pas à se défaire de sa culpabilité, ni à avoir une quelconque relation avec sa mère qui est enfermée dans un service psychiatrique depuis l'accident. 

 

Excellente élève, timide et plutôt tranquille, Zoé vient de passer le bac...et les grandes vacances s'annoncent. Habituellement, elle les passe avec son père, chez Colette sa grand-mère. Mais cette année, rien ne se passera comme d'habitude. 

Zoé qui est plutôt du genre solitaire et a du mal à se faire des amies, est mystérieusement invitée par Lise, une camarade de sa classe, à passer l'été en Grèce sur une île appartenant à ses parents.

En échange, elle devra s'occuper du jeune Ben, le neveu de Lise.

D'abord hésitante, car elle est étonnée de cette invitation subite mais tout de même impressionnée, Zoé donne son accord lorsqu'elle apprend que son père part en Espagne avec sa nouvelle compagne... ses parents étant séparés depuis l'accident qui a coûté la vie à Nino.

 

Mais malgré les kilomètres qui lui permettent de s'envoler vers d'autres horizons, la présence de la mer et la beauté époustouflante de l'île et de la demeure familiale de Lise, ce ne sera pas si simple pour Zoé d'oublier son passé.

 

A peine arrivée sur les lieux, elle découvre que Rose, la mère de Ben ne s'occupe jamais de son fils et que celui-ci ne trouve un peu d'amour qu'auprès de ses grands-parents et d'Adam son père, un artiste peintre qui passe la plupart de ses journées dans son atelier.

Rose est une femme magnifique, capable d'être très douce et avenante, mais qui ne provoque autour d'elle qu'incompréhension, désolation et malaise. 

En fait elle souffre de troubles bipolaires depuis l'enfance, ce que Lise s'était bien gardée de dire à Zoé. 

 

Zoé se sent exclue de ce milieu social si différent du sien. Les parents de Lise sont très riches et le père tient une célèbre galerie d'art contemporain très en vogue.

Et voilà que Lise la laisse tomber pour partir en croisière avec son petit ami, venu les rejoindre. 

 

Elle sera bien obligée d'entrer à son insu, même en simple observatrice, dans les secrets de cette famille qu'elle découvre peu à peu, des secrets qu'elle aurait bien préféré ne jamais connaître, d'autant plus qu'elle apprend que Rose a des crises de violence incontrôlées qui sont responsables du départ de l'ancienne baby-sitter...

 

Quelqu'un serait-il en danger ? 

 

 

Elsa Vasseur est une jeune auteure de 27 ans qui a déjà publié chez Anne Carrière, un recueil de nouvelles, intitulé "Le goût du lait au chocolat", alors qu'elle n'avait que 18 ans.

Elle nous donne là un roman psychologique très subtil.

Le lecteur découvre peu à peu les différents éléments de l'histoire des Stein et la nature du drame vécu par Zoé ainsi que les détails de sa vie familiale.

Alors qu'il regarde en même temps que Zoé, se déliter la vie de la famille Stein, le lecteur va également découvrir tous les faux-semblants et les non-dits que cache leur vie clinquante et superficielle.  

 

Bien sûr pour alléger la tension omniprésente dans le roman, une brève histoire d'amour entre Adam et Zoé va permettre aux deux intéressés de prendre des décisions importantes dans leur vie... C'est la seule chose que j'avais vu venir ! 

 

Les personnages sont décrits avec beaucoup de finesse ce qui les rend très présents dans l'histoire.

Zoé est une adolescente tout à fait mature pour son âge : elle a vécu un drame dont elle ne parle jamais et une vie plutôt solitaire. Elle sait ce qu'est la mort, l'absence et la culpabilité et cela l'empêche de vivre au jour le jour. Le lecteur se range tout de suite de son côté...

Les autres personnages ne sont pas en reste même s'ils tombent de temps en temps dans la caricature mais arrivent à nous surprendre  : Lise, l'enfant gâtée adulée par ses parents toujours admiratifs à l'excès ; Adam le peintre raté, enfant de la DDAS, qui a trouvé en épousant Rose, une occasion de devenir quelqu'un, mais qui doute toujours autant de lui; Hélène, la mère de Lise plutôt rigide qui tient toujours son rang quoi qu'il arrive dans la vie familiale ; quand au père de Lise, il joue lui-aussi un rôle en permanence et pense pouvoir tout acheter, avec de l'argent. Ce n'est pas un problème pour lui...puisqu'il en a !

 

Le style est fluide et de fréquents rebondissements donnant au roman un air de polar, maintiennent l'intérêt du lecteur jusqu'à la chute quasiment imprévisible !

 

Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un roman facile à lire que l'on peut proposer aux lycéens sans problèmes, ou lire pour se détendre, et qui entre parfaitement dans la catégorie "Young Adult"dont je fais encore partie.

Il nous fait voyager et pénétrer dans des secrets de famille, deux choses que j'aime faire.  

De plus, avec le beau temps qui s'installe et les chaises longues qui sont de sortie sur la terrasse, ce roman m'a fait passer un très bon moment de lecture durant le week-end.

D'ailleurs, je l'ai lu d'une seule traite...

C'est dire !

 

Merci à BABELIO et à l'opération MASSE CRITIQUE de m'avoir fait connaître cet auteur...

L'heure bleue / Elsa Vasseur

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 07:37
Des nœuds d'acier / Sandrine Collette

Des sueurs froides, vous en aurez en lisant ce thriller psychologique...ou alors c'est que vous l'aurez laissé tomber dès les premières pages.

Ce roman a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 2013.

 

C'est l'histoire de Théo, un homme de quarante ans qui en a vu d'autres...enfin c'est ce que le lecteur pense en commençant la lecture. C'est un personnage odieux... Et il sort de prison.

Tout çà parce qu'il est devenu fou quand il a appris que son frère avait couché avec sa copine et l'a tabassé à mort. Suite à la bagarre, Max s'est retrouvé tétraplégique. 

 

La prison n'a pas réussi à briser Théo. Il a tenu bon et son comportement lui a même valu une remise de peine. Le voilà dehors, libre et confiant en l'avenir après 19 mois d'enfermement. 

Parce qu'il a commis l'erreur de se rendre au centre où son frère est placé, alors qu'il est interdit de visite, Théo va mettre des kilomètres entre eux de peur d'être poursuivi par la police et arrêté à nouveau.

 

Il se réfugie dans une région française désertique et montagneuse et s'installe dans un gîte perdu

Peu à peu, Théo va retrouver ses marques, reprendre goût aux randonnées et repenser à Lil qu'il n'a pas encore osé appeler et qui ignore où il est.

Mais cela ne dure pas...

Alors qu'il découvre une maison perdue en pleine forêt, au bord de la rivière, il est assommé par le vieillard qui lui a offert gentiment un café, et se réveille enchaîné au fond de la cave obscure, sans eau ni nourriture. 

 

Il découvre qu'il n'est pas tout seul dans la cave et qu'il n'y a pas qu'un seul vieil homme, mais bien deux vieillards (deux frères), qui sont décidés à faire de lui leur esclave...et à le rendre aussi obéissant qu'un chien, comme ils l'ont fait jusqu'à présent pour les précédents prisonniers.

Théo, qui pensait avoir connu le pire, réalise que finalement la prison, c'était un peu le paradis...à côté de ce qui l'attend ici...

 

 

Voilà un huis-clos terriblement étouffant et violent, à la limite du supportable. Il est psychologiquement très dur, car très vite le lecteur découvre, comme le héros, qu'il n'y a aucun échappatoire possible...à part tenter de survivre en évitant la violence et la folie de ses bourreaux, chez lesquels toute trace d'humanité a définitivement disparu.

 

En fait, cela fait longtemps que je n'avais pas lu ce type de roman et je reconnais que j'ai eu du mal à le lâcher tant il est addictif. Si vous avez aimé "Misery" de Stephen King, vous aimerez celui-ci même si le sujet n'est pas traité de la même façon. 

 

Pour moi en tous les cas, ce n'est pas du tout un roman policier !

Le livre aurait pu être répétitif et donc ennuyeux mais ce n'est pas le cas. L'auteur est très douée pour raconter les journées de manière différente, recréer l'ambiance de terreur ou de paix, et montrer l'attente, le désespoir, l'impuissance, les humiliations, les souffrances et le sentiment d'abandon du héros.

Elle nous fait entrer dans les rouages de la folie des deux kidnappeurs et de leurs complices, et nous fait vivre le ressenti quotidien que toutes les personnes prises en otages doivent vivre.

 

Je voulais absolument connaître cet auteur : c'est chose faite !

Mais je ne peux pas dire que j'ai éprouvé du plaisir à lire ce roman.

Il est prenant, bien écrit, bien mené mais le sujet ne me passionne pas, même si, il faut l'avouer, le lecteur ne peut reposer le livre qu'une fois rassuré sur le devenir de Théo...pour lequel on finit par ressentir au fil du roman de plus en plus d'empathie, lui qui était apparu à nos yeux comme un personnage abject au début de l'histoire !

 

A déconseiller donc aux âmes sensibles, et à ne pas lire la nuit ou si vous êtes en vacances dans un gîte perdu en pleine montagne...et que personne de votre entourage ne sait où vous vous trouvez...surtout si votre portable ne capte aucun réseau !

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 08:50
Actes sud junior (2013)

Actes sud junior (2013)

Jill, 15 ans, voudrait être une adolescente comme les autres...

Mais suite à une maladie, elle est devenue aveugle. Elle est scolarisée dans un institut spécialisé pour jeunes aveugles où elle poursuit brillamment ses études.

En pleine crise d'adolescence, un soir où ses parents la laissent seule avec sa petite soeur, elle se rend au parc, escalade la grille, et surprend une bagarre. Ce qu'elle entend lui glace le sang : deux voix d'hommes menaçent un troisième, puis des coups, et enfin, une voix faible appelant à l'aide.

 

Mais son escapade tourne mal, en voulant se dépêcher de descendre pour porter secours, Jill perd l'équilibre, tombe brutalement sur le dos et se blesse. Lorsque les pompiers arrivent sur les lieux, pas de trace d'un quelconque blessé à terre. Personne ne la croit : elle est simplement choquée, disent les médecins, la devinant fragile sous ses airs bravaches, et ils lui prescrivent du repos, avant tout.

 

Mais à partir de ce jour-là, pourtant, rien ne sera plus comme avant... 

Quand Jill dort, elle se met à rêver en couleur (le lecteur sait que c'est impossible), voyant des lieux très détaillés dont elle n'a pourtant aucun souvenir précis, et des gens qu'elle ne connaît pas, dont un mystérieux garçon au sweat bleu.

Ces rêves sont-ils prémonitoires ?

Un jour de shopping avec Ada, sa meilleure amie, voilà qu'elle se retrouve en plein coeur de son rêve et que leur route croise celle du garçon !

 

Alors il n'y a plus qu'une solution pour la petite équipe de mal voyants qui constituent ses seuls amis : mener l'enquête. 

Les jeunes vont se retrouver dans un beau pétrin, au coeur d'un vol non élucidé et face à de dangereux malfaiteurs...

Et de plus le mystérieux garçon, dont maintenant ils connaissent le nom, est en danger...de mort. 

Jill n'a plus qu'une idée en tête, fuguer pour tenter de le sauver.

C'est un thriller très prenant qui nous plonge dans l'univers sombre des malvoyants et nous fait vivre de l'intérieur leur "vision" du monde.

L'intrigue est très prenante et bien ficelée, même si elle est sans surprise. L'intérêt principal du roman réside ailleurs.

 

Avant d'écrire cette histoire, Jo Witek a séjourné à l'Institut National des Jeunes Aveugles et s'est imprégnée de l'ambiance de cette école. Elle a pu observer ainsi le comportement des jeunes, ainsi que leur façon de devenir autonomes...

On sent que ses personnages sonnent juste, que ce soit Jill ou les personnages secondaires. 

Les relations amicales entre jeunes sont celles de tous les ados, mais l'auteur fait preuve de beaucoup de psychologie pour décrire les relations familiales particulières, les inquiétudes des parents et les tensions ou complicités au sein de la fratrie.

Et le monde des voyants en prend pour son grade....

Cela donne beaucoup de véracité au récit. 

Jill est très attachante. Et même si elle présente quelques difficultés à appréhender le monde autour d'elle, elle nous surprend maintes fois dans ce roman par sa perspicacité, sa ténacité et son courage. 

Un roman très intéressant pour les ados à partir de 13 ans. 

 

 

Extraits de "Rêves en noir"

Jo Witek a démarré sa carrière en étant comédienne et conteuse. Puis elle s'est mise assez rapidement à l'écriture de scénarios, puis à la presse écrite.

Elle a ensuite commencé à écrire essentiellement pour la jeunesse et pour les ados. Elle écrit aussi bien des romans que des documentaires, parus aux Éditions de la Martinière Jeunesse.

"Rêves en noir" est son second thriller après "Peur express" que j'avais beaucoup aimé en 2012. 

Elle réside actuellement à Pézenas dans le Languedoc.

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 08:15
Retour à Watersbridge / James Scott

Un soir glacial de l'hiver 1897, Elspeth Howell revient de la ville où elle a travaillé durant quelques mois comme sage-femme. Elle vient de marcher péniblement depuis plusieurs heures dans la neige, et dans sa hâte de retrouver son foyer, elle presse le pas pour arriver avant la nuit.

Mais lorqu'elle arrive en vue de la ferme, elle s'étonne de ne voir aucune lumière, de n'entendre aucun bruit, et malgré la neige et le brouillard, de n'apercevoir aucune fumée dans la cheminée...Elle est saisie d'un violent pressentiment. 

 

C'est alors qu'elle découvre l'horreur : les siens ont été sauvagement assasinés : Amos avait quatorze ans, Jesse dix ans, Mary quinze ans et Emma six ans. Jora, son époux n'a même pas eu le temps de se lever avant d'être abattu dans son lit.

C'était un homme pieux et religieux. Il était d'origine indienne et c'est parce que Elspeth et lui s'aimaient qu'ils avaient fui, pour s'installer loin de la ville dans cette ferme isolée, bâtie de leurs mains...

Dans son affolement elle ne retrouve pas le corps de Caleb, son fils de 12 ans, le seul de ses enfants qui avait l'habitude de dormir dans la grange avec les animaux. La grange est inaccessible et la porte est coincée par la neige.

Lorsqu'elle entend du bruit dans la réserve, elle s'en approche...Caleb, caché à l'intérieur est mort de peur. Il croit, en entendant les bruits de pas se rapprocher de sa cachette que les hommes sont revenus : il tire sans réfléchir à travers la porte avec le fusil de son père et blesse grièvement sa mère.

 

Elspeth va lutter pendant des jours...secouée de fièvre, affaiblie par le manque de nourriture et la perte de sang. Pendant ce temps, son jeune fils ne sait plus que faire pour la soigner et peut-être la sauver, tout en s'occupant des corps de ses frères et soeurs, et de son père : il ne peut pas les enterrer à cause du gel.

C'est en voulant les brûler que Caleb met le feu à la maison. Il a juste le temps de tirer sa mère au dehors. Ils passent une première nuit glaciale sous une simple bâche, puis Caleb réussit à s'introduire dans la grange dont la porte est resté coincée par la neige, à allumer du feu et à tirer sa mère à l'abri.

 

Lorsque Elspeth se réveille enfin, au sortir de sa fièvre et de son délire, elle s'aperçoit que Caleb a extrait les plombs avec la pointe d'un couteau, a désinfecté ses plaies et lui a fait des bandages de fortune.

Quelques jours après, se sentant mieux, tous deux décident de prendre la route pour rechercher les assassins...

Ils n'ont plus qu'une idée en tête : se venger !

 

Qui sont ces trois hommes au foulard rouge venus assassiner leurs proches ? Que voulaient-ils ?

Apparemment, les trois hommes se sont dirigés vers la ville de Watersbridge.

Mais en regagnant ce lieu qu’elle a quittée il y a de nombreuses années, Elspeth se retrouve obligée d’affronter son passé et ses propres péchés...

 

Elle profite du fait que tout le monde la prend pour un homme, pour trouver du travail sur le chantier de la glacière. Caleb, lui, est embauché comme garçon à tout faire, au saloon local, qui est aussi un bordel. Lui qui n'a jamais quitté la ferme de ses parents, va devoir s'adapter à la ville et découvrir  ses joies et ses dangers.

Il va peu à peu comprendre qu'il n'est pas l'enfant de Jora et d'Elspeth.

 

Et c'est bien tout le secret d'Elspeth, qui va être peu à peu révélé au lecteur.

Elspeth n'a pas été qu'une simple sage-femme (ou infirmière) lorsqu'elle se rendait à la ville pour travailler quelques mois dans l'année, avant de rejoindre sa famille à la ferme, avec ses gains en poche...

 

 

Mon avis

 

Le roman commence comme un western...glacial. Il se déroule au coeur de paysages de neige et de glace, et dans le silence des étendues désertiques.

 

C'est un roman noir très psychologique. Les deux survivants de cette famille nous livrent leurs tourments intérieurs : ils sont empétrés dans  leur culpabilité et étouffés par les secrets enfouis si longtemps qu'ils n'osent plus se les révéler...

C'est un roman réaliste qui nous montre sans détours la violence, la misère, l'exploitation des hommes et des enfants, et le peu de prix accordé à la vie humaine. 

C'est aussi un roman qui montre l'Amérique rurale telle qu'elle était, avec la pauvreté de ses habitants, l'insécurité au travail, les dégâts occasionnés par l'alcool ou les bagarres, la banalité avec laquelle n'importe qui peut posséder une arme et surtout s'en servir pour tuer et se venger de n'importe quel affront...

 

Le livre est découpé en trois parties.

La première partie est terriblement violente : la jeune femme retrouve sa famille assassinée, puis elle est blessée et le lecteur assiste alors à des scènes très réalistes où Caleb, qui n'a que 12 ans et n'est encore qu'un enfant, doit s'occuper des corps de ses frères et soeurs, et soigner sa mère...

Caleb et sa mère doivent ensuite affronter le froid, la faim, le dénuement et la souffrance. Leur marche pour s'enfuir est particulièrement éprouvante, les rencontres rares, la nature alentour sauvage et inhospitalière.

 

Dans une deuxième partie, qui constitue à elle seule presque tout le roman, mère et fils arrivent à Watersbridge. La ville grouille de truands, de prostituées et de travailleurs épuisés par l'exploitation d'une glacière sur les rives du lac Erié.

Voilà le lecteur plongé dans une Amérique pleine de contradiction, vivant du petit commerce, de l'alcool et de la prostitution, une bible à la main...

 

La troisième partie est très courte et le dénouement presque prévisible...

 

Au fur et à mesure de l'histoire, le lecteur comprend, abasourdi, qu'Elspeth n'a jamais pu avoir d'enfant et que tous ceux qu'elle a considéré comme les siens, ont été des enfants volés.

Et Caleb est sur le point de le découvrir...

Il découvre ainsi que les trois tueurs ne sont pas venus par hasard massacrer sa famille. Son père et sa mère avaient bien des choses à cacher, comme par exemple les corps que son père enterrait depuis des années dans la clairière et que Caleb avait découvert.

 

L'auteur sait distiller peu à peu les secrets de famille, tout en ménageant le suspense. Il alterne vie quotidienne, travail et scène spectaculaire comme l'effondrement de la glaciaire.

Il nous parle de vengeance, de la puissance du lien filial et de recherche d'identité.

Il dresse une série de portraits de personnages inoubliables.

Son écriture est nette, sans fioriture, même si l'auteur commet quelques maladresses dans le déroulé des événements.

Le début du roman est poignant, la description de la découverte des corps par Elspeth est très réaliste. Les pages où Caleb s'occupe des siens se tournent toutes seules tant on veut savoir jusqu'où l'horreur va se poursuivre.

Heureusement l'auteur sait offrir au lecteur quelques digressions qui apportent un peu de légèreté à ce monde violent et impitoyable : description très poétique de paysages, moments de complicité ou de tendresse inespérés...

 

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce premier roman que je ne considère pas du tout comme un polar. Il est plus proche du western et du roman d'initiation...

D'après moi, c'est un auteur à découvrir absolument et à suivre.

« Un premier roman exceptionnel, par une nouvelle voix éclatante de la fiction américaine.» d'après Ron Rash. Nous pouvons, je crois, lui faire confiance...

 

Quelques extraits

 

"À neuf ans, quand il avait décidé d’explorer seul leur territoire pour la première fois, il avait découvert un endroit magique, silencieux, de l’autre côté de la colline : quatre petits tertres dans une clairière bordée d’érables jaspés au tronc rayé et noueux, qui poussaient sur les rochers comme pour les clouer au sol. Les arbres paraissaient taillés, l’herbe bien entretenue, et Caleb s’était senti à l’abri dans cet endroit, parfaitement en sécurité. Deux jours après avoir vu l’homme mourir dans le champ, il avait voulu se réfugier dans ce havre de tranquillité pour essayer de calmer le martèlement dans sa poitrine, et de chasser les cauchemars qui le hantaient depuis qu’il avait recouvré le sommeil. Mais la paix du lieu avait été bouleversée par l’ajout d’un cinquième tertre, sur lequel des brins d’herbe se mêlaient à la terre fraîchement retournée." (p.49)

 

"Caleb s'efforça de résister au désir de fuir. Il redoutait de ne pas être à la hauteur des attentes de son père, qu'il aimait tellement à l'époque qu'il passait son temps à l'observer en secret, à essayer de copier sa démarche, ses attitudes, et même ses intonations. Jora l'avait immobilisé sur place d'une main ferme. "Celui qui se souvient de la correction prend le chemin de la vie. Mais celui qui oublie la réprimande s'égare". Caleb avait lâché son couteau..."  (p.91)

 

"Caleb n'avait jamais entendu parler des parents de ses parents. Pour sa part, il ne s'était même jamais posé la question de leur existence et, brusquement (...) le monde lui ouvrait de nouveaux horizons, peuplés de ces personnes étranges qui venaient prendre corps dans son imagination." (p. 96)

 

" Caleb revoyait les ossements entremêlés de ses frères et soeurs, leur bouche figée sur une grimace de douleur. La terreur qu'il avait éprouvée lorsqu'il s'était faufilé hors du cellier le hantait. Il lui semblait parfois que les squelettes bougeaient, ou il penasit entendre une respiration, à moins que ce ne soit un soupir, mais, lorsqu'il se ressaisissait, rien n'avait changé. Emma gisait toujours dans la neige..." (p .158)

 

"Elle regarda Caleb chuter et mordit son écharpe pour étouffer son cri, par crainte d'alerter le géant ou son patron. Elle crapahuta dans la neige. Quand elle rejoignit le jeune garçon, il avait les cheveux collés par la sueur et des fragments de peau se détachaient de ses mains en sang. Elle approcha l'oreille de sa bouche. Rien. Elle aurait voulu ordonner à son cœur d'arrêter de battre, pour avoir le silence complet." (p. 358)

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 17:59
Cherchez la femme d'Alice Ferney

C'est avec une grande finesse psychologique et et un talent littéraire incontesté que l'auteur nous fait entrer dans l'intimité d'une vie de famille des années 50 à aujourd'hui. Les personnages rencontrés sont différents selon la génération mais aussi l'éducation reçue par leurs parents, mais tous sont reliés entre eux par une femme, leur mère : absente ou présente, aimante, pas assez aimante, trop aimante mais aussi aimée, pas assez aimée ou trop aimée...

 

Le style narratif implique le lecteur en lui révélant les événements avant qu'ils n'aient lieu...

 

Il s'agit d'une véritable dissection de la vie de trois couples : Nina et Vladimir (surtout), les parents de Serge, Marianne, sa femme, et ses parents.

 

L'histoire commence par une rencontre, celle de Nina et Vladimir.

C'est d'ailleurs Vladimir, âgé de 26 ans qui rencontre la toute jeune Nina et décide qu'elle sera sa femme. Elle rêvait de devenir danseuse et chanteuse, mais ses rêves seront ceux de son mari : la maternité, la tenue de la maison, la représentation en société.

Elle voyagera pourtant et il fera tout pour la rendre heureuse dans sa prison dorée...

Elle sera déçue deviendra méchante et violente et s'auto- détruira dans l'alcool.

Mais avant, elle aura reporté tout son amour sur son fils aîné, Serge qui, pour elle est forcément le plus intelligent, le plus génial :  il  fera tout  ce qui est possible pour ne jamais décevoir ses parents (en occultant son frère qui, ne pouvant plus respirer, partira très tôt de la maison).

Serge aurait pu être le fils de Vladimir, le mari de Marianne ou le père de Nicolas. Il sera surtout le fils de Nina !

Serge aurait pu être le fils de Vladimir ou le futur mari de Marianne, mais il est surtout (et avant tout) le fils de Nina.
En savoir plus sur
http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-quatre-lecons-d-amour-d-alice-ferney_1238735.html#rK55ub1fT6DFY7WP.99

Serge aurait pu être le fils de Vladimir ou le futur mari de Marianne, mais il est surtout (et avant tout) le fils de Nina.
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Serge aurait pu être le fils de Vladimir ou le futur mari de Marianne, mais il est surtout (et avant tout) le fils de Nina.
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http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-quatre-lecons-d-amour-d-alice-ferney_1238735.html#rK55ub1fT6DFY7WP.99

 

Serge étant génial il ne peut que réussir sa vie et le lecteur le découvre insensible, égoïste, absent, incapable d'empathie, d'écoute et d'amour véritable, creux, répétant les idées des autres, mais charmeur, terriblement charmeur.

Il fera, sans remords, souffrir Marianne, et la quittera au bout de 20 ans de mariage, après quatre ans d'indécision et de tromperie. Il la tuera à petit feu.

Pourquoi Marianne qui avait pourtant tout pour être heureuse par son caractère, sa créativité, sa psychologie, se laisse-t-elle faire ?

La réponse est toute simple : parce qu'elle  a eu une mère épouvantable...

 

En bref, Serge et Marianne ont donc été prédéterminés par leurs parents. Ils ne sont pas responsables de leurs comportements. Ils ont mis en place des stratégies plus ou moins inconscientes pour arriver à leur fin ou éviter de culpabiliser, en critiquant l'autre, en attaquant en premier,  au lieu de dire simplement ce qu'il y a à dire.

 

Le déni,  la révolte, la souffrance, les apparences ou  la compétition sont bien là et c'est avec une certaine cruauté que l'auteur décortique les rapports humains,  conjugaux, filiaux ou fraternels...

 

L'auteur ne juge pas ses personnages mais les décrit tels qu'ils sont et induit même qu'ils ont des circonstances atténuantes vus qu'elle a bien pris soin au préalable de nous décrire leur enfance, les relations qu'il, ou elle, a eut avec sa mère (et son père), sa place dans la fratrie, son éducation, l'espoir que ses parents ont placé ou pas en lui (ou elle)...

 

Forcément le lecteur va se reconnaître à un moment donné, voire s'identifier partiellement et se poser des questions...tout en ne s'attachant jamais aux personnages qui en plus sont plutôt antipathiques (sauf Marianne). Forcément il y a des vérités sur le couple : "On ne se marie pas à deux mais à six" ;  la réussite de l'un est jalousée par l'autre ; il faut se parler pour éviter que les non-dits s'installent ; il faut se remettre en question sans vouloir être à tous prix le vainqueur et surtout...partager !

 

Un livre pour adulte, avec des longueurs et des passages ennuyeux et répétitifs, pas du tout facile à lire. Il vaut mieux prendre son temps pour l'avaler et digérer les différents événements !

Je l'ai lu jusqu'au bout mais par moment je l'ai trouvé trop pessimiste.

Bien sûr on est tous conscients des "valises" qu'on porte avec nous provenant de notre éducation, de notre expérience, de notre place dans la fratrie ou du regard que nos parents ont porté sur nous,  mais aussi de ce qu'on n'accepte pas ou n'écoutons pas (ne savons pas recevoir  des autres je devrai dire). C'est pour cela que les relations humaines sont si difficiles...

Mais je n'y ai pas trouvé une réelle analyse sociologique de la femme et de son évolution dans la société : Nina semble être née un siècle plus tôt que les années 40 !

Je n'y ai pas retrouvé non plus l'histoire de mes grands-mères, pourtant mariées jeunes, une d'entr'elle à un homme plus âgé qu'elle, mais qui ne sont jamais devenues, ni méchantes, ni aigries, ni alcooliques mais qui étaient plutôt heureuses de leur condition,  heureuses de vivre et généreuses avec ça malgré les difficultés de la vie, la pauvreté,  la disparition de certains de leurs enfants...

Elles étaient pourtant nées beaucoup plus tôt que Nina.

 

Finalement la seule question qui m'a tenu (un peu) en éveil était de savoir si Serge allait enfin changer ou s'il resterait lui-même. C'est de l'ironie, je n'en doutais pas un seul instant et je vous donne la réponse :  il est resté lui-même !

Moi qui avait plutôt aimé "Grâce et dénuement", je suis donc plutôt décue par celui-ci !

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 17:19

 

Un thriller au suspense effroyable qui nous fait entrer dans l'esprit d'un serial killer qui s'attaque aux petite filles : chaque fois que le lecteur pense approcher du but, l’enquête rebondit...

 

Plusieurs récits s'imbriquent les uns dans les autres comme un puzzle, s'entrecroisent pour mieux  laisser partir le lecteur (et les enquêteurs) vers de fausses pistes. Le lecteur croit qu'avec chaque découverte macabre le pire est passé, mais non, l'avancée dans l'horreur continue...

 

L'auteur s'est inspiré de faits réels pour nous décrire la psychologie des tueurs en série, ce qui fait froid dans le dos, car cela rend ce triller encore plus réaliste.

 

Voici l'histoire (sans trop de détails pour ménager le suspense !)

 

Six petites fosses creusées dans les bois et découvertes par hasard contiennent chacune le bras gauche d'une fillette. Ce cimetière macabre plonge tout le monde dans l'horreur. Il faut trouver le coupable, et vite !

 

La cellule d’enquête du criminologue Goran Gavila se rend sur place. L'équipe est constituée de policiers : Klaus Boris, spécialiste des interrogatoires, Sarah Rosa, experte en informatique, Stern qui collecte les infos, et Roche, leur chef, le coordonateur de l'enquête.

 

Le problème est que seulement cinq fillettes sont portées disparues. L'inspectrice Mila Vasquez, spécialiste des enlèvements d’enfants est appelée sur les lieux et plus ou moins acceptée par l'équipe en place. Elle est là pour aider les enquêteurs à retrouver le meurtrier, mais surtout la sixième fillette dont on ne connaît pas l'identité et qui est, tout le monde l'espère, encore vivante.

 

Mais s’agit-il d’un seul  tueur en série ou d'une série de tueurs ?

 

L'action est interrompue par deux éléments très perturbateurs pour le lecteur et qui ajoute au suspense :

- d'une part, la description d'un prisonnier par un de ses gardiens de la prison de haute sécurité de XXXX, dont on ne connaît pas l'identité et qui sait effacer toutes ses traces ADN pour que personne ne puisse l'identifier et faire ainsi le lien avec des affaires passées ou en cours. On se doute dès le début qu'il a une place cruciale dans les crimes.

- d'autre part, les pensées d'une petite fille enfermée dans le noir et blessée au bras gauche, que le lecteur identifie tout de suite comme étant la sixième fillette, encore en vie.  Mais la suite montrera qu'il se trompait sur l'identité de la victime !

 

Mais je ne vous donnerai pas d'autres détails sur l'histoire !

 

Dans ce roman les victimes ne sont pas seulement les fillettes et leurs parents : elles peuvent être aussi les bourreaux car le "chuchoteur" les entraîne  là où il veut et leur fait faire ce qu'il veut, en dévoilant simplement la part d'ombre qui est en eux...mais lui ne tue jamais.

 

Cela soulève de nombreuses questions de société :

Doit-il être reconnu coupable alors que rien ne le relie directement aux crimes qu'il a induit ?

Doit-on le considérer comme un malade et le soigner ?

Comment éviter qu'il provoque des drames ?

 

Les victimes sont aussi ceux qui nous apparaissent comme les plus forts : les enquêteurs.

Ils ne peuvent pas sortir indemnes psychologiquement de telles enquêtes et de plus, chacun cache en lui une part d'ombre...

Celui qu'on croit connaître peut avoir un secret inavouable.

 

L'auteur, né en italie en 1973 est juriste de formation et spécialisé en criminologie et en sciences du comportement. Ce premier roman a reçu de nombreux prix littéraires en Italie et en France et il les mérite. Moi qui lit très peu de thriller, je ne l'ai pas lâché tant que je ne suis pas arrivée à la dernière page...

 

A lire absolument jusqu'au bout si vous voulez voir le puzzle en place !

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 16:02
Soldat Peaceful de Michael Morpugo

L'histoire se passe dans une famille anglaise, la famille Peaceful. Le père travaille comme bûcheron pour le colonel qui en échange loge sa famille.

 

Les trois frères, Big Joe, qui est handicapé mental, Charlie, l'aîné et Thomas (dit Tommo) vivent une vie agréable proche de la nature, entourés par une mère aimante. Mais à la mort de leur père, écrasé accidentellement par un arbre, les choses changent. Tommo se sent coupable, car il est persuadé que cet accident est de sa faute, son père ayant tout fait pour que l'arbre ne tombe pas sur lui.

La mère est obligée de travailler chez le colonel pour s'occuper de sa femme et les enfants sont gardés par une vieille tante. Ils jouent souvent avec Molly, une camarade de classe dont ils tombent tous deux amoureux...

A la fin de leur scolarité tous trois vont travailler à leur tour chez le colonel, Charlie voit Molly en cachette de leurs parents... Les deux jeunes gens s'aiment, mais c'est la guerre. Tommo et Charlie partent tous les deux, laissant leur mère  et Big Joe à la maison avec Molly, enceinte.

 

En France, ils vont devoir se battre dans les tranchées, voir leurs camarades tomber sous le feu de l'ennemi. Mais alors que Tommo a été sérieusement blessé lors d'une attaque, Charlie désobéit au sergent Hantley pour rester auprès de lui...Ensemble, la guerre leur paraît moins dure et plus facile à supporter. La sentence tombe, inéluctable, horrible.

 

Ce livre est construit comme un compte à rebours au cours duquel Tommo se souvient de tout ce qu'ils ont vécu durant leur enfance  avant la guerre et depuis leur engagement volontaire dans l'armée britannique. Il voudrait que cette nuit ne se termine jamais. Au matin l'attend la mort...

Le roman commence alors que Tommo entre à l'école pour la première fois et remonte dans le temps jusqu'à ce matin-là, à 6 heures du matin...

Chaque chapitre correspond à ce décompte des heures et crée une suspense qui peu à peu prépare le lecteur à l'issue fatale et terrible du récit.

 

A lire absolument cette année 2014 où on commémore le centième anniversaire de la première guerre mondiale...pour ne pas oublier les horreurs de cette Grande Guerre et toutes les vies qui y sont restées.

Ce roman fait partie de la sélection 3° (13 - 14 ans) des "Lectures pour les collégiens".

 

 

 

 

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 09:15
A la brocante du coeur de Robert Cormier

Trent est doué pour interroger les suspects et les faire avouer. Il sait si bien s'y prendre qu'il est appelé sur les lieux d'un crime dans le Vermont : une petite fille de sept ans a été retrouvée morte, cachée sous des feuillages, près d'un quartier résidentiel.

 

Elle a été vraissemblablement assassinée d'un coup porté à la tête. C'est tout ce que la police a découvert. Il n'y a aucune piste sérieuse. Il faut calmer d'urgence toute la communauté qui est sous le choc, donc il faut trouver un coupable !

 

Le principal suspect, d'après le lieutenant de police Georges Braxton, est Jason, son voisin âgé de 12 ans. C'est lui qui a passé toute l'après-midi à jouer avec elle autour d'un puzzle, ce qu'elle affectionnait particulièrement... Le lecteur sait tout de suite que Jason n'est pas coupable, Trent aussi.

 

Comment, un adolescent mineur, peut-il se retrouver ainsi, seul sans sa famille,  sans avocat, pour un interrogatoire au commisariat, dans une salle minuscule et surchauffée. C'est de la maltraitance !

Mais Trent est au-delà de la loi, il veut des résultats et va tout faire pour obtenir des aveux...d'autant plus que le sénateur, ami de la famille, lui a promis une très belle récompense et qu'il rêve d'obtenir un poste plus prestigieux.  Jusqu'où est-il prêt à aller pour l'obtenir ?

 

Trent va tout faire pour obliger Jason à avouer un crime qu'il n'a pas commis. Jason est un garçon sensible et intelligent mais plutôt solitaire et un peu marginal. Comment pouvait-il être ami avec une petite fille ? Des insinuations sordides vont voir le jour... La manipulation mentale se met peu à peu en place.  La tension est insupportable et va crescendo. Le lecteur assiste, impuissant, à un sabotage psychologique en règle. Au lieu de rechercher des preuves concrètes, de vérifier les alibis de chacun, de continuer les interrogatoires des camarades de classe et des voisins, seul Jason est inquiété car soupçonné, et cet interrogatoire, parce qu'il l'accuse de quelque chose qu'il aurait pu faire, sème le doute dans son esprit et le laissera meurtri et changé en profondeur à jamais.

 

Machiavélique !

 

Le lecteur ne peut qu'être révolté par les menaces, les dérives policières de l'enquête (car il faut un coupable coûte que coûte), et la destruction psychologique d'un adolescent innocent. L'intrigue n'est qu'un prétexte pour parler de l'erreur judiciaire, de la manipulation et de la corruption.

 

Remarque : Ce roman fort est le dernier écrit par l'auteur qui est décédé en 2000. On trouve donc une préface sous forme d'hommage à l'auteur.

Il fait partie de la Sélection "Lectures pour les collégiens" proposée par l'Éducation nationale - liste de 3°.

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 14:06

 

Voilà un roman  très psychologique...et tout à fait fascinant !

 

Le héros de l'histoire, Christopher Watson (Kit pour les intimes), tout juste 13 ans, vient d'arriver dans la petite ville minière de Stoneygate. Sur la lande qui recouvre les anciens puits de mine, le long de la rivière, des enfants et des ados jouent au ballon ou à se battre...

 

Kit et sa famille sont venus vivre avec le grand-père qui ne peut plus rester seul depuis la mort de la grand-mère.  En effet celui-ci n'est plus le même : il a de plus en plus souvent des absences, phénomène qui va s'aggraver malgré l'amour dont il est entouré. Il est dans ses moments de lucidité, très content de parler avec son petit-fils de ses souvenirs. Ancien mineur, il a plein de choses à raconter sur la mine, les travailleurs, les tragédies, et certaines visions mystérieuses...

 

Une semaine après son arrivée Kit rencontre John Askew, un ado bizarre, et plutôt marginal qui dessine superbement bien. Il offre d'ailleurs à Kit son portrait au fusain croqué en cachette.

 

Très vite Kit va se sentir à la fois effrayé et fasciné par John. Et lorsque celui-ci et ses camarades vont l'attirer dans une cache sur la lande pour jouer au jeu de la Mort, il ne pourra pas résister...

Ce jeu dangereux consiste à rester enfermé dans l'obscurité pour faire "semblant de mourir" (mais font-ils vraiment semblants ?). C'est une sorte d'hommage fait aux enfants qui travaillaient dans la mine et qui sont morts lors de l'accident de 1821. Leurs noms sont gravés sur le mémorial...Comme eux, ils avaient 13 ans.  Kit est très surpris de découvrir qu'un certain Christopher Watson faisait partie des enfants morts mais aussi un certain John Askew...

 

Mais... lorsque au fond de la fosse, le couteau désignera Kit,  lorsqu'il reviendra à la vie et retrouvera la lumière, il ne sera plus jamais comme avant...

Pourquoi entend-t-il maintenant des voix sur la lande ? Pourquoi voit-il des enfants maigres errer autour de sa maison ?

 

John n'est pas seulement fasciné par la mort, il veut aussi entrainer Kit dans son monde sombre. Kit résiste, persuadé que son camarade souffre de son enfance difficile...

 

Allie, devenue son amie, fait tout pour l'empêcher de suivre à nouveau John dans la fosse sombre.

 

Un jour, les adultes découvrent leur secret et décident d'y mettre fin...

 

Mais le jeu de la Mort peut-il avoir une fin  ?

 

Un roman entre fantastique et réalité, empli de suspense (l'auteur commence par la fin), aux personnages envoûtants...

 

Un roman qui touche aussi notre sensibilité car il parle de nos racines, de l'importance de nos ancêtres pour comprendre ce que nous sommes, de notre patrimoine familial et de la passation des souvenirs familiaux entre génération...

Les échanges entre Kit et son grand-père sont particulièrement bouleversants de tendresse...

 

J'ai trouvé que, malgré le côté sombre du roman,  la fin était particulièrement  porteuse d'espoir...

 

Au fond l'auteur a voulu nous faire vivre une histoire où le jeu de la mort et ses mystères, le lien qu'il permet de tisser avec les morts, est en fait un véritable hymne à la vie !

 

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 08:00

 

PRIX MEDICIS étranger en 2010.

 

Je ne savais pas que ce roman avait eu un prix lorsque je l'ai emprunté en bibliothèque.  Sinon je me serai peut-être méfiée et je serai alors passée à côté d'un roman dérangeant certes, mais captivant et qui se lit d'une traite.

 

L'histoire

 

Jim décide de partir pour un an sur une  île inhabitée du sud de l'Alaska (Sukkwan Island) et décide d'emmener son fils Roy, alors âgé de 13 ans. Il a vendu son cabinet de dentiste et sa maison, pour acheter une cabane sur cette île accessible uniquement par bateau (par beau temps) et par hydravion.

 

Il veut avant tout changer de vie et oublier le passé car tout va mal pour lui depuis toujours : il a raté tout ce qu'il a entrepris dans sa vie privée ou professionnelle. Il est séparé de sa deuxième femme, Rhoda depuis un an.  Il veut aussi mieux connaître son fils qui a vécu avec sa mère Elisabeth et sa petite soeur Tracy depuis leur séparation quelques années auparavant.

 

Les conditions de vie sur l'île sont rudes. Les premiers jours tout va bien, ils vont s'installer dans la cabane, fabriquer un fumoir, un abri pour tenir le bois au sec, couper du bois de chauffage et explorer les alentours.

Mais Jim, qui va mal depuis qu'il est séparé de Rhoda, pleure toutes les nuits alors qu'il va bien le jour et bouillonne de projets pour rendre agréable leur installation. Cette situation est très surprenante et le lecteur comprend très vite que seul un drame peut conclure cette histoire car le père ne suscite aucune sympathie. Il est psychologiquement très fragile et improvise au cas par cas, selon les situations.

 

Comment a-t-il pu embarquer son fils dans pareille aventure en s'y préparant si mal ?

L'hiver polaire approche...

Il faut prévoir le bois de chauffage, les provisions, la venue possible de prédateurs...

 

Mais le danger ne réside pas dans la présence des ours ou autres dangers pourtant bien réels, mais dans l'âme même de Jim.

 

Pour Roy par contre, malgré la nature sauvage, la pêche au saumon et la chasse, le  huis clos devient de plus en plus  étouffant et difficile à vivre. Il se sent seul, voudrait rentrer chez lui par le prochain hydravion et en parle à son père. Mais il voit que Jim va mal et y renonce, se sentant responsable de lui.

 

Je ne donnerai pas de détails sur les péripéties qui montrent que Jim manipule son fils, l'oblige à rester et même à le culpabiliser. Bien sûr il n'en a pas conscience. Mais la voix de Roy qui s'exprime dans la première partie du roman montre à quel point ce jeune ado montre beaucoup plus de maturité dans leur relation...mais il se sent de plus en plus déplacé, mal à l'aise dans cette situation qu'il n'a pas choisie...jusqu'au drame.

 

Le lecteur reste littéralement KO tant le suspense et l'ambiance deviennent au fil des pages  psychologiquement insoutenables. Le réalisme des situations est tel que le lecteur a l'impression de vivre à leur côté dans cette nature fabuleuse de beauté mais si hostile aux hommes non préparés.

Un auteur à découvrir absolument et qui ne vous laissera pas indifférent ça je vous le promets. Un vrai choc de lecture...

Âme trop sensible, s'abstenir !

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 06:11

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Cloé a tout pour être heureuse. Jeune et  jolie, aucun coeur d'homme ne lui résiste. Ambitieuse, elle est en passe de devenir  directrice de l'Agence de pub où elle travaille depuis plusieurs années.

Autoritaire et trop souvent méprisante, elle est pourtant incapable de penser à autre chose qu'à elle-même...ce qui fait qu'elle a pas mal d'ennemis.

 

Un soir où elle rentre seule d'une fête, elle est suivie par un inconnu alors qu'elle regagne sa voiture garée dans une impasse isolée. Habillé tout en noir, il a de plus masqué son visage avec une capuche.

 

A partir de ce jour sa vie ne sera plus jamais la même.  Elle qui se croyait forte, va vivre une véritable descente aux enfers... Elle est incapable de maîtriser cette peur panique qui s'empare d'elle et ne la quitte pas.

IL la suit. IL l'épie.  IL rentre chez elle quand elle dort. IL remplit son frigo quand il est vide... IL déplace des objets...

 

Elle perd pied et se met à boire tout en prenant davantage de médicaments.

Son boulot s'en ressent. Ses amis et sa famille la croient folle et atteinte de paranïoa aïgue. Ils lui conseillent de se reposer, la croyant surmenée, puis lui conseillent de voir un psy. Elle s'y oppose !  Elle n'est pas folle. Pourquoi personne ne veut la croire !

 

Au fil des jours, l'angoisse monte...devenant insoutenable.  Elle tente de porter plainte mais elle n'a aucune preuve et une enquête ne peut donc être ouverte.

 

En parallèle de l'histoire de Cloé, le lecteur  fait connaissance avec Alexandre Gomez, un policier voué à son travail, dont la jeune femme est en train de mourir...La vie ne l'a pas épargné lui non plus et il cache son désarroi sous un côté bourru et provocateur.

 

Tous deux vont se rencontrer alors qu'ils touchent le fond. Il s'intéressera à la jeune femme car son histoire fait écho à une autre histoire similaire, survenue un an auparavant, et aussi (ce qu'il ne veut pas s'avouer) parce qu'elle lui rappelle Sophie, sa femme, qui vient de mourir.

Il mène l'enquête mais doute souvent  : Cloé est-elle complètement folle ou bien réellement  victime d'un psychopathe ?

 

L'auteur, dont j'avais entendu parler mais dont je n'avais encore rien lu,  tient le lecteur en haleine et ménage le suspense jusqu'au bout.

Moi qui lit très peu de roman noir, il va falloir que je m'y mette  sérieusement !

Cloé, l'héroïne, qui a des côtés plutôt antipathiques au début du roman , nous devient peu à peu sympathique lorsqu'elle dévoile ses nombreuses fêlures...

C'est un thriller psychologique haletant  et excellent qui se lit d'une traite malgré ses 500 pages ! Il a d'ailleurs eu un prix  en 2012  (Prix polar francophone) ce que je viens de découvrir.

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