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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 06:15
Denoël / Sueurs froides, 2019 / Le Livre de Poche 2020

Denoël / Sueurs froides, 2019 / Le Livre de Poche 2020

De là où Nun, Nin et elle, se tenaient, encore en surplomb, la ville pauvre leur apparaissait tel un puzzle sans ordre. Si on plissait les yeux, on aurait pu croire que des milliers de petits papiers déchirés avaient été jetés pour abriter des humains, mais c'étaient des toits, de toutes les teintes, de toutes les formes, de tous les matériaux possibles, émiettés au gré des arrivées et des trouvailles, des rebuts et des déchets, des maisons oui.

Au fin fond du Népal, Mara vit seule dans sa cabane isolée dans la forêt. Depuis qu'elle est veuve, elle se nourrit comme elle peut, de plantes et de ce qu'elle arrive à braconner. 

Un soir, elle découvre un petit garçon attaché à un arbre en pleine jungle, à la merci des bêtes sauvages qui sortent dès la nuit tombée. Sans réfléchir, elle l'emmène avec elle. Le lendemain c'est une petite fille terrorisée qu'elle découvre à son tour, attachée à l'arbre.

 

Pour la première fois, Mara comprend qu'elle doit fuir et emmener les deux enfants à la ville, non seulement pour se cacher mais pour les sauver.  Elle ne comprend ni leur nom, ni leur langue, ni ce qui leur est arrivé, car elle ne sait pas d'où ils viennent, mais ce qu'elle comprend, c'est qu'elle a contrarié les plans de leur kidnappeur.

Là-bas, dans le bidonville où elle s'est installée, rien ne va comme elle l'espérait. Elle effectue sans relâche de menus travaux de couture, qui ne lui rapportent rien, car jamais parfaits aux yeux de celui qui l'emploie et l'exploite. Les petits en grandissant se rallient  à des bandes de gamins qui volent tout ce qu'ils peuvent, pour ramener quelques présents ou un peu d'argent chez eux.

Mais le jour où Nun rentre la langue brûlée, elle prend les devants et décide de rentrer "chez elle" mais avant, elle doit faire ce qui la poursuivra toute sa vie : pour la sauver, elle abandonne Nin devant l'hôpital non sans l'avoir cruellement blessée auparavant pour les obliger à la soigner, puis à la faire adopter...

 

Des années après, le lecteur découvre Lior, une femme exceptionnelle dont le seul défaut est sa pugnacité et son amour pour la chasse. Au Kamtchatka, au milieu des volcans, elle participe à une chasse à l'ours organisée avec un guide. Le groupe est constitué de quelques amis, de personnes inconnues et d'Hadrien, son compagnon, qui la suit partout par amour, alors qu'il n'aime pas du tout  la chasse.

 

Là, pendant des jours, le groupe va suivre la piste d'un ours pas comme les autres, malin, intelligent, plus humain que les hommes, un ours qui n'hésite pas à protéger un de ses congénères plus petit, et surtout à charger et à tuer pour faire fuir ces êtres à deux pattes qu'il abhorre. 

Mais très vite l'ours se rend compte qu'il n'est pas arrivé à les faire tous fuir...Derrière lui une frêle silhouette, déterminée, bien décidée à se venger, mais discrète, marche dans ses pas. Elle se fond dans la nature, elle est douée et dangereuse et plus proche de l'animal que de l'homme, c'est Lior !

L'ours la mènera au bout d'elle-même et l'obligera à renoncer un temps à ce qu'elle aime le plus, pour retourner sur son passé et enfin vaincre ses peurs d'enfant.

Dans sa hâte de gravir la montagne, le petit ours ne voit pas que l'autre, marche exactement dans ses traces, recouvrant ses empreintes de ses pattes colossales. Il ne le voit pas griffer le sol par endroit, brouillant leurs pas, tournant en rond pour rendre la piste illisible. Il ne comprend pas non plus pourquoi, une heure plus tard, en arrivant au bord d'une rivière, le gros ours le pousse dans l'eau...

Voilà encore une fois un roman passionnant d'un auteur qui ne m'a, à ce jour, jamais déçue. J'ai été happée dès les premières pages par cette histoire d'une tension extrême, et j'ai donc suivi Mara et les deux enfants, Nin et Nun, avec beaucoup d'empathie, puis découvert bien entendu les liens qui les unissent aux autres personnages.

 

Le livre est bâti en trois parties dont un prologue, quelques pages à peine pour permettre au lecteur de connaître Mara et sa vie dans le bidonville de Pokhara. Ensuite la seconde partie constitue le plus gros du roman, c'est la traque de l'ours. Le lecteur fait connaissance avec Lior et découvre qui elle est. Puis il lui faudra retourner vers l'enfance de Lior pour mieux comprendre les sources de sa motivation profonde, d'où vient ce regard particulier, cette façon d'apparaître plus vivante aux yeux des autres, lorsqu'elle chasse.

 

L'auteur fait parler ses personnages ce qui nous permet d'entrer dans leurs pensées et leurs points de vue. Ainsi l'ours s'exprime aussi et nous livre son ressenti sur les hommes, sur la traque qu'il subit, sur cette jeune femme téméraire qui le suit. 

 

C'est une magnifique histoire pleine de suspens et d'humanité, qui nous emporte là où l'auteur veut nous emmener, sur les traumatismes enfouis durant l'enfance et les blessures profondes qui offrent un terreau à nos peurs et à nos angoisses d'adultes. 

C'est un merveilleux voyage en terre népalaise dans un décor paradisiaque, des forêts encore peuplées de bêtes "sauvages" dont les tigres, et des terres quasi vierges de toute présence humaine.

Mais c'est aussi une plongée réaliste et nécessaire, mais révoltante, dans la vie quotidienne de toute une population exploitée, dans la vie d'enfants dont personne ne se soucie quand ils disparaissent, car leur famille est trop soulagée d'avoir une bouche de moins à nourrir.

 

Enfin, c'est une plongée "écœurante" au sein de ce groupe de français très riches, aux motivations diverses, qui se régalent d'effectuer des voyages-safaris, durant lesquels avec un guide, donc sans risque, ils pourront vivre quelques instants chargés d'adrénaline, avant de laisser libre cours à leur désir de tuer. Et en cas de problème, un coup de fil et hop, un hélicoptère viendra les chercher !

Malgré cela et l'ambiance particulière au sein de ce groupe, le lecteur se sent tout de suite proche de Lior et d'Hadrien car ils ne sont pas comme les autres. 

 

Un livre dont encore une fois, le lecteur ne sortira pas indemne.

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 05:17
Michel Lafon, 2019

Michel Lafon, 2019

La nuit fut chargée d'une armée de mauvais rêves qui se déversèrent sur Avalone et les communes avoisinantes. Les souvenirs avaient été ravivés, comme autant de croque-mitaines sortant des placards et de sous les lits.

Voilà longtemps que je voulais découvrir la plume d'Olivier Norek. 

Et bien entendu, ces derniers temps la lecture d'un polar me tentait...alors dans ma pile en attente, c'est celui-ci que j'ai choisi pour passer un bon moment de lecture. 

Les vieilles bâtisses vivent. Qu'elles soient immergés ou non, elles parlent la nuit, grincent, frottent, se contractent ou se dilatent. Sous l'eau, le son se ressent plus qu'il ne s'entend...
Si les pierres des murs avaient un message à transmettre à Hugo, une alerte ou une mise en garde, il était prêt à l'entendre. Il s'assit donc simplement sur l'un des fauteuils de la salle de réunion aquatique, ferma les yeux, respira le plus doucement possible et tendit l'oreille. Par son silence, la maison l'invita à poursuivre...

Le polar démarre tragiquement par une fusillade d'une rare violence durant laquelle Noémie Chastain, capitaine à la PJ de Paris, est gravement blessée à la tête. Elle se retrouve défigurée pour toujours.

Adriel, son ami du moment, la délaisse ne pouvant supporter son nouveau visage mais heureusement les quelques amis restants cherchent à l'aider à franchir le cap de sa convalescence du mieux possible et à se reconstruire. 

Lorsqu'elle veut reprendre son travail, elle découvre que même son chef désire l'écarter du service. Elle n'est pas dupe : tous les jours elle rappellera désormais à son équipe les risques du métier.

 

Là voilà détachée pour un mois à Decazeville, un commissariat où il ne se passe jamais rien et qui a en charge plusieurs communes limitrophes. Elle est censée justifier par sa présence et le rapport qu'elle doit faire, la fermeture du service. 

Là-bas, elle est accueillie avec curiosité mais comme une héroïne, tout le monde bien entendu ayant eu vent de son histoire tragique. Mais elle doit apprendre à vivre et à mener une nouvelle équipe dont elle ne sait rien, alors qu'elle nage elle-même en plein doute. 

Alors qu'elle pensait vivre un mois tranquille, rien ne se passera comme prévu vous vous en doutez !

 

Contre toute attente, le corps d'un enfant disparu depuis plus de 25 ans est découvert par un pêcheur, flottant dans un fût remonté mystérieusement en surface.

Sous les eaux du lac, les ruines de l'ancien village, submergé lors de la mise en eau du barrage, ont bien des secrets à révéler...dont personne ici, ne veut. 

Nos expressions faciales ne nous sont d'aucune utilité personnelle, ce ne sont que des informations que nous affichons pour qui veut nous comprendre...

Chacun réagit comme il peut, plus ou moins bien, avec plus ou moins de classe, de surprise, de malaise ou de franc dégoût. Une moitié de son visage avait marché sur une mine, c'était son problème et pas celui des autres. Elle ne pouvait pas demander à tous ceux qu'elle croisait de décrocher un prix d'interprétation.

Voici un polar très prenant que j'ai eu un immense plaisir à découvrir. Dès les premières lignes, le lecteur est happé par l'histoire et n'a qu'un désir, ne pas être dérangé pour poursuivre sa lecture. ça tombe bien en ce moment ! 

 

La plume de l'auteur y est pour beaucoup bien entendu. Des chapitres courts, des descriptions réalistes, une étude psychologique très fine des personnages...tout cela n'est que prétexte à nous parler de nos sociétés, de la lâcheté des hommes, de la difficulté à se reconstruire après un drame, tel que le vit Noémie, mais aussi tels que le vivent les parents des enfants disparus.

 

Noémie est un personnage féminin très fort qui nous touche beaucoup. Forcément le lecteur éprouve immédiatement de l'empathie pour elle. Tout est dit sur sa souffrance psychologique, sa difficulté à s'accepter telle qu'elle est devenue, l'impossibilité de s'aimer et donc de s'ouvrir aux autres.

L'auteur choisit de la décrire avec ses forces et ses faiblesses, son cynisme et sa capacité d'auto dérision, son agressivité protectrice...mais tout cela ne nous la rend que davantage sympathique au fil des pages. 

 

Un auteur à découvrir absolument, si vous aimez les polars ! 

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21 septembre 2019 6 21 /09 /septembre /2019 05:24
Sonatine, 2015

Sonatine, 2015

Franck et Antoine, écrivait-il [le professeur], vivent une relation exclusive qui rend impossible toute idée de séparation. Ils se sont fondus en un individu unique, même s'ils continuent à s'affranchir l'un de l'autre. Pour le moment ce que désire l'un, l'autre le voudra...

La jeune Elodie Favereau est retrouvée morte chez elle dans son appartement de Boulogne-Billancourt, sauvagement assassinée. Ce sont les voisins qui ont donné l'alerte. L'enquête est facile pour le commissaire Robert Laforge, dépêché sur les lieux, trop facile. L'assassin a laissé tombé sa capuche devant une vidéo de surveillance, alors qu'il s'apprêtait à se débarrasser d'une hache_l'objet du crime_ dans une bouche d'égout du quartier. Il est bien entendu rapidement identifié : il s'agit du fiancé de la jeune fille, Antoine Deloye. 

 

Très vite, il va être placé en garde à vue et interrogé par Laforge, connu pour sa compétence et son professionnalisme. Mais le jeune homme clame haut et fort son innocence !

C'est alors qu'Etienne Brunet, l'adjoint du commissaire, découvre qu'Antoine a une copie conforme : son frère jumeau... Ce sont en effet des jumeaux homozygotes que rien ne peut différencier, ni leur aspect, ni leur ADN, ni même leurs empreintes digitales car ils souffrent tous deux d'une maladie génétique rare et ils sont nés, sans...

 

De plus, tous deux connaissaient la jeune fille (et couchaient peut-être avec elle), et tous deux ont le même alibi : ils disent avoir passé la soirée avec un ami, qui lui même, une fois questionné avoue ne plus être sûr du tout de savoir avec lequel des deux il était...

 

Les enquêteurs perdent patience quand Antoine se met à accuser son frère jumeau...et vice versa ! Forcément pour le commissaire et son équipe, il y en a un qui ment.

Lequel des deux est le véritable bourreau ?

 

Evidemment je ne vous dirai rien de plus, juste que ce sera un bon casse-tête pour les enquêteurs...et pour nous lecteur.

C'est un thriller troublant qui se lit très vite, parfait pour des vacances ou un week-end d'automne pluvieux. L'auteur, que j'avais découvert et apprécié en lisant "Hortense", présenté ICI, nous fait encore une fois entrer dans son univers empli de personnes troubles et malfaisantes.

 

Le suspense est bien présent et la vérité est révélée à la toute fin du roman (même si je l'avais deviné avant, je l'avoue). Mais ce n'est pas le crime en lui-même, ni le déroulement de l'histoire qui est important avec Jacques Expert : c'est la psychologie des personnages et la façon dont il nous tient en haleine...

 

Ici encore, on retrouve une voix off qui nous raconte la venue au monde, puis l'enfance de ces deux jumeaux bien particuliers. La fin est ouverte et donne à penser qu'il y aura une suite mais non, en fait ce sera à nous de l'imaginer.

Un roman parfait pour passer un bon moment...L'automne est là et les jours raccourcissent, profitez-en bien ! 

 

Séparément, leurs enfants étaient des anges. Ensemble, ils devaient se l’avouer, ils prenaient des allures de démons.

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 05:26
Robert Laffont / La Bête noire, 2018

Robert Laffont / La Bête noire, 2018

Les cimes enneigées dominaient une forêt millénaire, surgissant comme des lames opaques d'un épais tapis d'arbres. Elles faisaient penser aux géants de la mythologie, elles vous obligeaient à lever la tête, avec une sensation de vertige dans l'âme. Au fond des sous-bois, entre les pins des Alpes et les ronciers de myrtilles, jaillissaient des torrents aux eaux transparentes qui s'écoulaient avec agilité entre les rochers, les stalactites et une mousse odorante...

 

Voilà un thriller qui nous fait voyager en Italie, et nous emmène au fin fond d'une vallée de montagne, dans le petit village fictif de Travesi, resté longtemps loin de tout. 

Là, les habitants savent garder les secrets, c'est le moins qu'on puisse dire, et ils savent même les enfouir au plus profond de leur mémoire durant des décennies...

Mais lorsqu'un  habitant du village est retrouvé mort, dans des circonstances mystérieuses faisant l'objet d'une mise en scène particulièrement énigmatique et morbide, le froid des montagnes et la peur s'installent rapidement parmi eux...

 

Teresa Battaglia, la commissaire chargée de l'enquête, va devoir mener ses investigations toute seule, heureusement aidée par une équipe qui, malgré ses remarques acerbes et son caractère acariâtre, lui voue une indéfectible fidélité.

Seul, le petit nouveau Massimo Marini, a du mal à s'y faire mais, il saura découvrir les failles qui expliquent pourquoi Teresa est une personne pourtant forte et indépendante, mais que l'on a très envie de protéger...

 

Dès le départ, Teresa est persuadée qu'elle doit faire face à un tueur en série et cherche à dresser son portrait psychologique. Mais lorsque d'autres victimes sont découvertes, encore vivantes, elle doit se rendre à l'évidence : elle a fait erreur sur toute la ligne. Il ne s'agit pas d'un tueur ! 

Mais le savoir ne lui simplifie pas du tout la tâche, au contraire, et vous ne découvrirez qu'à la toute fin du roman qui est le coupable...

 

Lucia craignait ce moment : c'était l'heure où les fantômes faisaient leur apparition dans le bois. Elle avait dit à sa mère qu'il était arrivé quelque chose en lisière de la forêt de pins, mais cette dernière ne l'avait pas crue.

 

Le suspense est donc maintenu jusqu'au bout, même si nous nous doutons bien, en tant que lecteur, que les indices semés sur notre chemin seront tous utiles pour la compréhension de l'histoire, nous n'en devinons pas pour autant les zones d'ombre. 

 

Les chapitres sont courts et les époques alternent.

D'abord le récit des événements d'aujourd'hui nous permet de participer à l'enquête, ensuite la voix-off de l'assassin nous fait entrer dans son état d'esprit. Puis nous faisons quelques sauts dans les années 80, dans une cabane située au cœur de la forêt de Travesi, mais là, chut...je n'en dirai pas plus. Et enfin, nous nous rendons fréquemment en Autriche, durant les années 70. Là, le lecteur se retrouve plongé dans l'ambiance glauque d'une mystérieuse école où sont menées des expériences secrètes...Les personnes qui y travaillent, sont tenues d'obéir sans discuter à cette simple devise : "Vois. Observe. Oublie."

L'effet est immédiat : le lecteur a envie de tourner les pages pour savoir ce qui se passe dans l'époque qu'il vient de délaisser !

 

Les personnages sont plutôt sympathiquesTeresa qui apparaît comme quelqu'un de détestable a priori, s'avère être passionnée par son travail de commissaire. Elle est d'une grande empathie pour les victimes. Le regard qu'elle porte en particulier sur les enfants et leur mode de survie m'a beaucoup touché. 

Le jeune Massimo en fait trop pour se faire accepter par l'équipe mais on voit bien qu'il est tombé sous le charme de sa supérieure. Il en devient touchant lui-aussi. 

 

C'est de plus un roman qui aborde plusieurs thèmes intéressants et souvent douloureux, comme la maltraitance, la solitude, l'absence d'amour parental, l'importance du groupe chez les enfants et d'un modèle à imiter,  la solidarité...et qui nous montre que les bourreaux sont souvent aussi des victimes. 

Le style est proche des romans nordiques. On y retrouve une certaine lenteur et une ambiance glaciale. 

 

C'est un roman psychologique que j'ai lu avec plaisir.

Il m'a manqué cependant, un petit quelque chose que je n'arrive pas à définir pour en faire un coup de cœur. Quelques maladresses ou incohérences, peut-être un problème de traduction (des ronciers de myrtilles ça existe ?) ou trop de découpages peut-être, qui m'ont empêché d'entrer totalement dans l'ambiance. J'ai eu l'impression par moment de rester trop en dehors de l'histoire, à d'autres d'y être en totale immersion...mais pas de quoi faire des cauchemars tout de même, je vous rassure. 

 

Peut-être ces individus-là perçoivent-ils le monde mieux que moi, fit-elle dans un murmure. Ils voient l'enfer que nous avons sous nos pieds, alors que nous autres, nous ne voyons que les fleurs qui poussent sur la terre. Leur passé les a privé d'un filtre qui, au contraire, nous a été transmis.

Les voix des victimes l'accompagnaient à tous les instants de la journée et, dans la noirceur de la nuit, elles s'élevaient avec plus de force. Elles ne lui permettaient jamais de se reposer, tant que le coupable ne serait pas démasqué et que ce cercle de mort ne serait pas brisé.

La vie faisait peur, quand on regardait en face ce qu'elle pouvait être vraiment, mais elle demeurait sacrée, inviolable, une aventure extraordinaire qu'il convenait d'affronter avec le cœur battant à tout rompre et un sentiment d'émerveillement qui ne pouvait s'éteindre, même devant la douleur la plus déchirante.

 

Je remercie Babelio de m'avoir proposé ce thriller dans le cadre d'une Masse critique exceptionnelle...

Cela m'a permis de découvrir ce jeune auteur.

Je lirai ses prochains romans avec plaisir puisque d'après ce qui est annoncé, celui-ci n'est que le premier opus d'une série, dont les différents tomes se liront séparément, et qui tournera autour de  la formidable Teresa, cette héroïne si surprenante, mais si humaine et emplie d'empathie, qu'elle en devient au fil des pages, très attachante.

Ce jeune auteur qu'on appelle déjà en Italie la "Donato Carrisi au féminin" est donc à suivre...

 

tous les livres sur Babelio.com

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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 05:15
Fortune de mer / Jean-Luc Coatalem

Le temps avait ses humeurs, il pouvait être délicat ou belliqueux, nous n'obéissions jamais qu'à l'Iroise et aux orgues du vent. Mais, grâce à cet isolement, Ouessant restait cet endroit hors norme, entier et rude. Une pierre brute à la brassée des eaux...

 

Jean-Luc Coatalem vient d'obtenir le Prix de la Langue française 2017 et dans la catégorie Essai, le Fémina 2017, pour son dernier livre, que je n'ai pas encore lu, "Mes pas vont ailleurs".

 

Je n'avais pas le souvenir d'avoir déjà lu cet auteur et donc j'ai voulu tenter la lecture de ce court polar qui se passe en Bretagne et plus particulièrement sur l'île d'Ouessant. Une façon de partir un peu en vacances...

L'auteur sait de quoi il parle parce que la mer, il connait. Il est originaire de la région de Brest et a vécu toute sa vie entre la Polynésie et l'océan indien. Rédacteur en chef adjoint du magazine Géo, il s'adonne à l'écriture et a déjà publié une vingtaine de livres. Il était temps que je le découvre...

 

 

L'histoire

 

Robin Lescop, biologiste passionné par l'abeille noire, embarque pour Ouessant, où il doit contrôler des ruchers.

A bord du petit avion qui fait la traversée, deux hommes (deux druides) qui vont célébrer un mariage celtique et Lucia Parma, une journaliste espagnole charismatique qui doit couvrir l'événement pour "El Pais" sont présents à côté de lui.

 

Robin vient souvent sur l'île car il travaille pour un groupe de cosmétiques qui utilise le miel pour ses produits de beauté. Il tombe immédiatement sous le charme de la belle espagnole, gracieuse comme une danseuse et dotée d'un charmant chignon qu'il rêve aussitôt de défaire...

 

Là, sur l'île, quelques personnages gravitent autour de Robin Lescop dont le vieux Vassili, un ancien chanteur à succès venu se cacher ici, suite à une affaire de mœurs.

Il est souvent bien "imbibé" d'alcool...

Se trouvent aussi des ornithologues japonais qui ont envahi la pension  de famille de Mme Kermarec, où Robin Lescop est descendu, comme habituellement et, un certain Monsieur Pommereau qui joue au détective privé.

 

L'histoire en elle-même, l'intrigue policière ne vous tiendra pas en haleine... Ce sont les descriptions de cette île sauvage, battue par les vents qui tiennent toute la place.

Sur ce bout de lande, traversé par les tempêtes va se jouer un drame, car les vents et la météo changeante, la solitude, et le côté sauvage de l'île d'Ouessant, affolent les hommes et les incitent à commettre le pire...

Durant trois jours les événements vont se succéder, rythmés par une météo changeante et imprévisible et  bien sûr,  je ne vais pas vous les raconter...

 

C'est un roman qui se lit comme un conte. Il est imprégné des légendes de l'île, comme celle du poulpe géant, où rêves et réalités se mélangent. 

C'est la plume de son auteur qui le rend agréable à lire, mais aussi le côté décalé des personnages, tous devenus autres... au moment même où ils posent le pied sur l'île !

"Qui voit Ouessant voit son sang" dit le dicton...

Ce qui n'empêche pas l'humour d'être bien présent !

 

L'auteur dit avoir été inspiré tout au long de l'écriture de son roman par la chanson de Christophe Miossec, dont il  a emprunté le titre.

Ne connaissant pas cette chanson, je suis donc allée l'écouter sur youtube afin de me mettre dans l'ambiance !


 

 

 

Un auteur à découvrir même si celui-ci n'est pas son meilleur, paraît-il, il me donne envie d'explorer davantage ses écrits. 

Et vous, vous l'aviez déjà lu ?

Dehors derrière le grillage, le lot des ruches qui nous étaient allouées s'alignait devant les massifs de fougères_plus exactement, la lande défrichée s'arrêtait là pour reprendre ensuite, vigoureuse et farouche, derrière la parcelle d'où rayonnaient des sentiers.

Ça se gâtait, en effet. Nous étions sous des nuages encrés qui, de nouveau, roulaient les uns sur les autres. Tombant en diagonale, les rayons qui parvenaient à percer se transformaient en lames d'or pur. De là, on voyait bien que la côte était râpée, qu'aucun arbre ne pouvait tenir, que les deux baies...essuyaient en permanence les vents...

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 05:25
Belfond, mars 2018

Belfond, mars 2018

Vulnerant omnes, ultima necat

Maman disait de moi que j'étais un ange. Un ange tombé du ciel.
Un ange tombé de haut. Tombé si bas.
Ce que maman a oublié de dire, c'est que les anges qui tombent ne se relèvent jamais.

 

De Karine Giebel j'avais lu et beaucoup aimé "Juste une ombre" un thriller haletant que j'avais avalé d'une traite ou presque lorsque je l'ai emprunté en médiathèque et présenté sur ce blog, en avril 2013 (déjà !). Depuis je n'avais jamais rien lu tant il m'avait secoué... 

Mais lorsque Babelio m'a proposé ce titre dans le cadre d'une masse critique exceptionnelle, j'ai accepté tout de suite pensant que j'étais poursuivie en quelque sorte par le sujet de l'esclavage, un sujet que j'ai pas mal abordé ces derniers temps dans mes lectures. 

J'ai été fortement surprise de le recevoir très vite d'une part mais aussi de constater qu'il avait plus de 700 pages...un monstre donc. 

 

C'est un roman qui se lit dans la foulée, pas d'une traite, non ce serait impossible mais l'histoire est tellement prenante et bien ficelée que lorsqu'on le commence, on n'a plus qu'une seule envie...celui de le terminer.

 

Bienvenue dans l'horreur...

 

 

J'ai cherché la définition du mot "aboli" dans le dictionnaire d’Émilien. Abolir, ça veut dire supprimer quelque chose.
Donc l'esclavage n'existe plus. Interdit, dans le monde entier.
C'est une bonne nouvelle, mais il devrait y avoir des gens chargés de vérifier qu'il ne reste pas d'esclaves dans les buanderies.
Dommage qu'ils n'aient pas pensé à ça lorsqu'ils ont "aboli" l'esclavage.

 

Le père de Tama la vend pour une bouchée de pain alors qu'elle n'a pas encore 9 ans. Elle est censée aller à l'école, étudier et avoir un bel avenir devant elle. Il doit se remarier et a déjà confié la petite fille à sa tante car il ne peut plus s'en occuper. Alors, pour lui, cela apparaît comme la meilleure des solutions...

Elle quitte pour toujours son Maroc natal et se retrouve dans une famille parisienne, d'origine franco-marocaine, loin des siens, et de ceux qui l'aimaient et qu'elle aimait. 

Exploitée par la famille, à peine nourrie avec les restes des autres, obligée de se laver à l'évier à l'eau froide, Tama est privée totalement d'instruction et de liberté. Elle ne peut sortir de la maison, elle pourrait en effet se sauver mais, sans papiers et dans un pays qu'elle ne connaît pas, où irait-elle ?

Elle s'occupe donc de la lessive, du ménage, de la cuisine et de toute la famille y compris du bébé qui vient de naître.

C'est une esclave...et elle est traitée comme telle. 

Courageuse, elle va avoir la volonté d'apprendre à lire et à écrire toute seule, en cachant les livres qu'elle emprunte aux enfants, derrière la machine à laver, dans la buanderie où elle dort la nuit. 

 

Mais un jour, le père de la famille commence à lui tourner autour !  

Tama doit quitter cette famille où elle était maltraitée certes, mais où elle avait ses repères, pour être confiée aux bons soins de Mejda, une personne particulièrement machiavélique et violente, qui fait tout pour la couper de ceux qui l'aiment...tout en la  faisant travailler encore davantage, jour et nuit. 

 

Mais le pire n'est pas dans les coups qu'elle reçoit, ni dans le travail qu'elle fournit, non, le pire pour Tama c'est la souffrance psychologique, le fait qu'on mente à son père pour lui soutirer davantage d'argent en lui faisant croire que Tama a commis des bêtises, le fait qu'il ne sache rien de ses conditions réelles de vie, qu'elle ne puisse jamais lui parler ni lui écrire, pour lui dire qu'elle l'aime et qu'elle pense à lui tous les jours. 

 

De cette période de son enfance, elle ne se remémorera que des bribes de bonheur, toujours de courtes durées, un bout de chocolat pour noël, la tendresse du petit Vadim, l'amour que lui portait la vieille Marguerite, la dame du lundi, qui l'a prise en pitié.

Le reste...ce n'est que servitude entre deux coups...

 

Quelle place a t-elle dans ce monde se demande-t-elle ? 

Un jour, Izri, le fils de Medja découvre que sa mère la maltraite. Battu pendant des années par son propre père, il décide d'intervenir et d'installer Tama chez lui pour la soustraire à son bourreau. 

Tama n'a qu'une envie c'est d'être aimée...et d'aimer en retour. Elle  va, en confiance, lui offrir son coeur pour le meilleur et pour le pire...

 

Mon père s'appelait Darqawi. Je l'aimais. Malgré les coups, les insultes. Malgré tout. Simplement parce qu'il était mon père. Parce qu'entre deux crises de démence, il savait être bon et juste. Et même tendre.
Mon père s'appelait Darqawi. Je l'aimais.
Et je l'ai tué...
Depuis je vis avec son fantôme et les plaies qu'il m'a laissées, aussi profondes que l'infini.

 

En  parallèle, l'auteur nous raconte la vie de Gabriel.

C'est un tueur. Il vit dans les Cévennes près de Florac dans une ferme reculée, loin du monde et cache au monde entier la souffrance qui l'habite. Lana, sa fille unique a été violée et assassinée dans un train. Personne dans le compartiment n'a essayé de l'aider et de la tirer des griffes de ses violeurs. 

Depuis il est devenu esclave à sa manière, puisque obsédé par son désir de vengeance. Ancien flic, il sait se servir de ses armes et a encore accès à tous les renseignements qu'il veut. Alors il décide, méthodiquement d'éliminer chacune des personnes se trouvant dans le compartiment au moment du meurtre de sa petite Lana...

 

Mais un matin, il découvre dans l'étable attenante à la maison, une jeune fille d'une vingtaine d'année, grièvement blessée.

Impossible pour lui d'appeler une ambulance ! Persuadé qu'elle va succomber à ses blessures dans la nuit, il la transporte dans sa chambre, la soigne et tente de la réchauffer.

Les jours passent, elle ne retrouve toujours pas la mémoire mais peu à peu, le tueur s'attache à elle. Il n'arrive pas à la "supprimer".

Pourtant il a déjà creusé sa tombe dans la forêt...

La jeune femme sans le savoir, par sa seule présence, sa jeunesse, son innocence,  brise peu à peu, l'épaisse carapace de cet homme meurtri, une carapace qui, en se fissurant, le met à nu, ce qui commence aussi à le mettre sérieusement en danger...

 

Qui est-elle ? 

Quels événements violents et douloureux a-t-elle vécu, au point d'en devenir amnésique ?

 

D'où vient-elle et par qui est-elle poursuivie ?

 

Vous le saurez en lisant ce thriller haletant...

 

Dès les premières pages du roman le lecteur sait que l'esclavage moderne sera le sujet principal du thriller, avec son lot de violence abjecte, ses dérives, et ses conséquences...

Les deux histoires parallèles font passer le lecteur de l'horreur absolue (la façon dont est traitée la petite Tama est inqualifiable) à la vie quotidienne d'un assassin, d'un tueur dangereux que l'on trouve finalement plutôt doux et sentimental à ses heures...enfin vous comprendrez que dans son cas, c'est tout relatif. 

Le contraste est absolu et nous cherchons immédiatement les liens qui peuvent unir les deux histoires, liens qu'on ne peut deviner et qui nous emmènent sur de fausses pistes. 

 

L'auteur sait parfaitement distiller les nombreux détails, nous présenter les différents protagonistes en nous montrant leurs forces et leurs faiblesses, faire entendre leur voix. Nous nous attachons aux uns tout en détestant les autres sans prévoir jamais ce qui pourrait advenir...mais les revirements sont nombreux.

Ici point de méchants d'un côté et de gentils de l'autre, ce serait trop simple !

Chacun peut basculer à tout instant d'un côté ou de l'autre, rendant dangereuse toute élucubration superflue !

 

Le destin de Tama nous rappelle à chaque instant que d'autres petites filles ou jeunes filles vivent des faits similaires en Europe en ce moment même où vous lisez ces lignes. Les autres personnages sont tous des écorchés vifs à qui la société n'a pas fait de cadeaux et qui n'en feront pas non plus à leur entourage...

 

L'auteur ne s'éloigne jamais très longtemps de la réalité et nous oblige à entrer dans cette sombre histoire dont on voudrait par moment se défaire et s'éloigner, tant elle est violente, et émotionnellement éprouvante, mais c'est impossible, elle vous colle à la peau...

C'est là la force du roman, qui nous oblige à aller plus loin et jusqu'au bout.

Impossible de perdre le fil au cours de ces 736 pages.  

Quand les deux histoires se rejoignent, le lecteur sait que le drame est proche, que le terme de l'histoire, tant redouté, est inéluctable, et que la suite sera encore davantage insoutenable et peut être encore plus sombre...

Et nous restons anéantis par tant de souffrances et la tête pleine de questions.

Où en est l'esclavage moderne ?

Comment les hommes peuvent-ils commettre de telles horreurs et engendrer tant de souffrances qui en appellent d'autres, encore plus violentes ? 

Quand arrête-t-on d'être un être humain pour devenir un bourreau ?

Quand arrête-t-on d'être un être humain pour devenir un esclave et vivre comme une bête ?

 

Il n'y a qu'un peu plus de 5 ans qu'une loi en France est inscrite dans le code pénal...que 5 ans !

C'était en août 2013...c'était hier.

 

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 05:20
Pocket 2013

Pocket 2013

Cela dura treize jours. Le temps d'une évasion. Trois femmes vivaient dans un village.
La troisième était la plus douée, la deuxième était la plus rusée, la première la plus déterminée.
A votre avis, laquelle parvint à s'échapper ?

Elle tremble maintenant, elle tremble de froid dans l'ombre des arbres. Sa robe est mouillée. Pourquoi mouillée ? Ses pensées se brouillent. Elle ne comprend pas, l'herbe de la prairie lui semblait grillée sous le soleil. Peu importe. Elle se sent si sale. Elle passe sa main devant ses yeux, elle cherche avec maladresse à essuyer les larmes qui coulent.
Mon Dieu !
Les pupilles révulsées de Stéphanie ne peuvent se détacher de ses deux paumes : elles sont rouges. Rouge sang !

 

Voilà un roman de Michel Bussi que je voulais découvrir absolument depuis que tout le monde me dit que c'est son meilleur...

 

L'histoire se passe à Giverny, vous savez ce petit village de l'Eure où un certain Claude Monet est venu poser ses chevalets et peindre ses fameux nymphéas qui ont occupé toute sa fin de vie...Il y a résidé de 1883 à 1926. 

Là-bas, le jardin que Monet a transformé en verger, agrémenté d'un étang et de parterre de fleur est devenu un parc qui attire des milliers de touristes chaque année et, il y a même à proximité un moulin, bordé par un joli petit ruisseau qui amène l'eau vers l'étang aux nymphéas dont il existe de nombreuses interprétations dans l'oeuvre du peintre.

Mais voilà qu'un meurtre atroce va bousculer la vie tranquille de la petite bourgade et le si joli tableau bucolique et fleuri...

Jérôme Morval, un enfant du pays, devenu chirurgien ophtalmologue à Paris, est retrouvé sauvagement assassiné, le crâne fracassé et la tête plongée dans le ruisseau...

 

Dès le départ l'enquête piétine : Jérôme Morval était amateur de femmes ce que les enquêteurs ne tardent pas à découvrir d'autant plus qu'un corbeau se charge de leur fournir quelques preuves en images..

Mais il était aussi amateur de tableaux et en particulier de Monet et rêvait de posséder un de ses nymphéas.

Son meurtre est-il l'oeuvre d'un mari jaloux, d'un amateur d'art ? Que signifie la carte retrouvée dans sa poche, souhaitant l'anniversaire à un enfant de 11 ans ?

 

C'est bien vrai que tout n'est qu'illusion dans ce roman, comme nous l'annonce la présentation de l'éditeur...

Les inspecteurs Sylvio Benavides et Laurenç Sérénac, ne savent pas quelle piste suivre...Tous deux vont aborder cette histoire très différemment...avec calme et rigueur pour Sylvio, en suivant son unique intuition pour Laurenç...

 

Au coeur  de l'intrigue se retrouvent trois femmes, toutes trois d'âge différent.

La première, Fanette Morelle, est une fillette de onze ans passionnée de peinture et particulièrement douée pour son âge. Sa mère qui l'élève seule, ne veut rien savoir de cette passion et la fillette va s'attacher à James, un vieil américain venu peindre sur les pas de Monet...

La seconde, Stéphanie Dupain, la superbe et mystérieuse institutrice du village, suscite les passions autour d'elle. Le mari est malade de jalousie et pourrait bien devenir violent tant il a peur de la perdre. Il fait donc un suspect idéal ! Il se trouve aussi que l'inspecteur Sérénac n'est pas insensible à ses charmes...

La troisième est une vieille femme qui habite le moulin et que les enfants prennent pour une vieille sorcière...c'est elle qui raconte l'histoire ! 

Que fait-elle à sa fenêtre en train de contrôler tous les faits et gestes des habitants ? Que sait-elle exactement sur les crimes ? 

Car de crimes, il n'y en a pas qu'un et certains n'ont jamais réussi à être élucidés...depuis des années !

 

Vous avez compris. Toutes les trois étaient assez différentes. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret, en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de partir. Oui, de quitter Giverny, ce si ce fameux village, dont le seul nom donne envie à une foule de gens de traverser le monde entier juste pour s'y promener quelques heures.

 

Le lecteur est entraîné dans cette lecture comme sait si bien le faire Michel Bussi. Vous partez sur des pistes fausses, rassemblez les pièces du puzzle sans pouvoir le terminer pour autant et ne n'est qu'à la fin que tout s'assemble enfin !! une fin...absolument imprévisible et tout simplement incroyable !

C'est un roman très prenant et riche, un roman instructif qui vous amènera dans les jardins de Giverny aux côtés des impressionnistes et de Claude Monet, un jardin où vous aurez envie d'aller vous promenez...maintenant que les meurtres sont élucidés !

Pas étonnant que ce roman ait obtenu plusieurs prix littéraires....

Avec "Gravé dans le sable" qui m'a fait découvrir l'auteur, ce sont pour moi aujourd'hui, mes deux romans préférés de Michel Bussi. 

 

Voilà encore un roman que je lis, qui me permet de participer au challenge de Philippe "Lire sous la contrainte". Le titre du roman devait contenir un des sons suivants...

 

Nymphéas noirs / Michel Bussi

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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 06:26

J'ai six ans, je suis dans le refuge et je t'écris des mots qui volent...

Élise / Luca Tahtieazym

 

Voilà un roman que j'ai lu il y a déjà pas mal de temps, et que j'hésitais à vous présenter. Je ne l'aurais jamais lu si je l'avais croisé en médiathèque et si j'avais lu la quatrième de couverture avant...autant que vous le sachiez avant d'aborder l'histoire. 

Mais Rebecca l'a encensé sur son blog et je l'ai donc téléchargé en toute confiance, sur ma liseuse sans trop avoir de détails sur l'histoire car elle en donne très peu sur son blog. Juste parce que je sais qu'elle adore l'auteur... 

 

L'histoire

Élise est une petite fille de 6 ans, intelligente et curieuse. Elle adore les livres et découvre le monde qui l'entoure à travers des contes merveilleux, des documentaires qui la ravissent et des romans que Mama Sim lui apporte dans le refuge.

Très vite, le lecteur comprend que cette adorable fillette, qui a une telle soif d'apprendre et veut toujours en savoir plus sur ce qui l'entoure, est séquestrée dans une pièce dont elle ne sort jamais, et qu'elle appelle le refuge, qui est en fait une dépendance isolée d'une grande ferme de la région charentaise...

 

Pourquoi est-elle enfermée ? Qui est Achille, qu'elle doit appeler "papa" et que veut-il ? Quel rôle joue Mama Sim dans cette histoire ?

Vous ne le saurez qu'à la fin du roman lorsque toutes les pièces du puzzle machiavélique se seront mises en place. Et ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus...

 

Le roman est très bien écrit et bien construit. Autant vous dire que le suspense est ménagé jusqu'au bout.

Chapeau à l'auteur d'ailleurs, soit dit en passant et à tout point de vue, pour ce roman qui aborde la privation de liberté, les abus sexuels, la maltraitance d'un point de vue totalement inhabituel.

 

Juste une parenthèse pour vous dire que ce type de sujet ne me tente pas du tout, parce que je le juge assez atroce et glauque en lui-même, pour ne pas en rajouter dans la littérature, ni en faire une sorte de promotion dans les blogs en en parlant. 

La plupart des parents ont de multiples angoisses à ce sujet donc, et je ne déroge pas à la règle, il est inutile de vous dire que j'ai eu souvent du mal en cours de lecture tellement les propos sont  réalistes.

Mais je dois reconnaître qu'une fois entrée dans la lecture, je n'ai pas pu le lâcher, j'ai eu envie de tourner les pages pour savoir ce qui arrive après, et c'est pour cela que je l'ai terminé, pour savoir tout simplement si la petite fille s'en sort...

 

La petite Élise est incroyable et avec ses incessantes questions, elle va réussir à bousculer l'ordre établi et  devenir en grandissant "celle qui ne renonce jamais".

 

Le lecteur découvre son histoire par de constants aller-retour entre passé et présent. 

Les années passent et se déroulent lentement devant le lecteur... anéanti.

La découverte de ce monstre qu'est Achille est particulièrement éprouvante.

En effet, cet homme au charisme certain, cache bien son jeu et jamais au fil du temps, même en prenant de l'âge, il ne se départira de son but, ni de ses sombres desseins. 

 

Alors, autant que vous le sachiez, rien ne vous sera épargné d'autant plus que le roman est écrit à la première personne et que l'emploi du "je" donne l'impression que la petite Élise témoigne en direct.

Mais je vous rassure pourtant sur un point, plus de choses sont suggérées en fait que racontées. C'est subtil ! 

Le seul point négatif, à part le sujet, c'est que j'ai trouvé qu'il y avait de temps en temps un décalage entre l'âge de la petite fille et ses propos car, je ne crois pas qu'une fillette parlerai ainsi, même une fillette très intelligente. 

 

Ce roman est présenté comme un thriller psychologique, j'ai envie de vous dire à la fois oui et non !

Pour moi, ce n'en est pas un, tout simplement parce que les faits et les rebondissements sont trop proches d'une réalité, malheureusement existante, mais il peut se  lire en effet comme un thriller, de la même façon qu'il pourrait aussi bien toucher les amateurs de faits divers...

A vous de choisir !

Voilà...vous êtes prévenus !

 

Voilà encore un livre qui entre dans le challenge de Philippe, "Lire sous la contrainte'. 

Le titre de mon livre devait contenir un des sons suivants :

 

 

 

Vous pouvez lire ci-dessous l'article de Rebecca...

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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 06:35
Albin Michel, 2006 / Le Livre de Poche, 2016

Albin Michel, 2006 / Le Livre de Poche, 2016

 

J'ai découvert Asa Larsson en lisant son dernier roman "En sacrifice à Moloch" l'été dernier, un thriller qui m'avait subjuguée. Depuis j'attendais de trouver un de ses autres titres en médiathèque, et il faut croire que je ne suis pas la seule à aimer les auteurs nordiques, parce que je viens à peine de mettre la main sur celui-ci !

"La piste noire" est le troisième opus de la série Rebecka Martinsson, mais il est intéressant de noter qu'il se lit très bien sans avoir lu les deux premiers, l'enquête étant une nouvelle histoire à chaque fois.

 

L'histoire...

 

Au nord de la Suède, une nuit de tempête, un pêcheur qui s'est réfugié dans une cabane pour se réchauffer, trouve un cadavre congelé, caché sous des couvertures.

Le lac de Torneträsk est totalement gelé... il fait moins 32 degrés et les secours mettent des heures à  arriver. 

Très vite, l’identité de la victime ne fait plus aucun doute : il s'agit d'une jeune femme, la belle et talentueuse Inna Wattrang. Les policiers découvrent avec horreur qu'elle a été torturée...

L'enquête se dirige aussitôt vers Mauri Kallis, un industriel connu pour qui Inna travaillait, comme d'ailleurs Diddi, son frère jumeau.

 

Mauri Kallis est à la tête d'une multinationale minière richissime qui a étendu son monopole jusqu'en Afrique. Mais il a vécu une enfance douloureuse car il a dû être placé très tôt en famille d'accueil, et a toujours voulu prendre sa revanche sur la société, quitte à avoir une activité financière plus que douteuse. 

 

Les inspecteurs de la P.J. de Kiruna, Anna-Maria Mella et Sven-Erik Stalnacke, vont faire appel aux services de Rebecka Martinsson, une avocate de leur connaissance, idéale par ses connaissances psychologiques poussées, pour résoudre leur enquête. Elle vient de lâcher son ancien travail pour devenir procureur auxiliaire...

 

Voilà le lecteur embarqué bien malgré lui dans une intrigue complexe qui ne lui laissera pas le temps de souffler.

 

C'est un roman noir où le lecteur non averti risque de se perdre dans les méandres des événements.

Les éléments de l'enquête, au fur et à mesure de son avancée, alternent avec les événements passés, permettant de mieux comprendre la nature des liens entre les différents protagonistes.

Le Mal est partout et la noirceur des propos et des actes de ce trio surprenant, formé par Inna, Diddi et Mauri Kallis, pourra en choquer plus d'un. 

Derrière le meurtre d'Inna Wattrang, se profile en effet des relations familiales troubles, des secrets de famille enfouis, des mensonges, de l'argent sale et des magouilles politiques, et beaucoup de faux-semblants...

 

On sait tous que les enfants soldats existent, que les armes nécessaires à la guerre civile ont été vendues par des blancs, que les fonds destinés à aider les populations sont parfois détournés et utilisés contre eux...mais il y a un océan entre le savoir et le vivre dans ce roman.

Car l'auteur sait particulièrement démonter les rouages de ce mécanisme financier qui permet à certains personnages peu scrupuleux d'utiliser la corruption pour déstabiliser les pouvoirs en place, quitte à provoquer une guerre civile, afin que leurs investissements deviennent rentables. 

 

Mais encore une fois, un thriller est un thriller et l'auteur nous époustoufle avec son intrigue bien ficelée qui nous amène peu à peu jusqu'en Ouganda.

Avec beaucoup de finesse et de minutie, elle dresse un portrait psychologique précis de ses personnages. Les rebondissements de l'enquête créent un suspense quasi insoutenable...Et vous serez conquis par l'environnement de cette histoire car presque tout se passe au sein des fabuleux paysages du grand nord lapon.  

 

Mais l'auteur, qui aime son pays, s'attache aussi à nous montrer une région sinistrée où le tourisme prend de plus en plus de place, et où les familles Sami sont souvent très pauvres, et vivent dans des conditions inhumaines. 

 

J'ai retrouvé avec plaisir les enquêteurs déjà présents dans le roman lu précédemment. Leur vie quotidienne, leurs difficultés familiales ou personnelles sont un véritable plus et apportent beaucoup de douceur et de légèreté pour supporter les horreurs de ce livre. 

Parfait pour les vrais amateurs de thriller ! 

 

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18 décembre 2017 1 18 /12 /décembre /2017 06:40
Presses de la Cité, 2017

Presses de la Cité, 2017

La FOS-IMMO avait repeint les façades des immeubles l'été dernier, mais il faut croire qu'ils n'avaient plus assez de peinture pour les cages d'escalier. Ou bien, pensa-t-elle en observant les coeurs, les têtes de mort, les sexes tagués sur les murs, la municipalité avait créé une commission pour discuter de la sauvegarde des graffitis, témoignage du patrimoine artistique urbain en ce début de siècle. De quoi se plaignait-elle ? Dans des millénaires, on viendrait visiter son palier comme on visite aujourd'hui les grottes de Lascaux.
Leyli adorait positiver !

 

Voilà un certain temps que je n'avais pas lu de roman de Michel Bussi.

J'ai particulièrement apprécié la lecture de "Gravé dans le sable", mais j'ai lu aussi avec grand plaisir, "Un avion sans elle", "Ne lâche pas ma main", Maman a tort, "N'oublier jamais", et je n'ai encore jamais lu "Nymphéas noirs"...

C'est celui que je cherchais en médiathèque lorsque j'ai vu son dernier titre, posé sur la table des nouveautés. Je ne pouvais pas le laisser là, d'autant plus que la médiathèque allait fermer pour le week-end et que le temps s'annonçait plutôt maussade. 

En plus,  le titre me rappelait vaguement quelque chose. A vous aussi je pense...Non ?

Il s'agit de la chanson de Pierre Perret, "Lily", que beaucoup d'entre vous connaissent et qui a été écrite depuis fort longtemps et malheureusement, le problème des migrants n'a pas réellement évolué depuis...

 

Me voilà donc embarquée bien malgré moi, dans une nouvelle histoire riche en rebondissements, dans laquelle j'ai été tenue en haleine jusqu'au bout.

Quand on aime Bussi, on lit tous ses romans et on aime retrouver son style inimitable, sa façon de nous faire entrer dans l'action sans en avoir l'air et surtout cette empathie qui nous fait finalement considérer le criminel (ici une femme) comme une victime.

Le lecteur trouve en effet toujours des circonstances atténuantes et en tous les cas, au moins une bonne raison, de pardonner à celui ou à celle qui au premier abord est le méchant.

Les vrais méchants eux n'ont pas l'air d'en être au début, et nous les découvrons au fur et à mesure de l'avancée du roman...c'est bien sûr eux qu'il nous faut punir. 

 

 

L'histoire

 

Leyli Maal est une mère célibataire d'origine africaine. Elle a fui le Mali et la pauvreté depuis des années. 

Voilà qu'elle vient enfin de trouver un nouvel emploi dans un des hôtels de la ville, et cette fois il ne s'agit plus d'un petit job mais d'un véritable CDI et bien qu'il complique un peu plus son rôle de mère, elle est ravie. Mais Leyli n'est pas heureuse pour autant car elle cache un lourd secret qui plombe son moral.

Pour décompresser, elle raconte sa vie à son voisin, le gentil Guy et parfois aussi à son nouveau patron qui est d'une extrême gentillesse et très humain, vous verrez pourquoi...

Le lecteur apprend ainsi que Leyli a contracté très jeune, une grave maladie qui l'a rendu aveugle durant des années avant de pouvoir subir une intervention salvatrice. Même si elle doit toujours se protéger du soleil, elle a maintenant la joie de voir le paysage qui l'entoure et de regarder les gens dans les yeux. 

Il apprend aussi que la vie de Leyli n'a pas toujours été facile et que certaines personnes ont bien abusé de son handicap. 

 

Voilà que François Valioni, qui travaille pour Vogelzug, une association d'aide aux migrants, est retrouvé assassiné. Dans sa poche ne sont retrouvés que des coquillages (des cauris qui servaient de monnaie) et un bracelet de couleur.

Puis un second meurtre a lieu qui semble, point par point, identique au premier...Même procédé, même approche de la victime, même coupable présumée_une jeune femme métisse qui montre en partie son visage aux caméras de surveillance_mais il y a quelques détails qui ne collent pas du tout pour les enquêteurs mis sur l'affaire. 

 

Julo Flores, le jeune lieutenant de police mis sur l'affaire, sent tout de suite que Petar Valika, son commandant, lui cache quelque chose d'important et, alors que tout accuse la magnifique "Bamby", lui ne la croit pas coupable. Il va chercher à en savoir davantage sur Vogelzug, cette association qui semble impliquée dans l'affaire, non seulement pour les besoins de l'enquête, mais aussi pour confirmer son intuition. 

Mais voilà que la jeune femme, soupçonnée des meurtres, s'avère être la fille de Leyli. 

Le lecteur n'est pas au bout de ses surprises... 

 

La loi des séries ? Comme les emmerdes ? Comme si les amoureux devaient se pointer tous en même temps, sans prendre un ticket, sans attendre leur tour. Il fallait toujours que la vie fasse dans la démesure, refile le bonheur comme le malheur en une seule livraison, en vrac dans un carton, et nous laisse déballer le tout.

 

Encore une fois Michel Bussi sait nous surprendre et joue avec nous. D'abord l'intrigue nous accroche, puis ensuite nous nous perdons dans des fausses pistes avant de vivre un formidable retournement de situation à la fin...

Je me fais avoir à chacune de mes lectures et désormais, je l'avoue, je me laisse balader avec plaisir car je sais que de toute façon je vais partir sur de fausses pistes.

C'est ça le secret de Bussi et cela explique sans doute que la lecture de ses romans nous offre toujours un mélange revigorant de détente et de plaisir. De plus, son écriture est fluide et facile. C'est juste parfait pour moi en ce moment de l'année.

 

Pourtant le sujet est complexe et grave puisqu'il est ici question de migrants, de leurs conditions de vie chez eux mais aussi en exil, de violences sexuelles, d'abus de confiance...

Au passage Michel Bussi nous montre ceux qui profitent du malheur des autres et qui sont prêts à les sacrifier pour gagner plus d'argent.

C'est d'une actualité brûlante de réalisme et cela rend le lecteur encore plus vulnérable quand en plus comme moi, il connaît la région, car j'ai oublié de vous dire que l'histoire se déroule en partie en Provence et même pour être plus précise à Port-de Bouc, une commune de bord de mer de mon département. 

Au passage, l'auteur nous en apprend même sur les dernières découvertes en matière de recherche de paternité, l'usage qui était fait en Afrique et en Océanie, des cauris, ces coquillages utilisés pendant longtemps en tant que monnaie. 

A noter : les objets jouent un rôle très important dans l'histoire...

Enfin l'auteur nous trompe encore davantage grâce à l'uniformisation des lieux où se passent les différents événements (comme par exemple cette firme d'hôtels de luxe où tous les décors sont identiques dans le monde entier). Le lecteur ne sait plus du tout par moment où il se trouve...

C'est subtil et s'ajoute au suspense.

 

Tout le monde possède des rêves Bamby. Et ce qui compte, ce n'est pas de les réaliser, c'est juste de pouvoir y croire.

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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 05:41
L'intérêt de l'enfant / Ian Mc Ewan

- Je vais vous dire pourquoi je suis là, Adam. Je veux m’assurer que vous savez ce que vous faites. Certains vous trouvent trop jeune pour prendre une telle décision et croient que vous êtes sous l’influence de vos parents et des anciens. D’autres pensent que vous êtes extrêmement intelligent et doué, qu’on doit vous laisser aller jusqu’au bout.

 

A l'âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est un juge pour affaires familiales renommé. 

A Londres où elle exerce, les cas de problèmes relevant du droit de la famille sont nombreux. Lorsqu'un cas compliqué se présente à elle, elle n'arrive pas toujours à s'en détacher et sa vie professionnelle prend une telle ampleur que son mari se sent délaissé... 

C'est par exemple à elle de choisir quand les parents ne sont pas d'accord, "dans l'intérêt de l'enfant", ce qu'elle excelle à faire mais ce qui n'est pas toujours simple.

 

Ainsi, elle doit décider pour deux jeunes filles juives si elle donnera raison à la mère qui veut les scolariser dans un lycée juif ordinaire où la mixité est la règle, ou au père qui préfère une école plus rigide où sont exclus les nouveaux moyens de communication, internet donc, mais aussi la télévision, les vidéos et la mixité.

Cela de la même façon qu'elle a décidé dans le passé de séparer deux frères siamois en sachant qu'un des deux allaient forcément mourir... pour permettre à l'autre de vivre. 

 

Le roman commence par présenter plusieurs affaires et par nous montrer Fiona en action au cours de ces journées bien remplies. 

Mais c'est au moment où elle prend connaissance de la décision de Jack, son mari d'avoir une relation avec une femme plus jeune, et peut-être de la quitter pour toujours, qu'elle réalise que sa vie professionnelle a toujours empiété sur sa vie personnelle, à moins que ce soit elle qui se soit laissée ensevelir par un trop plein de travail pour oublier ses peines. 

 

C'est alors que se présente, un dimanche soir où elle est de garde, une affaire compliquée et urgente puisqu'il s'agit d'un problème de vie ou de mort. Le jeune Adam Henry atteint d'une forme grave de leucémie, doit subir en urgence une transfusion sanguine. Or ses parents, comme lui-même s'y opposent ...Ils sont témoins de Jéhovah et Adam aura bientôt 18 ans et pourra décider lui-même de son traitement médical.

 

Les choses ne sont pas aussi faciles qu'il y paraît au premier abord et après avoir entendu les différentes parties, Fiona décide, ce qu'elle ne fait jamais, de se rendre à l'hôpital pour entendre le jeune homme. Elle désire comprendre qu'elle est la part de l'influence familiale et, celle de sa réflexion personnelle, face à sa maladie et à sa probable mort...

 

Comprend-il bien les conséquences du refus de la transfusion ?

Est-ce sa volonté personnelle ? celle de ses parents ?

Ou bien est-ce celle de sa communauté religieuse ?

 

Elle découvre un adolescent attachant, plein de vie, qui apprend à jouer du violon sur son lit d'hôpital, écrit des poèmes romantiques et, ce qui étonne beaucoup Fiona, qui est particulièrement mûr pour son âge. 

 

Juger c'est prendre des risques et parfois, se tromper...

Juger c'est s'impliquer et Fiona va le faire au-delà de ce qu'elle se croyait capable de réaliser...

 

Où commence et où s'arrête l'intérêt de l'enfant ?

Dans le respect des convictions religieuses de sa communauté, donc de ses parents, ou bien dans le traitement proposé par les médecins ?

 

 

Combien de pages, dans combien de jugements, avait-elle consacrées à ce terme ? L'intérêt d'un enfant, son bien-être, tenait au lien social. Aucun adolescent n'est une île. Elle croyait que que ses responsabilités s'arrêtaient aux murs de la salle d'audience. Mais comment auraient-elles pu s'arrêter là ? Il était venu la retrouver, cherchant ce que tout le monde cherche, et que seuls les gens qui croient à la liberté de pensée, et non au surnaturel, peuvent donner. Du sens.

Elle croyait faire entendre la voix de la raison dans des situations sans espoir. Plus généralement, elle croyait aux dispositions du droit de la famille. Dans ses accès d’optimisme, elle voyait une preuve significative du progrès de la civilisation dans le fait que la loi plaçait l’intérêt de l’enfant au-dessus de celui des parents.

 

Ce roman est très intéressant à plus d'un titre.

 

D'abord au-delà du cas particulier de ce jeune homme, le lecteur prend conscience de la difficulté du travail de juge, surtout dans ces cas extrêmes qui impliquent d'entrer dans la vie familiale, mais aussi dans le mode de pensée des différents protagonistes, dans leurs croyances religieuses ou leur philosophie de vie. 

 

La question de savoir où se situe exactement l'intérêt de l'enfant, est très bien posée.

Elle nous poursuit longtemps après avoir refermé le livre. Peut-on considérer l'intérêt de l'enfant en dehors de son environnement, de sa vie sociale, de son intégration dans notre société...

Où est sa réelle liberté de choisir ?

 

Dans ce court roman qui se lit très vite, l'auteur nous offre une ambiance particulièrement oppressante. Je n'avais jamais rien lu de lui, mais avais noté plusieurs titres, et la lecture de celui-ci, me donne envie d'en découvrir d'autres.

 

La finesse avec laquelle l'auteur développe, à travers la parole du juge, les divergences de croyances,  les notions de respect et de tolérance, de dignité (même pour un adolescent mineur) et la décision des parents en cas de fin de vie de leur enfant, est tout à fait remarquable. 

J'ai aimé aussi l'étude psychologique des personnages. 

 

Le roman pose bien le problème de la neutralité d'un juge, qui, quel que soit son professionnalisme, est avant tout un être humain... 

 

A noter : Toutes les prises de décision d'un juge sont articulées autour du "Children Act de 1989".

 

Il ne supportait pas de la regarder pendant qu'il parlait, ni qu'elle-même le regarde. Il porta ses mains à son front, en visière.
"J'ai une question à vous poser. Quand vous l'entendrez, vous la trouverez ridicule. Mais s'il vous plaît, ne refusez pas catégoriquement. S'il vous plaît, dites que vous allez réfléchir.
- Oui ?"
Il s'adressa au plateau de la table. "Je veux venir habiter chez vous."
Elle attendit la suite...

 

A lire aussi, l'avis éclairé de Violette sur son blog...

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 05:30
Sonatine, octobre 2017

Sonatine, octobre 2017

J'écris ceci à l'instigation de mon avocat, M.Andrew Sinclair, qui depuis mon incarcération ici à Inverness m'a traité avec un degré de civilité que je mérite en aucune façon...

Je m'appelle Roderick John Macrae. Je suis né en 1852 et j'ai vécu tout mon temps dans le village de Culduie, dans le Ross-shire. Mon père, John Macrae, est un fermier estimé au sein de la paroisse, qui ne mérite point d'être sali par l'ignominie des actions dont je suis l'unique responsable...

 

Alors qu'il fait des recherches sur ces ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à un de ces ancêtres.

En 1869, à Culduie, un village isolé des Highlands, Roderick Macrae, âgé de 17 ans est arrêté pour avoir commis un triple homicide.

 

Dans un document, où il a consigné les faits, alors qu'il se trouvait emprisonné en attente de son procès, Roderick relate la vie quotidienne difficile de sa famille, la dureté de son père, le harcèlement que la famille a dû subir de la part de la principale victime, M.Mackenzie, surnommé Lachlan le Large, et surtout le jour où il a commis ses meurtres. 

Avait-il perdu momentanément la raison ?

Avait-il prémédité ses meurtres ? 

L'auteur pour nous aider à nous faire notre propre opinion, et reconstituer le puzzle des événements, nous transmet en direct toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports médicaux, et surtout récit de Roderick...

 

Alors... innocent ou coupable ?

A vous de trancher, mais ne croyez pas vous en tirer à si bon compte, je vous promets que ce ne sera pas si facile...

 

Les habitants de ce village possèdent dans l'ensemble un physique de souche inférieure, étant de petite taille et d'apparence généralement repoussante, ceci vraisemblablement dû à la fréquence des unions consanguines, comme en atteste la présence de certains patronymes dans la région...

 

Ce livre, présenté comme un thriller par l'éditeur, n'en est pas un pour moi. 

C'est en fait un roman social et historique qui nous montre comment était appliquée la justice au temps de la peine de mort, et lorsque les maladies mentales étaient peu connues.

Il invite le lecteur à s'interroger sur un système judiciaire d'un autre temps,  mais aussi sur la difficulté pour des êtres socialement brimés, de ne pas  avoir recours à la violence, quand ils ont besoin de se faire entendre.

Un sujet encore malheureusement trop souvent d'actualité. 

 

La couverture est très attirante et le sous-titre "Documents relatifs à l'affaire Roderick Macrae" laisse entendre qu'il s'agit d'une histoire vraie...

En fait, il n'en est rien, c'est bien un roman et l'auteur s'amuse avec ses lecteurs, en nous faisant naviguer entre réalité et fiction, et en nous faisant douter.

Tout n'est que prétexte à nous laisser croire qu'il va nous parler d'un simple fait divers, dont il aurait juste modifié certains éléments pour les rendre davantage compréhensibles. Le meurtre, les documents, les témoignages et le déroulement du procès, sont pure fiction, bien qu'ancrés dans la réalité d'une époque historique bien réelle.

 

Dès le départ, le lecteur sait que Roderick est en prison, et qu'il écrit son propre récit des faits, à la demande de son avocat, Andrew Sinclair. Le jeune homme s'exprime bien et avec intelligence. 

L'auteur alterne le passé et les extraits du récit de Roderick avec les moments que celui-ci partage dans sa cellule avec ses visiteurs, son avocat et les médecins venus l'observer. 

 

Le lecteur découvre les terribles conditions de vie des paysans des Highlands. Quand on est allé dans cette région d'Ecosse et que l'on connaît la beauté et l'âpreté des paysages sauvages, on imagine sans problèmes à quel point la vie des paysans devait y être difficile au XIXe siècle.

Ils vivaient à l'époque dans des conditions féodales, obligés de travailler durement, recevant des pénalités en cas de problème, ne pouvant prélever sur la nature que ce qu'ils étaient autorisés à prélever.

La violence régnait partout, les jeunes filles étaient fréquemment victimes de viol et les hommes étaient humiliés ouvertement de manière totalement inhumaines.

Le village constituait une petite communauté souvent sécurisante où tout le monde se connaissait, s'entraidait, se tolérait ou se détestait, la pauvreté exacerbant les jalousies et les rancœurs...

 

Alors bien sûr, quand le lecteur découvre la vie de ce jeune homme cultivé et intelligent, mais naïf, et prend connaissance des malheurs qui se sont abattus sur sa famille dès la mort de la mère, il ne peut s'empêcher de penser qu'aujourd'hui le système judiciaire saurait lui trouver quelques circonstances atténuantes.

Il s'interroge et recherche aussi quelle autre solution avait Roderick à part  la violence, pour se défendre... La victime harcelait la famille, faisant tout pour aggraver leur pauvreté en leur collant des amendes pour des actes qui avaient toujours été considérés dans le passé comme naturels. 

 

Tout dans ce roman que j'ai lu avec plaisir, est très réaliste et très bien documenté. On reste assez consterné devant les analyses psychologiques et les déductions faites par les médecins de l'époque pour prouver que Roderick était en pleine possession de ses moyens au moment des meurtres. La criminologie en était à ses débuts et les analyses psychiatriques à leurs balbutiements...

Les temps ont fort heureusement bien changé ce qui n'excuse en rien la violence des meurtres, mais permet, j'ose le croire, de mieux les comprendre et  peut-être d'en prévenir certains. 

 

A lire, si vous aimez ce mélange de social et d'histoire sur fond de crime...

A noter : ce roman a été finaliste du Booker Price en 2016. 

 

Il me demanda si je regrettais ce que j'avais fait. Je lui répondis que non et que, de toute façon, cela importait peu puisque, regrets ou pas, ce qui était fait ne pouvait être défait.

 

Un grand merci à Babelio et à l'opération masse critique pour m'avoir permis de découvrir ce roman, le premier de cet auteur écossais à être traduit en français.

 

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 06:10
Gallmeister, 2016

Gallmeister, 2016

Le pire, dans l’enfance, c’est de ne pas savoir que les mauvais moments ont une fin, que le temps passe. Un instant terrible pour un enfant plane avec une sorte d’éternité, insoutenable. La colère de ma mère s’étirait à l’infini, une rage à laquelle nous n’échapperions jamais.

C’est vrai. Ça n’a aucun sens. Bienvenue dans le monde adulte, tu y entreras bientôt. Je travaille pour pouvoir travailler davantage. J’essaie de ne rien désirer dans l’espoir d’obtenir quelque chose. Je m’affame pour être moins et plus. J’essaie d’être libre pour pouvoir être seule. Et tout ça n’a aucun intérêt. Cette partie là, ils ont oublié de la préciser.

 

J'ai beaucoup de livres à vous présenter, car la canicule de ces derniers jours, nous a obligé à stopper nos travaux de peinture et autres (!) et donc, j'ai passé beaucoup de temps à lire durant ces longs après-midis, enfermée dans la maison derrière les volets croisés...

Ceux du sud comprendront ! 

Comme je sais que certains d'entre vous ne lisent pas autant que moi, je continuerai à vous présenter toutes mes lectures d'été, en alternance avec des articles plus légers sur les visites de mes dernières vacances, entre autre...

Le roman que je vous présente aujourd'hui n'est pas du tout ce que l'on peut appeler une lecture de vacances...

 

 

Caitlin, douze ans, vit seule avec sa mère dans un quartier pauvre de Seattle. Sheri travaille sur les docks, souvent tard le soir, car il faut qu'elle fasse fréquemment de nombreuses heures supplémentaires. C'est un boulot qu'elle déteste et qui l'épuise, mais lui permet de pouvoir joindre les deux bouts.

Aussi Caitlin est souvent seule le soir et se rend chaque jour à l'aquarium de Seattle dès qu'elle sort de classe. Pour elle c'est un refuge, un endroit où elle peut imaginer une autre vie.

En effet, là-bas, en regardant les poissons et autres animaux marins, elle se sent apaisée. Elle est fascinée par ce qu'elle observe et découvre sur les animaux. Elle peut y rester des heures à rêver...

Un jour, elle rencontre par hasard un vieil homme qui, comme elle, vient tous les jours à l'aquarium. Il devient peu à peu son confident.

 

Mais la vie de Caitlin bascule le jour où celui-ci lui propose de rencontrer sa mère.

Sheri prend peur, quand elle découvre cette amitié, pensant tout d'abord à un pédophile puis l'évidence lui saute aux yeux. Ce vieil homme est son père, disparu depuis des années. Il l'a en effet lâchement abandonné, alors qu'elle n'était qu'une toute jeune adolescente, et que sa mère était gravement malade, la faisant passer sans détour dans le monde des adultes. 

Le monde de Caitlin se fissure de toute part au fur et à mesure que sa mère perd les pédales et que le passé douloureux remonte à la surface. 

Mais Caitlin s'entête et veut continuer à voir celui qui est donc son grand-père.

Seule, son amie Shalimi lui apporte un peu de réconfort et une histoire d'amour entre les deux jeunes filles, va naître au coeur de la débâcle...

 

On peut choisir ceux avec qui l'on va passer sa vie, mais on ne peut pas choisir ce qu'ils deviendront.

Que sommes nous tenus de rembourser pour ce qui s'est déroulé avant nous, dans les générations passées ?

 

Comme toujours David Vann nous offre une lecture douloureuse et éprouvante.

Dès les premières pages, pourtant légères, la tension est palpable et le lecteur s'attend au drame...

L'auteur est en effet le spécialiste des relations familiales compliquées. Il n'a pas son pareil pour faire ressortir la violence et la cruauté que nous avons en chacun de nous et que notre éducation nous a permis d'enfouir au plus profond de nous-même.

Comment se forme une famille ? 

Quelles sont les relations entre ses différents membres ?

Comment peut-on échapper au passé familial ? 

Le pardon est-il possible, quand les mots importants n'ont jamais été prononcés, quand le silence et l'absence n'ont pas permis d'expliquer le manque d'amour et l'abandon ? 

Guérit-on un jour des traumatismes de l'enfance ?

 

Ce roman m'a beaucoup touché car la petite Caitlin est une adolescente très intelligente, mais fragile. Les événements vont devenir traumatisants pour elle qui avait été, jusqu'à présent, relativement protégée par sa mère.

C'est d'ailleurs la relation mère-fille qui est au centre du roman, mais aussi les séquelles de la guerre, les traumatismes de l'enfance, la culpabilisation, l'impossibilité de revivre le passé et de revenir en arrière pour pouvoir tout recommencer, la souffrance et le manque affectif...

 

On sent que l'auteur parle de son propre vécu. Pour ceux qui le connaissent, sachez que ce roman est plus soft que d'autres titres de l'auteur, mais l'envie de tourner les pages pour en savoir plus, et la tension y sont poussées à l'extrême et il est tout de même d'une grande violence psychologique. 

 

De temps en temps, au fil des pages, le dessin d'un poisson exotique, donnera un peu de légèreté à l'ensemble.

 

C'est difficile pour moi de conseiller ce livre bien que je pense que c'est un excellent roman. En effet, pour moi, un bon roman c'est celui qui provoque chez ses lecteurs de l'émotion et celui-là en effet en provoque, je vous l'assure !

Cependant, je dirais comme pour les précédents titres de l'auteur, la formule qui est devenue classique dans ces cas-là :  "âmes trop sensibles, s'abstenir !"

 

Vous trouverez présentés sur ce blog...

Son premier roman "Sukkwan Island" traduit en français, qui a été couronné par le Prix Médicis en 2010...

 

 

Ainsi que"Goat Mountain" que j'avais trouvé quasi insoutenable lors de la lecture...ce qui m'avait fait dire que je ne lirai plus rien de cet auteur !

Et pourtant, j'ai encore une fois changé d'avis en lisant la quatrième de couverture d'"Aquarium".

Ça vous étonne ?!

Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière et c'est ce monde-là qu'on connaît ensuite, pour toujours. C'est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d'autre il pourrait ressembler.

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 06:35
Flammarion jeunesse, 2016 / Collection "Colère"

Flammarion jeunesse, 2016 / Collection "Colère"

Chez elle [fatou] on savait dire "je t'aime" à ses enfants. On les touchait. On les étouffait de caresses, pour vérifier qu'ils étaient encore vivants, pour vérifier qu'on l'était encore, qu'importe. On savait leur dire qu'ils comptaient plus que tout le reste. Bien plus que les fins de mois difficiles, que la haine qui régnait partout, sourde, dans cette ville, depuis qu'elle avait basculé entre les mains des racistes...

 

Annabelle est une jeune collégienne en classe de troisième. Elle vit une situation familiale difficile, sa mère étant dépressive et incapable de s'occuper d'elle. Heureusement, elle a une amie qu'elle apprécie beaucoup, c'est Fatou...

Chez elle ce n'est pas comme à la maison, on sait parler d'amour et manifester par des gestes et des mots tendres que l'on se soucie des autres.

 

Dans la classe d'Annabelle, rien n'est simple non plus et la situation est quasiment explosive en cette veille de weekend prolongé de Pentecôte. 

La jeune professeur de français que les élèves surnomment "Et chérie chérie" tente de les inviter à débattre sur le roman de Radiguet "le diable au corps" mais personne ne veut jouer le jeu. Elle finit par exclure les trois plus pénibles garçons de la classe qui se prennent la tête depuis le début du cours et sont incapables d'arrêter de s'insulter.

 

Mais Fabien, un des garçons exclus, décide de se venger à la fois de son professeur et de ses camarades qu'il juge responsables de cette exclusion.

Il va être aidé par Sébastien, l'ex-petit copain d'Annabelle qu'elle vient de quitter et qui le prend très mal (car c'est la première fois qu'une fille ose le faire). 

Tous deux n'hésiteront pas un instant à se rendre au concert prévu ce soir-là, pour laisser libre cours à leur agressivité, certains d'être dans leur bon droit et soutenus par leurs parents.

Toute la jeunesse de la ville s'y trouve réunie, car le concert est organisé pour soutenir les "sans-papiers" que le père de Fabien, adjoint au maire de la ville, fait expulser depuis que la municipalité a basculé à l'extrême.

Le drame éclate...

 

Les gens couraient dans tous les sens et je perdais complètement mes repères. Je n'arrivais plus à savoir exactement dans quelles directions se trouvaient les issues.
J'ai tenté de ramper sur le béton parmi les éclats de verre en me guidant tant bien que mal aux pas des spectateurs qui s'enfuyaient. La panique me faisait manquer d'air et de force. Chaque centimètre me coûtait un effort plus terrible que le précédent. J'allais abdiquer lorsque ma main a rencontré le petit corps d'une gamine assise-là sur mon passage et qui pleurait...Somaya appelait Fatou d'une voix sourde et déjà presque inaudible.

 

Dès le départ, le lecteur prend connaissance d'un drame à venir, même s'il ne sait pas lequel car le texte présente des encarts en italiques qui donnent la parole à deux personnes, encore vivantes...mais on ne sait pas encore pour combien de temps. 

Très vite, le lecteur va comprendre que ce n'est pas un hasard si l'auteur se focalise sur les événements survenus en classe, cet après-midi là... C'est un de ces jeunes adolescents qui va "péter un câble". 

La tension monte en effet rapidement et le lecteur, au fil du récit, se révolte devant tant d'injustice et de violence et finalement voit arriver le dénouement avec soulagement.

 

On se prend d'amitié pour Mokhtar qui n'est pas un mauvais bougre malgré sa fougue et sa promptitude à répondre. Il va servir de bouc émissaire à la cruauté et la trahison des jeunes racistes irresponsables, mais se croyant soutenus par leur famille. 

Annabelle, l'héroïne, nous émeut par ses questionnements et ses "moments de grâce" auxquels elle s'accroche pour trouver quelque chose de positif à sa vie quotidienne. Son envie de vivre et d'être heureuse nous touchent de près.

Isabelle l'enseignante, qui nous semble bien démunie au départ, est un des personnages attachants du roman car elle montre bien que parfois, il est difficile quand on a ses propres problèmes de faire face à ces ados rebelles et agressifs. 

 

L'auteur nous offre ici une belle écriture, un rythme époustouflant pour ce roman qui nous entraîne dans la spirale de la violence.

A la fois roman d'ado et thriller social, il montre bien comment de simples violences verbales vont être montées en épingle et servir de prétexte à des actes barbares et irréfléchis.

Voilà donc un roman très réaliste et crédible qui, je l'espère fera réfléchir les jeunes sur la montée de la violence et les conséquences de leurs actes...

Une lecture marquante pour un roman très fort dont nous ne sortons pas non plus indemnes, je vous l'assure.

A réserver aux plus  de 13-14 ans. 

 

J'ai repris le chemin de la maison en songeant que mon jardin secret était planté de pousses maladroites et semblables. Des mauvaises herbes qui luttaient, qui parfois réussissaient à fissurer les murs, les trottoirs et la ville, mais pour en faire un chouette jardin d'agrément, c'était assez pauvre. Il fallait que je change les choses.

 

Hubert Ben Kemoun est devenu un auteur prolifique en littérature jeunesse dès les années 90. Il a toujours ancré ses romans dans la réalité et les problèmes de société. 

Mais là alors qu'il a fini d'écrire ce livre, c'est la réalité cette fois qui l'a tragiquement rattrapé et il s'en excuse à la fin du livre. 

 

J'ai découvert ce titre chez DocBird, une blogueuse enseignante-documentaliste passionnée et qui partage avec nous ses lectures adultes et ados : romans, documentaires, mangas, il y en a pour tous les goûts. C'est elle qui m'a donné envie de le lire et de l'emprunter à la médiathèque de mon village...

Je la remercie ici pour cette belle découverte.

N'hésitez pas à aller lire sur son blog sa superbe chronique, en cliquant ci-dessous...

 

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 07:17

Je suis un sacrificateur.
N'importe où d'ailleurs nous avons disparu. Il fallait ces montagnes lugubres, les croyances ancrées dans notre sang, pour que le métier survive à cette époque ; il faut être bon aussi. Car je ne suis pas un sacrificateur parmi d'autres : je suis le meilleur.

Six fourmis blanches / Sandrine Collette

 

Un homme gravit la montagne...

Dans ces bras il tient une chèvre choisie avec soin parmi le troupeau. Il s'apprête à accomplir la cérémonie du sacrifice en la jetant du haut de la falaise. En bas, une famille l'attend et à son côté parfois, tout un village.  

Tous pourront dormir tranquilles : les mauvais esprits se sont éloignés !

Nous sommes en Albanie, dans un pays où les préjugés et les croyances d'un autre siècle font la loi. Mathias exerce un métier qui terrifie ses proches : il est un des rares sacrificateurs du pays.

 

Je ne sacrifie jamais en vain...
Tuer est un art qui se maîtrise, une communication avec la nature, l'animal et les dieux. Pas un acte barbare, non : un présent pour consacrer un mariage, un anniversaire, un baptême, un départ. Une requête. Une prière. Avec la conscience que rien ne nous est dû, mais que derrière l’offrande, nous attendons un retour. Pauvre équilibre dont nous sommes toujours les dupes. Du sang pour un peu de bonheur.

 

C'est alors que Mathias est bien ancré dans sa routine tranquille que Carche, un mafieux local lui demande de s'occuper de son petit-fils, qui aurait le don lui-aussi...

Ce que Mathias ne sait pas encore, c'est que sa vie va basculer et qu'il va se retrouver obligé de fuir à travers les montagnes pour tenter de rejoindre la frontière. 

 

A des kilomètres de là, Lou contemple les silhouettes de ses camarades de cordée, partis comme elle pour trois jours de trek en montagne, qu'ils ont tous gagné par tirage au sort. Les voilà avec Vigan, leur guide, qui connaît la montagne comme sa poche.

Six silhouettes qui se perdent dans ce magnifique paysage blanc...six fourmis minuscules. Ils sont venus là pour se sentir vivre, enfin libres parmi ces magnifiques montagnes.

Lou est accompagnée d'Élias son petit ami. Il y a aussi un autre couple, Arielle et Lucas et deux  célibataires, Marc et Étienne. Tous comprennent dès le départ que Vigan ne leur fera pas de cadeau. Il est rude, taciturne et s'occupe uniquement de l'essentiel sans rien dévoiler ni de lui-même, ni de sa vie en montagne.

 

Evidemment que nous sommes tous repartis avec Vigan...
Vigan ne me voit pas, traçant la piste devant moi. Je le surveille aussi. Peut-être quelque chose s'est-il effrité aujourd'hui, et j'ai compris qu'il pouvait nous planter là au milieu de la montagne_ je n'en suis pas certaine cependant, mais le doute s'est insinué, il l'a instillé lui-même. Je tire régulièrement la corde, comme si de rien n'était pour vérifier qu'il ne l'a pas détachée. Qu'il ne va pas disparaître...

 

Ce qu'elle ne sait pas encore c'est que dès le lendemain une terrible tempête, imprévue par les organisateurs du trek, va ravager la région et que pour ces citadins en mal de sensations nouvelles, ce sera le début de l'horreur.

La mort rôde et ne les lâchera pas, d'autant plus qu'ils sont terrifiés, épuisés et affamés...

Un refuge. Dieu. Le mot sonne étrangement doux, inattendu_alors il y en a donc, aussi loin et aussi haut. Cela me fait un élan chaud dans le corps, j'ai presque envie de rire, pour la première fois depuis le déjeuner, et les autres aussi...

 

J'avais décidé d'explorer les autres romans de Sandrine Collette suite à mes précédentes lectures comme "Des noeuds d'acier" et "Il reste la poussière" .

Ces deux lectures m'avaient beaucoup marqué.

Encore une fois l'auteur nous offre un thriller  à couper le souffle...

Le lecteur plonge immédiatement dès les premières pages dans l'aventure et dans l'horreur. Tout le talent de l'auteur réside à faire des deux histoires parallèles...une seule. Bien sûr, on comprend très vite que les deux histoires vont se rejoindre, mais on ne devine pas ni quand, ni comment, ni pourquoi...

L'auteur est très douée pour faire monter le suspense et l'angoisse du lecteur va crescendo. L'oppression le gagne au fur et à mesure que la montagne devient de plus en plus hostile. 

 

Vingt secondes plus tard, il m'a fait glisser au bord de la crevasse, évitant mon regard pour ne pas lire la peur qui m'envahit ; juste sa main sur ma tête pour m'encourager, et son murmure, "Je sais que tu vas réussir. Tu es une fille exceptionnelle. Je me retrouve les jambes balançant dans le vide, engloutie dans une opacité effrayante, cherchant désespérément des points d'appui sur la roche et la glace...

 

Les personnages sont encore une fois psychologiquement bien décrits et ils nous deviennent si familiers que l'on frémit à côté d'eux.

De plus, le ton employé par l'auteur n'est pas du tout le même quand c'est Lou qui parle et nous narre l'expédition, ou bien Mathias qui raconte sa fuite et la traque dont il fait l'objet...tous deux à la première personne. 

Encore une fois, la fin nous laisse pantelants et nous poursuit longtemps...

C'est vraiment un auteur à lire et à découvrir si vous aimez les romans à suspense.

 

Autour de moi l'eau est plus claire que je ne m'y attendais, d'une pureté irréelle. J'ai bien fait de plonger. Jamais je n'aurais su à quoi ressemble l'eau d'un lac au printemps. Jamais je n'aurais vu la glace briller par en dessous, tels des milliers de diamants façonnés.

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 07:13
Hortense / Jacques Expert

Cette femme sans âge, c’est moi, transparente, anonyme. Voilà ce que je suis devenue. Rien. Même pas un fantôme. Un fantôme, on finit toujours par le voir.

 

Je ne connaissais pas Jacques Expert aussi, lorsque lors de la dernière réunion du Cercle de Lecture auquel je participe, une de mes amies a présenté "Hortense", je suis allée aussitôt l'emprunter à la médiathèque. 

 

Dans les années 90, Sophie Delalande s'est laissée séduire par Sylvain, un gars beaucoup trop beau pour elle, qui a tôt fait de s'installer chez elle et de se laisser entretenir par cette jeune femme quelconque, timide et naïve et surtout mal dans sa peau. Mais le jour où elle lui annonce qu'elle est enceinte, il devient violent et s'enfuit non sans lui avoir dit moultes méchancetés qu'elle aura du mal à oublier.

Pourtant lorsque Hortense, sa fille naît, elle va remplir sa vie au fur et à mesure que l'amour grandit...

Un jour pourtant Sylvain revient vers elle : il veut revoir sa fille et la menace, jusqu'à ce jour terrible où il vient chez elle et l'enlève.

Le lecteur retrouve alors Sophie des années après...le temps a passé et elle ne se remet pas de la disparition de sa fille. Aucune piste n'a réussi à localiser son ex-copain, malgré le sérieux du policier chargé de l'enquête et l'argent qu'elle a dépensé avec un détective privé, et seule son amie Isabelle la soutient encore après toutes ces années. 

C'est alors qu'un soir elle est bousculée dans la rue par une jeune femme blonde...Sophie en est sûre, c'est Hortense !

Elle va alors tout faire pour se rapprocher de cette mystérieuse jeune Emmanuelle qui travaille dans un restaurant et qui ne semble entretenir d'admiration que pour...son père.

 

 

J’étais follement amoureuse, pour la première fois de mon existence. Chaque fois que j’y repense, je n’en reviens toujours pas d’avoir été aussi sotte. Comment ai-je pu croire à toutes ses sornettes ?

 

C'est un roman psychologique très bien mené. L'intrigue nous tient en haleine jusqu'au bout et la fin, qui était impossible à imaginer (ou presque), remet les choses en place en deux petites pages seulement.

Ce roman, inspiré d'un fait divers, multiplie les pistes, enchaîne les rebondissements pour nous amener à espérer.  Il nous offre là, au final un puissant roman sur l'amour maternel quand la fin nous apparaît comme limpide après le premier instant de surprise passée, un amour maternel exclusif certes, mais très fort.

L'écriture est fluide et facile à lire ce qui en fait un excellent roman de détente pour ceux qui aiment ce genre de lecture. Le récit de Sophie est entrecoupé de rapports et témoignages de l'entourage qui recadrent les faits et les rendent encore plus réels, et de la voix d'Hortense (Emmanuelle) dont l'angoisse va crescendo...  

 

Si la vie était juste, elle n'aurait pas permis que je croise sa route. Elle m'aurait épargnée et je n'aurais jamais eu à endurer ce que j'ai enduré. Une vie de rien, une vie perdue. Hortense n'aurait jamais vu le jour, c'est vrai, mais est-ce que cela n'aurait pas été mieux ainsi ?
Oui, la vie est injuste, et j'en suis la preuve.

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 07:13
Tokyo / Mo Hayder

Tout ce à quoi je pensais croire s'est dérobé. Il y a dans mon cœur un vide aussi béant que celui du ventre de la petite fille et je ne puis penser à rien d'autres qu'à ce que cette occupation nous a réellement coûté. Elle signe la fin d'une Chine dont je n'ai pas assez fait de cas pendant des années. La mort de toute croyance-la fin des dialectes, des temples, des gâteaux de lune à l'automne et de la pêche au cormoran au pied des montagnes. La mort des jolis pont enjambant les mares à lotus, des galets jaunes qui se reflètent le soir dans le silence de l'onde...

 

Grand Prix des Lectrices de Elle en 2006

Prix SNCF du Polar 2006

 

Grey est une jeune anglaise perturbée et angoissée qui cache un lourd passé.

Dans les années 90, elle débarque à Tokyo pour y rencontrer un enseignant de sociologie, Shi Chongming. Elle vient d’Europe pour lui demander de visionner un film, qui serait en sa possession, montrant un événement important de la guerre Sino-japonaise et en particulier de la prise de Nankin, film qui est devenu indispensable à la survie psychologique de la jeune fille et dont elle a trouvé trace lors de ces nombreuses recherches sur cette période de l’histoire.

 

Au départ, le lecteur ne sait rien des raisons qui la pousse à harceler le professeur, ni du passé de la jeune fille. On apprend simplement au fil de la lecture qu’elle est considérée comme « folle », qu’elle a été longuement hospitalisée dans un service psychiatrique, que même ses parents ne la croient pas, lorsqu’elle a déclaré qu’elle avait commis cet « acte ignoble » qu’on lui reproche, par ignorance…

Le lecteur n’apprendra qu’à la fin de quoi il s’agit. Bien sûr, de nombreux indices seront semés sur sa route. Grey a été élevée par des parents aimants qui désiraient avant tout la protéger de tout et l’ont donc maintenue dans l’ignorance. Aussi lorsqu’elle a mis la main sur un petit livre orange racontant les événements de Nankin, elle est devenue une adepte de cette période historique…et c’est par hasard qu’elle a trouvé mention du professeur et du film prouvant le déroulement des événements. Seul ce film prouverait qu’elle n’est pas « folle » et qu’elle dit vrai.

 

En attendant, on suit Grey dans les rues de Tokyo, sans un sou en poche car elle a juste eu de quoi payer son voyage. Dans un parc, elle rencontre Jason, un jeune américain qui est étrangement attiré par cette jeune fille mutique qu’il va surnommer « phénomène » et lui proposer de l’héberger « chez lui » dans une mystérieuse maison délabrée et fantomatique où la moitié des pièces sont inaccessibles et même carrément interdites d’accès.

Elle va finir par y aller, morte de fatigue et de faim et par travailler dans un club d’hôtesse où l’argent coule à flot et où Mama Strawberry l’accueille sans poser aucune question…

 

C’est alors que Shi Chongming, qu’elle a revu plusieurs fois entre temps, lui propose un étrange et dangereux marché : lui montrer le film en échange de quelque chose qu’elle doit récupérer pour lui chez Fuyuki , le patron de la mafia de Tokyo, un vieux chef yakusa, surveillé en permanence par sa terrible et gigantesque nurse, sur laquelle beaucoup de rumeurs circulent…

 

Le visage blême, elle se raidit sur son tabouret et braqua les yeux sur le hall d'entrée.
Six gorilles en costume bien taillé, aux cheveux courts et permanentés venaient de franchir les portes en aluminium et balayaient le club du regard, certains en se tripotant les boutons de manchette, d'autres en glissant un doigt entre leur col de chemise et leur cou massif. Au centre du groupe se tenait un homme mince, vêtu d'un polo noir à col roulé, les cheveux ramenés en queue-de-cheval. Il poussait un fauteuil de roulant dans lequel était assis un homme minuscule, fragile comme un vieil iguane...

 

En parallèle de l’histoire de Grey, le professeur de sociologie se remet à lire le journal qu’il écrivit de mars à décembre 1937 alors qu’il habitait Nankin en Chine et que les Japonais envahissaient la ville et perpétraient des horreurs si terribles qu’elles ont été effacées des manuels scolaires, tant les générations futures en ont eu honte…

 

Un thriller haletant…qui démarre par un prologue saisissant où un personnage inconnu poursuit un soldat japonais pour lui prendre sa caméra. Très vite on comprend qu’il s’agit de Shi Chongming.

 

- Ne la prenez pas, a-t-il repris. Si vous la prenez, qui témoignera ?
"Si vous la prenez, qui témoignera ?"
Ces mots sont restés en moi. Ils resteront en moi jusqu'à la fin de mes jours. Qui témoignera ? J'observe longuement le ciel au-dessus de la maison, la fumée noire qui passe devant la lune. Qui témoignera ? La réponse est : personne. Personne ne témoignera. Tout est fini. Cette page est la dernière de mon journal. Je n'écrirai plus jamais. La suite de mon histoire ne sortira pas de la bobine que contient cette caméra et ce qui s'est passé aujourd'hui restera un secret.

 

Personnellement j’ignorai tout de ces événements historiques occultés et souvent confondus avec la guerre sino-japonaise. Si j’en ai entendu parler, je les avais oubliés !

Des milliers de chinois ont été massacrés, des femmes violées avant d’être tuées, des atrocités, des tortures et des actes de cannibalisme ont été relevés… C’est sous la plume fictive du professeur que les événements historiques sont relatés et les horreurs de Nankin dévoilées.

 

On y apprend aussi les traditions et les coutumes de cette époque.  Tout comme le lecteur découvre avec Grey la vie à Tokyo dans les années 90.

 

L’ambiance est singulière et souvent glauque…les personnages attirants et très bien décrits. C’est un roman noir effrayant et attractif pour ne pas être addictif puisque dès qu’on commence sa lecture on n’a de cesse de le poursuivre pour trouver les réponses aux nombreuses questions qui surgissent au cours de sa lecture.

L’auteur n’a pas son pareil pour faire monter le suspense au fil des pages mais il nous reste au-delà du thriller, une belle mais terrible leçon d’histoire…et une lecture qui nous apparaît comme  indispensable, surtout lorsque l’on sait que le massacre de Nankin est, toujours aujourd’hui, contesté par les négationnistes japonais.

 

- C'est impossible, ai-je murmuré. O Père du ciel, suis-je en train de rêver ?
Il y avait là une centaine, non, un millier de cadavres. Empilés à la va-vite, les uns sur les autres, en couches innombrables de corps contorsionnés, de têtes tournées selon des angles irréels, de pieds flasques plus ou moins chaussés. Liu et moi nous étions endormis au clair de lune face à une montagne de cadavres. Il m'est impossible de retranscrire ici tout ce que j'ai vu ce matin-la vérité écrite risquerait de crever le papier-, les pères, les fils, les frères, les infinies variations du deuil.

 

Biographie de Mo Hayder (d’après wikipedia)

Mo Hayder (née à Londres en 1962), est une romancière britannique de roman policier, noir et thriller.

Fille d’universitaires anglais et enfant terrible, elle quitte brutalement sa famille à l’âge de 15 ans pour enchaîner les petits boulots dans la capitale. À 25 ans, après un mariage éclair et dix années de vie mouvementée sur fond de « sexe, drogue et rock’n’roll », elle décide, un aller simple en poche, de s’envoler pour l’empire du Soleil-Levant. Une fois arrivée à Tokyo, c’est la désillusion. Elle mène alors une existence des plus austères, vit dans une seule pièce et n’en sort que pour aller travailler. Elle y exerce les métiers de barmaid, éducatrice et, enfin, professeur d’anglais.

Attirée par le cinéma d’animation, elle quitte à 28 ans le Japon pour les États-Unis afin d’y suivre des études de cinéma. Elle obtient finalement son diplôme, mais le caractère violent de ses réalisations lui interdisant tout espoir de large diffusion, Mo Hayder décide de retourner en Angleterre. Elle y occupe un poste dans la sécurité comme « garde du corps », puis se consacre entièrement à l’écriture. Elle vit désormais avec sa fille et son compagnon.

Marquée à vie par les expériences traumatisantes dont ont été victimes plusieurs de ses proches, elle reconnaît volontiers sa fascination pour le morbide et la cruauté qui hantent ses livres. Birdman (Presses de la Cité, 2000), son premier roman, est devenu en très peu de temps un best-seller et s’est vendu à 130 000 exemplaires en Grande-Bretagne. Avec Tokyo, Mo Hayder confirme son statut unanimement reconnu d’étoile montante du roman noir. Elle a reçu pour ce roman le Grand prix des lectrices de Elle 2006 catégorie Policier.

Plusieurs de ses romans (BirdmanL'Homme du soirRituelSkin et Proies) mettent en scène l'inspecteur Jack Caffery, de la brigade criminelle du sud de Londres et Phoebe Marley, surnommée Flea, plongeuse pour la police de Bristol.

Ses livres sont traduits dans une quinzaine de pays.

En plus des prix reçus pour « Tokyo » elle reçoit en 2012, le Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur roman pour « Gone » traduit en français sous le titre « Proies ».

 

On n'a pas besoin de comprendre ce qu'est l'amour pour avoir envie de le faire. C'est ce que démontrent les abeilles et les oiseaux. J'étais la pire combinaison possible, ignorant tout des tenants et aboutissants de la chose et aussi fascinée qu'on puisse l'être. Pas étonnant, peut-être que je me sois attirée des ennuis.

 

J'avais noté ce roman depuis fort longtemps sur mes listes à lire...je crois bien lors de mes premières visites sur le blog de MissFuji dont je faisais à peine connaissance...

Puis plus récemment, c'est Mimi qui en a parlé et m'a décidé à l'emprunter en médiathèque, car ce roman comme vous l'avez vu n'est pas une nouveauté. 

Voilà donc les deux avis sur mes blogs amis ! 

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 06:41
Denoël / Collection "Sueurs froides", 2016 / Prix Landerneau Polar 2016

Denoël / Collection "Sueurs froides", 2016 / Prix Landerneau Polar 2016

 

Voilà le second thriller de Sandrine Collette que je lis. Depuis le printemps dernier, suite à la lecture de son roman "Des noeuds d'acier"  que j'ai chroniqué que ce blog, plusieurs titres de cet auteur sont dans ma liste à lire et je ne m'étais pas encore décidée pour l'un d'entre eux...

 

C'est chose faite avec son dernier roman paru en janvier dernier.

 

L'histoire

 

Au fin fond des paysages arides et sauvages de Patagonie, celle qu'on appellera tout au long du roman, la mère, tente d'élever seule ses quatre fils depuis que son mari est parti...

Il y a d'abord les jumeaux, Joachim et Mauro, puis celui que tous surnomme "le débile", Steban, parce qu'il a perdu la voix après avoir assisté à une scène particulièrement choquante et enfin le petit dernier, Rafael, enfant maltraité par ses frères et maudit par sa mère pour être né quelques mois seulement après le départ du père...

 

Des quatre fils, il [Rafael] est le meilleur cavalier. C'est pour cela que la mère lui confie de plus en plus souvent la surveillance des bêtes, pour cela, et parce qu'elle peut l'envoyer seul, lui que ne demande jamais que ses frères l'accompagnent...
Au début Mauro le suivait à cheval, étrier contre étrier jusqu'à la grande barrière. Un silence effrayant, de ceux qui précèdent les tempêtes. Son regard brutal sur Rafael, sur le porte-fusil sanglé à la selle_ à croire qu'il allait s'en saisir, épauler. Tirer. Pan.

 

La mère est la seule dans la région à tenter de survivre en élevant comme avant du bétail de toutes sortes, la plupart des estancias aux alentours se contentant d'élever des brebis pour la laine, afin de tenter de faire face aux gros domaines qui se développent un peu partout.

Mais sur ses terres arides et battues par les vents, les bovins peinent à engraisser et ne rapportent que peu d'argent.

 

Malgré sa fierté d'être propriétaire du domaine, la mère n'en peut plus des journées épuisantes et sans fin qui lui permettent à peine de faire vivre sa famille dans la misère. 

Elle a pourvu toute seule à l'éducation de base des enfants, et ils savent tous lire et compter. Mais ils sont taiseux, violents et sauvages. Il faut dire qu'elle les tyrannise, distribue les coups, leur interdit tout plaisir, sans jamais leur donner d'affection ou de gestes tendres. Elle doit se faire obéir à n'importe quel prix et n'accepte aucune discussion. Même les grands la craignent...et leur vie de jeunes gens tourne uniquement autour des animaux et du travail harassant de la ferme. 

 

Pourtant avec son oeil de mère toujours à l'affût, elle les connaît bien et enregistre tout et, à sa façon, elle les protège du monde extérieur et de ses tentations.

Elle seule descend donc à la ville pour acheter des vivres, voir le banquier et lorsqu'elle en ressort folle de rage car elle n'a plus rien malgré le travail quotidien, elle part boire un coup tout en s'adonnant au poker pour se consoler. 

 

Un jour, elle perd toutes ses économies au poker et pour se refaire, elle joue son fils, Joachim... et perd. 

Resté seul, Joachim s'assied sur son lit. Mauro lui manque, et la mère, et même le petit et l'autre débile ; il voudrait pleurer pour enlever la boule de sa gorge, respirer mieux. Mais rien ne vient, qu'une sécheresse qui lui fait frémir le cœur et lui laboure les joues, quelque chose de mort dans sa poitrine, parce que tous aussi, à l'estancia, ont refermé la porte sur lui. Il espérait...il a attendu en vain.

 

 

Joachim va vite se rendre compte que la liberté a parfois du bon, que son travail moins harassant qu'auprès de la mère est rémunéré, et que les étrangers lui accordent plus d'attention que ne l'a jamais fait sa propre famille depuis toujours...

 

Pendant ce temps, à l'estancia, la situation empire parmi la fratrie et Mauro, le second jumeau qui ne supporte ni la séparation d'avec son frère, ni le geste de la mère,  s'en prend de plus à plus souvent à Rafael qu'il déteste pour n'être pas encore capable d'assurer sa charge de travail.

La tension monte inexorablement...

 

Mais des événements imprévus vont modifier le cours des choses. Rafael va garder espoir et croire, dans sa naïveté de jeune garçon, qu'il pourra apporter un peu de joie et de légèreté dans la famille...

Mais est-ce le bonheur qui va enfin entrer au coeur de l'estancia ou l'enfer sur terre ? 

 

Vous le saurez en lisant ce palpitant thriller psychologique...

 

Il joue à nouveau avec l'eau, la bouscule, à marche forcée, et sort sur la rive, revient en bondissant, jusqu'à ce que la pression sur ses jambes le déséquilibre et le fasse tomber. Alors le cœur battant, essoufflé d'avoir trop ri et trop braillé, il se laisse flotter à quelques mètres du bord, surveille qu'il a toujours pied. La lumière l'exalte, ricoche sur le lac, sur les bosquets, sur le presque sable. Il ferme les yeux et une étrange mélodie vient le bercer...

 

Ce roman est terrifiant tant il semble au lecteur toujours se situer sur un fil ténu entre la haine et la violence, voire l'absence totale d'humanité des personnages, et d'autre part, l'attachement puissant qu'ils ont à cette terre hostile et inhospitalière, où ils ne connaissent que souffrance physique et accumulation de malheurs, une terre façonnée par les vents glacials et incapable de les faire vivre convenablement.

 

Les personnages sont tous dépeints avec beaucoup de psychologie ce qui fait de ce roman un roman social, proche du témoignage, mais aussi un thriller haletant, qui se lit d'une traite et où le lecteur est malmené comme le sont les personnages, persuadé qu'il n'y aura point d'issue heureuse à ce terrible huis-clos familial. 

 

Le personnage de la mère est sacrée. Aucun ne se permet de la juger : elle est LA MÈRE, un point c'est tout. Elle gère l'estancia, leur attribue leur criollos quand ils en ont l'âge, répartit les tâches quotidiennes, prépare les repas et ne prend jamais parti pour défendre l'un ou l'autre des frères.

 

Peut-être aurait-elle dû accepter, pour les selles. Ce refus-là a été de trop, elle le sent bien. Mais faire marche arrière à présent, impossible, ils auraient la main sur elle, définitivement, et ils demanderaient encore plus. Des têtes de cochon, voilà ce qu'elle a récolté, et pourtant, elle a joué de la trique, mais il en fallait davantage, semble-t-il, et elle a eu l'âme trop sensible...

 

Les paysages sont décrits avec une justesse incroyable et beaucoup de poésie. Le lecteur galope aux côtés des criollos, crinières au vent, ces puissants chevaux qui savent rabattre les bêtes du troupeau pour les ramener vers l'estancia et qui sont indispensables à la survie des exploitations.

 

C'est un roman très fort et très dur qui se dévore d'une traite et que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la dernière page, mais même alors, une fois le roman refermé, les personnages nous poursuivent comme nous poursuivent le vent, le silence et la solitude de la steppe...

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 05:55
Du Monde Entier / Gallimard, août 2016

Du Monde Entier / Gallimard, août 2016

 

Sebastian von Eschburg est originaire d'une famille aisée qui appartient depuis des générations à l'aristocratie et a donné son nom au village d'Eschburg-le-Château, situé entre Salsbourg et Munich. 

Il habite dans le superbe manoir construit au XVIIIe siècle par ses ancêtres,  où sa mère élève des chevaux.

Personne ne s'occupe réellement de lui : sa mère s'adonne à sa passion et son père travaille, se saoûle ou passe son temps dans son bureau et à ses parties de chasse.

A dix ans, Sebastian est envoyé en pension en Suisse, là où tous ses ancêtres ont fait leurs études secondaires. 

Un été, alors qu'il est venu passer ses vacances chez ses parents, son père se suicide et c'est le jeune Sébastian qui découvre découvre son corps. 

Sebastian s'était assoupi dans le fauteuil. Quand il entendit la détonation, il dévala les escaliers dans la pénombre, traversa en toute hâte le vestibule du rez-de-chaussée, trébucha, se meurtrit le genou, fila sans désemparer le long du couloir qui conduisait au bureau de son père. Il ouvrit brusquement la porte...

"Nous avons encore le temps" lui avait dit son père.

 

Sa mère nie le suicide et lui parle d'un terrible accident.  

Sebastian va s'enfermer dans son imaginaire. Il a depuis l'enfance un don particulier pour percevoir les couleurs...c'est ce qu'on appelle la synesthésie, une perception particulière qui lui fait voir le monde différemment des autres.

 

Sa mère ne va avoir qu'une hâte c'est de vendre la demeure et de refaire sa vie, ce qu'elle fait quand Sebastian atteint ses 16 ans. 

Sebastian qui s'entend mal avec son beau-père va essayer d'oublier son enfance , la mort brutale de son père et le manoir où il adorait vivre, en se plongeant dans l'art.

Il se consacre alors à la photographie et suit une formation chez un photographe célèbre, avant d'ouvrir son propre studio à Berlin.

 

Il travaille beaucoup sur la beauté et photographie de nombreux artistes, mais il montre aussi la solitude des hommes et n'a rien contre un peu de sexe, puisqu'il photographie aussi beaucoup de nus, dont Sofia sa maîtresse, qui semble être la seule à le comprendre. 

Ses photographies sont très originales : elles montrent que vérité et réalité sont deux choses totalement différentes et en sont même effrayantes.

Mais cela plaît et il devient célèbre a seulement 25 ans. 

Tout bascule alors qu'il est au sommet de sa gloire... le jour où Sebastian est accusé d'avoir tué une jeune femme dont on a retrouvé des traces de sang dans sa voiture et qui aurait appelé les secours alors qu'elle se trouvait enfermée dans la malle.

 

Le policer chargé de l'interrogatoire le menace, tandis que le procureur Monika Landau se retrouve au coeur de l'affaire. Malgré les preuves, aucun coprs n'est retrouvé et l'identité de la victime reste inconnue.

Mais Sebastian avoue le crime... 

 

Un interrogatoire est une entreprise bien délicate songeait Landau. Pourquoi le suspect passerait-il aux aveux , s'il réfléchit ne serait-ce qu'un instant, il s'apercevra qu'il n'a rien à y gagner. Un homme n'avoue qu'il a commis un crime que s'il a un bénéfice à en retirer...

 

Konrad Biegler, un célèbre avocat de Berlin accepte de se charger de sa défense, et de prouver l'innocence de son client, alors que lui-même est amoindri par un événement récent : il vient d'être victime d'un sérieux burn-out et se remet avec peine de sa dépression... 

 


"- Je voudrais que vous me défendiez comme si je n'étais pas l'assassin.
- Comme si vous n'étiez pas l'assassin ? Qu'est-ce à dire ? Est-ce que c'est vous, oui ou non ?
-Est-ce si important ?"
C'était une bonne question. Et la première fois qu'un client la lui posait.

 

C'est un roman surprenant à bien des égards.

Est-ce un problème de traduction... j'ai trouvé que la première partie manquait de fluidité.

C'est vrai que de nombreux événements se succèdent, mais l'alternance des rythmes ne facilite pas la lecture. 

La description trop poussée de certains personnages qui ne s'avèreront d'aucune utilité ni pour l'histoire, ni pour l'ambiance, ainsi que certains détails m'ont même ennuyé. 

Il en est de même pour tout ce qui concerne la technique photographique. Certes ces détails peuvent peut-être passionner un photographe, mais n'apportent rien au récit, ni à la résolution de l'affaire. 

 

Ce qui est intéressant par contre, c'est la manière dont le personnage se plonge dans sa passion (la photographie) pour essayer d'échapper à la réalité du monde qui l'entoure. L'art est un refuge, la photographie lui permet de mettre une distance entre lui et le monde qui le fait souffrir, mais ne va pas suffire à le rendre heureux.

Le roman s'ouvre d'ailleurs sur une brève introduction mettant en scène Louis Daguerre, l'inventeur de la photographie, l'auteur montrant par là son intention de porter aussi une reflexion sur l'image, certes, mais surtout sur le regard du photographe. 

 

Le suspense démarre réellement au niveau de la seconde partie lorsque  le crime est révélé et le héros accusé. A partir de là, le lecteur veut connaître la vérité et n'aura de cesse de suivre les pérégrinations et les réflexions de l'avocat qui cherche à comprendre.

Est-ce vraiment la jeune demi-soeur de Sebastian qui a été assassinée ? 

 

Mais là encore j'ai été déçue : l'avocat est un personnage sans aucune profondeur et le lecteur est même étonné qu'il réussisse à résoudre une telle énigme et à prouver l'innocence de son client. Là encore beaucoup de problèmes surgissent lors de la lecture...

L'histoire de la torture arrive comme un cheveu sur la soupe. Elle aussi n'est pas crédible dans la mesure où le policier n'était pas seul lors de l'interrogatoire. Comment le procureur a-t-il pu tolérer de telles menaces ? Ce fait est plus que surprenant !

Le fait que l'accusé ait semé un certain nombre d'indices sur sa route, avant son accusation, n'est absolument pas crédible non plus !

Mais le lecteur, en bon public, est prêt à oublier ce détail...ce qui lui permet même d'être surpris quand il découvre toute la vérité sur l'affaire.

Certains personnages sont totalement imaginaires alors que nous avons cru à leur existence et vice versa. 

C'est à la fois amusant et déconcertant car cela nous interpelle sur la notion de vérité, de culpabilité, mais aussi de crime et sur notre propre façon d'anticiper les événements et de les imaginer.

Car vérité et réalité sont forcément différents...

C'est ce que l'auteur a voulu nous montrer comme le ferait le regard porté par le photographe sur le monde.

 

Malgré le manque de fluidité de la première partie (122 pages / 224 ) qui empêche finalement le lecteur d'éprouver une quelconque empathie avec le héros, malgré le manque de crédibilité de l'histoire, j'ai finalement eu du plaisir à lire la seconde moitié du roman.

Pour moi ce n'est absolument pas un roman policier, car il n'y a pas véritablement d'enquête. L'avocat doit résoudre des énigmes dans une sorte de jeux de piste...que l'assassin présumé lui a laissé avant d'être inculpé.

 

Malgré l'originalité de la construction de l'histoire, je garde un avis mitigé sur ce roman mais je tiens à remercier les Éditions Gallimard et Masse critique de Babelio pour m'avoir permis de découvrir cet auteur et ce roman en avant-première de la Rentrée Littéraire 2016.

 

tous les livres sur Babelio.com

 

L'auteur est avocat de la défense au barreau de Berlin depuis 1994.

Il a déjà publié plusieurs ouvrages dont deux ont été traduits en français et ont reçu un succès international. 

Crimes et Coupables (nouvelles)

L'affaire Collini

Le présent roman paru en 2013 en allemagne est traduit de l'allemand par Olivier Le Lay

 

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 06:51
Sonatine, 2015

Sonatine, 2015

« Un suspense formidable qui m’a tenu éveillé jusqu’au bout de la nuit ! »
Stephen King

 

Entre Londres où elle est censée aller travailler et la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour.

Chaque fois, elle est assise à la même place et elle observe une jolie maison, située en contre-bas de la voie ferrée, lors d'un arrêt régulier du train.

Cette maison, elle la connaît par cœur, car elle a habité une maison strictement identique située à quelques numéros de là.

Elle observe la vie de ses habitants et elle a même donné un nom au jeune couple,  Jason et Jess, car elle ne les connait pas : ils ne vivaient pas là lorsqu'elle habitait encore le quartier.

 

Elle qui ne s'est jamais remise de son divorce, leur invente une vie parfaite et heureuse, sans nuages...elle se fait des films, revit sa propre vie de jeune femme aimée, projette sur eux tout ce qu'elle n'a pas pu vivre, les aime ou les déteste selon ce qu'elle voit chaque jour. Ils remplissent sa vie et deviennent indispensables à son quotidien, comme l'est, à ses heures perdues, la boisson à laquelle elle s'adonne sans répit dès le matin qu'elle soit seule ou pas. 

 

Rachel a été heureuse dans le passé avec Tom, avant qu'il ne la trompe avec Anna qui est maintenant devenue sa femme et la mère de sa petite fille. 

C'est la raison pour laquelle elle boit. Elle a perdu son travail à cause de ces événements et le cache à sa colocataire qui est en fait une ancienne amie qui l'héberge, ainsi qu'à sa famille et à ses amis qui le découvrent peu à peu au hasard de leurs rencontres...

 

Mais la situation s'aggrave lorsqu'un matin, Rachel découvre un autre homme que Jason dans le jardin de la maisonnette. Jess et cet homme s'embrassent comme le feraient deux amants !

 

Bouleversée, elle ne sait plus que penser d'autant plus que les jours suivants la maison semble déserte et qu'elle apprend avec stupeur à la UNE des journaux que la jeune femme qui se nomme en fait Megan Hipwell, a mystérieusement disparue.

Or ce soir-là, totalement ivre, elle a été vue dans les parages et a même harcelé Anna...mais elle ne se souvient de rien ! 

 

Pour en savoir plus, elle décide alors de se faire passer pour une amie de Megan et d'aller sonner à la porte de Jason, qui se nomme en fait Scott, ce qu'elle apprend dans les journaux...

 

 

 

C'est un thriller haletant qu'on ne peut pas lâcher jusqu'à la fin même, si j'y ai trouvé quelques situations trop répétitives !

Au départ on ne voit pas trop comment le monde imaginaire de la jeune femme et la vie réelle de ses personnages vont pouvoir se réunir.

Mais peu à peu le lecteur, même s'il n'a rien d'un voyeur tombe dans le piège...

Chaque chapitre fait parler un des personnages de son point de vue à lui et au fil des chapitres le lecteur s'enfonce en même temps que Rachel dans la paranoïa ambiante.

Il y a donc du suspense, des rebondissements, des personnages qui deviennent la clé de l'énigme et dont on ne soupçonnait pas le rôle, des coupables qui n'en sont pas...bref tous les ingrédients d'un bon thriller.

 

A noter : ce roman connaît un succès sans précédent aux Etats-Unis, au Canada et en Angleterre et a été traduit en 26 langues...

Il est même en cours d'adaptation cinématographique...

 

C'est donc un bon roman pour vos vacances...si vous êtes amateurs du genre, bien sûr ! 

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 06:47
Phébus 2015

Phébus 2015

 

Ce roman, paru en 1941 en Hongrie, a été traduit pour la première fois en français en 2015 par Sophie Képès. Il a obtenu le Prix Bagarry-Karatson pour sa traduction !

 

C'est un petit roman que j'ai emprunté en Médiathèque tant le titre m'a intrigué...

En effet comment un assassin peut-il être innocent ?

 

L'auteur nous propose d'entrer, pour une journée seulement, dans une maison bourgeoise quelque part en Hongrie durant la première moitié du XXème siècle.

Mais ce ne sont que des déductions de ma part, car de tout cela, il ne vous dira rien !

Le début de l'histoire peut d'ailleurs paraître déroutant pour le lecteur. Une ambiance particulière règne en effet dès les premières pages du roman.

L'auteur fait tout ce qui est en son pouvoir, pour nous présenter les personnages un à un, durant leurs occupations quotidiennes, avant de nous laisser faire le lien entre eux et parfois de les nommer. 

Parfois en début de chapitre, on ne sait pas qui parle, car chacun s'exprime à son tour...

Peu à peu le puzzle se met en place, dans un décor réfrigérant, car non seulement il neige au dehors, mais il fait un froid très éprouvant partout ; la maison est sombre et les enfants sont livrés à eux-mêmes ; la nourrice est d'une rigidité déconcertante ; la décoration intérieure est si austère qu'elle ajoute son ombre au tableau.

 

Dans cette maison bourgeoise où les heures s'égrènent les unes après les autres, va se dérouler un drame dont l'enquête se résoudra en huis-clos...

 

L'ambiance est tendue : tous les membres de la famille ou leur entourage ont quelque chose à se reprocher...

Le père tout d'abord qui a ouvert un club privé de jeux et s'expose ainsi à des poursuites, vient de passer une nuit épouvantable mais a pu sauver in extrémis de la mort, un jeune écervelé, neveu d'un de ses amis qui avait tout perdu en jouant. 

La mère Magda, a pour seule hantise celle de vieillir prématurément et d'être délaissée par son amant, le merveilleux Robert, un ami de son mari, qui gâte tous ses caprices...

Poupée, surnommée ainsi par sa famille, a 14 ans et profite de son temps libre pour fréquenter en cachette, Pista, le fils du gardien, un ado pauvre mais au coeur d'or qui s'est engagé avec ses amis dans la révolution...

Et puis il y a Petit, le plus jeune de la famille qui cherche, malgré ses douze ans, à attirer l'attention de ses parents  parce qu'ils ne sont jamais là et ne s'occupent jamais de lui...

 

Beaucoup de tensions, de non-dits entourent cette famille bourgeoise mais bien sûr toute parole déplacée est aussitôt retenue. Même la nourrice n'ose pas dire ce qu'elle pense de leur façon de vivre.

 

C'est alors que Robert Gedeon, l'ami de la famille et amant de Magda,  est retrouvé assassiné...

 

Tous peuvent être coupables !

 

Péterffy, le policier chargé de l'enquête va devoir démêler le vrai du faux et étudier de près les mensonges par omission de ceux, volontaires, visant à protéger tel ou tel membre de la famille.

Ecrivant lui-même des romans policiers sous le pseudonyme d'Archibald Cross, il n'aura de cesse d'entrer dans la psychologie des personnages et de déjouer leurs plans afin d'établir l'identité de l'assassin.

Mais au delà de l'enquête menée avec brio et intuition, il a du mal à se détacher de l'écrivain qui sommeille en lui, et cherche à chaque instant l'événement qu'il pourra coucher sur le papier et immortaliser dans son prochain roman.

 

Finalement lorsque les preuves se referment sur l'assassin, le lecteur découvre, ébahi que le titre n'avait pas menti : seul celui-ci est véritablement innocent, tous par leurs actions et leurs attitudes l'ont peu à peu amené à effectuer son geste !

 

 

Quelque chose de pesant, d’angoissant flottait dans l’air de l’appartement. Quelque chose de tellement épouvantable et sinistre qu’on aurait voulu hurler de terreur, comme si des fauves inconnus se tenaient aux aguets quelque part aux environs, prêts à bondir, avides de sang frais et de tiède chair humaine.

 

C'est un roman qui sort de l'ordinaire tant sa construction est originale et proche d'une oeuvre de théâtre...

Plutôt lent au départ, ce roman, à la fois thriller psychologique et roman policier, prend sa vitesse de croisière dès l'annonce du meurtre pour se dérouler ensuite en huis-clos, au sein  d'une famille désunie, mais qui tient absolument à sauver les apparences.

 

La façon dont l'auteur entre dans la psychologie de ses personnages, en particulier celle du couple, est tout à fait fascinante. L'auteur met à jour leurs faiblesses sans concession ni émotion. 

Leur relation est très particulière et le lecteur se sent parfois en position de voyeur, ce qui renforce son malaise... 

 

Le lecteur entre dans le jeu et soupçonne tour à tour chacun des personnages qui eux-même se soupçonnent entre eux !  Cette situation renforce la tension omniprésente, liée au huis-clos mais aussi le suspense, et il faut bien le dire, ne manque pas d'humour... 

 

Mais le dénouement reste tragique et la façon dont chacun des personnages va se mettre à nu, particulièrement éprouvante.

 

Un thriller intéressant, à réserver cependant aux adultes, car je ne crois pas que les ados adhèrent au démarrage un peu lent du roman. 

Mais bien sûr je peux me tromper !

 

 

 

Qui est l'auteur ?

 

Née à Budapest, Julia Székely (1906-1986) est une écrivaine et une pianiste douée. Elle fut l'élève de Béla Bartók et de Zoltán Kodály. 

Elle est l'auteur de dix-sept ouvrages, romans, pièces de théâtre et biographies (sur Beethoven, Liszt, Bartók, Chopin notamment) dont 

Sa première oeuvre à l'avoir propulsé sur le devant de la scène est "Rue de la Chimère" paru en 1939 (Buchet-Chastel, 2005) qui a connu un immense succès.

Publié en 1941, son deuxième roman, "Seul l'assassin est innocent", confirme son immense talent et en fait l'égale de son compatriote, Sándor Márai (1900-1989).

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 06:08
Robert Laffont /2016

Robert Laffont /2016

 

Voilà un roman qui m'a réellement surprise...

Je m'attendais à lire une histoire légère dont j'oublierais les personnages à peine le livre refermé. Et bien détrompez-vous car ce n'est pas le cas ! 

 

Zoé, cette jeune adolescente de 17 ans qui a du mal à vivre tant elle est poursuivie par la culpabilité, depuis la mort accidentelle de son petit frère dix ans auparavant, m'a touchée en plein coeur. Nino avait avalé les psychotropes de sa mère, dilués dans un verre d'eau que, Zoé par erreur lui a tendu...bien sûr sans savoir ce que le verre d'eau contenait : elle n'avait que 7 ans !

 

Depuis elle n'arrive pas à se défaire de sa culpabilité, ni à avoir une quelconque relation avec sa mère qui est enfermée dans un service psychiatrique depuis l'accident. 

 

Excellente élève, timide et plutôt tranquille, Zoé vient de passer le bac...et les grandes vacances s'annoncent. Habituellement, elle les passe avec son père, chez Colette sa grand-mère. Mais cette année, rien ne se passera comme d'habitude. 

Zoé qui est plutôt du genre solitaire et a du mal à se faire des amies, est mystérieusement invitée par Lise, une camarade de sa classe, à passer l'été en Grèce sur une île appartenant à ses parents.

En échange, elle devra s'occuper du jeune Ben, le neveu de Lise.

D'abord hésitante, car elle est étonnée de cette invitation subite mais tout de même impressionnée, Zoé donne son accord lorsqu'elle apprend que son père part en Espagne avec sa nouvelle compagne... ses parents étant séparés depuis l'accident qui a coûté la vie à Nino.

 

Mais malgré les kilomètres qui lui permettent de s'envoler vers d'autres horizons, la présence de la mer et la beauté époustouflante de l'île et de la demeure familiale de Lise, ce ne sera pas si simple pour Zoé d'oublier son passé.

 

A peine arrivée sur les lieux, elle découvre que Rose, la mère de Ben ne s'occupe jamais de son fils et que celui-ci ne trouve un peu d'amour qu'auprès de ses grands-parents et d'Adam son père, un artiste peintre qui passe la plupart de ses journées dans son atelier.

Rose est une femme magnifique, capable d'être très douce et avenante, mais qui ne provoque autour d'elle qu'incompréhension, désolation et malaise. 

En fait elle souffre de troubles bipolaires depuis l'enfance, ce que Lise s'était bien gardée de dire à Zoé. 

 

Zoé se sent exclue de ce milieu social si différent du sien. Les parents de Lise sont très riches et le père tient une célèbre galerie d'art contemporain très en vogue.

Et voilà que Lise la laisse tomber pour partir en croisière avec son petit ami, venu les rejoindre. 

 

Elle sera bien obligée d'entrer à son insu, même en simple observatrice, dans les secrets de cette famille qu'elle découvre peu à peu, des secrets qu'elle aurait bien préféré ne jamais connaître, d'autant plus qu'elle apprend que Rose a des crises de violence incontrôlées qui sont responsables du départ de l'ancienne baby-sitter...

 

Quelqu'un serait-il en danger ? 

 

 

Elsa Vasseur est une jeune auteure de 27 ans qui a déjà publié chez Anne Carrière, un recueil de nouvelles, intitulé "Le goût du lait au chocolat", alors qu'elle n'avait que 18 ans.

Elle nous donne là un roman psychologique très subtil.

Le lecteur découvre peu à peu les différents éléments de l'histoire des Stein et la nature du drame vécu par Zoé ainsi que les détails de sa vie familiale.

Alors qu'il regarde en même temps que Zoé, se déliter la vie de la famille Stein, le lecteur va également découvrir tous les faux-semblants et les non-dits que cache leur vie clinquante et superficielle.  

 

Bien sûr pour alléger la tension omniprésente dans le roman, une brève histoire d'amour entre Adam et Zoé va permettre aux deux intéressés de prendre des décisions importantes dans leur vie... C'est la seule chose que j'avais vu venir ! 

 

Les personnages sont décrits avec beaucoup de finesse ce qui les rend très présents dans l'histoire.

Zoé est une adolescente tout à fait mature pour son âge : elle a vécu un drame dont elle ne parle jamais et une vie plutôt solitaire. Elle sait ce qu'est la mort, l'absence et la culpabilité et cela l'empêche de vivre au jour le jour. Le lecteur se range tout de suite de son côté...

Les autres personnages ne sont pas en reste même s'ils tombent de temps en temps dans la caricature mais arrivent à nous surprendre  : Lise, l'enfant gâtée adulée par ses parents toujours admiratifs à l'excès ; Adam le peintre raté, enfant de la DDAS, qui a trouvé en épousant Rose, une occasion de devenir quelqu'un, mais qui doute toujours autant de lui; Hélène, la mère de Lise plutôt rigide qui tient toujours son rang quoi qu'il arrive dans la vie familiale ; quand au père de Lise, il joue lui-aussi un rôle en permanence et pense pouvoir tout acheter, avec de l'argent. Ce n'est pas un problème pour lui...puisqu'il en a !

 

Le style est fluide et de fréquents rebondissements donnant au roman un air de polar, maintiennent l'intérêt du lecteur jusqu'à la chute quasiment imprévisible !

 

Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un roman facile à lire que l'on peut proposer aux lycéens sans problèmes, ou lire pour se détendre, et qui entre parfaitement dans la catégorie "Young Adult"dont je fais encore partie.

Il nous fait voyager et pénétrer dans des secrets de famille, deux choses que j'aime faire.  

De plus, avec le beau temps qui s'installe et les chaises longues qui sont de sortie sur la terrasse, ce roman m'a fait passer un très bon moment de lecture durant le week-end.

D'ailleurs, je l'ai lu d'une seule traite...

C'est dire !

 

Merci à BABELIO et à l'opération MASSE CRITIQUE de m'avoir fait connaître cet auteur...

L'heure bleue / Elsa Vasseur

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 07:37
Des nœuds d'acier / Sandrine Collette

Des sueurs froides, vous en aurez en lisant ce thriller psychologique...ou alors c'est que vous l'aurez laissé tomber dès les premières pages.

Ce roman a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 2013.

 

C'est l'histoire de Théo, un homme de quarante ans qui en a vu d'autres...enfin c'est ce que le lecteur pense en commençant la lecture. C'est un personnage odieux... Et il sort de prison.

Tout çà parce qu'il est devenu fou quand il a appris que son frère avait couché avec sa copine et l'a tabassé à mort. Suite à la bagarre, Max s'est retrouvé tétraplégique. 

 

La prison n'a pas réussi à briser Théo. Il a tenu bon et son comportement lui a même valu une remise de peine. Le voilà dehors, libre et confiant en l'avenir après 19 mois d'enfermement. 

Parce qu'il a commis l'erreur de se rendre au centre où son frère est placé, alors qu'il est interdit de visite, Théo va mettre des kilomètres entre eux de peur d'être poursuivi par la police et arrêté à nouveau.

 

Il se réfugie dans une région française désertique et montagneuse et s'installe dans un gîte perdu

Peu à peu, Théo va retrouver ses marques, reprendre goût aux randonnées et repenser à Lil qu'il n'a pas encore osé appeler et qui ignore où il est.

Mais cela ne dure pas...

Alors qu'il découvre une maison perdue en pleine forêt, au bord de la rivière, il est assommé par le vieillard qui lui a offert gentiment un café, et se réveille enchaîné au fond de la cave obscure, sans eau ni nourriture. 

 

Il découvre qu'il n'est pas tout seul dans la cave et qu'il n'y a pas qu'un seul vieil homme, mais bien deux vieillards (deux frères), qui sont décidés à faire de lui leur esclave...et à le rendre aussi obéissant qu'un chien, comme ils l'ont fait jusqu'à présent pour les précédents prisonniers.

Théo, qui pensait avoir connu le pire, réalise que finalement la prison, c'était un peu le paradis...à côté de ce qui l'attend ici...

 

 

Voilà un huis-clos terriblement étouffant et violent, à la limite du supportable. Il est psychologiquement très dur, car très vite le lecteur découvre, comme le héros, qu'il n'y a aucun échappatoire possible...à part tenter de survivre en évitant la violence et la folie de ses bourreaux, chez lesquels toute trace d'humanité a définitivement disparu.

 

En fait, cela fait longtemps que je n'avais pas lu ce type de roman et je reconnais que j'ai eu du mal à le lâcher tant il est addictif. Si vous avez aimé "Misery" de Stephen King, vous aimerez celui-ci même si le sujet n'est pas traité de la même façon. 

 

Pour moi en tous les cas, ce n'est pas du tout un roman policier !

Le livre aurait pu être répétitif et donc ennuyeux mais ce n'est pas le cas. L'auteur est très douée pour raconter les journées de manière différente, recréer l'ambiance de terreur ou de paix, et montrer l'attente, le désespoir, l'impuissance, les humiliations, les souffrances et le sentiment d'abandon du héros.

Elle nous fait entrer dans les rouages de la folie des deux kidnappeurs et de leurs complices, et nous fait vivre le ressenti quotidien que toutes les personnes prises en otages doivent vivre.

 

Je voulais absolument connaître cet auteur : c'est chose faite !

Mais je ne peux pas dire que j'ai éprouvé du plaisir à lire ce roman.

Il est prenant, bien écrit, bien mené mais le sujet ne me passionne pas, même si, il faut l'avouer, le lecteur ne peut reposer le livre qu'une fois rassuré sur le devenir de Théo...pour lequel on finit par ressentir au fil du roman de plus en plus d'empathie, lui qui était apparu à nos yeux comme un personnage abject au début de l'histoire !

 

A déconseiller donc aux âmes sensibles, et à ne pas lire la nuit ou si vous êtes en vacances dans un gîte perdu en pleine montagne...et que personne de votre entourage ne sait où vous vous trouvez...surtout si votre portable ne capte aucun réseau !

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 08:50
Actes sud junior (2013)

Actes sud junior (2013)

Jill, 15 ans, voudrait être une adolescente comme les autres...

Mais suite à une maladie, elle est devenue aveugle. Elle est scolarisée dans un institut spécialisé pour jeunes aveugles où elle poursuit brillamment ses études.

En pleine crise d'adolescence, un soir où ses parents la laissent seule avec sa petite soeur, elle se rend au parc, escalade la grille, et surprend une bagarre. Ce qu'elle entend lui glace le sang : deux voix d'hommes menaçent un troisième, puis des coups, et enfin, une voix faible appelant à l'aide.

 

Mais son escapade tourne mal, en voulant se dépêcher de descendre pour porter secours, Jill perd l'équilibre, tombe brutalement sur le dos et se blesse. Lorsque les pompiers arrivent sur les lieux, pas de trace d'un quelconque blessé à terre. Personne ne la croit : elle est simplement choquée, disent les médecins, la devinant fragile sous ses airs bravaches, et ils lui prescrivent du repos, avant tout.

 

Mais à partir de ce jour-là, pourtant, rien ne sera plus comme avant... 

Quand Jill dort, elle se met à rêver en couleur (le lecteur sait que c'est impossible), voyant des lieux très détaillés dont elle n'a pourtant aucun souvenir précis, et des gens qu'elle ne connaît pas, dont un mystérieux garçon au sweat bleu.

Ces rêves sont-ils prémonitoires ?

Un jour de shopping avec Ada, sa meilleure amie, voilà qu'elle se retrouve en plein coeur de son rêve et que leur route croise celle du garçon !

 

Alors il n'y a plus qu'une solution pour la petite équipe de mal voyants qui constituent ses seuls amis : mener l'enquête. 

Les jeunes vont se retrouver dans un beau pétrin, au coeur d'un vol non élucidé et face à de dangereux malfaiteurs...

Et de plus le mystérieux garçon, dont maintenant ils connaissent le nom, est en danger...de mort. 

Jill n'a plus qu'une idée en tête, fuguer pour tenter de le sauver.

C'est un thriller très prenant qui nous plonge dans l'univers sombre des malvoyants et nous fait vivre de l'intérieur leur "vision" du monde.

L'intrigue est très prenante et bien ficelée, même si elle est sans surprise. L'intérêt principal du roman réside ailleurs.

 

Avant d'écrire cette histoire, Jo Witek a séjourné à l'Institut National des Jeunes Aveugles et s'est imprégnée de l'ambiance de cette école. Elle a pu observer ainsi le comportement des jeunes, ainsi que leur façon de devenir autonomes...

On sent que ses personnages sonnent juste, que ce soit Jill ou les personnages secondaires. 

Les relations amicales entre jeunes sont celles de tous les ados, mais l'auteur fait preuve de beaucoup de psychologie pour décrire les relations familiales particulières, les inquiétudes des parents et les tensions ou complicités au sein de la fratrie.

Et le monde des voyants en prend pour son grade....

Cela donne beaucoup de véracité au récit. 

Jill est très attachante. Et même si elle présente quelques difficultés à appréhender le monde autour d'elle, elle nous surprend maintes fois dans ce roman par sa perspicacité, sa ténacité et son courage. 

Un roman très intéressant pour les ados à partir de 13 ans. 

 

 

Extraits de "Rêves en noir"

Jo Witek a démarré sa carrière en étant comédienne et conteuse. Puis elle s'est mise assez rapidement à l'écriture de scénarios, puis à la presse écrite.

Elle a ensuite commencé à écrire essentiellement pour la jeunesse et pour les ados. Elle écrit aussi bien des romans que des documentaires, parus aux Éditions de la Martinière Jeunesse.

"Rêves en noir" est son second thriller après "Peur express" que j'avais beaucoup aimé en 2012. 

Elle réside actuellement à Pézenas dans le Languedoc.

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 08:15
Retour à Watersbridge / James Scott

Un soir glacial de l'hiver 1897, Elspeth Howell revient de la ville où elle a travaillé durant quelques mois comme sage-femme. Elle vient de marcher péniblement depuis plusieurs heures dans la neige, et dans sa hâte de retrouver son foyer, elle presse le pas pour arriver avant la nuit.

Mais lorqu'elle arrive en vue de la ferme, elle s'étonne de ne voir aucune lumière, de n'entendre aucun bruit, et malgré la neige et le brouillard, de n'apercevoir aucune fumée dans la cheminée...Elle est saisie d'un violent pressentiment. 

 

C'est alors qu'elle découvre l'horreur : les siens ont été sauvagement assasinés : Amos avait quatorze ans, Jesse dix ans, Mary quinze ans et Emma six ans. Jora, son époux n'a même pas eu le temps de se lever avant d'être abattu dans son lit.

C'était un homme pieux et religieux. Il était d'origine indienne et c'est parce que Elspeth et lui s'aimaient qu'ils avaient fui, pour s'installer loin de la ville dans cette ferme isolée, bâtie de leurs mains...

Dans son affolement elle ne retrouve pas le corps de Caleb, son fils de 12 ans, le seul de ses enfants qui avait l'habitude de dormir dans la grange avec les animaux. La grange est inaccessible et la porte est coincée par la neige.

Lorsqu'elle entend du bruit dans la réserve, elle s'en approche...Caleb, caché à l'intérieur est mort de peur. Il croit, en entendant les bruits de pas se rapprocher de sa cachette que les hommes sont revenus : il tire sans réfléchir à travers la porte avec le fusil de son père et blesse grièvement sa mère.

 

Elspeth va lutter pendant des jours...secouée de fièvre, affaiblie par le manque de nourriture et la perte de sang. Pendant ce temps, son jeune fils ne sait plus que faire pour la soigner et peut-être la sauver, tout en s'occupant des corps de ses frères et soeurs, et de son père : il ne peut pas les enterrer à cause du gel.

C'est en voulant les brûler que Caleb met le feu à la maison. Il a juste le temps de tirer sa mère au dehors. Ils passent une première nuit glaciale sous une simple bâche, puis Caleb réussit à s'introduire dans la grange dont la porte est resté coincée par la neige, à allumer du feu et à tirer sa mère à l'abri.

 

Lorsque Elspeth se réveille enfin, au sortir de sa fièvre et de son délire, elle s'aperçoit que Caleb a extrait les plombs avec la pointe d'un couteau, a désinfecté ses plaies et lui a fait des bandages de fortune.

Quelques jours après, se sentant mieux, tous deux décident de prendre la route pour rechercher les assassins...

Ils n'ont plus qu'une idée en tête : se venger !

 

Qui sont ces trois hommes au foulard rouge venus assassiner leurs proches ? Que voulaient-ils ?

Apparemment, les trois hommes se sont dirigés vers la ville de Watersbridge.

Mais en regagnant ce lieu qu’elle a quittée il y a de nombreuses années, Elspeth se retrouve obligée d’affronter son passé et ses propres péchés...

 

Elle profite du fait que tout le monde la prend pour un homme, pour trouver du travail sur le chantier de la glacière. Caleb, lui, est embauché comme garçon à tout faire, au saloon local, qui est aussi un bordel. Lui qui n'a jamais quitté la ferme de ses parents, va devoir s'adapter à la ville et découvrir  ses joies et ses dangers.

Il va peu à peu comprendre qu'il n'est pas l'enfant de Jora et d'Elspeth.

 

Et c'est bien tout le secret d'Elspeth, qui va être peu à peu révélé au lecteur.

Elspeth n'a pas été qu'une simple sage-femme (ou infirmière) lorsqu'elle se rendait à la ville pour travailler quelques mois dans l'année, avant de rejoindre sa famille à la ferme, avec ses gains en poche...

 

 

Mon avis

 

Le roman commence comme un western...glacial. Il se déroule au coeur de paysages de neige et de glace, et dans le silence des étendues désertiques.

 

C'est un roman noir très psychologique. Les deux survivants de cette famille nous livrent leurs tourments intérieurs : ils sont empétrés dans  leur culpabilité et étouffés par les secrets enfouis si longtemps qu'ils n'osent plus se les révéler...

C'est un roman réaliste qui nous montre sans détours la violence, la misère, l'exploitation des hommes et des enfants, et le peu de prix accordé à la vie humaine. 

C'est aussi un roman qui montre l'Amérique rurale telle qu'elle était, avec la pauvreté de ses habitants, l'insécurité au travail, les dégâts occasionnés par l'alcool ou les bagarres, la banalité avec laquelle n'importe qui peut posséder une arme et surtout s'en servir pour tuer et se venger de n'importe quel affront...

 

Le livre est découpé en trois parties.

La première partie est terriblement violente : la jeune femme retrouve sa famille assassinée, puis elle est blessée et le lecteur assiste alors à des scènes très réalistes où Caleb, qui n'a que 12 ans et n'est encore qu'un enfant, doit s'occuper des corps de ses frères et soeurs, et soigner sa mère...

Caleb et sa mère doivent ensuite affronter le froid, la faim, le dénuement et la souffrance. Leur marche pour s'enfuir est particulièrement éprouvante, les rencontres rares, la nature alentour sauvage et inhospitalière.

 

Dans une deuxième partie, qui constitue à elle seule presque tout le roman, mère et fils arrivent à Watersbridge. La ville grouille de truands, de prostituées et de travailleurs épuisés par l'exploitation d'une glacière sur les rives du lac Erié.

Voilà le lecteur plongé dans une Amérique pleine de contradiction, vivant du petit commerce, de l'alcool et de la prostitution, une bible à la main...

 

La troisième partie est très courte et le dénouement presque prévisible...

 

Au fur et à mesure de l'histoire, le lecteur comprend, abasourdi, qu'Elspeth n'a jamais pu avoir d'enfant et que tous ceux qu'elle a considéré comme les siens, ont été des enfants volés.

Et Caleb est sur le point de le découvrir...

Il découvre ainsi que les trois tueurs ne sont pas venus par hasard massacrer sa famille. Son père et sa mère avaient bien des choses à cacher, comme par exemple les corps que son père enterrait depuis des années dans la clairière et que Caleb avait découvert.

 

L'auteur sait distiller peu à peu les secrets de famille, tout en ménageant le suspense. Il alterne vie quotidienne, travail et scène spectaculaire comme l'effondrement de la glaciaire.

Il nous parle de vengeance, de la puissance du lien filial et de recherche d'identité.

Il dresse une série de portraits de personnages inoubliables.

Son écriture est nette, sans fioriture, même si l'auteur commet quelques maladresses dans le déroulé des événements.

Le début du roman est poignant, la description de la découverte des corps par Elspeth est très réaliste. Les pages où Caleb s'occupe des siens se tournent toutes seules tant on veut savoir jusqu'où l'horreur va se poursuivre.

Heureusement l'auteur sait offrir au lecteur quelques digressions qui apportent un peu de légèreté à ce monde violent et impitoyable : description très poétique de paysages, moments de complicité ou de tendresse inespérés...

 

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce premier roman que je ne considère pas du tout comme un polar. Il est plus proche du western et du roman d'initiation...

D'après moi, c'est un auteur à découvrir absolument et à suivre.

« Un premier roman exceptionnel, par une nouvelle voix éclatante de la fiction américaine.» d'après Ron Rash. Nous pouvons, je crois, lui faire confiance...

 

Quelques extraits

 

"À neuf ans, quand il avait décidé d’explorer seul leur territoire pour la première fois, il avait découvert un endroit magique, silencieux, de l’autre côté de la colline : quatre petits tertres dans une clairière bordée d’érables jaspés au tronc rayé et noueux, qui poussaient sur les rochers comme pour les clouer au sol. Les arbres paraissaient taillés, l’herbe bien entretenue, et Caleb s’était senti à l’abri dans cet endroit, parfaitement en sécurité. Deux jours après avoir vu l’homme mourir dans le champ, il avait voulu se réfugier dans ce havre de tranquillité pour essayer de calmer le martèlement dans sa poitrine, et de chasser les cauchemars qui le hantaient depuis qu’il avait recouvré le sommeil. Mais la paix du lieu avait été bouleversée par l’ajout d’un cinquième tertre, sur lequel des brins d’herbe se mêlaient à la terre fraîchement retournée." (p.49)

 

"Caleb s'efforça de résister au désir de fuir. Il redoutait de ne pas être à la hauteur des attentes de son père, qu'il aimait tellement à l'époque qu'il passait son temps à l'observer en secret, à essayer de copier sa démarche, ses attitudes, et même ses intonations. Jora l'avait immobilisé sur place d'une main ferme. "Celui qui se souvient de la correction prend le chemin de la vie. Mais celui qui oublie la réprimande s'égare". Caleb avait lâché son couteau..."  (p.91)

 

"Caleb n'avait jamais entendu parler des parents de ses parents. Pour sa part, il ne s'était même jamais posé la question de leur existence et, brusquement (...) le monde lui ouvrait de nouveaux horizons, peuplés de ces personnes étranges qui venaient prendre corps dans son imagination." (p. 96)

 

" Caleb revoyait les ossements entremêlés de ses frères et soeurs, leur bouche figée sur une grimace de douleur. La terreur qu'il avait éprouvée lorsqu'il s'était faufilé hors du cellier le hantait. Il lui semblait parfois que les squelettes bougeaient, ou il penasit entendre une respiration, à moins que ce ne soit un soupir, mais, lorsqu'il se ressaisissait, rien n'avait changé. Emma gisait toujours dans la neige..." (p .158)

 

"Elle regarda Caleb chuter et mordit son écharpe pour étouffer son cri, par crainte d'alerter le géant ou son patron. Elle crapahuta dans la neige. Quand elle rejoignit le jeune garçon, il avait les cheveux collés par la sueur et des fragments de peau se détachaient de ses mains en sang. Elle approcha l'oreille de sa bouche. Rien. Elle aurait voulu ordonner à son cœur d'arrêter de battre, pour avoir le silence complet." (p. 358)

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