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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 05:20
Denoël / Sueurs Froides, 2017 / Poche,2018

Denoël / Sueurs Froides, 2017 / Poche,2018

Ce n'est pas toujours facile de manger à sa faim. Chez nous, on a un principe, on met tout en commun, les pénuries et les bonnes nouvelles, par exemple quand il y en a une qui revient avec des œufs pour faire des galettes.

Faut pas regretter. C'est sa grand-mère qui disait ça. Pas de regrets, pas de remords, puisque de toute façon c'est trop tard...
Autant aller de l'avant. Regarder en arrière, écoute-moi bien, ça sert à rien.
Elle disait aussi : "Faut réfléchir avant. Y a que ça."
Et ça Moe l'a oublié, noyé dans sa cervelle.

Aux lendemains des attentats parisiens de 2015, l'Etat ne pouvant plus supporter le coût des services sociaux, ceux-ci ont donc été privatisés, amenant des dérives lourdes de conséquences pour les principaux intéressés. Dans ces centres d'accueil un peu spéciaux, les Casses, qui sont réellement d'anciennes casses de voiture, on accepte les paumés, les délinquants, les sans-abris, et les immigrés. Vous l'aurez compris, tous ceux qui dérangent...

 

Moe n'avait que 20 ans quand elle a suivi son homme en métropole, quittant définitivement sa Polynésie natale.

Mauvaise décision ! 

 

Six ans après, elle a un enfant et se retrouve à la rue, épuisée et sans argent, dans l'impossibilité de garder un emploi parce qu'elle n'a pas les moyens de faire garder son fils. Elle est recueillie par les services sociaux et envoyée dans un centre d'accueil pour les personnes comme elle... qui ne sont pas gâtées par la vie. 

C'est la Casse. Une ville loin de la ville, une prison en fait dont on ne peut sortir qu'en échange de 15 000 €... surveillée par des gardiens prêts à tout pour faire régner l'ordre mais aussi pour supprimer tout élément récalcitrant. Une ville où on oblige tous les adultes à travailler pour un salaire de misère et pour avoir droit à un peu de nourriture et où les plus chanceux dorment dans une caravane, alors que les autres ne possèdent qu'une vieille carcasse de voiture pour se protéger des intempéries. 

 

Moe s'installe dans une 306 grise. Elle atterrit dans un quartier de femmes où se retrouvent réunies cinq personnes formidables qui s'épaulent et se soutiennent, tout en tentant d'oublier la noirceur des lieux. Elles l'adoptent très vite, elle et son fils. 

Il y a Ada, la plus âgée qui s'est bâtie une renommée en soignant par les plantes, Jaja la rebelle, Poule la survivante, Marie-Thé qui est la douceur incarnée malgré ce qu'elle a vécu enfant, et Nini qui a du mal à supporter l'enfermement et s'enfuit la nuit pour s'amuser, aller danser et se faire un peu d'argent. Moe va se laisser tenter, pas pour elle, non, pour son petit Côme pour qu'il ne devienne jamais comme les enfants qu'elles voient voler ou mendier dans le centre. 

Ensembles, elles vont tenter l'impossible : subsister et garder espoir, mais il suffit qu'une seule craque et commette une erreur pour que tout le groupe soit en danger.

Ada a beau veiller sur le groupe, elle ne réussira pas à empêcher le destin de poursuivre Moe...

 

Et le sentiment qui envahit Moe, après, oscille entre l'émerveillement et le ridicule, à pousser des cris avec les autres quand une pluie d'étincelles jaillit sur l'écran de douze centimètres, un tout petit feu d'artifice, vraiment, pour la première fois il faut se baisser pour le regarder, pour la première fois il n'est pas au ciel. Pourtant l'émotion la submerge.

Voilà un roman bouleversant sur la solidarité et l’entraide. Vous ne pourrez rester indifférents au destin de ces femmes meurtries par la vie, car chacune a une histoire qui comme celle de Moe, va nous être contée au fil des pages. Et si le drame subsiste, l'espoir d'une vie meilleure, n'en reste pas moins bien présent. 

Dans ce roman, les hommes ne sont pas beaux à voir car responsables de beaucoup de malheurs : violence, viols, racket, trafic de drogue, corruption...

Ce roman est une dystopie particulièrement noire et terrifiante de réalisme, tant ce que l'auteur décrit pourrait advenir dans notre monde, où tout ce qui est différent fait peur.

D'ailleurs inutile de se voiler la face, c'est déjà à nos portes...

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 05:02
Calmann-Lévy, 2014 / Collection "France de toujours et d'aujourd'hui"

Calmann-Lévy, 2014 / Collection "France de toujours et d'aujourd'hui"

Le noroît avait forci, mugissant comme un taureau furieux dont aucun obstacle ne venait entraver la course folle, ni forêts ni bosquets. Ouessant était une île dans arbres, à part ceux du cimetière, couverte d'une maigre pelouse où ne fleurissaient, en cette saison, que les roches de granit noir.

La plupart des veuves acceptaient la nouvelle sans révolte. Après tout, leur vie entière n'était rien d'autre qu'une longue attente, un lent apprentissage de la solitude. Que leurs maris soient morts ou bien en mer, au fond, quelle différence ? Elles avaient appris à vivre sans eux, à se débrouiller toutes seules.

Vers 1930, sur l'île d'Ouessant, la jeune Marie-Jeanne Malgom, tout juste devenue mère, apprend que son mari, Jean-Marie a péri en mer. Elle refuse d'y croire...ce qui inquiète son entourage. 

Marie-Jeanne est une jeune femme terriblement seule. Mal acceptée depuis sa naissance par la petite communauté de l'île, car son père n'était pas originaire d'Ouessant, elle reste pour tous, la "fille du marsouin" et l'enfant d'une "fille de la pluie". Vous comprendrez pourquoi en lisant le roman. 

Il semble même que tous autour d'elle se réjouissent de son malheur, sauf Fanch, l'adorable parrain de son mari, et Yves, l'éternel ami de la famille, l'unique aubergiste de l'île, qui la connaît depuis sa plus tendre enfance, et rêve en secret de l'épouser. 

 

Dans cette île du bout du monde, traversée par les tempêtes, où les croyances et les légendes sont encore bien présentes, la jeune femme n'a qu'une seule solution, aller demander l'aide de Malgven, la magicienne-sorcière et de ses sœurs qui vivent cachées au fond d'une grotte.

Car, Marie-Jeanne en est certaine, son mari est non seulement toujours en vie, mais il a été pris dans les filets des Morganes...ces mystérieuses sirènes qui attirent les marins pour ne plus jamais les relâcher.

Elle ne va pas un seul instant hésiter, à signer un pacte de sang avec les magiciennes (en sacrifiant un agneau nouveau-né) dans l'espoir que son mari lui revienne avant la Toussaint, comme le lui a prédit la sorcière. 

  

Mais alors que la date fatidique approche, et qu'elle a éconduit Yves, qui a fini par lui déclarer sa flamme, un jeune ornithologue, timide et émotif, vient s'installer pour quelques temps sur l'île, afin d'observer la migration des oiseaux.

Marie-Jeanne, est aussitôt très attirée par ce jeune homme charmant et c'est réciproque. Elle se sent renaître et prête à oublier son mari adoré. Mais le drame survient, ne lui laissant plus qu'un seul choix possible...

 

Quoi qu'elle décide, rien ne sera comme elle l'avait espéré...

Je les ai vues, tu sais, quand j'étais jeune...,poursuivit la vieille femme. C'était il y a bien longtemps. Tout a tellement changé, depuis. Le monde n'est plus le même. Personne ne croit plus à rien. On croit à peine à Dieu. Et plus du tout à la magie. Comment veux-tu que, dans ces conditions, les êtres de l'autre monde s'intéressent encore aux hommes ? Les sirènes, c'est comme les femmes. Elles ont besoin d'amour, sans ça elles dépérissent.

Dans une atmosphère particulièrement mystérieuse, oppressante, voire sinistre, l'auteur arrive à retranscrire avec réalisme l'ambiance de l'île au début du XXe siècle, les us et coutumes locales, les légendes qui se mêlent au réel, la rude vie quotidienne des pêcheurs et de leur famille, ainsi que les rumeurs qui ont vite fait de circuler d'une habitation à l'autre malgré la distance qui les sépare. 

Nous faisons connaissance avec Marie-Jeanne et son fils Kado, mais aussi avec tout un panel de personnages.

 

C'est un roman à la fois historique et du terroir que j'ai trouvé noir, voire très noir ! Il y a des drames et beaucoup de violence tant verbale que physique, mais c'est un livre très prenant qui nous donne envie de savoir ce que l'avenir réserve à cette héroïne solitaire et tellement mal-aimée. 

Evidemment, tout cela est voulu par l'auteur car au-delà de l'histoire de Marie-Jeanne, il veut nous faire vivre, comme à cette époque, sur cette île isolée du continent, où les femmes trop seules puisque leurs maris sont partis en mer, étouffent à force de vivre en huis-clos. Elles n'ont pour guide que le prêtre du  village qui tente de les maintenir dans des rites et des croyances strictes, et de les effrayer pour les éloigner des pratiques païennes encore bien trop présentes à son goût. 

Le lecteur pénètre peu à peu dans ce monde sordide et cruel, dans cette ambiance plutôt glauque où l'être humain se sent tellement seul face aux éléments qui se déchaînent...

 

J'ai aimé les descriptions de l'île. Cela m'a rappelé de bons souvenirs. En effet lors d'un de mes séjours en Bretagne, j'ai eu la chance de passer une journée sur l'île d'Ouessant et cette île m'a marquée : il y règne une ambiance vraiment spéciale tant elle est encore aujourd'hui sauvage. 

J'ai aimé également les détails décrivant les traditions et les fêtes, y compris religieuses, comme la "proella" qui doit permettre à l’âme du marin perdue en mer, de revenir sur sa terre natale.

 

Je n'ai pas aimé par contre la façon dont les femmes sont considérées dans ce roman.  Je sais bien que l'auteur n'a fait que retracer ce qu'on sait de cette époque, et de ce rude milieu de pêcheurs, essentiellement masculin, mais c'est presque étonnant de voir à quel point les femmes ne sont pas respectées et du coup, ne se respectent pas elles-mêmes. Elles vivent seules sur une île, complètement isolées de tout, en attendant pour la plupart de devenir veuves...car tel est leur destin à toutes. On s'attendrait à trouver une certaine solidarité entre elles, mais il n'en est rien et leur vie n'a rien de drôle dans cette ambiance.

Je n'ai pas aimé non plus, les passages où l'auteur parle de Mariannick, la jeune servante trisomique de Yves, l'aubergiste. Bien entendu il faut replacer encore une fois, les propos de l'auteur dans le contexte de l'époque. Yves a eu la bonté d'employer la jeune fille, alors que tout le monde la rejetait, mais la pauvre jeune femme doit subir sans cesse des propos méprisants de sa part et de la part des personnes qui fréquentent l'auberge. L'alcool aidant, la pauvre doit subir aussi des violences physiques qui m'ont mises carrément mal à l'aise.

 

Donc à la fois, ce roman est bien entendu à découvrir car il retrace l'histoire d'une époque, et la vie sur cette île sauvage, isolée du continent, mais il faut savoir que certaines scènes peuvent surprendre et choquer le lecteur. 

Vous voilà prévenus...

C'était peut-être à cela, après tout, que servaient les simples d'esprit. Ils étaient des défouloirs. Des agneaux innocents que l'on pouvait impunément faire souffrir, car ils n'avaient ni l'intelligence de se plaindre ni la ruse de se venger.
En un instant, Yves comprit les raisons qui avaient conduit la mère de Mariannick à en faire son souffre-douleur.
Et cela lui fit peur...

Suite au commentaire de Quichottine mis ci-dessous, je vous précise que le tableau de couverture est une oeuvre de John William Waterhouse, intitulé "Miranda La Tempête" (1916). Merci à elle pour ce complément d'information. Je vous invite à lire l'article qu'elle avait rédigé à ce sujet...c'est un très beau tableau qui en effet a contribué à ce que je tende la main vers ce roman, pour l'emprunter en médiathèque.  

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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 06:14
Roman Seuil, 2017

Roman Seuil, 2017

Elle attend. Chaque printemps les fortes pluies arrivent, et la rivière monte, et son cours s'accélère, et la berge se désagrège toujours davantage, brunissant l'onde de son limon, mettant au jour une nouvelle couche de terre sombre. Des décennies passent. Elle est patiente, dans sa coquille de bâche bleue.

Tous les dimanches, après la messe et le déjeuner chez notre grand-père, Bill, mon grand frère, et moi, nous enfilions un T-shirt et un jean coupé, jetions notre matériel de pêche dans le pick-up Ford 1962 que nous avait acheté Grand-père, et partions vers l'ouest en sortant de Sylva...

 

L'histoire se situe à Sylva dans une petite ville des Appalaches. La rivière en crue vient de mettre à jour des ossements humains. Ils appartiennent à une jeune fille mystérieusement disparue depuis 50 ans. 

Ligeia avait débarqué de Floride un bel été en 1969. Cet été-là, Eugène et son frère Bill, vont pêcher dans la rivière tous les jours lorsqu'ils la rencontrent. Elle est libre, elle est belle, elle se baigne nue, elle leur fait découvrir ce qu'ils n'avaient encore jamais osé faire, l'amour...

 

Les adolescents sont bouleversés par cette rencontre et les moments qu'ils partagent. Cela les marquera à jamais et scellera leur destin, d'autant plus que l'audace de la jeune fille leur permet aussi de s'opposer à leur tyrannique grand-père, le seul médecin de la ville, qui s'occupe d'eux et de leur mère depuis le décès de leur père. 

Ils tombent donc sous ses charmes, font tout ce qu'elle leur demande. Eugène en vient même à voler des médicaments dans l'armoire à pharmacie de son grand-père.

 

Mais lorsque Bill, qui veut faire lui-aussi des études de médecine, et deviendra d'ailleurs un grand chirurgien, apprend que la jeune-fille a été envoyée chez son oncle et sa tante pour l'été, car elle fuguait, se droguait et consommait de l'alcool, il la laisse tomber et abandonne aussi Eugène qui va prendre tous les risques pour la satisfaire.

Car finalement sous ses airs bravaches, celle-ci porte en elle sa propre souffrance et elle est beaucoup moins libre que ce qu'elle paraît.

 

Et puis un jour, mystérieusement, Ligeia disparaît...

Les deux frères vont être obligés de revisiter le passé pour comprendre pourquoi Ligeia, que Bill avait pourtant accompagné au bus, n'y est jamais montée. 

Bill a-t-il menti ?

 

C'est là que les romans se trompent si souvent, se trompent sciemment, a-t-elle remarqué lorsqu'elle a rouvert les yeux. On fait certains choix et l'on s'éteint sans avoir jamais pu vérifier s'ils étaient bons ou mauvais.

 

Ron Rash est un conteur-né. Comme à son habitude, il nous fait entrer dans un univers très très sombre. Il aime nous parler de conflits familiaux troubles, du poids de l’héritage, de révolte, et de coins perdus.

La tension monte au fil de l'histoire !

 

Les chapitres alternent entre le passé (ce superbe été) et le présent dans lequel Eugène, devenu alcoolique et écrivain, se débat pour arriver à voir son frère toujours pris par ces activités chirurgicales.

Il veut l'interroger pour avoir des réponses claires à ses interrogations, mais ce dernier se dérobe sans cesse, comme s'il avait quelque chose à se reprocher...

 

C'est un excellent roman, moins noir tout du moins que les précédents de l'auteur, ce qui peut permettre à ceux qui ne le connaissent pas encore d'être tentés de le découvrir, d'autant plus qu'il fait à peine 200 pages et se lit très vite. 

 

Pendant quelques instants, il n'y a plus eu un son. Ni paroles, ni sirènes au loin, puis un silence toujours plus profond lorsque le climatiseur s'arrête. Le silence peut être un lieu. Ce sont les mots qui me viennent. C'est là d'ailleurs qu'une si grande part de ma vie a été vécue, que des heures vaines se sont écoulées, le bruit le plus fort, le tintement des glaçons dans un verre.
- Grand-père, c'était un monstre, pas vrai ?
- Oui, répond mon frère. Absolument.

 

Retrouvez ci-dessous, l'avis de Violette sur ce roman...

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