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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 05:22

 

Voilà une BD ou plutôt un roman graphique dont le sous-titre est, je trouve, intrigant mais non dénué de malice : Autobiographie prénatale.

L'auteur nous raconte en effet l'aventure, qui aurait pu très mal se terminer, vécue par sa mère durant les mois qui ont précédé sa naissance en 1973, dans la Grèce des Colonels.

Steinkis, 2020

Steinkis, 2020

La toute jeune Séverine a toujours voulu savoir pourquoi elle était née en Grèce et sa mère a toujours éludé les questions, lui disant que ce n'était pas prévu, sans jamais ni donner d'explication claire, ni d'autres détails, amenant la petite fille à imaginer toutes sortes de situations, toutes aussi éloignées les unes que les autres de la réalité.

Mais un jour, devenue adulte, elle décide qu'elle saura tout de son histoire, que connaître le pourquoi des événements, elle en a besoin pour elle-même, mais aussi pour reconstituer le puzzle familial. Elle interroge d'abord sa mère, puis son père, mais découvre que tous deux n'ont pas toujours la même version de l'histoire !

Alors elle recherche leurs amis, et toute personne les ayant croisé durant leur jeunesse, pendant près de dix ans.  Le mystère va s’éclaircir peu à peu...

 

Dans les années 70, nombreux étaient les jeunes attirés par le désir du voyage vers l’Afghanistan,  l'Inde,  le Népal... C'était le paradis sur terre pour ces révoltés, déçus que les événements de mai 68 n'aient pas changé assez rapidement la société à leurs yeux. Désireux de vivre en toute liberté, Viviane et Eric, les parents de Séverine Laliberté, partent ainsi avec deux amis et traversent l'Europe avec l'insouciance de leur jeunesse, faisant fi des difficultés des pays parcourus. C'est en effet loin d'être une époque sereine : les années de plomb en Italie, le rideau de fer à l'Est, les Colonels en Grèce...

 

A leur retour, après avoir traversé la Turquie, Viviane, au volant de sa 4L verte est arrêtée à la frontière grecque et accusée d'avoir tenté de passer de la drogue. Incarcérée pendant de long mois en Grèce, puis jugée, elle est condamnée à purger une lourde peine de prison. Séverine naît pendant cette détention... 

Bien entendu, je ne vous donnerai pas davantage de détails sur leur périple, ni sur la vie des femmes en prison à cette époque, ni sur les personnes qui interviendront pour aider Viviane, ni sur les suites de cette aventure qui aurait pu être dramatique...le suspense est bien présent et les rebondissements inattendus. 

Les hippies Trail étaient à la fois des voyages initiatiques, spirituels mais aussi des aventures humaines faites de rencontres, de générosité, de partages. L'époque hippie, dans les années 60 et au début des années 70, est une époque qui a marqué la jeunesse de ceux nés après la guerre. Les jeunes partaient pour connaître l'aventure, mais aussi la philosophie orientale. Ils partaient souvent pour consommer librement de la drogue, facilement accessible, et parfois même goûtaient aux drogues dures.

L'auteur nous plonge à la fois dans son histoire familiale, le voyage de ses parents, l'histoire politique des pays traversés, mais son récit est avant tout un récit d'aventure, car les jeunes à cette époque partaient sans rien organiser, et sans un sou en poche ou presque, ce qui les amenaient à se mettre dans des situations périlleuses...

Le ton est souvent drôle, réaliste mais toujours pudique. Même si l'histoire de ses parents est parfois dramatique et touchante parce qu'elle rejoint la sienne, l'auteur pose sur leurs aventures un regard distancié, mais non moins empli d'une certaine tendresse, sans jamais porter aucun  jugement sur leurs actes. 

 

Le lecteur est captivé dès les premières pages par l'histoire, mais aussi par la présentation du récit, entrecoupé de cartes, de clins d’œil, de photographies anciennes, de dessins et de lettres, autant de vestiges émouvants, prouvant la véracité de l'histoire à ceux qui penseraient, en particulier parmi les jeunes d'aujourd'hui, que cela ne pourrait être vrai, ce dont bien entendu moi-même, je n'ai pas douté un seul instant. 

Le lecteur apprendra aussi beaucoup en lisant les encarts didactiques sur les pays traversés, encarts que vous pourrez en toute liberté sauter pour avancer davantage dans le récit, puis reprendre une fois le dénouement arrivé, ce que j'ai fait, je l'avoue, tant je voulais savoir comment tout cela allait se terminer.

Et rien ne vous empêche de piocher dans la Playlist en début d'ouvrage, pour faire ce voyage en musique...

Illustration (https://ellea-bird.com/)

Illustration (https://ellea-bird.com/)

L'auteur, Séverine Laliberté, est archéologue au CNRS. Ce n'est pas étonnant qu'elle ait eu envie de fouiller dans son propre passé et que sa curiosité naturelle et sa ténacité, lui aient permis d'avoir la patience d'attendre des années, que le puzzle de sa vie familiale se reconstitue, pour nous livrer avec brio cet épisode de sa vie familiale. Et comme il n'y a pas de coïncidence dans la vie, sans connaître le lien avec sa propre histoire, son métier l'a amené à participer à de nombreuses fouilles au Moyen-Orient. 

Elle nous livre ici une belle quête familiale émouvante, souvent drôle, pleine de suspense, doublée d'un récit d'aventure totalement dépaysant. 

Illustration (https://ellea-bird.com/)

Illustration (https://ellea-bird.com/)

La dessinatrice Elléa Bird que vous pouvez retrouver sur son site ICI a comme sujet de prédilection la place des femmes dans la société contemporaine. Elle a tout de suite été séduite par l'histoire de Séverine Laliberté. 

Avec sa technique de dessin particulière, les personnages se reconnaissent aisément et le lecteur a l'impression de faire partie du voyage. Les quelques flash-back et encarts sont facilement repérables, et la foule de détails décrivent bien les différences culturelles des pays traversés et les situations humaines vécues. Le noir et blanc donne de la profondeur et un petit côté rétro aux illustrations.  Les quelques touches de couleur par-ci par-là pour nous montrer la beauté des paysages ou faire ressortir un détail, une carte et LA fameuse 4L verte, reine du voyage ajoute au charme de cette BD qui est une très belle découverte à lire aussi avec  vos ados ! 

 

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 08:00
(Gallimard-BD, 2015)

(Gallimard-BD, 2015)

Fauve d'or Angoulême 2016.

 

J'ai décidé de me remettre à lire quelques BD en 2016 et j'essaie de m'y tenir. 

 

"Ici" n'est pas à proprement parlé une BD.

C'est en fait un roman graphique qui raconte l'histoire d'un lieu, une simple pièce dans une maison américaine de style colonial, dont les principaux repères immuables sont la fenêtre et la cheminée.

Le lecteur voit défiler tous les êtres qui sont venus y vivre à travers les siècles, voire les millénaires, puisque l'histoire remonte bien avant la présence de l'homme sur les lieux et s'étale de 800 000 ans avant J.-C. à 2314 !

 

Mais les premier et dernier tableaux se situent en 2014...

 

Les premières pages sont vides et personne n'a l'air d'habiter les lieux puis soudain en 1957, une femme ne sait plus ce qu'elle venait chercher dans la pièce comme cela nous arrive parfois et l'histoire commence !

 

Dans cet espace, les existences se croisent sur la même page ou sur des pages différentes, se répondent, puis disparaissent à jamais. 

L'auteur se permet même un petit clin d'oeil vers l'avenir jusqu'en 2313...

 

Pour saisir ces instants, le lecteur n'a donc que des bribes de phrases dont il ne peut que deviner le contexte, des instants fugaces, des jeux d'enfants dont on perçoit sans difficulté le bruit, des instants de tendresse, d'attentions répétées ("tu as tes clés ? ta montre ?"...).

Des mystères restent entiers : on ne saura pas ce que le cambrioleur a volé en 1997, ni qui est mort en 1916, ni pourquoi deux individus se disputent en 1910, ni qui se marie en 1990....

 

Des événements se répètent à des décennies d'intervalle...comme les photos des enfants sur le canapé par exemple. Parfois ce sont les mêmes enfants qui grandissent...parfois non.

On suit certains personnages  la même année, sur plusieurs pages ou au contraire, on ne les verra plus jamais. 

 

C'est magique, cela donne le tournis, notre imagination galope et nous fait réfléchir au temps qui passe.

 

C'est une BD que l'on prend le temps de regarder, qu'on peut ouvrir au hasard des pages sans problèmes car il n'y a pas de sens de lecture préconisé. On n'a qu'une envie d'ailleurs c'est d'y revenir, de lire et relire tel dialogue, ou de visionner telle page, car une foule de détails nous échappent à la première lecture. 

 

Il ne s'agit que de petites histoires de la vie quotidienne qui n'ont pas un réel intérêt sorties comme elles le sont de leur contexte. Non, ce qui fait la force de ce roman graphique, c'est le point de vue duquel on se place pour regarder ces bribes de vie. Car le lecteur ne change jamais de place : il est là où le dessinateur a ouvert la "fenêtre" et y restera jusqu'à la fin...

 

C'est très original...

 

Après la lecture je me suis mise à songer à certains lieux que j'aime...ce serait merveilleux d'en connaître l'histoire exacte, de pouvoir comme dans "Ici", y voir vivre les différentes générations qui s'y sont succédées et qui lui ont donné une âme.

 

Le dessin tout en subtilité est soit tout simplement au crayon, soit à l'aquarelle ou bien les images sont composées de collages...

 

Vous pouvez visionner quelques vignettes sur le site du Nouvel obs.

Le lieu en 1957...

Le lieu en 1957...

Et en 1623...

Et en 1623...

L'auteur Richard McGuire est né dans le New Jersey en 1957 et vit aujourd'hui à New York. Graphiste de formation, il se révèle un incroyable touche-à-tout et ouvre de nouvelles portes dans tous les domaines qu'il aborde.

À l'origine de quelques fameuses couvertures du «New Yorker», il est aussi l'auteur de livres pour enfants salués par la critique.

Mais c'est en bande dessinée qu'il marque durablement les esprits avec, en 1989, la publication des six planches de «Here» dans le magazine «RAW» d'Art Spiegelman.

Au début des années 2000, il entre en résidence à la Maison des auteurs à Angoulême et participe au long-métrage d'animation «Peur[s] du noir».

Vingt-cinq ans après sa première version, Richard McGuire déploie le concept de «Here» en plus de trois cent pages, dans une grande fresque de la mémoire et de la vie.

L'idée lui est venue lorsqu'il s'est installé dans sa maison de Perth Amboy dans le New Jersey, explique-t-il dans une interview sur France Inter. 

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