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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 05:14
Éditions Terra Nova, 2016

Éditions Terra Nova, 2016

Je commençais à lire à haute voix, les noms des morts gravés sur la première stèle :
- Guiseppe Oronzo Palmisano ; Donato fu Francesco Paolo Palmisano ; ...
- Ventuno..., sono ventuno ! m'interrompis une voix profonde.
Nous nous retournâmes et vîmes le vieux du banc qui s'était redressé.

Durant la Première Guerre mondiale, Donata Palmisano et Francesca Convertini attendent toutes deux leurs maris partis au Front. Pas facile la vie sans les hommes à Bellorotondo,  un petit village des Pouilles. Les femmes se débrouillent. Suite à une courte permission de leurs maris, les deux jeunes femmes se retrouvent enceintes en même temps. Quand elles deviennent veuves toutes deux, elles décident de vivre ensemble. Si Francesca est la plus heureuse des deux, c'est parce que Donata est incapable de surmonter une terrible angoisse... En effet, durant la Première Guerre Mondiale, tous les hommes de la famille Palmisano (vingt et un exactement) sont morts au combat. Il n'est pas question pour elle, si elle met au monde un garçon, de lui faire subir la malédiction qui semble peser sur la famille et dont elle a eu la confirmation en voyant son mari disparaître à son tour. 

 

Alors toutes deux imaginent un stratagème, Donata cache sa grossesse et le jour de la naissance des deux enfants,  avec la complicité du médecin de famille qui sait à quel point la famille de Donata a souffert, Francesca déclare avoir eu des jumeaux. C'est elle qui  élèvera donc Giovanna sa propre fille, et Vitantonio, le fils de son amie..avec son aide puisque les deux jeunes femmes vivent ensemble. 

Mais la vie en ce temps-là dans cette région pauvre d'Italie apporte son lot de drame. Francesca meurt toute jeune, laissant les deux petits officiellement sans mère. C'est alors que sa famille accepte que Donata, considérée comme un membre de la famille à part entière, s'en occupe,  aidé financièrement par Angela Convertini la grand-mère mise dans le secret par Francesca, ce que Donata ignore. 

Les deux enfants jouent pendant des heures avec Franco leur cousin de leur âge, dans le grand parc aménagé par la nona. Ils engrangent de fabuleux souvenirs pendant l'été qu'ils passent souvent aussi dans la famille de Donata. 

 

Rien n'est simple, car Donata se doit de garder ce lourd secret, et la vie va décidément devenir bien compliquée pour elle au fur et à mesure que les deux enfants grandissent et deviennent de plus en plus inséparables.  

Ce qu'elle ignore... c'est que certaines personnes bienveillantes, mises dans le secret, veillent sur elle et sur les deux enfants. C'est alors que la Seconde Guerre Mondiale éclate...

Franco, le cousin des enfants s'engage aux côtés des fascistes, Giovanna à l'opposé part combattre la dictature en Espagne, tandis que Vitantonio lui, continue à penser que la lutte est plus importante sur place pour défendre les intérêts des paysans pauvres, exploités et appauvris par les propriétaires terriens de la région sans scrupules...

Le dernier fils de la lignée des Palmisano réussira-t-il à échapper à sa destinée ?

La fillette [Lucia] ne bougea pas. Elle était hypnotisée par le spectacle des balles traçantes et incapable de le quitter des yeux.
- C'est comme s'il pleuvait des étoiles, dit-elle, émue.
Elle ferma les yeux et fit un voeu.
- Ces étoiles-là sont dangereuses, l'avertit Vitantonio quand un projectile explosa près de la maison.
Il la prit par la main et l'entraîna jusqu'au fond de la grotte

Dans le bourg d'Ascoli, les habitants savaient qui étaient les coupables :
- Ce sont deux fils de pute de notre pays Des gens du Mezzogiorno, de Bari, à tous les coups, ou de la vallée d'Itria L'un des deux est un géant, avec des dents noires...L'autre est encore pire : froid, cruel, sans âme. On dirait que pour lui, tout cela n'est qu'un jeu : il est vêtu de noir de la tête aux pieds et se fait appeler le Chevalier noir.
Vitantonio eut le souffle coupé, comme s'il avait reçu un coup de poing dans l'estomac.

Le roman débute de nos jours. Un couple visite un petit village des Pouilles et découvre sur le Monument aux morts de la Première Guerre Mondiale que toute une famille du village a été décimée.  C'est alors qu'un vieux monsieur qui semblait endormi sur un banc proche leur raconte l'histoire de cette famille et de la malédiction qui pesa sur eux.

A noter...Bellorotondo n'existe pas en réalité mais l'auteur s'est inspiré de nombreux petits villages des Pouilles qui eux existent vraiment ! 

 

Voilà un roman du terroir qui nous apprend beaucoup de choses sur l'histoire de l'Italie, la montée du fascisme et ses conséquences humaines. Toutes les descriptions des faits de guerre, que ce soit lors de la Première ou de la Seconde Guerre Mondiale, le mouvement anti-belliciste de Locotondo, le bombardement de Bari le 2 décembre 1943, l'explosion du John Harvey et la diffusion du gaz moutarde, ainsi que le soulèvement de Matera en septembre 1943, sont véridiques.

D'ailleurs le roman est un hommage à "tous ceux qui se soulevèrent contre l'alliance nazi-fasciste dans le sud de l'Italie et qui, comme bien souvent, sont les grands oubliés de l'histoire"[in note de l'auteur].

 

C'est donc à la fois une saga familiale avec des personnages attachants et un roman historique dans lequel j'ai appris beaucoup de choses sur le déroulé des événements durant les deux guerres.

Il est bien évident qu'il faut aimer ces deux côtés-là de l'histoire, la petite et la grande, pour apprécier sa lecture. Personnellement je ne me suis pas ennuyée un seul instant en le lisant mais j'ai préféré la première partie à la seconde. 

J'ai aimé les descriptions des paysages, les us et coutumes de la vie au village, les secrets et les croyances religieuses, tout ce qui fait la particularité de cette région d'Italie.  Le lecteur retrouve la chaleur humaine de ses habitants mais aussi leur côté passionné, les rivalités, les mensonges...tout ce qui faisait le sel de la vie au village. 

Je pense cependant que la traduction n'est pas parfaite ainsi dans le commentaire que j'ai mis plus haut la fillette s'avère avoir près de quinze ans alors qu'à la lecture du texte je la pensais beaucoup plus jeune mais cela ne m'a pas vraiment gênée à la lecture. 

Ce roman est facile à lire et donc parfait pour les vacances. C'est tout à fait le genre de lecture dont j'ai besoin en ce moment...

Je ne comprendrais jamais pourquoi le plus fort et le plus culotté de la classe a décidé de défendre les intérêts des va-nu pieds des Pouilles, alors que le plus minable de tous, ton âne de cousin, fait des pieds et des mains pour entrer dans les chemises noires...

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 06:20
Presses de la Cité / Collection "Terres de France", 2019

Presses de la Cité / Collection "Terres de France", 2019

Ma mère m'a doucement repoussé par les épaules, m'obligeant à me détacher d'elle. Nous nous sommes regardés comme si nous allions être séparés pour toujours. J'ai dû m'accrocher à l'idée que j'étais un homme pour ne pas fondre en larmes. Mais est-on vraiment un homme à seize ans ?

Puisque aucun vivant ne lui avait fermé les yeux, mon père n'était peut-être pas mort. Cette pensée, que nous n'exprimions jamais, nous causait beaucoup de souffrance. Elle nous empêchait de recoudre notre peine et de l'ensevelir.

Durant le XIXe siècle, Camille 16 ans, doit cette année quitter sa Creuse natale, pour partir "limousiner" à Lyon pendant neuf mois, avec Gerbeau, son oncle, et tout un groupe d'hommes de sa région.  C'est ainsi qu'on nomme le travail des maçons qui unissent leurs forces pour bâtir les prestigieux monuments, et réparer les anciens édifices de la nouvelle ville en plein essor. 

 

C'est là-bas, lors de la crue exceptionnelle du Rhône de 1856, que son père a disparu quatre ans plus tôt, emporté par les eaux en furie, sorties de leur lit. Depuis la tristesse s'est installée dans la maison malgré l'amour dont l'entoure sa mère. 

Pierre son père, était un ouvrier habile et renommé. Tout le monde se souvient bien de lui et les hommes font bon accueil à Camille.

Celui-ci doit travailler dur, onze heures par jour, et porter en haut des échelles un panier empli de mâchefer. Mieux vaut ne pas avoir le vertige pour  redescendre !

Les premiers jours sont difficiles pour Camille d'autant plus qu'il comprend très vite que la disparition de son père est entourée de mystère...qu'en fait il ne serait pas mort mais se serait volatilisé au bras d'Emilia, une belle italienne qui travaillait comme ovaliste en soie.

Le choc est rude pour lui qui adorait son père, et qui a le cœur empli des souvenirs de leurs retrouvailles passées. 

Il aurait donc décidé de les abandonner !

 

Peu à peu les langues se délient et lorsque sa mère lui demande de faire établir un certificat de décès pour qu'elle puisse se remarier, Camille décide de partir sur les traces supposées de son père.

Ce sera un voyage initiatique mouvementé qui le mènera sur des routes enneigées et semées d'embûches, mais il rencontrera l'amitié et l'amour, et fera de belles découvertes. Il ira ainsi, à pied, jusque dans le Comté de Nice, aux confins de la toute nouvelle frontière italienne en création...

Malgré la fatigue, la difficulté des leçons, la faiblesse de ses connaissances, Camille ne se décourage pas. Il accède à cette forme de sérénité que procure le bonheur, peu à peu, de comprendre.

L'auteur lui-même originaire de la Creuse, connaît bien l'histoire de sa région et de ces hommes qui pendant des décennies, parce qu'ils ne pouvaient vivre uniquement de leur terre, partaient donner leurs bras pour une bouchée de pain et quittaient leur femme et leurs enfants pendant neuf mois dès qu'arrivait le printemps. 

 

Le roman est précis et bien documenté. Le lecteur apprend beaucoup de choses sur la vie de ces maçons, ainsi que sur la vie quotidienne des immigrés italiens, mais aussi sur le travail qui était proposé aux femmes. 

On assiste en direct à l'évolution de la condition ouvrière, les premiers cours du soir, les premières revendications syndicales... 

 

La plume de l'auteur est légère et précise. Il nous invite à entrer dans un pan de l'histoire sociale de France que je ne connaissais pas du tout, celle des maçons migrants de la Creuse (et du Piémont) qui ont participé à la refonte totale et aux nombreuses constructions haussmanienne de Lyon. 

 

Le roman nous parle aussi des événements consécutifs au traité de Turin et du remaniement des frontières qui en découle, la France ayant à la suite du traité, rattaché la Savoie et le Comté de Nice.  

 

L'alternance entre les chapitres où Camille parle (emploi du "je) et ceux où l'auteur emploie la troisième personne, donne beaucoup de rythme au roman...

Camille est un jeune homme attachant. Il est très intelligent, sait lire, écrire et compter ce qui n'était pas le cas de tous à l'époque.  Il sait donc attirer la chance car il va très vite travailler aux côtés des ingénieurs qui n'hésitent pas à lui donner des cours du soir. Évidemment sa quête nous touche car il a du mal à comprendre la double vie de son père, veut en savoir plus, tout en ayant très peur de ce qu'il va apprendre, et il est évidemment en quête de sa propre identité.

C'est un roman social et initiatique agréable à lire et touchant que j'ai lu quasiment d'une traite. 

Il peut être proposé aux adolescents qui découvriront ainsi la vie de l'époque. 

 

Je vous invite à lire l'avis de Binchy sur son blog en cliquant sur le lien ci-dessous...
 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 05:02
Calmann-Lévy, 2014 / Collection "France de toujours et d'aujourd'hui"

Calmann-Lévy, 2014 / Collection "France de toujours et d'aujourd'hui"

Le noroît avait forci, mugissant comme un taureau furieux dont aucun obstacle ne venait entraver la course folle, ni forêts ni bosquets. Ouessant était une île dans arbres, à part ceux du cimetière, couverte d'une maigre pelouse où ne fleurissaient, en cette saison, que les roches de granit noir.

La plupart des veuves acceptaient la nouvelle sans révolte. Après tout, leur vie entière n'était rien d'autre qu'une longue attente, un lent apprentissage de la solitude. Que leurs maris soient morts ou bien en mer, au fond, quelle différence ? Elles avaient appris à vivre sans eux, à se débrouiller toutes seules.

Vers 1930, sur l'île d'Ouessant, la jeune Marie-Jeanne Malgom, tout juste devenue mère, apprend que son mari, Jean-Marie a péri en mer. Elle refuse d'y croire...ce qui inquiète son entourage. 

Marie-Jeanne est une jeune femme terriblement seule. Mal acceptée depuis sa naissance par la petite communauté de l'île, car son père n'était pas originaire d'Ouessant, elle reste pour tous, la "fille du marsouin" et l'enfant d'une "fille de la pluie". Vous comprendrez pourquoi en lisant le roman. 

Il semble même que tous autour d'elle se réjouissent de son malheur, sauf Fanch, l'adorable parrain de son mari, et Yves, l'éternel ami de la famille, l'unique aubergiste de l'île, qui la connaît depuis sa plus tendre enfance, et rêve en secret de l'épouser. 

 

Dans cette île du bout du monde, traversée par les tempêtes, où les croyances et les légendes sont encore bien présentes, la jeune femme n'a qu'une seule solution, aller demander l'aide de Malgven, la magicienne-sorcière et de ses sœurs qui vivent cachées au fond d'une grotte.

Car, Marie-Jeanne en est certaine, son mari est non seulement toujours en vie, mais il a été pris dans les filets des Morganes...ces mystérieuses sirènes qui attirent les marins pour ne plus jamais les relâcher.

Elle ne va pas un seul instant hésiter, à signer un pacte de sang avec les magiciennes (en sacrifiant un agneau nouveau-né) dans l'espoir que son mari lui revienne avant la Toussaint, comme le lui a prédit la sorcière. 

  

Mais alors que la date fatidique approche, et qu'elle a éconduit Yves, qui a fini par lui déclarer sa flamme, un jeune ornithologue, timide et émotif, vient s'installer pour quelques temps sur l'île, afin d'observer la migration des oiseaux.

Marie-Jeanne, est aussitôt très attirée par ce jeune homme charmant et c'est réciproque. Elle se sent renaître et prête à oublier son mari adoré. Mais le drame survient, ne lui laissant plus qu'un seul choix possible...

 

Quoi qu'elle décide, rien ne sera comme elle l'avait espéré...

Je les ai vues, tu sais, quand j'étais jeune...,poursuivit la vieille femme. C'était il y a bien longtemps. Tout a tellement changé, depuis. Le monde n'est plus le même. Personne ne croit plus à rien. On croit à peine à Dieu. Et plus du tout à la magie. Comment veux-tu que, dans ces conditions, les êtres de l'autre monde s'intéressent encore aux hommes ? Les sirènes, c'est comme les femmes. Elles ont besoin d'amour, sans ça elles dépérissent.

Dans une atmosphère particulièrement mystérieuse, oppressante, voire sinistre, l'auteur arrive à retranscrire avec réalisme l'ambiance de l'île au début du XXe siècle, les us et coutumes locales, les légendes qui se mêlent au réel, la rude vie quotidienne des pêcheurs et de leur famille, ainsi que les rumeurs qui ont vite fait de circuler d'une habitation à l'autre malgré la distance qui les sépare. 

Nous faisons connaissance avec Marie-Jeanne et son fils Kado, mais aussi avec tout un panel de personnages.

 

C'est un roman à la fois historique et du terroir que j'ai trouvé noir, voire très noir ! Il y a des drames et beaucoup de violence tant verbale que physique, mais c'est un livre très prenant qui nous donne envie de savoir ce que l'avenir réserve à cette héroïne solitaire et tellement mal-aimée. 

Evidemment, tout cela est voulu par l'auteur car au-delà de l'histoire de Marie-Jeanne, il veut nous faire vivre, comme à cette époque, sur cette île isolée du continent, où les femmes trop seules puisque leurs maris sont partis en mer, étouffent à force de vivre en huis-clos. Elles n'ont pour guide que le prêtre du  village qui tente de les maintenir dans des rites et des croyances strictes, et de les effrayer pour les éloigner des pratiques païennes encore bien trop présentes à son goût. 

Le lecteur pénètre peu à peu dans ce monde sordide et cruel, dans cette ambiance plutôt glauque où l'être humain se sent tellement seul face aux éléments qui se déchaînent...

 

J'ai aimé les descriptions de l'île. Cela m'a rappelé de bons souvenirs. En effet lors d'un de mes séjours en Bretagne, j'ai eu la chance de passer une journée sur l'île d'Ouessant et cette île m'a marquée : il y règne une ambiance vraiment spéciale tant elle est encore aujourd'hui sauvage. 

J'ai aimé également les détails décrivant les traditions et les fêtes, y compris religieuses, comme la "proella" qui doit permettre à l’âme du marin perdue en mer, de revenir sur sa terre natale.

 

Je n'ai pas aimé par contre la façon dont les femmes sont considérées dans ce roman.  Je sais bien que l'auteur n'a fait que retracer ce qu'on sait de cette époque, et de ce rude milieu de pêcheurs, essentiellement masculin, mais c'est presque étonnant de voir à quel point les femmes ne sont pas respectées et du coup, ne se respectent pas elles-mêmes. Elles vivent seules sur une île, complètement isolées de tout, en attendant pour la plupart de devenir veuves...car tel est leur destin à toutes. On s'attendrait à trouver une certaine solidarité entre elles, mais il n'en est rien et leur vie n'a rien de drôle dans cette ambiance.

Je n'ai pas aimé non plus, les passages où l'auteur parle de Mariannick, la jeune servante trisomique de Yves, l'aubergiste. Bien entendu il faut replacer encore une fois, les propos de l'auteur dans le contexte de l'époque. Yves a eu la bonté d'employer la jeune fille, alors que tout le monde la rejetait, mais la pauvre jeune femme doit subir sans cesse des propos méprisants de sa part et de la part des personnes qui fréquentent l'auberge. L'alcool aidant, la pauvre doit subir aussi des violences physiques qui m'ont mises carrément mal à l'aise.

 

Donc à la fois, ce roman est bien entendu à découvrir car il retrace l'histoire d'une époque, et la vie sur cette île sauvage, isolée du continent, mais il faut savoir que certaines scènes peuvent surprendre et choquer le lecteur. 

Vous voilà prévenus...

C'était peut-être à cela, après tout, que servaient les simples d'esprit. Ils étaient des défouloirs. Des agneaux innocents que l'on pouvait impunément faire souffrir, car ils n'avaient ni l'intelligence de se plaindre ni la ruse de se venger.
En un instant, Yves comprit les raisons qui avaient conduit la mère de Mariannick à en faire son souffre-douleur.
Et cela lui fit peur...

Suite au commentaire de Quichottine mis ci-dessous, je vous précise que le tableau de couverture est une oeuvre de John William Waterhouse, intitulé "Miranda La Tempête" (1916). Merci à elle pour ce complément d'information. Je vous invite à lire l'article qu'elle avait rédigé à ce sujet...c'est un très beau tableau qui en effet a contribué à ce que je tende la main vers ce roman, pour l'emprunter en médiathèque.  

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31 juillet 2019 3 31 /07 /juillet /2019 05:20
Calmann-Lévy 2019

Calmann-Lévy 2019

L'agriculteur répétait les geste de ses aïeux. Il ne se questionnait pas sur ce qu'il entreprenait. Il cultivait selon un annuaire ancestral, baroque et perpétuel, qui réglait aussi son quotidien.

Nous voici dans un village de Haute-Provence, quelques mois après la fin de la Grande Guerre.

 

Au Saut du Loup, Noël Bertrand aide Madeleine, sa mère, à exploiter la ferme familiale. 

Cécile, son ancienne petite amie, s'est mariée avec Gaston, un des paysans voisins. Un jour, alors que Noël est absent, elle passe à la ferme avec un étranger qui propose à Madeleine de racheter la propriété. 

Noël est outragé ! Elle a non seulement délaissé son époux plus âgé qu'elle, juste après leur mariage, a multiplié les conquêtes, pour finir par s'accoquiner avec un étranger de la ville, et venir ensuite manigancer, il ne sait quoi !

Tout cela devient pour lui une véritable obsession...

 

Le voilà recherchant des réponses auprès de la mère de Cécile, puis de Gaston.

Mais les questions vont être encore plus nombreuses quand Cécile lui fixe un rendez-vous dans les montagnes, et qu'il la retrouve morte sur les lieux...

Une affaire qui va encore se compliquer davantage au fur et à mesure que les secrets enfouis au village, vont réapparaître au grand jour, les uns après les autres.

Les enquêteurs ne sont pas au bout de leurs surprises...

Il ne pleurait pas sur elle mais sur la séparation inéluctable qu'ils partageaient. Ils avaient failli se comprendre, peut-être s'unir si le hasard n'avait pas érigé des barbelés entre des êtres qui n'aspiraient qu'à exister.

Ce roman est la suite de "l'Auberge du gué" que je n'ai pas lu. D'ailleurs, ce n'est pas écrit sur la quatrième de couverture et je ne le savais pas quand je l'ai emprunté. Je dois dire que cela ne m'a pas du tout gêné ! 

 

C'est à la fois un roman du terroir et un thriller, sur fond de nature provençale. L'histoire se passe en effet, en Haute-Provence, près de Digne. 

L'ambiance des villages d'antan est bien rendue : le vécu des paysans, la difficulté de vivre libre, au sein de ces vallées isolées quand tout le monde se connaît et sait tout, sur tout le monde, le travail ingrat de la terre, la solitude, la nature sauvage, les animaux...

 

C'est amusant de découvrir la façon dont les enquêteurs, en ce début de XXe siècle, associent les indices et avancent dans leurs hypothèses. 

C'est donc un livre parfait pour les vacances, agréable à lire et qui vous fera voyager dans le temps, enfin si vous êtes amateurs du genre. 

Depuis la Grande Guerre, il ne croyait plus en la justice humaine, ne s'accrochait qu'à une tranquillité méritée.

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 05:15
Editions Lucien Souny, 2012

Editions Lucien Souny, 2012

La rivière était passée par là, il y avait des lustres, des années, amenant dans ses flots les roches des montagnes, puis les avait laissées dans l'herbe, bien trop lourdes à porter plus longtemps et plus loin. Des boulets de forçats qui encombraient ses pas, retenaient son destin. Car ici-bas, chacun avait le sien : les choses ou les hommes.

Cela fait bien longtemps que j'entends parler d'Alysa Morgon par Binchy, du blog "Binchy and her hobbies"  et Martine, du blog "Lectures et plus...". 

J'avais donc  précieusement noté son nom dans mon petit carnet et comme tous les auteurs qui y sont notés, je prends toujours, un jour ou l'autre, le temps de les découvrir. 

 

Dans ce roman du terroir, dont la couverture déjà sent bon la garrigue provençale et la lavande, le lecteur découvre la famille Lion et en particulier la petite Marie.

Nous sommes à la toute fin du XIXe siècle, Marie a sept ans lorsqu'elle accompagne pour la première fois sa mère à Marseille, au couvent de la Charité, pour rendre visite à sa marraine.

Subjuguée par ce voyage, qui lui fait découvrir beaucoup de choses, la petite fille, rêveuse et gaie, qui aime tant la vie, décide qu'un jour elle-aussi entrera au couvent. Ses parents la laissent rêver, pensant qu'un jour elle oubliera son projet.

Les années passent et la vie quotidienne au mas de la Grangette bleue est bien rythmée par les travaux des champs et en particulier ceux qui entourent le ramassage des amandes, un fruit qui fait la fierté de la famille depuis des générations, et qui constitue leur principale ressource. Marie est heureuse...mais elle continue de rêver. 

 

Un jour, le père décide de changer de culture, d'arracher les amandiers et de planter à la place des lavandes fines. Il a besoin de bras pour travailler et projette de marier sa jolie Marie qu'il adore, au beau et solide Francis. Elle ne va pas se laisser faire... 

 

Mais sa famille qui ne veut pas la laisser entrer au couvent pour autant, et Monsieur le Curé qui les soutient, n'ont pas dit leurs derniers mots. Ils décident de la faire embaucher par un veuf du village qui a bien besoin que quelqu'un vienne s'occuper de ses jeunes enfants.

Au bout de quelques mois au manoir, toutes les certitudes de Marie s'écroulent...

Les jours et les mois s'étaient tous échappés, sans qu'on pût les retenir, les arrêter, comme coule le vin au goulot du tonneau ou se verse le grain dans le cou du silo, jusqu'à la lie, jusqu'à tarir.

Les amandiers mouraient avec le siècle qui lui aussi se terminait, épuisant ses jours dans les derniers mois du calendrier. Et les cent prochaines années seraient ainsi ornées de fleurs, présage plus léger, plus joyeux, qui évoquait déjà la prospérité, le bonheur dans leurs longs épis bleus même si un jour des ombres s'annonceraient...

Voilà un roman parfait pour les vacances, facile à lire, poétique et empli des odeurs de garrigue.

Il vous fera vivre quelques instants dans le sud-est de la France sur un plateau qui pourrait être celui de Valensole ou des Monts du Vaucluse. 

Une belle façon d'entrer dans les fermes d'antan, de revivre les fêtes de villages, les veillées animées où tout le monde se réunissait pour bavarder et s'amuser, tout en dégovant les amandes. 

En plus, on apprend beaucoup de choses sur la façon dont les paysans vivaient et travaillaient, sur leur conception du monde et de la famille, sur la solidarité entre membres d'un même village, sur les valeurs de ces hommes durs à la tâche...

 

J'ai personnellement beaucoup aimé retrouver tous ces mots provençaux qui étayent le récit, des mots que j'avais oubliés.

Marie est une héroïne attachante, même si pas un instant je ne me suis identifiée à elle, j'ai eu du plaisir à la suivre. Elle grandit avec le XXe siècle et maintes fois je ne suis dit qu'elle aurait pu être ma grand-mère...

 

Lire ce roman est une belle façon de rendre hommage à nos ancêtres et à leur savoir-faire et de ne pas oublier leur vie de labeur. 

Une lecture à partager avec vos ados dès 13 ans. 

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