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6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 06:12
L'Asiathèque, 2020

L'Asiathèque, 2020

L'auteur Chi Ta-wei est un auteur de romans Fantastique et de Science-fiction, connu mondialement. Il s'est toujours engagé pour défendre la cause homosexuelle sur l'île de Taiwan. Il a été découvert en France lors de la sortie en 2015 de son roman, "Membranes", que je n'ai pas lu.

 

"Perles" est un recueil de nouvelles "queer". Il a fallu que je cherche la signification exacte de ce terme sur internet car je l'avoue, je n'en avais qu'une vague définition. Je vous renvoie sur le net si vous voulez en savoir davantage. 

Mais qu'importe les mots, ces nouvelles nous emmènent dans le monde particulier de l'auteur, un monde qui laisse une large place à l'imaginaire, un monde peuplé de personnages tous aussi originaux les uns que les autres : des faunes, des sirènes, des androïdes et autres créatures... Ces mondes nouveaux ressemblent étrangement au nôtre, mais diffèrent par la réflexion que ses habitants humains ou pas, effectuent au quotidien pour essayer de se sortir de trop de technicité, de trop de normes, de trop de superficialité dans les rapports humains.

L'auteur nous invite à inventer d'autres relations entre personnes et à réfléchir sur le genre, le sexe et sur notre rapport à l'autre. C'est un recueil dont certaines nouvelles ont été écrites il y a 20 ans, à l'aube de l'an 2000, et qui s'avère déjà d'une grande modernité en ce qui concerne le regard porté sur notre société, ses tabous et ses aprioris. 

 

A la fin de chacune de ces nouvelles, l'auteur propose en guise de postface, une courte analyse de ses écrits, et il nous décrit précisément les circonstances de leurs créations. Il donne aussi des clés pour mieux comprendre le message qu'il a voulu adresser aux lecteurs.

Ce court texte m'a bien aidé à réaliser toute la teneur de son engagement. Mais néanmoins, je le reconnais, je n'ai pas tout compris des références littéraires ou cinématographiques dont il s'est inspiré dans certaines de ses nouvelles. A relire un jour donc pour aller plus loin ! 

La première nouvelle, intitulée "Perles" est celle qui a donné son nom au recueil.  Elle permet de se mettre dans l'ambiance, mais j'avoue l'avoir relu à nouveau, après avoir terminé le recueil pour l'apprécier vraiment, car j'avais l'impression d'être passée à côté lors de ma première lecture.

Dans un monde post-apocalyptique, très différent du nôtre, tous les parents ont disparu suite à l'intervention des "Trois étoiles", des mystérieux extraterrestres en forme de globes qui ont déversé sur la terre une pluie mauve. Deux hommes adultes s'installent ensemble et nouent une relation sans tabou dans ce nouveau monde devenu plus tolérant. Mais la FPI (la fréquence des rapports intimes) n'est pas la même pour tous les deux et bientôt l'un des deux fait une autre rencontre ce qui dans cette société ouverte n'est pas un problème. Je ne vous dirai rien de plus, juste que ces personnages qui n'ont rien d'humain car leur corps s'emboîte comme des legos, nous parlent avec leurs propres mots, de tolérance, de différence, d'adaptabilité à l'autre...

Une belle leçon de vie et d'amour.

Pourquoi les parents ont tous disparus : parce que ce sont toujours eux les responsables directs des angoisses, des peurs et des cauchemars de leurs enfants (et sous-entendu donc, de leurs aprioris).

Depuis le Ravage, il était né chez les survivants une crainte existentielle selon laquelle n'importe quel type de relation intime pouvait conduire à une catastrophe. Tout individu doté d'un peu de bon sens préférait se constituer en unité close, refusant de s'ouvrir aux autres.

Dans "L'après-midi d'un faune", le lecteur entre dans un univers plus réaliste. A-so s'éloigne de chez lui le jour de son anniversaire pour se rendre à la campagne.  Là, il rencontre son double. Ils deviennent un temps très proches à tel point que K (qui est fan de Kafka) lui offre une belle montre à gousset qui a appartenu à sa famille. Mais cette montre est en quelque sorte diabolique...car elle va le pousser à commettre l'irréparable et A-so sera poursuivi par la culpabilité et n'arrivera plus à rien dans sa vie.

Un texte déroutant mais intéressant qui aborde le sujet de l'attachement à un être qui pourrait être considéré comme notre double ou bien plutôt comme l'autre facette de nous-même, et deviendrait donc indispensable à notre vie future au fur et à mesure qu'on le découvre, d'où l'impossibilité de le détruire sans nous détruire nous-même. Je ne sais pas si je m'explique bien ! 

Le tic-tac de la montre à gousset ressemble à un rire cruel et moquer, réveillant sans relâche ses angoisses, l'empêchant d'oublier cette histoire cauchemardesque. Dans ses souvenirs c'est ainsi que tout a commencé...

"La guerre est finie" est la nouvelle que j'ai préféré dans le recueil. 

Je reconnais qu'elle est beaucoup plus abordable quand on ne connait pas l'univers de l'auteur. Il faudrait commencer d'ailleurs pas sa lecture dans le recueil. Le lecteur part cette fois encore dans le futur, oh pas très lointain parce que nous sommes en 2025 et que nous faisons connaissance avec Meimei, un être humanoïde  "aDome" qui a été créé de toute pièce pour satisfaire son mari, un soldat parti faire la guerre stellaire.

Meimei est triste de ne savoir rien faire toute seule et elle s'ennuie quand son mari est absent. Elle a été créée je le rappelle, de toute pièce en fonction de ses goûts et ses fantasmes à lui. Un jour, elle rencontre par hasard Lola, une "aDome" comme elle qui sait cuisiner, s'occuper, penser par elle-même, bref être indépendante. Alors que peu à peu toutes deux sympathisent et deviennent inséparables, le mari de Meimei rentre car la guerre est finie. C'est alors que Meimei réalise qu'elle n'est que la proie de son mari. Elle le quitte pour s'installer avec Lola.

J'ai eu du plaisir à découvrir cette  nouvelle où le lecteur entre peu à peu dans les pensées et dans le corps de cet être fabriqué de toute pièce, mais qui n'a rien à voir avec un robot. Le ton est tout en pudeur et il y a des moments emplis de poésie quand toutes deux montent sur le toit et découvrent les étoiles et donc les beautés du monde extérieur. Nous sommes dans de la SF mais Meimei, bien que totalement artificielle est capable de penser et de comprendre que son bonheur n'est pas auprès de son mari trop conformiste et égoïste, mais bien auprès de Lola qui seule la respecte et l'accepte comme elle est, avec ses qualités et ses défauts.

Une belle découverte ! 

En 2020, un après-midi de printemps, quelqu'un m'a mise en service, en posant ses lèvres sur le miennes...ais

Dans "Eclipse" l'auteur nous raconte dans un futur encore une fois post-apocalyptique, la vie de deux frères dont on ne saura pas le nom. Il y a le Grand et le Petit ! Tous deux s'amusent dans le château d'eau qui se trouve sur les toits...et sont très proches, mais un jour Petit Frère disparait et la vie devient différente pour Grand Frère qui a perdu son jumeau. La ville est envahie par des insectes de toutes formes et le Grand s'amuse à les capturer pour les enfermer dans le château d'eau où ils trouvent avec bonheur chaleur et humidité et se multiplient. Beaucoup de gens se nourrissent de ces insectes ce qui est interdit car dit-on les gens peuvent contracter une maladie très grave en les avalant...

Au moment de son départ Petit Frère a remis à son frère jumeau, une boîte emplie de dessins les représentant tous les deux, nus, or il avait été le seul à poser. Pourquoi son frère les a-t-il dessinés ensembles, qu'est-ce que cela signifie ?

Je pense n'avoir pas tout compris lors de la lecture de cette nouvelle inquiétante mais riche en symboles. D'après moi, la maladie évoquée serait le SIDA et les deux frères les deux faces d'une seule et même personne.

La  nouvelle "Au fond de mon oeil, au creux de ta paume, une rose rouge va bientôt s'ouvrir" est celle dont le titre m'a le plus attiré car je l'ai trouvé plutôt poétique mais cela ne reflète en rien l'histoire.

Un préposé est mandaté pour enquêter sur une nouvelle drogue très puissante, le miroir noir. Cette drogue est fabriquée par une multinationale, la SM. Bien entendu une autre multinationale intervient aussi dans l'affaire en s'opposant à la SM. J'avoue que je me suis totalement perdue dans cette nouvelle déroutante. L'usage de cette drogue entraine des effets surprenants, modifiant en profondeur la nature des hommes...c'est tout ce que je peux vous dire en résumé.

Enfin, la dernière nouvelle, "la comédie de la Sirène", nous permet d'entrer dans le monde de Disney dont vous connaissez tous je pense la version de la Petite Sirène. Un Prince échoué sur une plage découvre une de ces charmantes et envoutantes créatures et bien entendu, elle va succomber à ses charmes. mais pour devenir une femme ordinaire il lui faut un baiser...

Le recueil se termine en beauté et légèreté avec cette fable qui ne manque pas d'humour et qui fait intervenir le narrateur au cœur même du récit. C'est une fable bien entendue totalement antiféministe, mais cela n'enlève en rien le plaisir des petites filles de la découvrir dans le monde de Disney et le nôtre d'en lire cette nouvelle version, revue et corrigée.

Elle voulait se métamorphoser en humaine. Mais voilà : à en croire les légendes, toutes celles qui, jadis, avaient nourri pareilles intentions avaient connu une fin tragique.

Un recueil que j'ai donc trouvé inégal mais que j'ai eu du plaisir à découvrir.  Si vous êtes fans de SF ou de littérature asiatique, n'hésitez pas à lire des auteurs taiwanais, ils aiment la culture française et de nombreuses références de notre culture étayent toujours leurs écrits. 

Les nouvelles ont été traduites du chinois par Olivier Bialais, Gwennaël Gaffric, Coraline Jortay et Pierrick Rivais, une tâche pas facile pour eux que je salue ici.

Merci à l'éditeur pour sa confiance et pou son envoi ! 

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