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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 05:17
Editions Liana Levi, 2000 / Points Seuil, 2001

Editions Liana Levi, 2000 / Points Seuil, 2001

Il repensa à la frimousse coquine de Sonia, pleine de tâche de rousseur, à la petite couette attachée par un élastique qu'elle arborait sur le haut du crâne.
Il songea que c'était une drôle d'époque pour un enfant, un drôle de pays, une drôle d'existence, qu'on n'avait pas même envie de chercher à comprendre ; juste survivre, pas plus...

Il sourit et soupira, fier de lui, de sa décision. Il songea aussitôt qu'il était beaucoup plus facile de prendre en main la destinée des autres que la sienne. D'autant que toute tentative de modifier son destin entraînait des conséquences fâcheuses qui ne faisaient qu'aggraver la situation.

Victor Zolotarev habite à Kiev et mène une vie tranquille pour ne pas dire totalement morne et inutile. En effet, il est écrivain et face aux grosses fortunes du pays, cela veut dire qu'il n'est rien. Sa seule joie c'est son pingouin, Micha, un pingouin qu'il a adopté lorsque le zoo de la ville a fait faillite. Et maintenant qu'il a un boulot Micha, qui était neurasthénique, devient carrément dépressif et Victor culpabilise de le laisser seul.

 

Lui-même n'est pas quelqu'un de très optimiste, je dirai même qu'il est tout à fait à l'image de son pingouin. A presque 40 ans, il est toujours célibataire et lui qui se rêvait écrivain, n'est qu'un journaliste raté. Son boulot n'est pas facile puisqu'il est chargé d'écrire des "petites croix", pour un journal, c'est-à-dire des nécrologies, en hommage à des personnalités...toujours vivantes. 

Le travail est bien payé et il peut se faire à domicile, ce qui ne gâche rien et arrange même Victor qui est peu sociable. 

 

Mais voilà que les personnalités dont il a dressé la nécrologie, se mettent à mourir les unes après les autres.

Il y a de quoi inquiéter Victor car bien entendu quelque chose n'est pas bien net dans cette affaire. Dans quoi est-il tombé ? Ces personnes sont-elles victimes de règlements de compte ?  Comme le lui dit son chef, tant que Victor n'en saura pas davantage, c'est qu'on aura encore besoin de lui...

 

C'est ce moment-là que choisit un de ses collègues pour s'enfuir de la ville, non sans lui avoir confié au préalable sa petite Sonia, âgée de 4 ans.Victor réalise au bout d'un certain temps que la petite s'ennuie et décide d'embaucher une nounou... 

Je n'en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte !

Moi qui m'intéresse à la littérature russe, je n'avais jamais rien lu de cet auteur et il me fallait donc le découvrir. 

Ce livre est particulier car il nous plonge dans l'absurde et l'étrangeté. En même temps que la vie quotidienne de Victor, le lecteur découvre la vie à Kiev et l'ambiance particulière de l'ex-Union soviétique où tout n'est que corruption, règlements de compte et main mise de la mafia qui sait tout sur tout le monde.

 

Ce qui est étrange c'est la personnalité de Victor. Il ne s'attache à rien ni à personne. Sa relation aux autres est distante et il parle des personnes qui l'entoure comme si elles faisaient partie des meubles. En fait il ne fait plus attention aux autres, ne s'étonne plus de rien. C'est à peine s'il réagit lorsque quelqu'un entre chez lui en pleine nuit ! 

Même avec Micha, son pingouin, il ne développe pas un lien comme on le ferait avec un animal domestique. Il lui donne à manger, lui fait couler un bain froid dans la baignoire, et c'est tout !

Quant à Sonia, la petite fille de son ami, qui débarque dans sa vie alors qu'il n'a aucune idée de la façon dont il faut s'occuper d'un enfant, on ne peut qu'être étonné de la maturité dont elle fait preuve, face à l'irresponsabilité de Victor. 

 

C'est un roman lent, où le lecteur suit la vie quotidienne du héros et de ses proches. Il n'y a pas d'action en tant que telle, mais je me suis laissée emporter par cette histoire décalée avec plaisir.

Le roman se lit facilement parce qu'il est à la fois dépaysant, empli d'humour et qu'il porte un regard très lucide sur la société dans laquelle vit Victor. Le lecteur a d'ailleurs envie de secouer Victor, de l’exhorter à réagir...mais il est comme endormi, anesthésié presque, enfin heureusement la fin nous étonne et montre bien que ce n'était pas le cas !

 

Bien entendu, il n'en est pas du tout de même pour nous. Nous sommes à maints endroits du récit, choqués par ce que Victor nous raconte comme par exemple, le fait que les hôpitaux ne soignent que les riches, ou que les gens piègent leur maison avec des bombes au risque de tuer un simple passant...mais que dire aussi de la mode de louer un pingouin pour un enterrement, et j'en passe.

Vous aurez compris qu'en fait, il faut lire ce livre au second degré et que c'est une sorte de thriller social qui monte en puissance au fur et à mesure que le lecteur découvre de nouveaux problèmes.  

 

Je viens d'apprendre que ce roman a une suite intitulée "les pingouins n'ont jamais froids".

Alors peut-être qu'un jour je la lirai ! 

En attendant vous pouvez aller découvrir l'avis de Zazy et de Violette sur leur blog...

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 13:57
Le livre du bonheur / Nina Berberova

L'histoire débute en 1923 à Paris...

 

Un jeune homme est retrouvé mort dans une chambre d'hôtel. C'est Sam Adler, un jeune et talentueux violoniste juif qui a quitté Saint-Pétersbourg en 1918 avec sa famille pour se rendre aux États-Unis. Venu à Paris en tournée, il a laissé une lettre et les coordonnées de Vera, son amie d'enfance.

 

Elle se rend immédiatement sur les lieux, puis rentre discrètement chez elle, où son mari, gravement malade, l'attend.

Ce deuil inattendu la bouleverse...

Elle n'a qu'un désir, puisqu'elle ne peut parler de Sam à personne, se réfugier dans la solitude de sa chambre et laisser les souvenirs affluer : sa rencontre avec Sam, petit garçon de dix ans, évanoui dans la neige d'un jardin public de St-Pétersbourg ; la découverte de l'amitié et des fous rires partagés ; puis d'une forme d'amour adolescent et enfin la douloureuse séparation suite à la Révolution...

 

Son récit se poursuit avec celui de sa vie actuelle à Paris où elle veille quotidiennement sur son mari, atteint de tuberculose.

 

Elle raconte comment elle a rencontré Alexandre Albertovitch, suite à une nuit de fête chez Chourka Ventsova, son amie de collège, et surtout à cause d'un quiproquo...

Elle et son mari ont ensuite tout quitté pour s'installer à Paris. Elle décrit leur triste vie commune, hantée par sa maladie, l'enfermement qui en a résulté, le don de soi dont elle a fait preuve durant ces années de mariage et finalement, la "libération" suite à sa mort.

 

Ce nouveau deuil déclanche chez elle une sorte de révolte. Elle se croyait heureuse et faisait partie de ces gens qui savaient sourire tout le temps et qui semblaient fait pour le bonheur...

En fait, sa vie quotidienne a été pesante...et malheureuse.

 

Il lui faudra du temps pour se reconstruire et comprendre que sa recherche fébrile du bonheur lui a fait accepter, avec une sorte de fatalisme, des situations (et des partenaires) qu'elle n'avait pas réellement choisi.

 

Elle ira, enfin, confiante vers la découverte d'elle-même et de la passion amoureuse...

 

 

Mon avis

 

Il est difficile pour moi de transcrire avec des mots l'ambiance particulière des romans de Nina Berberova, toute empreinte de sensibilité.

 

J'avoue ne pas être très objective non plus car j'aime beaucoup cet auteur...

 

Elle trouve les mots justes et toujours pudiques pour nous parler de l'exil,  de la nostalgie, de la séparation et du deuil, de la solitude, de l'envie de vivre et d'aimer, de l'incapacité d'accéder au bonheur hors du pays natal idéalisé (la Russie), où bien sûr beaucoup d'êtres chers sont restés.

 

Dans ce roman, les personnages secondaires, dont elle parle en toile de fond restent souvent à l'état d'ébauche. Le lecteur se retrouve centré sur Vera et ses émotions, et la découvre, en même temps qu'elle-même se découvre.

 

C'est un roman plus optimiste que l'ensemble de son oeuvre et en ce sens, il est différent...

 

Vera est une jeune fille qui souffre de son statut d'émigré russe et a du mal à vivre dans un pays qui lui est étranger.

Elle passe de la dépendance la plus totale à sa famille puis à son mari malade, à une indépendance salutaire qui lui permettra de s'affranchir de ses proches et d'atteindre le bonheur tant attendu.

Elle est en ce sens le reflet de son temps et de l'émancipation de la femme durant la première moitié du XX° siècle.

 

C'est le troisième roman de Nina Berberova.
"Le Livre du bonheur" a été écrit en 1936, après la séparation de l'auteur (en 1932) d'avec le poète Vladislav Khodassevitch, avec qui elle avait émigré d'abord en Allemagne puis à Paris.
Il est paru en France seulement en 1996, trois ans après sa mort, chez Actes Sud.
 
 
Extraits
 
(p.66) "Et si on leur avait demandé à tous deux : qu'est-ce qui vous lie, pourquoi ils ne pouvaient passer un jour sans se voir ou s'appeler, ils auraient répondu d'une seule voix que c'était bien sûr de l'amour, mais pas un amour extraordinaire...un amour humain bien banal..."
 
(p.91) "Qu'importaient le temps qu'il faisait dehors, qui se trouvait à côté d'elle, ce qui l'attendait derrière cette feuille de calendrier..."Tu es toujours satisfaite de tout"- lui disait-on. Mais continuons, continuons (c'était ce qu'elle s'enjoignait la nuit quand elle se réveillait en proie à la terreur), continuons cet amour criminel et inflexible de la vie, puisqu'il ne nous reste rien d'autre, elle seule ne partira pas, elle ne nous trahira pas et s'en ira avec nous..." Et le temps se balançait derrière les fenêtres de cette maison, pareil à une lame de fond."
 
(p.101) "On avait troqué le tapis, les plats et la machine à coudre, le visage jeune et joyeux de la mère, sans ombres, s'était chargé d'une expression de fatigue et de tristesse. Le père ne laissait rien paraître...
A la maison il y avait d'abord eu une petite patinoire dans la salle à manger, puis des stalactites d'eau glacée dans la salle de bains qui surgissaient du tuyau rompu ; ensuite, dehors, avait commencé l'agonie, la ruine de la ville, si étrange, dont Véra aurait donné toutes les beautés et la mort lente en échange d'une boîte de lait concentré..."
 
(p.204) "A mesure que leur lien devenait plus proche et plus étroit, Véra voyait qu'il ne saurait y avoir d'autre accomplissement de ce qui était né en elle dès leur première rencontre, que dans l'ultime rapprochement ; elle comprenait que tout ce qui l'émouvait en pensant simplement à lui ou en sa présence était de même nature que de se donner à lui physiquement. Lui se hâtait, elle repoussait ce moment fatal -chaque soir la rendait plus proche de lui, elle résistait, mue par le désir inconscient de ne pas précipiter le destin, jusqu'à ce que, assourdie par les battements de son coeur, à moitié évanouie, dans un long spasme, elle fût sienne".

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 13:57
La souveraine / Nina Berberova

Sacha partage sa minuscule chambre où ils ne peuvent se tenir debout en même temps, et son lit, avec son frère Ivan plus âgé que lui et déjà fiancé à Katia, depuis que leur mère les a abandonné pour partir aux États-Unis avec son nouveau mari.

Leur père est mort depuis longtemps, au tout début de la révolution russe.

C'est Ivan, qui travaille comme chauffeur de nuit, qui entretient Sacha pour lui permettre de poursuivre ses études de droit et préparer sa thèse.

A leur façon, ils sont heureux tous les trois et dès la thèse de Sacha soutenue, Ivan et Katia se marieront...

 

Un jour de rentrée de vacances, Sacha retrouve son ami André tout bronzé. Il apprend que celui-ci est amoureux d'une certaine Génia, rencontrée durant l'été et qui, comme eux, vit au sein de la communauté russe de Paris.

Quelques jours plus tard, Sacha accompagne André chez Génia pour leurs fiançailles et rencontre Léna, la soeur aînée...

 

Lui qui ne pensait qu'à ses études, va tomber fou amoureux de la belle jeune femme. Celle-ci est tourmentée par une histoire d'amour finissante et exerce immédiatement sur lui un pouvoir impossible à maîtriser. Il perd tout contrôle car elle le fascine et l'inquiète en même temps. Peu à peu, il la laisse devenir la "souveraine"...

 

Mais Lena et Génia ne sont pas de son milieu. Elles vivent dans un bel appartement des beaux quartiers. Leur père est ingénieur et riche.

En quelques jours le regard que Sacha porte sur le monde qu'il a aimé, change complètement et empoisonne ses relations avec ses proches...

 

Mon avis

 

 

A noter : Ce roman a été écrit en 1932 alors que l'auteur, Nina Berberova venait juste de quitter son mari avec qui elle s'était installée à Paris en 1925. Il est le deuxième roman écrit par l'auteur et le premier publié à titre posthume en 1994.

Il est traduit du russe par Cécile Térouanne.

 

L'auteur décrit avec beaucoup de réalisme et sans pour autant s'apitoyer sur leur sort, les conditions de vie des émigrés russes à Paris.

Le comportement amoureux de Sacha est tout à fait particulier pour l'époque et évoque plutôt celui d'une femme. C'est lui qui attend qu'elle l'appelle. C'est lui qui est sous sa coupe et attend qu'elle propose, qu'elle dirige leur vie.

 

L'auteur montre comment l'amour, s'il ouvre les yeux de Sacha sur sa condition, dévoile en lui, au lieu de l'enrichir et de le rendre heureux, ce qu'il a de plus sombre...l'envie.

Malgré son intelligence, il ne peut maîtriser ses sentiments mesquins et ne ressentira que dégoût pour lui-même...

 

Je n'avais jamais lu ce roman de Nina Berberova dont je possède pourtant un certain nombre d'oeuvres dans ma bibliothèque personnelle.

Sa lecture me donne envie de replonger dans son écriture.

 

 

Extraits
 

(p. 67) "Vingt-quatre ans, c'était l'âge de Léna. Mais elle, il semblait définitivement impossible de l'atteindre ! Dieu seul savait quel genre de femme elle était, indépendante, détachée, fascinante, lointaine ; que de souffrances avant de résoudre une telle énigme, de la forcer à vous écouter, à vous regarder en face. Elle restait sans parler ni bouger, mais il semblait qu'elle avait la maîtrise de la maison comme de la ville, comme du monde entier..."

 

(p.86) "Il était pris, il n'en doutait plus. Il était désormais certain que Léna ne l'oublierait pas, qu'elle ne lâcherait pas prise et n'aurait de cesse qu'il ne lui appartienne, et cela accroissait encore son impatience [...] elle exigeait la soumission".

 

(p.138) "Que suis-je ? Qui suis-je ? Je suis pauvre, avec une mère déshonnorée, un frère payé à la course, sa Catherine simplette et sortie de sa province ; prisonnier de mon avenir, je suis comme un aveugle les traces d'un autre, je mène une existence minable et je suis envieux..."

 

(p. 153) "Il les regarda partir en silence. Que faire ? se demandait-il. Les quitter, leur rendre tout ce que je leur dois, pour qu'ils n'interviennent plus dans ma vie. Mais avec quel argent ?"

[...] Ce qui l'emplissait maintenant n'était plus l'amour de Léna - il pouvait rester longtemps sans penser à elle, pour y revenir paresseusement, un court moment, le temps d'un souvenir brûlant et d'un bref frisson - mais pour la première fois une haine inexplicable de tout ce qui n'était pas elle. Cette haine allait parfois jusqu'à l'extrême et englobait la jeune femme elle-même, sans aucune raison..."

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 09:43
Sonietchka / Ludmila Oulitskaïa

Sonietchka (ou Sonia), de son vrai nom Sophia Iossifovna (p.108), est passionnée par la lecture. Les livres sont toute sa vie. Il faut dire qu'elle a un physique plutôt ingrat et qu'entre les moqueries de son frère et la déception amoureuse de son adolescence, elle ne croit à l'amour qu'à travers le vécu de ses héroïnes.

 

Depuis qu'elle a sept ans et qu'elle a appris à lire toute seule, elle vit donc dans un monde situé aux frontières de la réalité et du romanesque, mais un monde si doux et si rassurant qu'elle ne peut le quitter...

 

Devenue bibliothécaire, elle s'oublie encore plus dans la lecture et se détache presque totalement du monde.

 

Aussi, elle n'en revient pas lorsque Robert Victorovitch, un peintre beaucoup plus âgé qu'elle (il a 20 ans de plus), qui a beaucoup voyagé et a passé plusieurs années de captivité dans un camp, la demande en mariage.

Elle ne pense pas mériter tout ce bonheur qui bouscule sa vie : ses héroïnes de romans ne sont-elles pas la preuve "vivante" que la tragédie prime sur le bonheur ?

 

Cependant, elle accepte, reléguant alors la lecture au second plan.

Les années passent, elle lit moins, d'autant plus que son époux ne s'intéresse pas du tout à la littérature. Puis la Seconde Guerre Mondiale bouleverse le monde et sa vie.

Ensemble, ils ont une petite fille, Tania et vivent quelques années de bonheur intense malgré la misère et les privations.

Puis leur situation s'arrange et le couple s'installe à Moscou. Robert y retrouve tous les artistes de la capitale. Sonietchka tient la maison et reçoit les amis pour de longues et plaisantes soirées.

Tania grandit dans ce milieu d'artiste et son charme d'adolescente, malgré son physique peu agréable,  attire de nombreux garçons.

Elle ne fait plus rien en classe et son père l'inscrit à des cours du soir. C'est là qu'elle rencontre Jasia, une orpheline polonaise, fille de déportés qui fait des ménages tout en poursuivant ses études et ses rêves.

Plutôt jolie et charmeuse, mais quasi mythomane, cela fait un certain nombre d'années que la "timide" Jasia connaît tout des hommes et sait utiliser ses charmes pour attirer la sympathie et l'aide dont elle a besoin.

Elle entre peu à peu dans la famille et devient très vite la maîtresse de Robert.

Sonietchka qui n'ose toujours pas croire à son bonheur...trouve tout à fait salutaire que ce dernier amour donne l'énergie nécessaire à son mari pour retrouver toute sa créativité artistique : il s'est remis à peindre depuis sa liaison avec Jasia.

 

Robert, fidèle à sa manière, n'abandonne pas pour autant Sonia. Et elle, qui se réjouit toujours du bonheur des autres, n'en voudra pas un seul instant ni à son mari, ni à Jasia qu'elle aime comme sa propre fille...

 

Lorsque Robert meurt. Tania et Jasia s'en vont à leur tour, et Sonia se retrouve seule dans l'affreux et triste appartement où on les a obligé à s'installer. Elle se remet à lire paisiblement et elle puisera dans la lecture, la force d'être heureuse de ce qu'elle a, tout simplement et de continuer à aimer la vie.

C'est un très court roman d'une centaine de page, merveilleusement bien écrit.

Il est difficile à résumer car il parle de la vie, du destin, de la façon dont les différentes générations se construisent dans le contexte sociétal de leur époque et selon leurs origines familiales.

 

Au delà du plaidoyer pour la lecture... qui montre bien que si la lecture nourrit l'homme, apporte savoir et connaissance, elle ne peut se substituer à la vie réelle, c'est avant tout un roman sur la femme et son pouvoir de traverser les temps, de créer quelles que soient les conditions de vie, un univers familial chaleureux pour protéger du monde extérieur, la vie privée de sa famille.

 

Sonia, personnage qui paraît au départ totalement insignifiant voire transparent, est douée pour ça. 

Le lecteur s'attache à son histoire, à sa douceur, à son renoncement, à sa façon d'être heureuse des petits riens de sa vie, de recevoir ce bonheur comme un don qu'elle ne mérite pas, de passer à travers sa vie sans être aucunement troublée par les événements extérieurs...

Tout cela la rend émouvante, à la fois effacée et très vivante.

Elle nous touche par le don total qu’elle fait de sa personne et son amour pour ses proches qui va jusqu'à l'abnégation.

L'auteur, nous offre une véritable oeuvre d'art : elle brosse son personnage par petites touches successives comme si elle peignait un tableau. Elle décrit sans donner de détails toute une vie de misère mais une vie heureuse.

 

L'auteur nous parle aussi du contexte historique de l'époque : la Russie de Staline, la Seconde Guerre Mondiale, puis le régime soviétique et les années de communisme.

Elle nous touche par des suggestions émaillées au cours du roman et nous dresse le terrible tableau de la vie des artistes : la difficulté de vivre, la répression, les camps, l'impossibilité de s'exprimer à travers l'art, de se réunir, et le besoin de liberté dans la création et dans la vie.

Le mari de Sonietchka revient de cinq ans d’emprisonnement dans les camps staliniens. Le chemin qu'il parcourt, pour reprendre peu à peu goût à la vie, est long et difficile.

 

L'auteur en plus du personnage de Robert et de Sonia, nous offre aussi deux autres portraits de femme.

Tania, d'abord...leur fille, qui devenue adolescente multiplie les expériences sexuelles et qui, par opposition à ses parents, tous deux intellectuels fauchés, aspire à la liberté d'action et n'accepte aucune entrave. Au contraire de sa mère elle veut vivre intensément pour elle-même.

Jasia ensuite...qui aspire aussi à la liberté totale mais comme elle est issue d'un milieu populaire, elle rêve d'accéder à un milieu social plus élevé et à réaliser ainsi les espoirs de sa mère avant elle.

 

 

Extraits

 

"Dès son plus jeune âge, à peine sortie de la prime enfance, Sonietchka s’était plongée dans la lecture. Son frère aîné Ephrem, l’humoriste de la famille, ne se lassait pas de répéter la même plaisanterie, déjà démodée au moment de son invention : « A force de lire sans arrêt, Sonietchka a un derrière en forme de chaise, et un nez en forme de poire !" (p.9)

 

"Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre." (p.10)

 

"Ce goût pour la lecture, qui prenait l'allure d'une forme bénigne d'aliénation mentale, la poursuivait jusque dans son sommeil : même ses rêves, on peut dire qu'elle les lisait." (p.11)

 

"Et chaque matin était peint aux couleurs de ce bonheur de femme immérité et si violent qu'elle n'arrivait pas à s'y accoutumer. Au fond de son âme, elle s'attendait secrètement à tout instant à perdre ce bonheur, comme une aubaine qui lui serait échue par erreur, à la suite d'une négligence."(p.47)

 

"Elle était la fille de communiste polonais ayant fui l’invasion fasciste, chacun, par la force des choses, dans une direction différente : son père vers l’ouest, et sa mère, avec son bébé, vers l’est, en Russie. Cette dernière n’avait pas réussi à se fondre dans la masse des millions d’habitants de ce gigantesque pays et avait été charitablement déportée au Kazakhstan, où elle était morte après avoir vivoté tristement pendant dix ans, sans avoir perdu ses idéaux sublimes et absurdes. Jasia s’était retrouvée dans un orphelinat..."(p.61)

 

"Comme c’est bien qu’il ait désormais à ses côtés cette belle jeune femme, tendre et raffinée, cet être d’exception, comme lui ! songeait Sonia. Et comme la vie est bien faite, de lui avoir envoyé sur ces vieux jours ce miracle qui l’a incité à revenir à ce qu’il y a de plus important en lui, son art…" (p.89)

 

"Le soir, chaussant sur son nez en forme de poire ses légères lunettes suisses, elle plonge la tête  la première dans ses profondeurs exquises, des allées sombres et des eaux printanières." (p. 109)

 

A propos du roman...

 

Ce livre est traduit du russe par Sophie Benech...

Il a été publié en Russie, en 1995, traduit et publié en France en 1996. Il a obtenu, la même année, le "Prix Médicis Étranger", ex-aequo avec "Himmelfarb" de Michael Krüger (auteur Allemand).

 

Lorsque je regarde la longue liste des "Prix Médicis Étranger", je réalise que je n'ai pas lu grand chose de cette littérature étrangère, très littéraire, mais qui a le mérite de nous faire mieux connaître le pays d'origine de l'auteur.

 

 

Qui est l'auteur ?

 

Âgée de 67 ans (en 2011), la romancière russe, Ludmila Oulitskaïa est connue pour ses prises de position contre le gouvernement.

Elle est l'auteur de nombreux romans, nouvelles et pièces de théâtre, mais aussi de scénarios de films et a obtenu de nombreux prix en Europe. Ses livres sont traduits dans près de 30 langues différentes.

La difficulté d'être femme en Russie irrigue son oeuvre et les femmes restent les principales figures de ses romans.

 

Récemment, en 2011, elle a obtenu le "Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes"

Ce prix, créé à l'initiative de Julia Kristeva à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir (donc en 2008), a pour but de récompenser l’œuvre et l’action de femmes et d’hommes qui contribuent à promouvoir la liberté des femmes dans le monde, comme l'avait fait avant eux Simone de Beauvoir.

 

A propos de Ludmila Oulitskaïa...

Son oeuvre témoigne "d'un sens aigu de la justice et de la démocratie" ont déclaré les membres du Jury du Prix Simone de Beauvoir.

Le jury a voulu, d'après la présidente Julia Kristeva, "mettre l'accent sur la créativité des femmes, dans laquelle se manifeste et s'affirme leur émancipation ".

 

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 16:14
Tchinguiz Aïtmatov (Petite biographie de l'auteur)

Tchinguiz Aïtmatov (en russe : Чингиз Айтматов) est un écrivain kirghiz et soviétique considéré comme un des représentants parmi les plus prestigieux de la littérature soviétique.

 

 

De la jeunesse à l'âge adulte

 

Né le 10 décembre 1928 à Sheker (dans la province de Talas), en Union soviétique, où sa famille vit depuis sept générations, il est moitié Kirghize par son père et Tatar, par sa mère. Ses parents travaillent tous deux comme fonctionnaires.

 

En 1937, alors qu'il a à peine 9 ans, le père de Tchinguiz, Torokul, figure politique de premier plan, est accusé de "nationalisme bourgeois". Il est arrêté puis porté disparu.

Sa famille ne sait pas où il est : il a été fusillé comme "ennemi du peuple" lors des purges staliniennes.

 

On découvrira bien plus tard en 1991, grâce au témoignage d'une habitante de Chon Tash dont le père s'est confié sur son lit de mort, les corps de 137 hommes, tous responsables politiques, scientifiques et intellectuels, enterrés dans une fosse commune...tous victimes des purges staliniennes. 

 

Petit-fils de nomades, Tchinguiz va être élevé par sa grand-mère paternelle. Il intègre ainsi la vie et les traditions de la famille kirghize.

Sa grand -mère l'emmène avec elle à toutes les fêtes, aux mariages mais aussi aux enterrements.

Elle lui fait écouter des conteurs, des bardes et des chanteurs traditionnels sans savoir qu'un jour, son petit-fils deviendra un grand écrivain et décrira dans ses romans les légendes et les traditions kirghiz de son enfance.

 

Le jeune Tchinguiz travaille pendant toute la seconde guerre mondiale, dans les champs.

Dès 1943, il est chargé, en tant qu'assistant du secrétaire du soviet local, d'apporter aux familles de son village, les lettres annonçant la mort de leur proche au combat. Il restera assistant jusqu'en 1952.

 

Il occupe de nombreux emplois (peseur de coton, éleveur de bétail, batteur de blé, berger, collecteur d'impôts...) ce qui lui donne beaucoup d'expériences au contact des gens ordinaires, expérience dont il se servira dans ses oeuvres et qui ajoutera à la crédibilité de ses personnages.

 

En 1946, il étudit à l'école vétérinaire de Djamboul puis commence des études à l'Institut agricole, de Bichkek (anciennement nommée Frounze), capitale de l'actuel Kirghizstan.

 

En 1951, il se marie avec Keres Shamshobev, qui est médecin, avec qui il aura trois fils et une fille (puis le couple se séparera).

 

En 1952, il travaille à la ferme expérimentale de l'Institut de recherches scientifiques de Kirghizie où il devient spécialiste de l'élevage du bétail. Il y restera jusqu'en 1966.

 

Les débuts de la carrière littéraire

 

 

C'est cette année-là, en 1952, que commence réellement sa carrière littéraire. Ces écrits (romans ou nouvelles) racontent la vie simple et difficile de son village dans la jeune république socialiste.

 

Tchinguiz Aïtmatov va tout d'abord traduire des auteurs russes en kirghiz, quelques années à peine après qu’un alphabet ait été composé pour transcrire la langue de son peuple.

J'ai oublié de dire qu'il est bilingue !

 

Puis il va se mettre à écrire, directement dans sa langue maternelle. Il écrit en premier "Ak Jann" qui sera publié en 1954. Puis il écrit deux histoires courtes en russe : "Le journal de Boy Dzinio" et "Ashim", peu connues.

 

En 1956, il entre à l'Institut de littérature Maxime-Gorki de Moscou où il fait un stage et étudie la littérature jusqu'en 1958, année où il publie "Djamilia", son oeuvre la plus connue, qui le propulse au rang des grands écrivains.

Cette oeuvre sera très critiquée par ses ennemis. Elle sera jugée immorale. En effet, non seulement il était immoral pour une jeune femme de tomber amoureuse de quelqu'un d'autre, pendant que son mari se battait en Allemagne nazie, mais il était immoral d'en faire l'éloge...

 

 

Durant les huit années suivantes, il travaille comme journaliste, pour "la Pavda", la publication officielle du parti communiste qui sera dissoute en 1991 à l'arrivée au pouvoir de Boris Eltsine.

[Un autre journal portant le même nom, qui existe toujours aujourd'hui, sera ensuite créé : c'est actuellement le principal journal d'opposition à Poutine].

 

En 1959,  Tchinguiz Aïtmatov rejoint le Parti communiste.

 

En 1963, il reçoit le "prix Lénine de Littérature " pour son recueil de nouvelles intitulé : "Nouvelles des montagnes et des steppes".

A l'intérieur du recueil sont incluses les nouvelles : "Mon petit peuplier au fichu rouge" ; "L"oeil du chameau" ;  " le champ maternel" ainsi que, (je n'ai pas pu le vérifier ?)  "Djamilia" et "le premier maître"...

 

L'année suivante Tchinguiz Aïtmatov devient le premier secrétaire puis le président de l'Union Cinématographique de la Kirghizie. Il le restera jusqu'en 1985.

 

En 1965, Andrei Konchalovsky, jeune étudiant à l'Institut du cinéma de l'URSS, porte au cinéma "Le Premier Maître", film sélectionné au festival de Venise de 1965.

 

 

 

Ensuite Tchinguiz Aïtmatov se met à écrire uniquement en langue russe.


Il publie "Adieu Goulsary" qui obtient le Prix d'Etat de Littérature en 1966 et sera porté à l'écran par Sergueï Ouroussevski, en 1968. C'est la plus longue nouvelle de l'auteur écrite directement en russe.

Le Prix d'Etat, créé par Staline en 1939, s'appelait auparavant le "Prix Staline". Il récompensa au départ les opposants aux dictatures, puis les mérites exceptionnels dans le domaine culturel, scientifique, et littéraire...

 

A partir de 1967, Tchinguiz Aïtmatov devient membre du Conseil exécutif de l'Union des écrivains soviétiques.

 

Son livre, "Djamilia", est porté à l'écran par la réalisatrice russe Irina Poplavskaïa en 1969.

 

L'année suivante Tchinguiz Aïtmatov écrit "Il fut un blanc navire" (publié en 1972) qui sera adapté au cinéma par Bolotbek Chamchiev. Le film de 35 minutes sera présenté au Festival de Cannes en 1975. Il recevra de nombreuses distinctions dont le Grand Prix cinématographique de l'URSS à Bichkek en 1976, puis le Grand Prix du Festival international de Trente en 1977 et le Laceno d'argent au Festival International d'Avellino en 1977.
 

Tchinguiz Aïtmatov écrit ensuite "La Pomme rouge", puis en 1973, "L'Ascension du Mont Fuji". Tous deux seront portés à l'écran par les studios de cinéma Kirghizfilms en 1975 pour le premier et 1988 pour le second.

 

En 1978, Tchinguiz Aïtmatov reçoit le titre de Héros du travail socialiste, distinction récompensant l'ensemble de ses travaux.

 

La reconnaissance

 

 

Dans les années 1980, il est l'un des écrivains les plus reconnus d'Union soviétique. Il écrit de nombreux romans comme "Une Journée plus longue qu'un siècle" dans lequel il aborde le difficile thème de la répression et de la réhabilitation des dissidents, le rapport entre modernité et tradition, la préservation de l'environnement.

 

En 1981, il se remarie avec Maria Urmatov. La maison familiale est située à Bichkek, au Kirghizistan mais le calendrier exige qu'il vive une partie de l'année ailleurs.

 

Dans "Les Rêves de la louve" (le titre russe se traduit "Le Billot"), il évoque le trafic de drogue, le sacrifice de soi, l'existence de victimes expiatoires, le substrat religieux de la culture, thèmes tous tabous...

 

En 1983, il devient à nouveau lauréat du Prix d'Etat pour "Une Journée plus longue qu'un siècle".

 

Puis, de 1985 à sa mort, il sera président de l'Union des écrivains kirghiz.

 

Lui à qui on avait reproché son "pacifisme" va prendre une position très claire par rapport au stalinisme.

 

En mai 1987, il publie un violent réquisitoire contre Staline, dénonçant le mythe.

 

 

Il fait bâtir à Chon Tash, une petite commune près de Bichkek, la capitale du pays, un mémorial, "Ayat Beyit" (le cimetière de nos pères), dédié aux victimes du stalinisme, c'est là que son propre père est enterré aux côtés d'autres victimes des "purges staliniennes". Il sera d'ailleurs enterré lui aussi au même endroit.

 

Si vous voulez en savoir plus, rendez-vous sur le site où se trouve l'article "The secret of Chon Tash". Vous apprendrez comment les corps des 137 victimes de la Grande Purge stalinienne de 1938, parmi lesquelles le père de l'auteur, ont pu être mis à jour en 1991...

 

Portrait de l'auteur situé au mémorial  "Ayat Beyit" près de Bichkek où il est enterré aux côtés de son père

Portrait de l'auteur situé au mémorial "Ayat Beyit" près de Bichkek où il est enterré aux côtés de son père

Il devient rédacteur en chef de la "Revue Littéraire des Affaires étrangères de Moscou" à partir de 1988.

 

En 1989, il est à nouveau lauréat du Prix l'Etat pour le recueil  "Pie Chien courant le long du rivage".

 

L'engagement en politique

 

 

En 1990, il devient conseiller de Mikhaïl Gorbatchev qui vient d'arriver au pouvoir.

 

Dès l'indépendance du Kirghizstan en 1991, il devient un personnage dominant sur la scène politique. Il se rend en Europe et devient ambassadeur soviétique au Luxembourg, où il demeure jusqu'en 1994.

 

En 1994, il obtient le Prix autrichien de littérature européenne, prix international décerné chaque année en Autriche, à un écrivain européen.

 

De 2000 à 2008, il est ambassadeur de son pays, en résidence à Bruxelles, auprès de la Belgique, de la France, du Luxembourg et des Pays-Bas.

 

Il a été élu à l'Académie européenne des Sciences, des Arts et des Lettres à Paris. Cette académie, fondée en 1979, réunit les représentants de 33 académies nationales d'Europe, dont plusieurs sont des lauréats de Prix Nobel. Elle constitue une communauté d'experts de haut niveau. Son rôle est de soutenir la collaboration entre les nations dans le domaine de l'enseignement, des sciences et des arts...

 

Victime d'un malaise en Russie lors d'un tournage d'une adaptation cinématographique d'un de ses romans ("Une journée plus longue qu'un siècle"), il meurt à 79 ans dans un hôpital de Nuremberg (en Allemagne) le 10 juin 2008.

Il venait de déposer sa candidature pour le Prix Nobel de Littérature.

Le 14 juin, jour de son enterrement est décrété jour de deuil national par le président kirghize, Kourmanbek Bakiev.

 

 

L'hommage au grand écrivain

 

 

Après sa mort, le New York Times lui a rendu un fervant hommage en disant de lui qu'il était : "Un écrivain communiste dont les romans et pièces de théâtre avant l'effondrement de l'Union soviétique a donné une voix au peuple de la République soviétique de kirghize à distance".

 

Tchinguiz Aitmatov, dont les oeuvres ont été traduites dans le monde entier en plus de 170 langues différentes et vendus à plus de 60 millions d'exemplaires, a en effet largement contribué à faire connaître son peuple et ses coutumes

Ses oeuvres mettent en scène la vie quotidienne du peuple et des gens simples dans l'Asie centrale de l'époque soviétique, certes, mais nous questionnent aussi sur le sens de la vie, le destin de l'homme, l'obligation, à un moment donné de la vie, de faire des choix.

 

De nombreux ouvrages font référence à un mythe, un conte, une légende de son pays. Les animaux (chevaux, chameaux, loups, ... ) et la nature dans son ensemble sont prépondérants dans son oeuvre et apparaissent comme indispensables à la vie.

 

Même ses détracteurs qui soutiennent qu'il a été tout simplement au service du système communiste, ont reconnu la qualité de ses romans et sont respectueux des multiples distinctions dont il a été honnoré.

 

 

Petite bibliographie

 

 

 

(non exhaustive car de nombreux écrits n'ont jamais été traduits en français)

 

 

 

 

"Djamilia",(trad. Ana Dimitrieva, préf. Louis Aragon),
Paris, Gallimard, coll. "Folio" (n°3897),‎ 2010 (1re éd. 1958), 125 p. (
ISBN 978-2-07-042620-1)

 

 

"Nouvelles des montagnes et des steppes", 1963

 

"Mon petit peuplier" (1964)

 

"Le Premier Maître", 1964

1923 en Asie Centrale Sovietique. Diouchen, ancien soldat de l'Armée rouge s'installe dans un petit village dont il devient l'instituteur. Il explique sa mission, éduquer et apprendre à lire.  Mais personne ne veut l'aider. Il parvient à monter son école et les premières journées de classe sont difficiles. Il commet de nombreuses maladresses mais néanmoins les enfants continuent de venir presque tous les jours... Parmi eux deux élèves : Souvan, un garçon éveillé et intéressé par les études et Altynaï, une jeune fille convoitée par un seigneur local...
 

 

 

"Adieu Goulsary", 1968, éd. du Rocher, 2012

Tanabay est un fier Kazakh héros de guerre et loyal communiste qui fait pression en prenant une position comme un berger dans une ferme collective à l'ère stalinienne après la Seconde Guerre mondiale. La fierté et la joie de le collectif est un bel étalon nommé Gulsary. Après Gulsary gagne une course, le nouveau commissaire du collectif revendique le cheval bien-aimé et entêté, qui conduit à une bataille d'un testament. Tanabay et Gulsary sont tous deux punis et séparés de leur refus de se plier aux règles de l'ère stalinienne.

 

 

 

"Il fut un blanc navire", 1970 ; réédition Libretto, 2012.

À la limite du monde habité, dans les hautes montagnes de Kirghizie, un petit garçon vit seul parmi une poignée d'adultes où le seul être qui l'aime et le protège est son grand-père que nul ne respecte en dépit de son étrange sagesse. Le monde des grandes personnes demeure difficile, irrationnel et injuste. Contre lui, l'enfant se construit deux refuges en forme de légendes : l'une est un antique conte kirghiz, l'autre, entièrement de son cru, est l'histoire d'un blanc navire qu'il voit, du haut de sa montagne, traverser un lac lointain et sur lequel, un jour, il retrouvera son père...

 

 

"Souris bleue, donne-moi de l'eau" suivi de "Sultanmourat" . Récits, éd. Temps actuels, 1978 (épuisé mais peut se trouver d'occasion).

 

 

"Une journée plus longue qu'un siècle", traduit aussi parfois "LE JOUR DURE PLUS QUE CENT ANS" éd. Temps actuels, 1983 (épuisé mais peut se trouver encore d'occasion). Ce roman a été traduit dans le monde entier (y compris en chinois) et a obtenu en 1982 le Prix du meilleur livre étranger en Italie.

 

 

 

 

 

 

"Les Rêves de la louve", éd. Messidor collection Romans, 1987 (épuisé mais peut se trouver encore d'occasion).

 

 

 

"L'Oiseau migrateur face à face", 1989

 

"Povesti", 1998

 

"Le Petit nuage de Gengis Khan", Ed Globe 2001 (épuisé mais peut se trouver encore d'occasion).

 

"Tuer, ne pas tuer", Editions des Syrtes, 2005

 

Tchinguiz Aïtmatov (Petite biographie de l'auteur)

 

"Le Léopard des neiges", éd Le temps des cerises, 2008 (Indisponible)

Dernier roman de l'auteur...

 

Et peut-être, un inédit qui sera publié à titre posthume, roman inachevé et annoté retrouvé par sa famille, intitulé "La terre et la flûte".

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 08:13
Denoël, 2001 (1ère édition, 1958)

Denoël, 2001 (1ère édition, 1958)

Il y a un mois ou deux (je ne sais plus) j'ai lu une chronique à propos de ce livre sur le blog Lecturissime, un blog que j'aime bien suivre et sur lequel je pique souvent des idées de lecture.

J'avais vu que ce court roman était préfacé par Louis Aragon et que pour lui il s'agissait "de la plus belle histoire d'amour du monde".

 

Tentant, non ?

Voilà c'est chose faite. Je l'ai emprunté en médiathèque. C'est de toute façon un tout petit roman de la grosseur d'une nouvelle, qui se lit très vite et ne fait que 132 pages. Mais il faut prendre le temps de le savourer...

 

Louis Aragon a également co-traduit ce roman du kirghiz en français, avec A. Dimitrieva, traductrice  de nombreux ouvrages de Tchinguiz Aïtmatov disponibles en France.

 

Comme toujours je n'ai pas lu la préface en premier...je déteste ça ! Souvent je décroche pendant la lecture de ce qui est pourtant  une présentation de l'ouvrage, mais ne l'oublions pas, qui a forcément été écrite après la lecture du livre.

Quelquefois il y a trop de détails sur le livre ou les personnages, d'autres fois cela me donne des prérequis, des  impressions ou des repères chronologiques qui s'avèreront n'être pas du tout indispensables pour la compréhension de l'histoire mais qui seront utiles après lecture, lorsque je veux en savoir plus.

Je relis même avec bonheur certains passages du livre...

Bon vous l'aurez compris je déteste les préfaces  !

 

Collégienne, lycéenne ou étudiante, je me souviens avoir été incapable d'écrire une introduction ou une conclusion avant d'avoir rédiger mon devoir en entier. Les enseignants ne comprenaient pas ma démarche ! Et cela ne m'a jamais empêché de savoir exactement ce que j'allais écrire...et de me mettre dans l'ambiance, ni de poursuivre mes études :)

Bref tout comme je déteste voir un film avant d'avoir lu le livre...je lis les préfaces à la fin, je vous parlerai donc de la préface d'Aragon à la fin !

Le lieu

Le lecteur voyage au coeur du Kirghizstan, un pays d'Asie centrale montagneux longtemps habité par des nomades. Ce pays, aujourd'hui indépendant, était à l'époque du roman une République socialiste soviétique, intégrée dans  l'URSS.

L'histoire se déroule dans un village kirghiz en pleine mutation entre nomadisme et sédentarité, au coeur de paysages magnifiques de steppes (côté Kazakhstan) et de montagnes (côté Kirghizie ).

Au sein d'une famille matriarcale, Seït, jeune adolescent naïf et innocent, va être le témoin d'un amour immense mais impossible...

 

L'époque

L'histoire se passe durant la guerre de 40.  Tous les hommes valides sont partis au front. Les familles ont une vie difficile. Les personnes âgées, les soldats blessés, les jeunes enfants et les femmes sont tous obligés de continuer à travailler pour le kolkhoze, passant toute leur journée dans les champs afin de participer à l'effort de guerre et nourrir les soldats.

 

La langue d'origine :

Le Kirghiz est une langue encore parlée de nos jours qui appartient au groupe des langues turciques (langues ouralo-altaïques). Mais au Kirghizstan aujourd'hui, on parle aussi le russe.

 

L'histoire

 

Seït, le narrateur se souvient du temps où jeune garçon d'à peine 13 ans, il était resté le seul homme de la famille, suite au départ de ses frères pour le front...

Il nous raconte deux saisons passées auprès de sa belle-soeur, Djamilia qui attend en vain le retour du frère aîné, Sadyk, parti à la guerre peu après leur mariage.

 

Seït travaille dans les champs, s'occupe des chevaux et, en tant que seul homme de la maison, est censé protéger Djamilia des approches un peu trop fréquentes des autres djiguites (cavaliers) de l'aïl (le village).

 

Djamilia est fidèle à sa famille. Indépendante, parfois dure, elle sait très bien se protéger toute seule et travaille sans relâche, comme un homme.

Malgré tout, elle garde toute la fraîcheur de l'enfance et n'entend pas rester recluse dans cet univers féminin, où la femme mène la maison mais doit rester en retrait.

 

Djamilia et Seït sont très complices et si l'une est à peine sortie de l'enfance, l'autre est en train de s'en éloigner...

Le jeune Seït tombe peu à peu amoureux de sa jeune et belle, belle-soeur.

Il découvre peu à peu les sentiments contraires qui le lient à la jeune femme, la jalousie d'abord, pour celle qui l'appelle kitchiné-bala (petit garçon) et que lui nomme djéné ; la fascination pour sa beauté, ses éclats de rire, son rayonnement ; l'inquiétude pour sa fragilité, ses humeurs sombres ; et enfin, la joie de la voir si heureuse, une joie si intense que ce bonheur là, lui suffit à lui, alors qu'il découvre en même temps qu'il l'aime d'un amour immense...

En découvrant l'amour, il délaissera son enfance pour devenir un adulte, prêt à réaliser ses rêves, tout en s'ouvrant à la beauté de la nature qui l'entoure et à la création artistique.

 

Danïiar est un jeune orphelin revenu au village. Ayant fait la guerre il a été blessé à une jambe et reste boiteux. Souvent muet et taciturne, il n'en est pas moins observateur.

Lorsqu'il est chargé d'accompagner Djamilia et Seït pour amener le grain à la gare pour les soldats, il ne parle pas de la journée, mais peu à peu s'attache à la jeune femme et tombe amoureux.

 

Un jour Djamilia et Seït font une blague à Danïiar, en plaçant dans sa charette un sac très gros et très lourd, que tous deux ne peuvent porter qu'à deux.

Mais celui-ci, par fierté, le porte sur ses épaules à destination, boitant sur sa jambe blessée. Ce soir-là, le retour au village se fait dans le silence et la tristesse.

 

Le lendemain, Djamilia s'excuse à sa façon et lui explique que c'était une plaisanterie. Le soir venu, le coeur léger lors du retour au village, Danïiar se met à chanter et Djamilia tombe sous le charme.

Émue, elle comprend toute la poésie, l'hymne à la vie,  à la liberté et à l'amour...que contiennent ses chansons.
 


Il aura fallu du temps, beaucoup de souffrances et des chansons superbes, pour que cet amour ose apparaître au grand jour et défier les conventions ancestrales...

Car "Tout homme n'a qu'une vie"...

 

 

Ce que j'en pense

 

Ce petit roman est un moment de lecture très agréable car il est très poétique. 

Le style très littéraire pourra rebuter certains adolescents et nécessiter quelques explications dont certaines seront données par la préface d'Aragon.

Il faut laisser du temps à l'auteur pour installer ses personnages et se laisser ensuite porter par la poésie du texte.

Les premières pages plantent le décor : il faut s'accrocher.

Nous sommes au coeur du village et nous découvrons les personnages et leur vie quotidienne durant la seconde guerre mondiale. Le lecteur s'immerge dans un lieu éloigné de nos traditions pour mieux comprendre l'intrigue.

 

Il y a plusieurs histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres...

D'abord  l'histoire de Seït et de Djamilia, la vie de famille, les relations avec les autres membres du village, puis il y a Danïiar et sa rencontre avec les deux jeunes gens.

 

Au delà de l'histoire d'amour, ce roman nous parle de l'art, de la poésie, des chansons qui vantent la beauté du monde, la sauvagerie de la steppe et celle des hommes, mais nous parlent aussi de la vie et de la liberté...

 

Le jeune Seït (le narrateur) nous touche car il ne comprend pas toutes les subtilités du monde des adultes. Il assiste sans pouvoir y mettre des mots à la naissance de l'amour et en devient, par son innocence, le complice...

Mais en contre-partie, il découvre la beauté du monde, de la poésie, de l'amour et la souffrance. C'est à ce prix-là qu'il peut trouver sa voie et devenir ce qu'il rêve d'être : un artiste.

 

 

Louis Aragon et la préface

 

Louis Aragon a accepté de traduire ce roman car pour lui, je l'ai déjà dit "c'est la plus belle histoire d'amour du monde". Il était donc normal qu'il accepte d'en écrire la préface.

Lorsqu'Aragon découvre cette oeuvre dans une revue soviétique, sa rencontre avec "Danïiar et Djamilia, dans l'été de la troisième année de la guerre, dans cette nuit d'août 1943, quelque part dans la vallée du Kourkouréou, avec leurs chariots à grains, et l'enfant Seït qui raconte leur histoire", il veut tout savoir du peuple kirghiz et de ce jeune auteur débutant qui a tout juste 30 ans, et vit quelque part en Asie centrale. Comment est-ce possible qu'il soit capable d'écrire une aussi belle histoire ?

Aragon nous fait part, dans sa préface, du fruit de ses recherches : sur le pays, sur les traditions, sur la religion, sur l'atmosphère de ces contrées, sur les paysages et sur l'auteur... Il faut donc la lire !

 

La préface se termine par ces mots :

"Mon Dieu, comme le monde est encore jeune et beau ! Comme rien n'est épuisé, comme tout peut encore faire battre le coeur des hommes !  [...]

Merci, mon Dieu à qui je ne crois pas, pour cette nuit d’août à laquelle je crois de toute ma foi dans l’amour". [Aragon, 1959]

 

L'auteur...

Lire sa biographie sur mon blog ICI.

 

Extraits

 

"Djamilia était vraiment  belle. Élancée, bien faite avec des cheveux raides tombant droit, de lourdes nattes drues, elle tortillait habilement son foulard blanc, le faisant descendre sur le front un rien de biais, et cela lui allait fort bien et mettait joliment en valeur la peau bronzée de son visage lisse. Quand Djamilia riait, ses yeux d’un noir tirant sur le bleu, en forme d’amande, s’allumaient d'une jeune ardeur..." (p. 41)

 

"Oui, j'étais jaloux de Djamilia, je l'idolâtrais, j'étais fier qu'elle fût ma djéné, fier de sa beauté et de son caractère indépendant, libre. Nous deux, nous étions les amis les plus intimes et nous ne nous cachions rien l'un à l'autre". (p 43).

 

" Djamilia elle-même avait saisi la main de Danïiar et quand ils eurent ensemble sur leurs mains croisées soulevé le sac, lui, le pauvre diable, il rougit de confusion...Je voyais comment il était mis à la torture, comme il se mordait intensément les lèvres, comme il s'efforçait de ne pas regarder Djamilia directement..." (p 66).

 

"Et la nuit était une splendeur. Qui ne connaît les nuits d'août avec leurs étoiles lointaines à la fois, et proches, extraordinairement brillantes ! Chaque petite étoile est en vue. En voilà une, comme engivrée sur ses bords, qui n'est que scintillation de petits rayons glacés, du ciel sombre elle regarde notre terre avec un naïf étonnement. Nous roulions dans le défilé, et moi je la regardais là-haut longuement." (p 81-82)

 

"Sa voix s'était immiscée en moi, elle me poursuivait à chaque pas...J'écoutais cette voix...et dans tout ce que je voyais et entendais, je croyais entendre la musique de Danïiar...Fermant les yeux...devant moi se dressaient des tableaux étonnamment familiers, qui m'étaient chers depuis l'enfance : tantôt à cette hauteur où volent les grues au dessus-des yourtes...tantôt..." p 89

 

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