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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 06:48
Il pleuvait des oiseaux / Jocelyne Saucier

Je ne connais pas grand chose à l'histoire du Canada et je ne connaissais rien des terribles "Grands feux" qui ont marqué par leur nombre considérable de morts, les habitants de la région nord de l'Ontario, près de Matheson, au tout début du XXe siècle.

 

Une photographe pugnace (dont on ne connaîtra jamais le nom) qui désire faire un reportage pour son journal, est à la recherche d’un certain Ted Boychuck (dont le prénom change avec les récits) seul témoin et survivant de ces terribles incendies qui ont ravagé la région. Des témoins l'auraient vu errer pendant des jours dans le brasier, à demi aveugle, à la recherche de...on ne sait pas qui...

 

Sa quête mène la jeune photographe dans une petite communauté de vieux, épris de liberté, vivant isolés avec leurs chiens pour tout compagnon, dans leur cabane en rondin, loin de toute civilisation. Ils ont choisi de disparaître pour toujours en forêt...et ont changé d'identité.

 

Malheureusement elle arrive trop tard, puisque celui qu'elle cherche, vient de mourir emportant avec lui ses ultimes secrets...

Mais est-ce bien sûr ?

 

La photographe va faire un peu mieux connaissance avec les deux vieillards, Tom et Charlie. "A eux deux, ils font presque deux siècles ".

Ils lui affirment que même s'ils ont choisi de fuir la civilisation pour vivre leur vie et choisir leur mort, Ted est mort de mort totalement naturelle. 

Oubliés de tous, leur seule peur est de voir arriver une assistante sociale qui voudrait les amener dans une de ces maisons où l'on enterre les vieux vivants, avant l'heure.

 

Là dans leur cabane près du lac, cachée dans la forêt, avec leur chien, leurs patates au lardon pour le déjeuner, ils sont les plus heureux des hommes...et sont à l'abri de leur besoins grâce à l'argent qu'ils récoltent pour la culture de plantes illégales qu'ils écoulent par l'intermédiaire de deux amis, Steve et Bruno.

Steve est l'hôtelier du coin et Bruno  les ravitaille en vivres même en hiver.

 

Mais un  jour, Bruno va leur apporter un cadeau pas du tout prévu au programme, une vieille tante qui avait passé sa vie, enfermée dans un asile de fou, et qu'il a réussi à "enlever", Marie Desneige.

Dès lors la petite communauté se trouvera définitivement bouleversée. Elle va leur démontrer que rien n'est jamais impossible quel que soit son âge et que la vie peut recommencer...

Elle va se lier d'amitié avec la jeune photographe qu'elle surnommera  Ange-Aimée.

La photographe va découvrir les réponses à ses nombreuses questions lorsqu'ils vont se décider à profaner "l'héritage de Ted" caché dans sa petite cabane fermée par un cadenas : de nombreuses toiles, peintes par Ted y racontent la folie des jours qui ont suivi l'incendie...et la mystérieuse histoire de deux magnifiques soeurs jumelles qu'il a aimé jusqu'au dernier jour.

 

 

Mon avis

 

Le titre de ce roman, m'a beaucoup attiré : je le trouve très beau.

C'est un roman très pudique et émouvant qui parle de la vieillesse avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, et sonne toujours juste. 

 

La solidarité qui existe dans la petite communauté prouve que la vieillesse peut être un moment heureux quand on n'est jamais seul. 

Les personnages sont tous très marquants même si certains nous paraissent improbables : on a envie de croire à leur existence. Chacun échappe à ses démons et à ses peurs, au souvenir de son ancienne vie comme il peut. La mort bien sûr est omniprésente mais le roman n'est pourtant pas du tout triste, d'autant plus, que chacun se réserve le droit de choisir quand il décidera de tirer sa révérence. 

 

Le lecteur ne saura jamais le véritable nom des personnages, ni dans quelle forêt canadienne se situe l'action...

La construction du roman fait alterner l'histoire racontée par les personnages avec une voix off en italique qui énoncent les faits.

C'est un roman à découvrir, qui a reçu plusieurs prix et qui a fait l'objet d'une adaptation cinématographique. 

 

Quelques extraits

 

L'homme muet et immobile au pas de sa porte ne pouvait pas être celui que je cherchais. Trop calme, trop solide, presque débonnaire malgré ce regard qui fouillait le mien à la rechercher de ce qui s'y cachait. Animal, c'est le mot qui m'est venu en tête. Il avait un regard animal...(p. 15)

 

Nous savions tous les trois ce qu'il importait de savoir. Il y avait un pacte de mort entre mes p'tits vieux. Je ne dis pas suicide, ils n'aimaient pas le mot. Trop lourd, trop pathétique pour une chose qui, en fin de compte, ne les impressionnait pas tellement. Ce qui leur importait, c'était d'être libres, autant dans la vie qu'à la mort, et ils avaient conclu une entente. (p 39)

 

Ses cheveux,  d'abord ses cheveux, c'est ce que j'ai vu en premier, un ébouriffement de cheveux blancs au-dessus du tableau de bord, des cheveux tellement vaporeux, on aurait dit de la lumière, un éclaboussement de lumière blanche, et sous l'éclat des cheveux, deux yeux noirs effrayés. (p. 57)

 

Le feu a des caprices qu'on ne s'explique pas. Il va sur les plus hauts sommets, arrache le bleu du ciel, se répand en rougeoiement, en gonflement, en sifflement, dieu tout-puissant, il s'élance sur tout ce qui est vivant, saute d'une rive à l'autre, s'enfonce dans les ravins gorgés d'eau, dévore les tourbières, mais laisse une vache brouter son herbe dans son rond de verdure... (p. 77)

 

Elle en était venue à les aimer plus qu'elle n'aurait cru. Elle aimait leurs voix usées, leurs visages ravagés, elle aimait leurs gestes lents, leurs hésitations devant un mot qui fuit, un souvenir qui se refuse, elle aimait les voir se laisser dériver dans les courants de leur pensée et puis, au milieu d'une phrase, s'assoupir. Le grand âge lui apparaissait comme l'ultime refuge de la liberté, là où on se défait de ses attaches et où on laisse son esprit aller là où il veut. (p.92)

 

L'endroit était un ravissement. Cachée derrière une étroite bande de terre, la baie recevait  un jeu d'ombre et de lumière qui s'amusait dans les eaux du lac. Sur la rive quelques escarpement rocheux, des trouées blondes et sablonneuses, de minuscules plages baignées de soleil, et derrière, une végétation abondante, une forêt de cèdres dont l'odeur camphrée éloignait les moustiques, là était tout l'avantage de l'endroit. Ils y avaient un camp d'été...(p.130)

 

Elle lui explique qu'elle n'a jamais connu ça, les baisers, les étreintes, elle n'a connu que les affaires faites en vitesse dans une cage d'escalier, derrière une baie, la jupe relevée, et un homme pressé d'y arriver et d'en finir, parfois un résident, parfois un surveillant, aussi jeune ou aussi vieux qu'elle, et pourtant elle ne s'en plaint pas, elle a toujours aimé le bidiwiwi... (p .156)

 

 

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 08:16
La ballade d'Ali Baba / Catherine Mavrikakis

Originaire du  Québec, l'auteur est enseignante à l'Université de Montréal. Sa renommée gagne la France où elle a été deux fois déjà sélectionnée parmi les finalistes du Prix Femina.

Non sans humour, elle se décrit elle-même dans ce nouveau roman comme "la romancière à qui l’on reproche sans cesse de ne parler que de macchabées".

C'est un hommage au père disparu qu'elle nous livre dans son roman et le récit d'un deuil difficile à faire.

 

 

De quoi ça parle ?

 

Enfant, Erina admirait Vassili, son père et ce n'est pas un hasard si elle était, parmi les trois filles, sa préférée. D'abord elle porte le nom de la mère de Vassili, morte très jeune en Algérie, ensuite, elle est son portrait caché.

 

Vassili est mort depuis quelques mois déjà. Aussi  Erina est-elle surprise de le rencontrer (lui ou son fantôme ?) dans les rues glacées de Montréal, sous une tempête de neige terrible.

Ce n'est pas un hasard en fait, car il a quelque chose à lui demander.

Il étouffe dans l'étroite cavité du tombeau où la famille a enterré ses cendres : il charge Erina de le libérer, de jeter ses cendres dans un lieu qu'elle devra choisir elle-même, et de le laisser vivre sa vie et faire tout ce qu'il n'a pas pu accomplir de son vivant...

 

Pour accomplir sa tâche, Erina devra elle aussi se libérer de l'emprise paternelle et faire son deuil d'un père qui l'a pourtant souvent abandonnée. Pour cela elle devra prendre le chemin des souvenirs...

 

Son père était considéré comme un fabulateur par les adultes, mais il était un conteur formidable pour ses enfants.

Fantasque et séducteur dans l'âme, il a toujours conquis, sans difficulté, son monde et autant les hommes que les femmes.

Beau parleur, il a fait de nombreuses conquêtes jusqu'à ce que sa femme en est assez.

 

Il a beaucoup voyagé et a parfois emmené ses filles (Erina, 9 ans et les jumelles, Adriana et Alexia, 6 ans) avec lui. 

Comme cette fois-là en 1968 où il décide de les emmener à Key West pour y passer le réveillon du nouvel an et voir le soleil de 1969 se lever sur la mer. Elles n'avaient jamais vu la mer...

Cette mer que lui a tant aimé durant son enfance !

Ou bien le jour où il les conduit avec leur mère cette fois à Kalamazoo, chez leur tante mais il ne reviendra jamais les chercher. Il avait promis de ne jamais les abandonner.

 

Voyager pour lui cela a été d'abord, fuir (Rhodes) à l'âge de six ans, avec sa mère et sa fratrie pour aller vivre en Algérie (à Alger) jusqu'à l'âge adulte, loin de la guerre.

Puis, libéré de l'obligation (et de la promesse faite à sa mère sur son lit de mort) de s'occuper de ses soeurs, il migre ensuite vers l'Amérique pour y retrouver son père disparu depuis plusieurs années.

Enfin, voyager a été aussi pour lui, une façon d'aller voir ailleurs s'il ne pouvait pas y être plus heureux, plus admiré, plus aimé... ou bien tout simplement une façon de ne plus avoir peur de s'attacher et de souffrir à nouveau...

 

Erina a eu du mal à grandir avec un père pareil. Elle s'est sentie abandonnée quand il est parti et que ses parents ont divorcé.

Maintenant devenue adulte, elle cherche toujours à comprendre ce père insaisissable, qui disparaissait pour ne jamais revenir, mais pour qui elle a tant compté au point même qu'il n'a pas hésité à la mener dans les Casinos, jusqu'à Las vegas, prétextant qu'elle lui porterait chance.

 

Elle comprend que la vie de son père n'a pas toujours été facile et qu'il a eu lui-même une enfance douloureuse et solitaire faisant de lui un éternel exilé, qui n'a jamais su où poser ses valises...

D'enfant (trop) responsable, il est devenu un adulte (trop) irresponsable.

 

 

Le roman nous emmène de Key West à Las Vegas, Montréal, Rhodes, Alger, Florence, Kalamazoo, Marseille et New York...

Le roman traverse le temps et les océans sans suivre une quelconque chronologie.

Le lecteur perçoit à travers la vie tourmentée de Vassili Papadopoulos, ce qu'a été la vie et les espoirs des migrants grecs sans que l'auteur, pour autant, ne s'apesantisse sur les désillusions et les drames...

 

L'écriture est agréable et fluide. Les personnages sont attachants. Certains passages sont très émouvants.

 

Bref, il était temps que je découvre cet auteur...

 

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