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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 06:26
Actes sud, 2015

Actes sud, 2015

Ce soir encore ton oreiller est baigné de larmes.
A qui rêves-tu ? Viens, viens vers moi.
Je m'appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit.
Pleure, pleure dans mes bras. L'aube est loin encore...

 

Voilà un auteur que je ne connaissais pas du tout il y a 3 semaines et que j'ai découvert avec plaisir pendant ma pause suite à la chronique de Nath, du blog "Un chocolat dans mon roman", qui nous parle d'une autre série, "Le poids des secrets",  dont elle a commencé la lecture. 

 

Aki Shimazaki est un auteur d'origine japonaise, installée au Canada depuis plus de trente ans. Sa particularité est qu'elle écrit en français ce que je ne savais pas, bien que Nath le dise dans sa chronique (pourtant je l'ai lu attentivement !). 

Elle a écrit trois séries :

"Le poids des secrets" dont vous pourrez lire la présentation du premier opus sur le blog de Nath et très bientôt les prochains...

Cette série a obtenu le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada. 

"Au coeur du Yamato" , qui a permis à l'auteur d'obtenir le Prix littéraire Asie de l'Association des écrivains de langue française.

Et sa troisième, dont je ne connais pas le titre et dont "Azami" est le premier opus. 

 

C'est un roman qui se lit en une seule soirée et qu'on a du mal à lâcher. J'espère donc trouver la suite en médiathèque prochainement ! 

 

Azami est un prénom japonais féminin qui signifie "fleur de chardon". En lisant ce livre, le lecteur découvre que même si l'auteur écrit en français, elle nous parle de sa culture...

L'action se passe d'ailleurs au Japon et de nombreuses expressions, traduites à la fin du texte, étayent le roman.

L'écriture simple et légère m'a plu d'emblée, dès les premières pages. J'y ai retrouvé la poésie, la délicatesse, la sensualité et la pudeur des écrits asiatiques, sans toutefois occulter le besoin d'exprimer l'humain derrière l'histoire et son ressenti, qu'il s'agisse de sexe, de l'odeur d'une fleur, du désir de vivre, ou du plaisir de partager un bon repas...

 

Il faut que je m'en aille.
Elle baisse la tête. Je vois sa nuque blanche et les quelques mèches de cheveux tombant dessus. La rondeur de sa poitrine ressort sous sa tunique. Je saisie ses bras. Le parfum du savon. Soudain, mon corps frissonne. Je brûle de désir. Elle lève les yeux vers moi. Avant qu'elle ne prononce un mot, je couvre ses lèvres des miennes.

 

L'histoire

 

Mitsuo Kawano est rédacteur dans une publication culturelle mais rêve de fonder sa propre revue d'histoire. Marié et père de deux enfants, il mène une vie tranquille avec Atsuko qu'il aime profondément et admire beaucoup. C'est un père et un mari attentionné. Mais depuis la naissance des enfants leur vie de couple n'est plus la même et de temps en temps, lorsque Atsuko part à la campagne avec les enfants, il s'amuse un peu en ville, fréquente les salons de charme, ou mange seul au restaurant. 

 

Ce jour-là sa vie bascule lorsque le hasard met sur sa route Gorô Kida, un ancien camarade de lycée avec qui il n'avait pas particulièrement sympathisé à l'époque et qu'il n'avait pas revu depuis plus de 24 ans.  

Devenu le président d'une importante compagnie, ce dernier l'invite dans un club hors de prix où jamais Mitsuo ne pourrait se rendre avec son salaire.

Alors que les deux hommes refont connaissance en discutant, Mitsuo découvre avec stupéfaction que la jeune femme si attirante qu'il  a tout de suite remarqué durant la soirée, n'est autre que Mitsuko, une ancienne camarade de classe devenue entraîneuse.

 

Le choc est d'autant plus rude que Mitsuko a été son premier véritable amour et qu'il a gardé d'elle un merveilleux souvenir. C'était une jeune fille brillante en classe et très cultivée qui rêvait de faire de grandes études, mais qui, arrivée en cours d'année, n'était pas revenue à la rentrée suivante, attisant ainsi le mystère autour d'elle.  

 

Il n'en faut pas plus à Mitsuo pour que cette rencontre ravive ses désirs de jeunesse et ses rêves d'amour fou.

Il ne peut que chercher à en savoir plus sur elle et faire tout pour la revoir. 

Pendant ce temps, sa femme décide de réaliser ses rêves et de monter sa propre entreprise de culture de légumes bios à la campagne. Elle s'absente de plus en plus souvent...


 

Mon père me répétait : La vie parfaite n'existe nulle part. Sois content de ce que tu as. D'abord de ton nom reçu à la naissance.

 

Voilà un court roman de 130 pages, écrit sur une note tout à fait intimiste. L'auteur nous parle d'un couple et de sa fragilité mais aussi de passion, de trahison et de souffrance. 

Le lecteur est pris aussitôt par l'histoire et découvre très vite que Mitsuo est victime d'événements de plus en plus compromettants pour lui qui habite une petite ville de province. En effet, cela paraît tout simplement impossible que tant de hasard puisse avoir lieu dans sa vie dans une période aussi courte...

 

Je suis, vous l'aurez deviné conquise par la douceur de ce roman. Tout est en retenue, minimaliste et aucun sentiment n'est clairement exprimé...

Je vais sans nul doute avoir un été placé sous le signe de Aki Shimazaki.

C'est superbe !  

Je pense à son genji-na au bar X., Azami. Le même nom que je lui avais donné dans mon journal intime à l'époque. Elle serait surprise si elle le savait. C'était mon invention, mon secret. Mais comment a-t-elle aussi choisi ce surnom. J'aimerais bien le savoir.
L'azami. Je trouve cette fleur unique, avec sa forme particulière et sa couleur violette. On n'en offre pas en cadeau à cause des épines pointues sur ses feuilles. Une fleur d'un abord difficile.

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 17:26
L’incolore Tsukuru Tazaki et ses année de pèlerinages / Haruki Murakami

Tsukuru est parti à Tokyo pour y faire ses études. Derrière lui, à Nagoya, il a laissé ses quatre amis de lycée.  Akamatsu (surnommé Rouge), Omi (Bleu), Shirane (Blanche) et Kurono (Noire) formaient avec lui, un groupe de cinq amis inséparables, un groupe uni, apparemment indestructible…

 

Jusqu’au jour où, arrivé comme d’habitude en début de vacances chez ses parents, les autres lui ont signifié, de manière abrupte,  qu’ils ne désiraient plus le voir, sans pour autant lui donner d’explications…

Tsukuru persuadé d’être incolore (car son nom ne contient pas le nom d’une couleur) ne cherche pas davantage à savoir pourquoi. Triste et déboussolé, il rentre à Tokyo, évite autant que faire se peut de revenir lors des ses vacances chez ses parents, et tombe pendant plusieurs mois dans la dépression. Il ne mange plus et maigrit  énormément, ne dort que s’il a bu un verre de whisky, ne rate pas un seul cours car il s’astreint, pour ne pas sombrer complètement, à une discipline très stricte.

 

Pendant seize ans, il ne cherchera pas à savoir ce que sont devenus ses amis.

 

D’ailleurs depuis il a eu du mal à se lier d’amitié. Il a un jour rencontré Haida à la piscine. Étudiant lui aussi (mais en physique) les deux jeunes gens ont passé plusieurs mois ensemble et des week-ends à discuter de tout et de rien, avant que celui-ci ne disparaisse à son tour au retour des vacances de printemps, sans explication.

Tsukuru a appris qu’il avait interrompu ses études et libéré sa chambre d’étudiant. Il n’avait pas songé, durant ces nombreux mois d'amitié, à lui demander son adresse à Akita...

 

Tsukuru a bien eu aussi quelques aventures amoureuses mais toujours sans lendemain.

 

Maintenant devenu adulte, Tsukuru a changé. Il est devenu architecte et s’adonne à sa passion : dessiner des gares. Il a toujours adoré ces lieux où il s’installe souvent  pour simplement voir des gens monter et descendre des rames. Cela l’apaise…Mais il garde en lui, un fond de tristesse, une distance avec les êtres, comme s’il avait peur de souffrir à nouveau.

 

C’est ce que ressent Sara, une jeune femme de deux ans son aînée qui lui plaît beaucoup, et avec qui il entame une relation. Elle refuse même de venir chez lui parce qu’elle veut, qu’avant tout qu'il tente de résoudre ses problèmes.

Pour l’aider, elle lui propose de faire des recherches sur internet pour découvrir ce que ses amis sont devenus...

 

C’est ainsi qu’il apprend que Blanche a été sauvagement assassinée, que Noire a épousé un finlandais et qu’elle vit là-bas en Finlande avec ses deux petites filles, que Bleu vend des voitures de luxe tandis que Rouge a monté sa propre société et organise des séminaires, pour former les salariés des entreprises à l’auto-évaluation…

 

Alors Tsukuru décide tout simplement, mais fortement poussé par son attachement à Sara et par la jeune femme elle-même, de prendre quelques jours de vacances pour aller les voir...

C'est la première fois qu'il a la chance de rencontrer quelqu'un qui lui plaît et de vivre un amour durable.

 

Pour Tsukuru, c’est le début d’une sorte de pèlerinage, un retour vers le passé à la fois douloureux, mélancolique, mais libérateur et instructif, un retour vers la jeunesse perdue à jamais.

 

"Tout ne s’est pas dissous dans le flux du temps ?" s’interroge t-il. "A cette époque, nous croyions avec force à quelque chose, nous avions la capacité de croire avec force".

 

Ce que j’en pense

 

Malgré un début un peu perturbant, car on ne sait pas trop où l’auteur nous emmène, la suite se révèle très prenante. Je découvre cet auteur avec ce roman.

 

Ce jeune homme, "incolore", réduit à néant par son groupe d'amis qui représentait toute sa raison de vivre et qui met seize ans à reprendre goût à la vie, ne peut pas laisser le lecteur indifférent.

Car, s'il a pu engloutir au fond de lui-même sa profonde déception, au point, pour se protéger, d'atrophier ses sentiments, il ne renoncera pas à aller courageusement vers la vérité, lorsqu'il rencontrera une jeune femme qui le comprend.

 

C'est un roman initiatique où notre étrange héros est en quête de vérité mais surtout en quête de lui-même. Lui qui a cherché l'apaisement et l'oubli, en s'asseyant tout simplement dans les gares pour voir passer les trains et monter-descendre les voyageurs, sans jamais pour autant quitter son quotidien rassurant, ni son travail, seule source d'épanouissement dans sa vie, va être capable de partir très loin, pour connaître la vérité.

 

Il s'interrogera sur le sens de la vie, de l'amitié et de l'amour...

 

Les rêves et leur possible interprétation, la musique, les légendes sont omniprésents dans le roman, ajoutant au suspense du roman, une pointe de mystère.

 

 

Ce roman a été traduit par Hélène Morita.

 

Cet auteur a reçu de nombreux prix :

- Prix Yomiuri de Littérature, en 1995.

- Prix Franz-Kafka de Littérature, 2006.

- Prix Jerusalem de la liberté de l’individu dans la société, en 2009.

Il a été plusieurs fois favori pour le Prix Nobel de Litterature... Un auteur à suivre donc !

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 09:45
Akiko Yosano, "poétesse de la passion"

Qui était Akiko Yosano ?

 

Akiko Yosano (Akiko est son prénom, Yosano est son nom d'épouse mais au Japon nous devrions écrire son nom à l'envers car le nom patrimonial précède le prénom, donc Yosano Akiko) est le nom de plume d'une écrivaine  japonaise, poètesse et essayiste qui a été pionnière en tant que femme dans son pays non seulement par l'audace de son écriture mais aussi grâce à son engagement pour la cause des femmes japonaises. Féministe pacifiste, elle a été très active dans son pays.

Elle est considérée comme la plus grande femme poète du Japon moderne, la plus célèbre, mais aussi une des plus controversée.

 

 

Née le 7 décembre 1878, elle s'est éteinte le 29 mai 1942 en pleine Guerre du Pacifique, ce qui explique que sa mort accidentelle soit (presque) passée inaperçue.

 

Akiko Yosano est née dans une famille de commerçants à Sakai, près d'Osaka. Son père possédait une confiserie prospère.

Mais à l'âge de 10 ans, elle doit travailler dans le magasin familial pour remplacer sa soeur aînée qui vient de se marier, la seconde étant souvent malade. Elle est souvent absente de l'école, mais elle a la chance, ses parents étant riches, de pouvoir la fréquenter...

Elle se passionne dès l'enfance pour la lecture d'oeuvres littéraires classiques et pioche la plupart de ses lectures dans la bibliothèque familiale. Grâce à l'influence de son frère aîné, elle lit aussi des revues littéraires.

 

Elle quitte définitivement l'école à 16 ans et travaille dans l'entreprise familiale tout en écrivant des wakas, qu'elle envoie à des revues.

 

[le waka est une forme de poésie japonaise qui comprend deux genres : le tanka (poème court de 31 syllabes) et le chôka (poème long)].

 

C'est le soir dès la fermeture du magasin et avant l'extinction des feux qu'elle lit ses classiques ou écrits ses poèmes.

 

 

Lors d'une compétition de poésie, elle rencontre Tekkan Yosano, un poète venu faire des conférences qui deviendra son mari (après son divorce) et avec qui elle aura douze enfants (dont un qui mourra peu après la naissance). Amoureux, le couple s'installe à Tokyo mais ne peut se marier qu'en 1901.

 

Son premier recueil publié en 1901 "Cheveux emmêlés" (Midaregami) est très bien accueilli par la critique et propulse sa carrière littéraire. Elle y parle dans les 399 poèmes qui le composent de l'amour qu'elle éprouve pour son mari. Elle confirme dans cette oeuvre romantique, sensuelle et érotique, son statut de pionnière d'une nouvelle identité féminine qui servira de modèle à toute une génration de poète.

 

Extrait de "Cheveux emmêlés"

 

Court est le printemps,

Qu'y a-t-il dans la vie

Qui soit immortel?

Et j'autorisai sa main

Sur la rondeur de mes seins

Ignorant la Voie

Insouciants de l'avenir

Méprisant la gloire,

Seuls ici s'aimant d'amour

Toi et moi nos deux regards


 

Son mari Tekkan est aussi un poète, mais il se rend vite compte que les capacités de sa femme sont beaucoup plus grandes que les siennes et il l'accepte.

Pendant la guerre russo-japonaise, en 1904, elle publie un poème dédié à son frère : "Ne donne pas ta vie", un poème qui devient célèbre. Son frère en effet est jeune marié et sa femme est enceinte.

Ce poème est devenu le symbole de la protestation anti-guerre... car elle y dénonce le danger lié à l'idée de nationalisme qui incite les hommes "à accepter de mourir en obéissant".

 

 

 

Extrait de « Ne donne pas ta vie »

 

Oh, mon frère, je pleure pour toi
Ne donne pas ta vie
Le dernier enfant parmi nous
Tu es le plus bien-aimé par mes parents
T'ont-ils fait empoigner l'épée
Et enseigné de tuer?
T'ont-ils élevé jusqu'à 24 ans
En disant de tuer et mourir?

Parmi les nombreux magasins à Sakai
Notre famille a un des plus grands
Tu vas en être propriétaire
Ne donne pas ta vie
Que le fort de Ryojun soit détruit ou pas détruit,
quelle est la différence?
Tu ne sauras pas qu'il n'y a pas de telles règles
Chez nous, les commerçants…

 

**************

 

En 1911, elle accepte de parrainer la première revue littéraire entièrement écrite et éditée par des femmes, qui deviendra une revue féministe, "les bas bleus" (Seitö). Elle y annonce le prochain avènement des femmes dans des vers intitulés "Voici venu le jour où les montagnes grondent".

 

En 1912 dans son dixième recueil, elle parle librement de la maternité et de l'accouchement enfreignant sans aucune inquiétude les tabous à ce sujet...

 

Extrait de "Douleurs de l'accouchement"

 

Je suis malade aujourd'hui,
malade dans mon corps,
les yeux grands ouverts, silencieux,
Je m'allonge sur le lit de l'accouchement.

[...]

Il y a une seule vérité.
Je vais donner naissance à un enfant,
la vérité conduite vers l'extérieur de mon intériorité.
Ni bon ni mauvais, réel, sans imposture à ce sujet.

Avec les premières douleurs de l'enfantement,
tout d'un coup le soleil pâlit.
Le monde indifférent va étrangement calme.
Je suis seul(e).
Il est seul, je suis.

 

A cette date, mère de sept enfants et auteur de dix recueils de poèmes, elle rejoint à Paris, son mari qui lui manque trop. Sans délaisser pour autant  sa carrière de poète, elle va d'adonner au journalisme en écrivant sur "la question des femmes", un sujet de société qui intéresse la presse.

 

Elle rédige durant son voyage un recueil de poèmes "De l’été à l’automne" et ses  impressions de voyage qui sont publiées dans une revue, puis regroupées dans un recueil "De Paris", en 1914. Elle en terminera l'écriture à son retour. Dans ce dernier texte, elle livre les descriptions des lieux et des activités qu'elle a aimés, ou au contraire peu appréciés, avec bien sûr son regard et sa culture orientale.

 

Son séjour ne durera que cinq mois, car prise d'un irrépressible mal du pays et de l'envie de voir ses enfants, confiés à la jeune soeur de son mari, elle rentre au Japon.

 

A son retour dès 1914, elle s'engage davantage : elle revendique la liberté concernant l'éducation des filles...elle prône l'éducation égalitaire ainsi que le droit de vote.

Elle collabore au "Journal de Paris" dans lequel elle écrit sur la condition des femmes, faisant par de ses réflexions suite aux observations qu'elle a pu effectuer non seulement à Paris mais à Londres.

Deux thèmes sont récurrents : d'abord la différence physique entre la physionomie des Français et des Japonais : elle a pris conscience de sa propre étrangeté ; ensuite, la condition des femmes et l'état du féminisme en Occident mais aussi au Japon.

 

Sa vision est un peu réductrice  et sera très critiquée car elle a vu de nombreuses prostituées à Paris...et pas du tout à Londres.

"Il me semble étrange que ne naisse pas en France, parmi les hommes et les femmes éduqués, un mouvement luttant contre l’augmentation de ces prostituées. Les Français ne peuvent attirer les touristes avec ce libertinage. La France ne possède-t-elle pas les arts, le savoir, les sciences et de merveilleux paysages pour séduire les visiteurs ? Certains disent que c’est cela la liberté française, mais je ne crois pas que la liberté puisse avoir pour autre nom celui d’immoralité." […]


Les poèmes de son mari se vendant mal, elle doit par elle-même gagner davantage sa vie (elle a de nombreux enfants). Il lui faut écrire encore plus. Elle peut percevoir des avances sur ses recueils de poèmes, donne des conférences  et se met à enseigner aux femmes.


En 1919, elle obtient un poste à l'Université.

En 1921, elle fonde "l'Institut de la Culture" (le Bunka Gakuin) à Surufadai avec Isaku Nishimura, architecte, Hakutei Ishii, peintre, et Tekkan, son mari.

C'est la première école mixte au Japon : elle devient doyenne et professeur en chef.

 

 

Dans les années qui suivent, elle apporte toute son énergie à la traduction du  "Dit du Genji" (Genji Monogatari Shinyaku), à l'écriture de poèmes et aux critiques.

Elle restera très engagée pour défendre les droits des femmes en particulier le droit à l'éducation, jusqu'à sa mort accidentelle en 1942.

Par son action, elle a aidé de nombreux auteurs à émerger dans le monde littéraire.

 

Elle a écrit près de 50 000 Tankas regroupés et édités dans des recueils.

Elle a traduit des classiques japonais en langue japonaise moderne. Sa dernière œuvre traduite, "Shin Man-yôshû" (qui signifie approximativement "Collection des dix mille feuilles"), une des premières anthologies nationales de waka datant de 760 et composé de 4496 poèmes.

Cette oeuvre gigantesque a été rebaptisée "New Man'yôshû" et traduite entre 1937 et 1939.

 

Certains de ses poèmes ont été mis en musique et en chansons.

Son tanka "Cheveux emmêlés" a donné lieu à un montage théâtral et chorégraphique, joué par la Compagnie Seraph. (Théâtre de femmes franco-japonais).

 

Yosano décède accidentellement d'un accident vasculaire cérébral en 1942, à l'âge de 63 ans. Elle repose au cimetière Tama Reien, à Tokyo.

Le politicien japonais Kaoru Yosano est l'un de ses petits-fils

 

 

Petite Sitographie

 

- le site de Clio revues offre des extraits de textes "Le séjour à Paris d'une Japonaise" et une analyse de l'oeuvre, proposés par Claire Dodane (Maître de conférences au Département Japonais de la Faculté des langues / Université Lyon 3). A noter Claire Dodane a rédigé sa thèse "Yosano Akiko, poète de la passion et figure de proue du féminisme japonais", sur Akiko Yosano, ouvrage paru en 2000 et récompensé par le prix Shibusawa-Claudel (en 2000). Elle est actuellement chargée de cours à l'Université et spécialiste des femmes écrivains du Japon moderne.

 

- l'article de Wikipedia sur la poétesse japonaise.

 

- L'article du site "Culture japonaise." Site francophone de François Tamon.

- Info presse : Des poèmes de Yosano Akiko, jamais publiés ont été retrouvés dans un restaurant (juin 2014) !

Le couple Yosano et leurs enfants en 1912 date à laquelle elle rejoint son mari à Paris

Le couple Yosano et leurs enfants en 1912 date à laquelle elle rejoint son mari à Paris

Entends le poème !
Qui oserait nier le rouge
Des fleurs dans les champs ?
Savoureuse jeune fille
Coupable dans le printemps

Quand à l’eau je livre
Mes cheveux longs de cinq pieds
Combien sont-ils doux !
Mais mon coeur de jeune fille
Secret je veux le garder

La couleur pourpre,
A qui donc la raconter ?
Tremblements de sang,
Pensées émues de printemps,
En pleine floraison la vie !

Il est temps, je pars,
Et au revoir me dit-il
Ce dieu de la nuit
Dont la manche m’effleura,
Mes cheveux mouillés de larmes

Les cheveux dénoués
Dans la douceur de la pièce
Le parfum des lis
Je crains qu’ils ne disparaissent
Rouges pâles dans la nuit

Toi qui n’as jamais
Touché une peau douce
Où coule un sang chaud,
Ne te sens-tu pas triste,
Et seul, à prêcher la Voie ?

D’un rouge profond
Les deux pétales de rose
Qui forment tes lèvres
Que tu ne chantes un poème
Sans parfum de noblesse !

Frêles d’apparence
Sont les fleurs de l’été
Mais rouges écarlates
Qui comme cet amour d’enfant
Rient au soleil de midi !

 

"Cheveux emmêlés", Traduit du japonais par Claire Dodane, Les Belles Lettres, coll. "Japon", série "Fiction".

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