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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 06:15
Editions Philippe Picquier, 2016

Editions Philippe Picquier, 2016

Deux fois par mois, l'hélicoptère de la mairie centrale venait désinfecter l’Île aux Fleurs. En plus, deux fois par jour, après avoir retourné la terre, un tracteur aspergeait le sol d'insecticide. Sans ses précautions les employés n'auraient pas pu travailler à cause des nuées de mouche.

Ils avaient beau se laver, la puanteur restait attachée à leurs vêtements. Et ils n'en avaient guère de rechange dans leur cabane. Tout ce qu'ils portaient, que ce soit au travail, pour dormir, ou au repos, chez eux, c'étaient des choses récupérées au dépotoir...

 

Roman traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet

 

Jeongho, surnommé Gros-yeux, n'a que 14 ans quand il doit quitter son quartier et sa vie quasiment normale. En effet depuis que son père est en prison (en fait dans un camp de rééducation), sa mère ne s'en sort pas et il a dû quitter le collège pour l'aider, et maintenant, ils se retrouvent sans logement.

Un ami de la famille leur tend la main et propose à la mère de travailler dans l'immense décharge à ciel ouvert de Séoul.

Là-bas, le jeune Gros-yeux perd tous ses repères mais retrouve une vie rythmée par le travail et les repas. Et puis sa mère a l'air plus heureuse qu'avant et moins fatiguée que lorsqu'elle travaillait au marché. 

 

Mais rien n'est simple pour autant. Les travailleurs sont exploités pour un salaire de misère et fouillent dans les ordures déposées par les ballets incessants des camions. La micro-société qui s'est développée autour de ce business est très hiérarchisée et les familles doivent veiller à rester à leur place. Tous vivent dans des cahutes misérables et dans des conditions inhumaines et dangereuses.

Rejetés par la société bien-pensante et huppée de la ville, qui pourtant déverse abondamment ses propres ordures à cet endroit, les gens qui y vivent sont d'une grande pauvreté. 

 

Gros-yeux va se lier d'amitié avec le jeune fils du protecteur de sa mère, que tout le monde appelle le Pelé (car il a une plaie à la tête et pas de cheveux à cet endroit). C'est un jeune garçon qui passe pour être benêt car il est bègue...

Reconnaissant de cette amitié nouvelle pour lui qui est si solitaire, le jeune garçon va faire découvrir à Gros-yeux, les anciens habitants de l'île ainsi que la famille du ferrailleur dont la fille est un peu chamane.

 

Avant, à cet endroit, vivaient des agriculteurs qui cultivaient des céréales et des arachides. Ils étaient heureux d'habiter leur île, l'Ile aux Fleurs, avant qu'on ne les expulse pour en faire une gigantesque décharge à ciel ouvert. Ensemble, ils entretiennent la mémoire des anciens métiers, des vieux outils, de ce qui n'est plus et ne sera jamais plus.

 

Mais quel rapport y a-t-il entre eux et les lueurs bleues que seul le Pelé arrive à voir à la tombée de la nuit ?

 

De l'endroit où ils se trouvaient, ils avaient vu sur le fleuve avec, en son milieu, une autre petite île boisée. Une barque naviguait à la voile. Sur la berge, une vache broutait paisiblement avec son veau. Des canards s'ébrouaient sur l'eau créant autour d'eux des auréoles de vaguelettes, d'autres s'envolaient d'entre les herbes sauvages de la rive...

 

Voilà un livre qui fait réfléchir...
 

Ce roman décrit la vie quotidienne au coeur de la décharge de Séoul qui a réellement fonctionné pendant quinze ans de 1978 à 1993. La décharge s'étalait sur 4 kilomètres de longueur....

 

A cette époque, la Corée du Sud s'industrialise et sous la dictature du Park, elle devient de plus en plus consommatrice. Mais ce développement ne profite pas à tous, vous vous en doutez. L'auteur nous parle donc de ces oubliés, mis à l'écart de la société, qui survivent dans des conditions inhumaines. Mais ils savent cependant conserver les valeurs d'antan, attachent de l'importance aux fêtes traditionnelles, et entre autres aux rites chamaniques. 

Ce roman apparaît alors comme un roman à la fois écologique puisqu'il dénonce la société de consommation, mais aussi politique car il dénonce le communisme et ses dérives dictatoriales.

 

L'auteur expose les faits avec des mots simples et percutants et nous les recevons en plein coeur. Tout est bâtie pour opposer les images d'un avant idyllique, à notre société de sur-consommation et de gaspillage. 

C'est aussi un roman très fort sur l'amitié et sur l'acceptation des différences. 

 

La postface, écrite par les traducteurs, est bienvenue et éclaire le lecteur sur le contexte historique du roman, en donnant des pistes d'interprétation.

 

​​​​​​​C'est un roman pour adolescents et adultes à lire à partir de 15 ans.

Du même auteur sur ce blog, vous trouverez...

 

Nanjido, cette Île aux Fleurs où l'écrivain, bien avant l'arrivée des camions et des bulldozers, allait jouer dans son enfance (il habitait sur l'autre rive du fleuve), était connue pour sa beauté, prisée des peintres, des poètes et des oiseaux migrateurs. Elle n'est plus aujourd'hui, une île, mais une immense colline en forme de tombe, reconvertie en parc arboré où les familles aiment à déambuler les dimanches ensoleillés.
Extrait de la Postface écrite par les traducteurs.

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 06:17
 Editions Serge Safran, 2016

Editions Serge Safran, 2016

A ce moment-là, alors que je disais adieu à ma jeunesse, je me rendis compte à quel point je l’avais aimée.

 

Avis de l'éditeur sur la 4ème de couverture :

En Corée du Sud, dans les années soixante. Chun et son copain Inho abandonnent les cours pour vivre dans une grotte puis faire l’été une grande virée dans leur pays encore marqué par l’occupation japonaise et la guerre. De retour à Séoul, ils reprennent leurs études, forment un cénacle avec leur nouvel ami, le peintre Chang Mu, se retrouvent tous au café Mozart. Chun et Mia entament une relation amoureuse qui les entraîne vers l’île de Cheju. Mais Mu meurt de la tuberculose et Chun est arrêté pour avoir manifesté.

En prison il rencontre "Lieutenant" avec qui il part travailler sur des chantiers et en mer. C’est alors qu’il découvre, par une belle nuit, l’"étoile du chien qui attend son repas", autrement dit Vénus.

Enfin, après avoir voulu devenir moine et rescapé d’une tentative de suicide, il est appelé sous les drapeaux.


Ainsi ce beau périple initiatique à plusieurs voix, où s’entremêlent premières amitiés et amours, recherche spirituelle, aspiration à la liberté, se termine avec ironie par le départ pour le Viet Nam du principal narrateur, enrôlé pour cette guerre américaine qui n’est pas la sienne.

 

Le roman est traduit du coréen par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot.

Nous sommes en 1960 en Corée.

Chun, le narrrateur principal est sur le quai de la gare : il va partir pour le viêtnam faire une guerre pour laquelle il ne se sent pas concerné. 

Mais avant de partir, il tient à dire au revoir à sa mère qu'il aime profondément, à son jeune frère encore au collège et à tous ses amis qu'il ne reverra plus pendant longtemps...

 

Et les souvenirs de sa jeunesse l'assaillent...

 

Il se remémore ses camarades de lycée, la perte d'un de ses amis d'alors, tombé sous les balles lors d'une manifestation, les soirées où les jeunes lycéens se retrouvent ensemble pour boire  et refaire le monde dans un café du centre ville, le café Mozart...

Mais alors que certains d'entre eux poursuivent leurs études sans problèmes, Chun, rebelle à toute autorité, et considéré comme un être à part, à la fois indiscipliné et rêveur, parce qu'il aime avant tout passer son temps à lire, décide de quitter le lycée pour vivre sa vie et faire le tour du pays qu'il ne connaît pas.

 

Dans une lettre magnifique qu'il écrit à son professeur, responsable de la classe cette année-là, il expose ses motivations et sa propre vision de l'apprentissage et, sans demander l'avis de sa mère, il quitte le lycée pour aller quelques temps s'installer dans une grotte avec son ami Inho.

 

La sensation paisible que me procurait le vent en effleurant mes sourcils, la procession des nuages aux formes changeantes, les jeux de couleur, de densité, de lumière et d'ombre que créaient les rayons de soleil en se posant sur la surface des choses... ces sensations m'ont paru enrichir ma vie plus que les six heures de cours du matin et de l'après-midi où je suis assis dans ma classe.

 

Mais après ce temps de retraite spirituelle et de réflexion, les jeunes gens partent explorer le pays...

 

Les découvertes sont nombreuses : la vie paysanne est rude et éloignée de toute modernité. Mais c'est la découverte de la vie ouvrière qui sera, au cours de ce périple initiatique, une véritable révélation pour Chun...

 

Il me fallut attendre l’âge de vingt ans pour sortir des livres et prendre conscience de toute l’énergie qu’exigeait la dure vie de travailleur.

 

C'est un roman à plusieurs voix où, tour à tour, Chun et ses amis prennent la parole pour évoquer, avec beaucoup de nostalgie, leur jeunesse, leur vie à l'école, leur attirance pour les filles, les traditions, et leurs doutes...

 

Dans ce roman largement autobiographique, l'auteur de "Princesse Bari", roman que j'avais beaucoup aimé, et chroniqué sur ce blog, nous montre la jeunesse coréenne de l'époque.

Une jeunesse sans espoir d'avenir, prise entre traditions et modernité, désireuse de s'émanciper mais complètement enfermée dans l'enfer disciplinaire des institutions scolaires quasi militaires...

L'uniforme y est certes de rigueur et se doit d'être impeccable, mais les notes et le classement de chacun sont affichées dans le couloir à la vue de tous, la longueur des cheveux, mesurée au millimètre près, les poches des pantalons, cousues pour ne pas risquer d'y glisser les mains...et d'avoir ainsi une attitude irrespectueuse.

 

L'humour est cependant bien présent donnant un peu de légèreté à ce témoignage d'une jeunesse en perdition qui s'éloigne peu à peu de tous ses rêves et de l'espoir de vivre différemment de leurs aînés...

Il faut prendre le temps d'entrer dans la vie de cette jeunesse pour mieux la comprendre et prendre nos propres repères pour les suivre dans leur périple et leurs réflexions.

 

Le roman est étayée de nombreux extraits de haïkus et de poèmes coréens...mais aussi d'auteurs occidentaux.

L'écriture est magnifique, les descriptions à la fois réalistes et très poétiques. C'est un roman empreint de nostalgie, mais jamais triste pour autant.

 

L'auteur nous peint aussi par petites touches discrètes, la situation politique et sociale du pays.

Il nous montre un pays exsangue, en manque de repères, tout juste sorti de l'occupation japonaise en 1945, puis des suites de la guerre de Corée qui a duré de 1950 à 1953, un pays où la vie dans les campagnes comme dans les villes y est désespérée...mais où tous tentent pourtant de trouver une raison de vivre.

 

Encore un auteur à découvrir. 

Je voudrais acquérir la capacité de créer, plutôt que d’apprendre par cœur.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1943 en Mandchourie, Hwang Sok-yong traverse l’histoire contemporaine de la Corée tant par sa personnalité qu’à travers son œuvre.

Sa lutte contre la dictature et sa volonté de faire un pas vers la Corée du Nord le mènent en exil d’abord, puis en prison.

Chacune de ses publications nous fait découvrir une page de l’histoire de la Corée et une vision d’ensemble sur l’évolution de la société sud-coréenne par l’intermédiaire d’un récit palpitant.

Il est auteur de "L’Invité", "Chim-chong, fille vendue", "L’Ombre des armes", ainsi que de recueils de nouvelles tels que "La Route de Sampo ou Les Terres étrangères", le vieux jardin ou Princesse Bari"

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 08:14
L'Asiathèque mars 2016

L'Asiathèque mars 2016

 

Kong Li, un grand Lettré faisant parti des hauts fonctionnaires, est revenu dans les montagnes de Diamant, les célèbres montagnes où se trouve l'ermitage Myong-wol, où il était venu prier voilà plusieurs décennies pour que les esprits lui accordent la naissance d'un fils.

Son voeu a été réalisé car peu de temps après son voyage, sa femme s'est retrouvée enceinte et Yi Si-paek, leur fils, est né : il a aujourd'hui 16 ans.

Kong Li est devenu entre temps, gouverneur de la province de Kangwon, située justement dans ces montagnes.

Voilà pourquoi il vient de s'y installer aujourd'hui, avec son fils...

 

A peine arrivé, il reçoit au palais la visite d'un ermite du nom de Pak Hyon-ok, vivant dans ces montagnes avec sa famille.  Celui-ci lui propose de conclure un mariage entre Yi Si-paek et sa propre fille.

Kong Li n'est pas surpris puisqu'une certaine prophétie le lui avait annoncé dès la naissance de son fils.  

Ébloui par l'honneur qui lui est fait, car l'ermite est quelqu'un de très érudit, un lettré très connu pour sa connaissance du Dao, Kon Li accepte aussitôt et la date du mariage est choisie sans tarder, un jour faste de l'année suivante.

 

Le mariage a lieu...mais la jeune fille, bien que très intelligente et érudite elle-aussi, est très laide, pour ne pas dire carrément repoussante. 

La physionomie de la jeune Pak était repoussante, mais son caractère agréable et sa connaissance du Dao incommensurable : il n'y avait rien qu'elle ignorât de toutes les choses du monde.L'ermite la considérait comme une personne extraordinaire et, lorsqu'il avait quelques moments de loisir, il appelait la jeune fille, la faisait asseoir devant lui pour lui parler des événements présents et passés : les réponses de la jeune fille jaillissaient comme l'eau vive et, même s'il s'agissait de choses que son père ignorait, elle les expliquait avec intelligence. (p 9- 10)

 

Le soir des noces, le jeune fils de kong Li s'enfuit épouvanté. 

Pendant des mois, toutes les nuits, Yi Si-paek va se recroqueviller dans un coin de la chambre et s'enfuir au matin. Le mariage ne sera pas consommé. 

 

Peu avant le mariage, Kong Li est devenu directeur du département des Fonctionnaires, une grande faveur de la part du roi. Il est parti s'installer dans  la capitale pour y exercer ses fonctions en emmenant toute sa famille loin des montagnes. 

Seule et isolée, la jeune Dame Pak trouve un peu de réconfort auprès de Kye-hwa, sa jeune servante qui lui est toute dévouée, et de son beau-père qui fait la leçon à son fils, lui reprochant de ne s'attacher qu'aux apparences.

Kong Li est également mécontent après sa femme qui est pleine de ressentiment et de dépit à son égard de lui avoir choisi une belle-fille aussi laide...

- Comment cette personne peut-elle être ma belle-fille ? Si elle reste près de nous, comment pourra-t-on la regarder ?
Le kong fut mécontent et dit :
- Même si physiquement la nouvelle épousée est laide, ses dons sont extraordinaires, dans son cœur la connaissance du Dao et de la Loi Bouddhique est grande et complète ; elle est d'une grande chasteté. Assurément, c'est là une personne qui fera briller notre maison. Femme, comment pouvez-vous critiquer la laideur de son visage ? (p. 25)

 

Un jour, Dame Pak demande à ses beaux-parents de lui construire un pavillon près de leur demeure où elle pourra se livrer tranquillement à ses passions, loin du bruit et de l'agitation de la maison, tout en continuant à les servir. Aussitôt kong Li s'exécute et agrémente le pavillon d'un magnifique jardin. 

Une fois installée, la jeune femme fait tout son possible pour faire usage de ses dons. Elle conseille les uns, les prévient des dangers qu'elle pressent, invite son époux à utiliser un encrier spécial pour qu'il réussisse dans sa carrière et en particulier à l'examen de kwago, passage obligé pour devenir un haut fonctionnaire.

 

Un jour son père, venu en visite, lui révèle qu'elle doit, par sa terrible laideur, expier des fautes commises dans ses vies antérieures et que maintenant est venu le temps de retrouver son vrai visage.

Tout va alors changer dans la vie de Dame Pak...

Une fois retiré le masque hideux de son visage, elle devient d'une époustouflante beauté et, en même temps que sa beauté, elle développe ses dons surnaturels.

 

...le kong resta quelque peu incrédule et il regarda Dame Pak attentivement : avec ses lèvres de corail et son visage de jade, elle était étonnamment belle, d'une beauté incomparable. Le coeur troublé il restait silencieux... (p 51-52)

 

Son érudition et son intelligence, ainsi que ses dons immenses lui permettent de faire appel à  la magie et au surnaturel. Elle aidera ainsi son mari, devenu ministre des Affaires militaires, à repousser l'armée ennemie. Elle sauvera la famille royale en la cachant dans une zone protégée et démasquera une espionne venue pour tuer son mari. 

Demain après le crépuscule, une chanteuse [une prostituée] qui dira se nommer Sol Chung-mae et être originaire de Wonju dans la province du Kangwon, se rendra dans votre bibliothèque et, si par hasard, vous êtes attiré par le doux visage de cette femme et si vous la faites venir dans votre chambre, alors, pendant la nuit, vous serez victime d'un grand malheur. Parlez donc comme ceci et comme cela à cette femme et envoyez-la dans ma chambre... (p 73)

 

Enfin, en tuant les deux généraux qui commandaient l'armée ennemie, elle sauvera définitivement son pays des envahisseurs.

Dame Pak pourra alors vivre enfin des années heureuses...

 

 

*********************************************

 

C'est à la fois un roman d'aventure, un conte empli de poésie, faisant appel au surnaturel et un roman d'avant-garde par son côté féministe. 

 

Dame Pak est l'exemple même de la femme insoumise et qui entend bien mener sa barque comme elle l'entend. Elle vit à l'opposé des femmes de son époque qui restent toutes confinées à l'intérieur du foyer sans rien dire.

Mais sous ses côtés insoumis, elle représente pourtant un certain idéal féminin : elle est belle (enfin pas au début de l'histoire) ; elle est serviable, et sert ses beaux-parents tout en restant fidèle aux ancêtres ; elle est courageuse et ne manque pas une occasion de faire le bien autour d'elle et de plus, elle est érudite et capable de conseiller son époux pour l'aider dans sa réussite professionnelle. 

 

Dame Pak est un personnage fictif et donc sans doute légendaire, une héroïne qui, par ses actions, vise à redonner confiance au peuple, honteux des défaites subies par son pays. 

En cela ce roman fait partie des romans patriotiques dans lesquels l'auteur n'émet aucune critique à l'encontre du roi ou des représentants de l'autorité. Le roi est représenté sous son meilleur jour, toujours plein d'humanité envers son peuple ou ses fonctionnaires. 

C'est d'ailleurs amusant de penser que la seule issue aux invasions des ennemis soit l'intervention de la magie !

 

La mythologie coréenne fait souvent appel à deux mondes antinomiques, l'un sacré l'autre profane, ce qui laisse à penser que l'auteur s'est largement inspiré d'une légende ou d'un mythe existant. 

Beaucoup de mythes et de légendes anciennes se sont ainsi peu à peu transformés lors de la transmission orale.  

Puis, ils ont été recopiés maintes fois par écrit, dans des romans manuscrits, et souvent combinés à des histoires vécues (certains personnages du roman ont réellement existé) : ils sont ainsi devenus des oeuvres littéraires à part entière.

 

Tout dans ce roman rappelle la transmission orale : la répétition à la fin de certains chapitres de la phrase "Écoutez ce qui va suivre" visant à aiguiser la curiosité du lecteur (=auditeur dans ce cas précis), ou "on raconte que" avertissant le lecteur de l'invention de ce qui va être dit ; le peu de description des lieux ; mais aussi le peu de cas porté à la psychologie des personnages qui sont décrits avec juste ce qu'il faut pour se les représenter. 

 

 

Ce roman a été traduit du coréen par Kim Su-shung et Marc Orange.

C'est un texte classique remarquable, paru pour la première fois chez l'Asiathèque en 1982, qui fait ici l'objet d'une révision en profondeur...dans le cadre de l'année France-Corée.

 

Marc Orange, titulaire d'un doctorat "Etudes extrême-orientales, littérature coréenne", directeur de l'Institut d'études coréennes du Collège de France de 1992 à 2002, président de l'Association française pour l'étude de la Corée (AFPEC) et lauréat du Prix culturel Sejong 2013, est en effet un coréanologue éminent. 

Le texte en français est suivi de la reproduction en fac-similé d'une édition du roman en coréen, composé verticalement et de droite à gauche.

 

Une introduction de Li Ogg précède le roman. Elle concernait l'édition de 1982 qui regroupait à la fois "Histoire de Dame Pak" mais aussi, une autre roman, "Histoire de Suk-hyang".

Li Ogg est aujourd'hui décédé, c'est pourquoi le traducteur qui a été son élève, a décidé de publier cette introduction dans son intégralité, avec juste quelques références littéraires en notes. 

Li Ogg était un historien de la Corée ancienne. Il a été le fondateur des études coréennes en France. On lui doit plusieurs livres sur l'histoire de la Corée. Il a été enseignant à l'université de Paris VII. Si vous voulez en savoir plus sur cet historien de la Corée, j'ai trouvé cette biographie sur le site France-Corée

 

L'auteur de ce roman n'est pas connu pour diverses raisons.

La plupart des romans publiés en Corée du temps de la dynastie des Yi (1392-1910) étaient eux aussi anonymes.

 

Peut-être les copistes de l'époque qui transcrivaient les récits manuscrits, ont-ils tout simplement négligé de le transcrire ?

 

Ce dont on est sûr c'est que les Lettrés de l'époque, grands admirateurs de la littérature et de la civilisation chinoise, méprisaient les romans écrits en "hangeul" qu'ils jugeait trop "vulgaires".

Le "hengeul" est cette langue coréenne écrite, créée au XVIe siècle, et que les clercs ont voulu écarter. Elle est restée utilisée uniquement par les femmes jusqu'à son rétablissement comme langue coréenne au XIXe siècle.

 

Mais peut-être l'auteur a-t-il choisi tout simplement de garder l'anonymat pour avoir plus de liberté et être protégé lorsqu'il en venait à parler dans ses oeuvres de mesures sociales ou poliques, critiquant ainsi par ses propos les autorités royales ? Mais cela paraît peu vraisemblable puisque de nombreux auteurs coréens de cette époque, connus pour être des révoltés critiquant les décisions politiques, sont des auteurs qui ont toujours signés leurs écrits...

 

Quoi qu'il en soit, ce roman fait partie des premières grandes oeuvres de la littérature romanesque féminine, écrites en "hangeul". Il fait partie des classiques toujours en faveur, que ce soit en Corée du nord ou en République de Corée. 

 

J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire.

 

Les nombreuses notes de bas de pages permettent de se repérer facilement dans les lieux, les fonctions et les traditions de la Corée de l'époque et nous permettent d'en savoir plus, si on le désire.

A noter... ce n'est pas obligatoire de les lire pour entrer dans le roman et en faire une première lecture. Elles sont par contre indispensables pour comprendre le contexte de l'époque car les événements historiques sont réels.

 

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 08:02
Nouvelles traduites du coréen par François Blocquaux et Lee Ki-jung

Nouvelles traduites du coréen par François Blocquaux et Lee Ki-jung

"NON PAS CONVAINCRE MAIS VAINCRE : là est la quintessence de la controverse. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons".

ainsi commence le recueil...

 

Voilà réunies dans ce recueil, six nouvelles toutes regroupées sous le thème de l'art de la controverse, comme l'indique le titre. 

Mais ne vous y trompez pas, sous leurs aspects combatifs, les héros de ces nouvelles sont tous des êtres fragiles, profondément meurtris par leur éducation et par leur passé...

 

- Dans "l'art de la controverse" (nouvelle qui a donné son nom au recueil), le narrateur retrouve lors d'un forum sur l'Extrême-Orient, l'éminent professeur Hyeon qu'il rêvait depuis longtemps de rencontrer. Mais au moment où, invité dans le bureau de ce dernier, il trouve enfin un sujet qui lui permettra de ne pas sombrer dans le ridicule, le professeur Hyeon se met à lui raconter l'histoire du magnifique sabre qu'il possède, sabre ayant appartenu à un amiral du pays de Yan, au temps des Royaumes Combattants.

S'en suivent de délicieuses joutes oratoires où chacun ira de sa ruse, cherchant sans relâche le point faible de l'autre, pour gagner...

Le narrateur, pourtant formé à l'art de la controverse depuis son plus jeune âge par son père, n'aura de cesse de faire appel à ses souvenirs pour s'en sortir...

Mais y-aura-t-il bien un gagnant ?

Cette nouvelle a reçu en Corée le Prix de la meilleure nouvelle en 2014, prix décerné par un jury de critiques littéraires. 

 

- Dans "Par ici, par là", le lecteur retrouve Yang, un paysan de 50 ans qui vit tranquillement dans un petit hameau.  Il n'a jamais rien changé au rituel de sa vie quotidienne, rassurante et bien réglée, même depuis que ses enfants ont quitté la maison. Tous les matins, il part travailler dans les champs et les rizières pour faire vivre sa famille. Depuis toujours, pour s'y rendre, il emprunte un chemin "par ici", qui passe à côté du moulin. 

Mais une idée lui trotte dans la tête. Et si ce matin, il prenait ce chemin "par là", qui passe contre le moulin aussi, mais de l'autre côté ! 

Heureusement pour lui, Yang ignore totalement ce qui l'attend...

 

Ce matin, avant de s'orienter par ici, Yang s'arrête, en proie à une étrange sensation. De même que l'eau d'un lac paisible est troublée par la chute d'un caillou, des rides se forment sur la surface d'ordinaire étale de son cœur.
Ce tourment étreint quiconque est placé devant un choix [...]
Après une brève hésitation, il resserre son emprise sur le manche de la faucille et dirige ses pas vers le chemin par là. (p. 39)

 

- Dans la nouvelle "Lapins mode d'emploi", un couple est perturbé par l'amour inconsidéré que la femme porte à ses deux lapins. 

 

Supposons que pour mieux comprendre ceux qu'on aime, chacun se mette à la place de l'autre. Le genre humain disparaîtrait alors en trois semaines. (p.67)

 

C'est ce qui va arriver à la femme du narrateur...

Pour comprendre pourquoi ses deux lapins sont morts, peut-être empoisonnés par une des herbes du jardin, elle décide de se mettre à leur place.

Très vite, elle s'accroupit et observe avec ses grands yeux les herbes et les alentours.

Son époux ne la reconnaît plus et n'en revient pas !

Du salon , je la vois cueillir des pissenlits, des laiterons et du trèfle blanc...
Quelle douleur que de constater que votre compagne depuis plus de trente ans est devenue à la faveur d'une sieste, une authentique lapine ! (p.63 )

 

Et si lui aussi à son tour, voulait se mettre à la place de sa femme pour mieux la comprendre ?

 

- Dans "Krabi", le narrateur, pour sauver une relation amoureuse, décide d'emmener sa petite amie dans la station touristique de Krabi, un lieu où il a eu beaucoup de joie dans le passé avec sa mère, tout d'abord, puis tout seul lors de ses précédentes vacances. 

Là, au bord de la mer, dans cette petite station de Thaïlande, tout aurait pu bien se passer pour eux deux, mais voilà que tout tourne à la catastrophe...au plein sens du terme !

"Oui, c'était comme ça"...se répète-t-il, mais... hélas pour lui, ça ne l'est plus !

 

- Dans "Le chauffeur de taxi et l'économiste", il est question de la loi de Murphy. Mais oui, vous vous rappelez cette loi dite en bon français "de l'emmerdement maximum"...

En effet le pauvre économiste se retrouve durant un trajet en ville, dans un taxi, prisonnier d'un chauffeur qui ne cesse pas un instant de lui conter ses nombreux déboires et autres catastrophes dont sa vie n'est qu'une succession ininterrompue...

 

- Enfin dans "Menace sur le territoire", Beomsu, le narrateur a bien du mal à conserver un espace vital digne de ce nom lors de son voyage en train. C'est d'abord un voyageur qui ressemble à un repris de justice qui s'assoit près de lui, puis c'est une femme d'une cinquantaine d'années au derrière imposant...finalement c'est un vieillard. 

Les souvenirs reviennent le hanter.

Enfant le narrateur a vécu dans la rue, il lui a fallu se battre avec sa mère pour un peu d'espace pour dormir. Pendant longtemps sa mère avait préféré fuir, ce que Beomsu prenait pour de lâcheté.

Mais peu à peu en luttant contre ce vieillard qui envahit son espace vital, dans ce train qui file sans se soucier des enjeux qui se jouent dans ses entrailles, Beomsu va comprendre qu'il s'est trompé...qu'en fait sa mère était très forte. Vous verrez pourquoi...

 

J'ai passé un moment formidable avec ces héros capables d'autodérision qui sont tous vulnérables et donc si humains que le lecteur ne peut que s'attacher à eux et comprendre ce qu'ils vivent au quotidien ! 

 

Qui est l'auteur ?

 

Park Hyoung-su est né en 1972 à Chuncheon, en Corée du sud.

Après un baccalauréat en littérature coréenne, il poursuit des études supérieures.

Il fait ses débuts littéraires en 2000 en écrivant pour le magazine littéraire coréen Hyundae Munhak.

Il est actuellement enseignant à l'Université de Corée. 

Sa particularité  est d'être  un écrivain résolument moderne. Il appartient à un groupe de jeunes auteurs qui s'attache à casser les codes du récit traditionnel. 

Ces nouvelles captivantes en sont une preuve. 

Elles sont originales et pleines d'imagination, parfois même, proches du fantastique.

De plus elles sont bourrées d'humour et ne manquent pas non plus de poésie.

Si elles nous touchent de près, c'est parce que l'auteur ne parle que de personnes ordinaires, mais il sait rendre le récit des événements totalement désopilant et déforme la réalité jusqu'à l'absurde...

Dans ces nouvelles, le lecteur touche de près à l'injustice de la condition humaine et c'est par l'autodérision que l'auteur nous permet d'aborder des sujets gravissimes, encore d'actualité dans son pays (mais aussi dans le nôtre), comme par exemple, la vie dans la rue pour un enfant, l'inégalité devant la justice quand on n'a qu'un avocat commis d'office pour se défendre, la perte de la mère et le vide qui s'en suit et qui ne sera jamais comblé empêchant parfois pour toujours d'être heureux, les blessures et les humiliations subies durant l'enfance par un père trop rigide...

 

Park Hyoung-su est traduit pour la première fois en France dans le cadre de l'année France-Corée.

Il faut noter au passage le travail remarquable des traducteurs qui ont su préserver l'ambiance particulière de ces nouvelles en les rendant accessibles à notre culture occidentale.

 

Merci aux Éditions "L'Asiathèque" pour cet instant de lecture...magique. 

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 08:05
Bienvenue de Kim Yi-seol

C'est l'année France -Corée, j'ai donc décidé de découvrir quelques auteurs coréens...car jusqu'à présent je ne connais que très peu ce pays. 

Le roman "Bienvenue"  a été traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel. Il est paru aux Éditions Philippe Picquier en 2013.

 

Kim Yi-seol n'est pas dans la liste des auteurs qui seront présents sur le territoire français lors du Salon du livre 2016 mais elle est connue dans son pays.

Elle est née à Yesan en Corée du Sud en 1975.

Elle a obtenu en 2006 le prix Sinchunmunye, prix décerné par le quotidien Seoul Sinmun,  pour sa nouvelle intitulée "Treize ans".

Depuis elle a publié un autre roman en 2009 dont j'ignore le titre et un recueil de nouvelles en 2010. 

Le roman "Bienvenue" est son troisième ouvrage et le premier à être traduit en français. 

 

 

Quatrième de couverture...

 

"Yunyeong est prête à tout pour conquérir une vie meilleure: elle doit porter à bout de bras un bébé, un compagnon bon à rien, une soeur poursuivie par ses créanciers, un frère accro aux jeux d'argent ainsi qu'une mère étouffante. Elle a décroché un emploi de serveuse dans un restaurant, qui se révèle être une maison de passe clandestine.

Un roman qui témoigne crûment de la brutalité des rapports sociaux et de la condition faite aux femmes en Corée - une réalité connue de tous mais qui reste soigneusement occultée. Yunyeong se débat contre la pauvreté et résiste à la violence et au mépris grâce à son insurmontable énergie qui, seule, lui permet de garder espoir."

 

 

****************************************************************

 

Bienvenue c'est ce qui est écrit sur le panneau à l'entrée de la ville...Comme une invitation à découvrir et à comprendre les rouages de la société dans laquelle vit notre héroïne et sa famille. 

 

Yunyeong est une jeune femme de 32 ans qui travaille depuis l'âge de seize ans.

Aînée de trois enfants, elle a vu ses parents s'endetter pour les élever, puis pour laisser la cadette Mineong, qui avait brillamment réussi ses examens, finir ses études universitaires. C'est pour aider sa jeune soeur qui aimait étudier que Yunyeong a d'abord travaillé en usine. Mais le père est tombé gravement malade, et malgré le nouvel emploi de sa mère, il leur a fallu vendre la maison pour rembourser leurs dettes. La charge de la famille est alors retombée sur Yunyeong.

N'est-ce pas dans les traditions que l'aîné de la famille prenne soin des siens ?

 

Yunyeong croit être sortie d'affaire lorsqu'elle décroche un job dans le restaurant de M. Wang, le "jardin des jujubiers"situé en dehors de Séoul, dans un petit village bordé par une rivière.

 

Elle va pouvoir enfin permettre à son compagnon, Jeong-man, d'étudier sérieusement et de passer les concours de l'administration...

Mais comment peut-il étudier dans la journée puisqu'il est obligé de s'occuper de Ayeong,  leur petite fille âgée de trois mois à peine, et qui n'est pas encore sevrée.

 

Yunyeong travaille 12 heures par jour. Les journées sont épuisantes car malgré la présence de Jini, une autre serveuse et de Yun, la cuisinière, le travail ne manque pas. Il faut toute la journée servir les clients, faire le ménage, courir de la cuisine à la grande salle et jusqu'aux pavillons annexes du restaurant. 

 

Elle rentre chez elle éreintée mais heureuse à l'idée de revoir sa fille qui peu à peu se détourne d'elle pour ne voir et ne tendre les bras que vers son père, car il faut se rendre à l'évidence, Yunyeong s'épuise au travail et voit les siens de moins en moins.

En effet, son patron lui en demande de plus en plus et le restaurant ne sert pas que des repas. Pour arrondir les fins de mois, les filles sont invitées (obligées en fait) à apporter dans les salons et pavillons privés, d'autres sortes de plaisir aux hommes qui les fréquentent...et de plus le patron se sert toujours en premier.

 

Yunyeong est obligée de s'y soumettre. Elle s'échine à ramener toujours plus d'argent à la maison espérant ainsi améliorer l'avenir de sa famille et réaliser ses rêves.

 

Son but n'est pas de travailler pour toujours dans ces conditions.  Elle veut que son compagnon réussisse, que sa fille puisse avoir de quoi manger, des jouets et des habits, que leur condition de vie s'améliore, et pourquoi pas un jour, qu'ils puissent avoir un logement décent à eux. 

 

Mais le destin en décide autrement...

 

Elle va découvrir que son compagnon ne travaille plus et que les nombreux livres empilés sur son bureau ne servent que de prétexte à faire croire à sa mère qu'il n'est pas un bon à rien. Mais ce n'est pas le plus terrible, car il y a sa fille à qui elle pense tout le jour et dont il s'occupe plutôt bien. Elle va donc décider de s'en séparer pour la laisser à sa belle-mère espérant ainsi que son compagnon se remettra à étudier.

Sa famille à qui elle envoie régulièrement de l'argent lui en soutire de plus en plus. Sa jeune soeur qu'elle n'a pas revu depuis des années, lui envoie ses créanciers et la supplie au téléphone de l'aider à nouveau alors qu'elle lui a déjà prêté beaucoup d'argent...Quant au jeune frère, il ne vaut pas mieux.

Puis c'est au tour de sa mère de lui demander de l'argent.

Yunyeong ne sait plus que faire, d'autant plus qu'un malheur n'arrive jamais seul... 

 

Dans ce roman où l'argent est la clé de tout, l'auteur nous décrit sans concession un pays où il est particulièrement difficile de vivre quand on est pauvre et démuni.

L'histoire se situe après la crise économique de 1997, qui a détruit de nombreuses familles en les plongeant dans la pauvreté pour des décennies. Depuis heureusement, certaines familles ont pu profiter de l'assurance maladie qui s'est progressivement mise en place et du salaire minimum qui commence à être imposé dans les entreprises. 

 

Dans le roman, l'auteur nous décrit les terribles conditions de vie des pauvres gens à travers le destin de Yunyeong.

C'est une héroïne formidable : elle est courageuse, travailleuse, persévérante, prête à tout pour un hypothétique bonheur des siens. Elle porte sa famille sur ses épaules mais ne reçoit jamais rien en retour, ni encouragement, ni remerciement... et pourtant, même plongée dans les pires tourments, elle ne perdra à aucun moment espoir en l'avenir et cherchera tous les jours à réaliser ses rêves de bonheur.

Elle se plie à tout ce qu'on lui demande sans perdre pour autant sa dignité et ne cèdera jamais à la violence, ni à l'humiliation, ni à la jalousie qui séparent les employées. De plus elle ne se révolte que très peu souvent contre son compagnon qui est incapable de subvenir aux besoins de sa famille.

Ce comportement de soumission est une évidence pour elle. Peut-elle faire autrement dans ce monde dominé par les hommes, par le pouvoir et l'argent ? Dans un pays où la femme a toujours été considérée comme inférieure à l'homme et tout juste bonne à élever ses enfants et à tenir un foyer...

 

C'est ce qui la rend si attachante au lecteur qui, bien que ne s'identifiant jamais à elle, voudra savoir comment elle va s'en sortir...

Pourtant on ne l'entend jamais se plaindre, ni implorer notre pitié, ou même parler d'elle et de ses souffrances psychologiques ou physiques. 

Non, l'auteur énonce seulement des faits ce qui crée une distance salutaire entre le lecteur et ce que l'héroine vit de violence au quotidien.

 

Il y a tant de choses révoltantes dans ce roman pour nous, les occidentaux...

Ce qui m'a particulièrement touchée, au-delà de la soumission "obligatoire" de Yunyeong, et de son manque de révolte, de la brutalité, des brimades et des insultes subies par les femmes, c'est l'attitude des grands-mères qui perpétuent la tradition en donnant raison aux hommes de la famille, comme si la dureté des relations hommes-femmes ne suffisait pas !

C'est aussi la dureté de la vie quotidienne, l'insalubrité des logements, le coût du moindre soin indispensable, même à l'hôpital, les pauvres ne pouvant que se laisser mourir pour ne pas ruiner leur famille, mais aussi les clauses particulièrement injustes des contrats de travail. 

 

Toute cette réalité dépeinte sans fioriture par l'auteur et même avec une certaine froideur est difficile à admettre, pour nous occidentaux, ce qui la rend encore plus sombre et cruelle à nos yeux. C'est si injuste de voir ces hommes se pavaner dans ce restaurant alors qu'ils ont tous (ou presque) des femmes à la maison, voire des mères qui les servent et pour qui ils n'ont que mépris. 

 

C'est donc une lecture dure mais édifiante qui nous fait voir la société coréenne sous un jour sombre mais réaliste, en nous décrivant la classe sociale la plus pauvre et défavorisée et les conditions de vie des femmes dans ce pays. 

En accédant à la modernité et à la technologie, c'est toute une société qui a perdu ses repères : les hommes n'assument plus leur rôle de chef de famille et sans doute en souffrent beaucoup, mais le roman ne parle pas de leur crise identitaire.

Les plus jeunes doivent continuer à remplir leurs devoirs familiaux qui les obligent à aider leur fratrie, leurs parents et souvent toute leur famille car le respect des anciens est bien ancré dans les traditions. 

La femme se doit d'être belle et de se taire, car on ne lui demande pas d'être intelligente.

La rencontre entre le modernisme et les traditions génère de nombreuses contradictions et des tensions qui ne peuvent trouver leur exutoire que dans la violence, comme celle par exemple que les hommes font subir aux prostituées...

L'entrée dans la modernité de la Corée du Sud se fait donc au détriment des conditions de vie de ses habitants et surtout des femmes.

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 11:57
Halabeoji / Martine Prost

Quatrième de couverture "La dynastie Joseon, des Yi - et ses cinq siècles de confucianisme - avait pris fin en 1910 mais elle semblait continuer à vivre dans l’allure et le comportement de ce grand-père érudit à la barbe blanche, longue et effilée, aux petites lunettes à monture en écaille et verres épais, au vêtement traditionnel coréen hanbok, impeccablement amidonné."

Au début des années 80, une jeune française, de six ans plus âgée que Seung-geun, son fiancé coréen, se soumet humblement par amour, aux traditions ancestrales  : seul le grand-père peut donner son accord pour une telle union. 

 

Car le personnage central du récit, c'est bien Halabeoji (qui signifie "grand-père en coréen) !

 

C'est lui déjà qui, selon la tradition, a donné leurs prénoms à tous les enfants de la famille et son avis n'est jamais contesté. 

 

Ce vieil érudit, médecin traditionnel qui soigne les humains par les plantes, reçoit les deux jeunes gens brièvement et sans un mot : il pose seulement quelques questions à son petit-fils. Les règles de politesse coréennes sont très strictes : seul Seung-geun (prénom qui signifie "Racine montante") a le droit de répondre et de regarder son grand-père dans les yeux.

 

Le verdict arrivera après une longue attente.

Par différents signes, le grand-père verra que "le bonheur est entré dans la maison" et seulement alors, la jeune femme sera définitivement acceptée dans la famille.

 

Mon avis

 

Un pur délice que ce court récit qui m'a fait entrer pour la première fois dans une famille coréenne. Je ne savais que très peu de choses des traditions ancestrales ancrées dans le pays. 

En ce qui concerne la littératture coréenne, je n'ai lu que le roman, "Princesse Bari" de HWANG Sok-yong.

 

L'auteur nous décrit non sans humour, les petits arrangements indispensables à la compréhension du décalage culturel. Elle nous explique comment, par amour pour Seung-geun, elle va accepter ce qu'aucune femme française ne faisait à l'époque, de ne pas parler ni répondre aux questions, et de ne pas regarder le grand-père dans les yeux, ni même le dévisager...

 

Le lecteur est subjugué par son regard vif et intimiste où percent la tendresse et l'admiration lorsqu'elle parle de cet homme cultivé, qui sait si bien soigner les autres grâce à ses connaissances de médecine traditionnelle, mais qui lui demandera d'acquérir pour lui-même, en quelque sorte en guise de "test", une pommade allemande, censée le guérir de ses problèmes dermatologiques récurrents...

 

Il acceptera enfin la jeune femme car il sera particulièrement ouvert aux signes positifs, entrés dans la maison...

 

L'auteur évoque dans ce récit, la puissance des croyances ancestrales et le respect dû aux anciens, la nature des relations hommes-femmes et certaines traditions, comme le fait, par exemple, que l'homme coréen soit autorisé à prendre une concubine si sa femme légitime ne lui fait pas assez vite un garçon. 

 

Elle nous montre un pays en pleine mutation qui alterne encore entre modernité et tradition.

 

L'insertion dans le récit de nombreux mots en coréen, ajoute beaucoup de poésie et invite le lecteur au voyage...

 

Une belle découverte pour moi !

 

 

**********************************************

 

Ce court récit fait partie de la série de livres qui seront publiés par l'Éditeur "L'Asiathèque" à l'occasion de l'Année France-Corée qui a débuté en septembre dernier.

N'hésitez pas à cliquer sur les liens pour visiter et mieux connaître cette maison d'Édition, son catalogue et sa médiathèque. 

"Halabeoji" est le second titre de la collection "Liminaires" qui, comme cela est mentionné sur le rabat de la "seconde" de couverture, propose des "textes littéraires témoignant d'un ailleurs géographique et culturel. L'expérience de la diversité donne ici aux voix de l'intime les moyens de se livrer dans une narration sensible, récit de l'autre et révélateur de soi."

 

Martine Prost a été maître de conférences à l'UFR de Langues et civilisations orientales de l'Université Paris-Diderot. Elle a été directrice de l'Institut d'Études coréennes au Collège de France.

Elle est maintenant à la retraite et vit...dans son pays d'adoption, la Corée. 

 

Elle a bien sûr publié de nombreux articles dans des revues spécialisées de linguistique. 

 

Elle a également publié un ouvrage, "Scènes de vie en Corée", chez l'Éditeur l'Asiathèque en 2011.

 

Elle est aussi l'auteur de deux ouvrages :

- "Nos enfants ont les yeux de l'orient"  Editions Nunpitch 1996.

-"Même du Pont Neuf, je pense au pont Chamsu" Editions Kumpt'o 2000.

Ces deux titres ont été traduits automatiquement et donc je m'excuse par avance s'il y a une erreur de transcription car bien sûr, vous vous en doutez, je ne parle, ni ne lis le coréen !

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 08:07
C'est l'année France-Corée...Le saviez-vous ?

L’année France-Corée 2015-2016 est destinée à célébrer le 130ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays.

 

Depuis le 18 septembre dernier, la France et la République de Corée se sont unies pour partager une année culturelle. La manifestation a été lancée en présence de M. Hwang Kyo-ahn, Premier ministre de la République de Corée.

 

De mi-septembre 2015 jusqu'en août 2016, la Corée s'invitera en France à de nombreux événements culturels, puis après le Salon du livre de mars 2016 et jusqu'en décembre 2016, c'est la France qui voyagera vers la Corée.

 

Cinéma, art moderne, littérature, théâtre, musée, art numérique seront mis à l'honneur dans les lieux publics.

 

De nombreux artistes seront accueillis en résidence en France.

 

Vous pouvez consulter en cliquant sur le lien, le programme des manifestations culturelles...

 

Mais il faut noter que l'année célèbrera aussi bien le domaine scientifique, qu'économique, universitaire, touristique ou gastronomique : tout un programme !

 

"Dans le domaine économique, l’Année mettra l’accent sur l’innovation et le développement de partenariats industriels. Sur le plan universitaire et scientifique, elle devrait favoriser le développement de nouvelles collaborations entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche français et coréens. Sur le plan éducatif, elle mobilisera les jeunes autour de concours organisés dans le cadre des jumelages entre établissements scolaires de nos deux pays." [Extrait du site de l'Ambassade de France]


De quoi découvrir ce pays...

 

Bien sûr à noter, l'année France-Corée est aussi sur Facebook.

Pour en savoir plus vous pouvez également lire sur le site du gouvernement, un bilan des relations des deux pays.

 

Enfin si vous voulez en savoir plus sur la culture coréenne, il suffit de se rendre sur le site du Centre Culturel Coréen. Vous pourrez même vous inscrire à des cours de coréen !

 

Trente auteurs coréens sont invités en France à l'occasion du Salon du Livre de Paris  (rebaptisé maintenant Livre Paris) qui aura lieu du 17 au 20 mars prochain.

Ce sont aussi bien des auteurs jeunesse, que des auteurs de mangas coréens (manhwa), de nouvelles, de poésies, d'essais et de romans.

 

La liste officielle des auteurs vient d'être révélée cette semaine.

 

La délégation d'écrivains invités à Paris compte 12 femmes et 18 hommes issus de toutes les générations qui s'adresseront à tous les publics.

 

Une vingtaine d’éditeurs sud-coréens accompagnera cette délégation ainsi que de nombreux partenaires comme par exemple L'institut français, Le centre National du livre, le Ministère de la Culture...

 

Parmi les 30 auteurs invités [ source ICI ] je n'en connais qu'un seul ! Je vais donc essayer de combler mes manques...d'ici décembre 2016 et, comme vous le voyez,  il y a du travail.

 

  • Mme ANCCO (Bande dessinée)
  • Mme EUN Hee-kyung (Fiction)
  • Mme HAN Kang (Fiction)
  • Mme HAN Sung-ok (Jeunesse)
  • M. HONG Yeon-sik (Bande dessinée)
  • M. HWANG Sok-yong (Fiction) auteur de Princesse Bari.
  • M. JEONG Myeong-kyo (Essai)
  • Mme JEONG Yu-jeong (Fiction)
  • Mme KIM Ae-ran (Fiction)
  • Mme KIM Hyesoon (Poésie)
  • M. KIM Jae-hong (Jeunesse, Illustration)
  • M. KIM Jin-kyeong (Jeunesse)
  • M. KIM Jung-hyuk (Fiction)
  • M. KIM Jung-gi (Bande dessinée)
  • M. KIM Un-su (Fiction)
  • M. KIM Young-ha (Fiction)
  • M. LEE Jung-mo (Essai)
  • M. LEE Sang-soo (Essai)
  • M. LEE Seung-U (Fiction)
  • Mme LEE Suzy (Jeunesse, Illustration)
  • M. LIM Chul-woo (Fiction)
  • M. MAH Chong-gi (Poésie)
  • Mme MOON Chung-hee (Poésie)
  • Mme OH Jung-hi (Fiction)
  • M. OH Yeong-jin (Bande dessinée)
  • M. PARK Kun-woong (Bande dessinée)
  • M. PARK Sang-hoon (Essai)
  • Mme PUUUNG (Bande dessinée)
  • M. YI In-seong (Fiction)
  • Mme YUN Suk-nam (Jeunesse)

 

Et vous, connaissez-vous des auteurs coréens ? En avez-vous lu ?  En avez-vous à me conseiller ?

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