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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 18:06
Tarek El-Tayeb, le poète soudanais

Tarek Eltayeb est né au Caire en 1959 dans le quartier de Bab El-shariyya (littéralement, "la porte de la poétique")..

Son père est soudanais et sa mère d'origine soudano-égyptienne.

Son père posséde une bibliothèque personnelle bien garnie dans laquelle le jeune Tarek puise. Quand son père lit, le petit Tarek qui ne sait pas encore lire, s'installe à côté de lui "pour l'imiter".

Plus tard, il lira non seulement des classiques arabes et des écrits de l'Egyptien Naguib Mahfouz mais aussi Hemingway, Steinbeck.

 

“J’étais convaincu non seulement qu’il fallait les lire, mais en plus qu’ils avaient été écrit par mon père, puisque -méticuleux comme il était- il gravait son nom sur tous les volumes."

 

Il a passé son enfance dans le quartier de Ain Shams, là où résident encore ses parents.

Lorsqu'il rentre à l'école, il sait déjà lire et écrire et comme le (la) maître(sse) voit qu'il est en avance sur les autres, il (elle) lui confie son propre fils à qui il raconte des histoires...

 

En été, il se déplace entre la région de El-Husayniyya où vit sa grand-mère maternelle et la région de Abou Saqal, au nord du Sinaï.

Après 1967, la famille déménage à Ain Shams, dans le nord du Caire, un quartier avec de grandes communautés coptes soudanaises et égyptiennes.

Toutes les après-midi, les femmes se réunissent dans la maison pour cuisiner et le jeune Tarek écoute leurs histoires...beaucoup plus intéressantes et amusantes que celles des hommes qui eux parlent uniquement argent et politique.

De plus les enfants jouent un rôle important au sein de la famille. Si la grand-mère est obligée de sortir pour faire des courses, elle leur demande d'écouter le feuilleton à la radio (qui à l'époque durait une semaine) et de lui raconter l'histoire !

Comme ils sont jeunes, chacun raconte l'histoire à sa façon en inventant des détails, réinventant l'histoire en créant des éléments nouveaux...

 

Eltayeb débute ses études à l’école coranique du Cheikh Ali, avant de s’inscrire à l’école primaire de l’Imam Mohammad Abdo puis à l’école El-Nahda et l’école Ibn Khaldoun pour les études complémentaires et secondaires. C'est durant sa scolarité que son intérêt pour la langue arabe classique commence à se développer.

Après l'obtention de son baccalauréat en 1981, il étudie à l’université de Ain Shams au Caire où il obtient son diplôme de Commerce.

En parallèle, il travaille comme comptable au Caire jusqu'en 1984.

 

Lorsqu'il décide de quitter son pays dans les années 80, c'est parce qu'il n'y a pas d'avenir, ni intellectuel ni professionnel, pour les jeunes  (les jeunes touchent des salaires de misère) et qu'il subit en tant que soudanais d'origine, une pression énorme à cause des tensions politiques entre l'Egypte et le Soudan.

 

Avant de partir, il passe six mois en Irak où il travaille dans le restaurant d'un ami. Mais là-bas rien n'est simple : le restaurant est dans un village isolé et a peu de clients. Les factions kurdes et arabes se battent (les deux amis se retrouvent coincés en plein milieu).

Son ami est contraint de travailler dans le commerce des épices et disparaît (avec l'argent de certains clients). Les clients se retournent contre Tarek qui est contraint de rentrer rapidement  au Caire.

 

Tarek ne veut pas faire comme les autres soudanais et partir dans un Pays anglophone ou bien francophone. Il pense d'abord à L'Allemagne, puis apprend qu'en Autriche les étrangers ne payent pas de frais de scolarité.  L'Europe l'attire au point de vue culturel.

 

En 1984, il s'installe alors à Vienne où il vit toujours aujourd’hui. Il y rencontre sa femme, Ursula.

“Quand j’annonçai à mon père que je me mariai ici dans le nord, il ne me le reprocha pas. Lui, d’ailleurs seul garçon d’un père entouré de treize femmes, quand il partit au Caïre pour se marier à ma mère, fut déshérité par mon grand-père. Il comprit qu’il était inutile de me faire vivre le même cauchemar.”

 

Pour financer ses études à l'Université de Vienne, il est obligé d'effectuer de petits emplois comme distributeur de journaux, de tracts, ou employé à la plonge...

Il enseigne aussi l'arabe et plus tard travaille comme traducteur et interprète.

 

Puis il prépare et soutien une thèse de Doctorat en Sciences Economiques et Sociales à l'Institut de Philosphie économique intitulée :

"Le transfert de technologie par l'intermédiaire de l'éthique dans la lutte entre l'identité et le profit".

Il obtient son doctorat en sciences économiques et sociales en 1997 et est actuellement professeur et maître de conférence à l'Université internationale des Sciences Administratives de Krems, en Autriche.

 

Il écrit de la poésie depuis 1985 et publie régulièrement ses poèmes dans plusieurs revues arabes et européennes. Il écrit aussi des textes courts, des textes en prose et des articles dans diverses revues.

 

En Autriche, il a obtenu la bourse d’Etat pour la littérature trois années consécutives (2001-2004) et plusieurs autres bourses d'études.

 

Il a été récompensé par le Grand Prix International de Poésie au Festival International Des Curtea Arges en 2007 (en Roumanie).

 

Il participe à différentes manifestations en particulier des lectures poétiques tout autour de la Méditerranée et jusqu'aux États-Unis.

En 2009 (entre le 22 et le 30 juillet)  il participe au deuxième Festival international de Poésie, organisé par les Amis de la Bibliothèque de San Francisco aux côtés de nombreux auteurs.

En 2011, il participe à la sixième édition du Festival de la Littérature méditerranéenne à Malte  (8 au 10 septembre) aux côtés d'écrivains de renom venant de neuf pays. Le thème central  était "Le printemps arabe : Dignité et Liberté".

 

Son oeuvre parle de l'émigration. Sa langue possède une gamme de couleurs et de nuances qui proviennent directement du dialecte soudanais, tout en étant largement influencée par l'arabe, mais aussi par la culture européenne.

“Ma langue littéraire, bien qu’elle soit l’arabe classique, inclut des nuances du dialecte soudanais de mon père, de l`’arabe du Caïre et, naturellement, de l’allemand, puisque j’habite à Vienne depuis 20 ans”.

Il ne se considère pas comme un poète exilé puisqu'il vit à Vienne par sa propre volonté. Ses écrits ont été traduits en six langues :  anglais, français, allemand, macédonien, serbe et espagnol.

 

 

Un jour en 1998, il rencontre Naguib Mahfouz  (Premier écrivain de langue arabe à avoir obtenu le Prix Nobel de Littérature en 1988) au Café Ritter, un des café historiques de Vienne où se tenaient des rencontres littéraires.

Tarek n'en revient pas que celui-ci connaisse ses oeuvres. Naguib Mahfouz  lui demande de s'installer à côté de lui et de lire ses textes...

 

"Il me demanda de lire mes histoires. Lorsque ce Prix Nobel connut ma présence dans le café, il voulut que je m’assoie à ses côtés et je me sentis ému comme un écolier. Il voulait tout savoir de la vie en Autriche, de ses différences avec la société égyptienne ; il était très intéressé par mes projets. Non seulement il avait lu mes histoires, mais en plus il les connaîssait très bien”.

 

En 1994 Naguib Mahfouz avait été l'objet d'un attentat durant lequel il a été blessé à la main droite, à cause de son livre "Les Fils de la Médina", jugé blasphématoire parce qu'il avait osé y personnifier Jésus, Moïse et Mahomet.

Le roman avait d'abord été publié en 1959 dans la presse égyptienne, avant d'être interdit par les islamistes car jugé dangereux pour la religion. Il n'a jamais pu être publié en Egypte...

 

Tarek Eltayeb a vu lui aussi certains de ses écrits censurés comme par exemple une de ses histoires courtes intitulée "Ils sortent d'ici" jugée trop implicite sexuellement...

 


 Sitographie

 

- le site cafebabel.
- le site consacré à l'auteur.

- le site de poésie (italien).

 

Bibliographie

Publications en arabes :
 

  • Villes sans palmiers , roman, al-Jamal – Cologne 1992, puis Al-Hadâra – Le Caire 1994.
  • L’Ascenseur , pièce de théâtre, As Salam – Le Caire 1994.
  • Le chameau ne s’arrête pas devant un feu rouge, nouvelles, Al-Hadâra – Le Caire 1993.
  • Rappelez-vous les bienfaits (Mahâsen)…, nouvelles, Sharqiyyat – Le Caire 1998.
  • Une valise remplie de pigeons et de roucoulement
  • , prose et poèmes, édition bilingue arabe/allemand, Selene, Vienne 1999.
  • La terreur de l’œil blanc , poèmes, Merit – Le Caire 2002.


    Publications en français :

     
  • Villes sans palmiers, traduit de l’arabe par Paul Henri, L’esprit des péninsules, Paris 1999.


    Publications en Allemand :

     
  • Ein mit Tauben und Gurren gefullter Koffer , édition bilingue arabe/allemand (traduit de l’arabe par Ursula Eltayeb), Selene, Vienne 1999.
  • Städte ohne Dattelpalmen, traduit de l’arabe par Ursula Eltayeb, Selene, Vienne 2000.
  • Aus dem Teppich meiner Schatten , traduit de l’arabe par Ursula Eltayeb, Selene, Vienne 2002.

 

*********************************************

 

Choix de poèmes...

Caffè e acqua  (Eau et café

Traduit de l'italien

source http://www.casadellapoesia.org

 


Cent fois par jour, il dit
"Je devrais revenir. Ici, il n'y a aucune pitié.
Là-bas, il y a gentillesse et chaleur et ... "
Puis il se tait.

Je lui demande: «Là-bas?
Où est-ce  ? "
Il Indique quelque part.
Le visage impassible,
Il ne dit plus rien.

Je le prends par la main.
Nous allons dans un café
et nous nous asseyons à une table tranquille dans un coin.
Je commande un café pour lui
et de l'eau pour moi.

Je lui parle en arabe
et je mélange l'eau au café.
Il est contrarié, « Tu es fou ?"

Il essaie d'enlever l'eau
du café.

Il recommence

Il essaie de faire revenir l'eau
dans l'eau.

 

 

Remarque : Traduction personnelle qui me semble meilleure que celle de google-traduction !! J'espère être restée fidèle à l'auteur. Je la corrigerai lorsque je serai en possession du recueil.

 

Noir

Traduit de l'italien 

Source :http://www.casadellapoesia.org

 

J'ai traversé la rivière,
et quand j'ai atteint l'autre rive
J'étais noir.
J'ai crié à mon compagnon sur la rive
"L'eau est superbe. Viens ! "
Mais ma couleur lui faisait peur,
Il n'a pas dit un mot.
Je lui ai dit
de traverser la rivière.
Il murmura quelque chose,

et le vent amena
quelques fragments de ses paroles.
Je lui ai crié
de venir plus près
Mais mon compagnon avait peur
de ma couleur
et ne m'écoutait plus
oubliant notre passé.


Chaque année, je descend à la rivière,
Je l'appelle devant tous ces gens,
Je suis sur ​​le point de le retrouver
Mais j'ai peur de perdre
ma vraie couleur
et ma raison.

 

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