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7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 06:15
Par les soirs bleus d'été / Franck Pavloff

Le titre du roman est emprunté au poème d'Arthur Rimbaud intitulé "Sensation" que nous connaissons tous, mais dont je vous rappelle quelques vers ci-dessous :

 

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

 

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l'amour infini me montera dans l'âme,

Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, - heureux comme avec une femme.

Pour elle, emprunter le chemin de la mémoire, c'était s'enfoncer sous terre et elle découvrait qu'en se déplaçant à sa surface on pouvait retrouver une époque révolue. Comme si hier était aujourd'hui, mais ailleurs.

Les yeux tournés vers l'intérieur, il est absent. Avec ses chaussures terreuses délacées, on dirait un gamin de zone de conflit tenant la pose pour un photoreporter subjugué par l'étrange décalage entre son corps de gamin barbouillé de poussier et son visage d'une beauté grave.

Au cœur des Cévennes, dans un lieu-dit appelé "la montagne perdue", Détélina élève seule Léo, son fils "différent", qui ne s'exprime qu'à travers les couleurs et un rituel connu de lui seul... mais tellement rassurant. Le lecteur comprendra peu à peu au fil de l'histoire qu'il est autiste, bien que cela ne soit jamais dit précisément. 

Détélina travaille dans un gîte qui accueille de nombreux randonneurs venus profiter du cadre superbe qui les entoure.

 

En parallèle, elle s'occupe de sa mère placée en institution et qui perd à présent les pédales, sa mémoire lui faisant défaut.

De son passé Détélina sait très peu de chose. Son père était mineur, il est un jour reparti dans son pays de l'est et alors qu'il avait promis de revenir chercher Simone et Détélina, il n'est jamais revenu. Ou peut-être est-ce sa mère qui devait partir le rejoindre et qui ne l'a jamais fait ?

Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle porte un prénom bulgare et que ce prénom est celui d'une plante porte-bonheur qui n'est autre que le trèfle à quatre feuilles. 

Si elle ouvrait la boîte de biscuits fermée solidement par un ruban, Détélina déterrerait les secrets dont sa mère n'a jamais voulu parler. Mais elle n'en fera rien, elle préfère embellir sa vie et rêver, ne s'étonner de rien comme le ferait Alice dans son pays des merveilles, honorer les anciens mineurs de fond en descendant dans les puits, en créant ses propres mises en scènes, en colorant différemment sa vie, comme son fils colore la sienne.

 

C'est alors que son chemin croise celui de Stépan. Il vient d'une région minière de l'Ukraine, si petite (le Dombass) qu'un point rouge suffit à la recouvrir sur un globe terrestre. Il a connu l'horreur des combats à Avdiivka en 2014. A la mort de son père qui était mineur, il est venu jusqu'en France sur un vieux side-car. Lui aussi est à la recherche de ses racines et en particulier d'une femme (peut-être sa mère ?) que son père a laissé en France dans un lieu-dit appelé "la montagne perdue" et dont il n'a pour toute trace qu'une carte postale signée S...le reste du prénom est effacé. Il est heureux d'avoir trouvé du travail ici, même s'il sait que des lieux-dits portant ce nom, il y en a plusieurs sur le territoire français. 

 

Tous deux ont de nombreuses cicatrices à panser et beaucoup de choses à se dire. Mais parfois les mots ne disent pas tout des souffrances et de l'indicible, les couleurs, le silence, le partage permettent de mieux laisser le passé resurgir...

A présent que sa mère n'est plus en état de le lui reprocher, elle pourrait décacheter la boîte, mais les secrets dévoilés s'ouvrent souvent sur de nouvelles impasses.

L'auteur nous emmène au cœur des Cévennes, dans cette région tellement magnifique que le touriste oublie qu'elle a été autrefois, un des gisements houillers parmi les plus importants de France.

Aujourd'hui les mines sont presque toutes fermées, mais la pollution reste bien présente et des parcours touristiques permettent, à ceux qui le désirent, de découvrir les vestiges et donc d'en savoir plus sur l'exploitation minière passée.

 

C'est un roman à la fois ancré dans la réalité de la vie d'aujourd'hui, et empli de poésie, de mystère et de rêves. Les nombreuses références à "Alice au pays des merveilles" et le monde parallèle dans lequel vit le petit Léo, créent une ambiance particulièrement agréable. 

 

Les trois personnages principaux sont très attachants. Le petit Léo nous emporte dans ses jeux, dans ses rituels et dans sa propre vision du monde.

Les parents de Détélina et de Stépan  ont emporté leurs secrets avec eux et la fin du roman ne permettra pas de tout savoir sur leur histoire. De nombreuses questions restent donc en suspens.

Détélina et Stépan, sont-ils frère et sœur de sang ou de cœur ? La similitude de leur histoire est troublante mais tout est suggéré et laissé libre à l'interprétation et au ressenti du lecteur.  

Qu'importe ce qu'ils ont vécu, l'important pour eux est d'avoir accepté de passer un instant, comme Alice, de l'autre côté du miroir...

 

C'est un roman que j'ai trouvé lumineux et poétique, tout en couleur, en odeur, et en ressenti, parfait pour commencer l'année en douceur, dans un monde coloré teinté d'onirisme.

Sur le chemin du retour, ils partageront le pain d'alouette, dernier quignon au fond de la musette paternelle, à la saveur merveilleuse du monde des adultes d'en bas, et il rêvera du jour où enfin il sera en âge de descendre à la fosse.

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