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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 05:17
Editions Zoé, 2016 / Collection Écrits d'ailleurs

Editions Zoé, 2016 / Collection Écrits d'ailleurs

Le vieil homme lui avait très tôt inculqué la valeur du labeur et il était heureux de travailler : il trouvait son bonheur dans le travail de la ferme et sa joie dans les chevaux ainsi que dans les étendues infinies des pays d'en-haut.

Le vieil homme lui avait fait don de la terre à partir du moment où il avait été capable de s'en souvenir, et il lui avait montré comment la traiter, l'honorer, disait-il, et le garçon avait senti l'importance de ces enseignements et avait appris à les écouter et à bien les reproduire.

Voilà un certain temps déjà que ce roman était en attente de lecture...et bien entendu j'ai profité du confinement pour m'y plonger. Comme vous le voyez il y a un décalage entre mes lectures et le moment où je vous les présente.

 

Franklin Starlight a 16 ans. C'est un jeune amérindien sans problème. Il vit à la ferme avec un vieil homme attentionné qui l'a élevé, sans qu'il sache exactement qui il est pour lui. Le vieil homme lui a transmis des valeurs et une vision de la vie très proche de celle des peuples indiens.

Franklin aime la vie simple qu'il mène dans cette ferme isolée loin de la modernité et de la ville. 

 

Un jour Eldon, son père l'appelle à son chevet. Il est alcoolique et le jeune ado ne l'a vu que très occasionnellement, et toujours dans des circonstances particulières qui lui ont laissé une impression de gâchis. De sa mère, il ne sait rien et quand il a posé la question, le vieil homme lui a bien fait comprendre que c'était à Eldon de lui en parler.

Hésitant, mais décidé par les mots du vieil homme, Franklin se rend donc en ville pour revoir son père.

Arrivé à son chevet, il constate que le vieil homme ne lui a pas menti et qu'Eldon n'est plus que l'ombre de lui-même. Très vite, Franklin comprend ce qu'il fait là, Eldon n'en a plus pour très longtemps et lui demande de l'emmener au cœur de la montagne, là où on enterre les  "guerriers" indiens, assis face à la vallée. C'est là qu'il veut passer ses derniers instants avec son fils. 

 

Au fil des jours, tous deux vont apprendre à se connaître et tandis  que Franklin veille du mieux qu'il peut sur son père, il va l'écouter remonter le fil de sa vie et avouer ses erreurs. Eldon va aussi lui parler de ses origines indiennes et de sa mère dont il ne savait rien. Il va aussi lui parler de son enfance et de sa jeunesse, de la pauvreté, de son ami Jimmy mort dans ses bras pendant la guerre de Corée.

Franklin apprendra aussi qui est le vieil homme et pourquoi celui-ci a accepté de l'élever comme son propre fils, mais aussi  pourquoi son père a sombré dans l'alcool sans jamais arriver à s'en détacher...

La guerre. 1951. Aucun d'eux n'avait entendu parler de la Corée. Quand ce nom se répandit comme une traînée de poudre dans les chambrées et les cantines, ils n'y prêtèrent pas attention. Mais il persista. Beaucoup de jeunes étaient impatients de combattre...

Voici un roman poignant qui m'a subjugué dès les premières lignes. Autant vous dire que c'est pour moi un coup de cœur.

Avec lui pas de problèmes de concentration, je suis rentrée immédiatement dans l'histoire et j'ai cheminé aux côtés de ces deux êtres au cœur des paysages sauvages du Centre du Canada.

 

C'est un roman initiatique sur les liens du sang mais aussi sur ceux qui se tissent au cours de l'éducation d'un enfant, quand l'adulte transmet le savoir des anciens.

Je l'ai trouvé par moment d'une grande tristesse, sans pour autant pouvoir m'en détacher. Les dialogues sont taiseux, avec le strict minimum échangé, beaucoup de pudeur mais des sentiments profonds et même si le père n'est pas quelqu'un de sympathique a-priori,  peu à peu au fur et à mesure du déroulement de l'histoire, le lecteur, comme son fils d'ailleurs, le lui pardonne car, pas un seul instant, il ne va s'éloigner de la vérité, ni chercher à paraître meilleur que ce qu'il a été.

 

C'est aussi un livre sur la nature et sa présence indispensable à notre équilibre d'être humain. 

Enfin, c'est un livre d'une grande humanité qui, encore une fois, soulève les nombreuses difficultés pour un sang-mêlé, de trouver sa place dans notre monde moderne.

Il rêva d'une vallée. Elle brillait dans l'embrasement du soleil couchant. Il y avait une rivière qui serpentait avec les montagnes en toile de fond, l'odeur de résine et de sève, la sensation de la brise sur son front. Il entendait les loups japper en jouant. Il était assis sur un rocher, face à l'est, et il regardait la ligne d'ombres progresser vers l'ouest à mesure que s'effaçait le soleil derrière les crêtes...

L'auteur Richard Wagamese a déjà écrit plusieurs romans. Aujourd'hui décédé, il appartenait à la nation Ojibwé originaire de l'Ontario. Il a consacré sa vie à écrire pour perpétrer la culture indienne du Canada. Il a été aussi le premier lauréat indigène d'un prix de journalisme national canadien. 

Ce roman a été son premier roman traduit en français. D'autres ont suivi que je découvrirai avec grand plaisir un jour j'espère. 

 

Vous pouvez aller lire l'avis d'Hélène qui m'a donné envie de le découvrir. Merci à elle ! 

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 15:14
La Réserve de Russell Banks

L'histoire se passe dans la région des Adirondacks, au Canada en 1936...

Le docteur Cole, célèbre neurochirurgien, convie l'artiste peintre en vogue, Jordan Groves, à une soirée très privée dans sa résidence située près du lac dans un petit paradis appelé "la Réserve" :  c'est le 4 juillet, le jour de "l'Independence Day".

Dans cet endroit sauvage où quelques privilégiés fortunés ont acheté des résidences au coeur des montagnes, tout le beau monde est réuni pour la somptueuse fête.

Jordan, arrivé dans son hydravion, fait sensation. Au cours de la soirée, il rencontre Vanessa Cole, la très attirante et mystérieuse fille adoptive du docteur.

 

 

Jordan est un habitué des aventures extra conjugales. Il en fait même le récit romancé dans ses carnets de voyage et sa femme, la délicieuse Alicia, n'ignore rien de ses frasques. Mais jusqu'à présent aucune de ses conquêtes ne l'a éloigné de celle qu'il aime et qui est la mère de ses deux garçons. Sa relation n'a jamais été en péril...

 

Mais lorsqu'il rencontre Vanessa, l'attirance qu'il éprouve pour elle le plonge immédiatement dans la culpabilité. Il ne sait plus où il en est et, au contraire de son habitude, il ne cède pas (tout de suite) à ses avances. Il pressent même qu'elle ne représentera pour lui que des ennuis.

 

Dans la nuit qui suit la fête, le docteur Cole meurt subitement d'une crise cardiaque, laissant sa veuve Evelyn dans un tête à tête dangereux avec sa fille adoptive.

En effet celle-ci a déjà fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique et sait très bien jouer de ses charmes pour amener les hommes à satisfaire ses désirs les plus insensés et leur faire croire que la victime, c'est elle...

Lors des funérailles, Vanessa a d'ailleurs laissé entendre que son père a abusé d'elle lorsqu'elle était petite et a choqué tout le monde avec ses déclarations. Sa mère, Evelyn, met alors en route une procédure pour la faire à nouveau interner en Suisse. Paniquée à cette idée, Vanessa la ligote et l'enferme à la "Réserve"...

 

En même temps Vanessa s'est mise en tête de réaliser un des derniers désirs (réel ou fictif) de son père : jeter ses cendres dans le lac. Or cela est interdit par le règlement du très rigide club Tamarack. Elle demande donc à Jordan de lui permettre de le faire du haut de son avion...et en cachette.

Il résiste car c'est illégal mais elle le force à accepter en déposant l'urne à la place du passager directement dans l'avion rangé dans le hangar de sa maison. Elle s'est présentée sans y être invitée et a fait la connaissance de ses deux garçons et d'Alicia, le forçant ainsi en entrant dans sa vie, à s'impliquer dans la sienne...

 

Le comportement de Vanessa n'est pas toujours très "normal". Elle a des troubles du comportement mais, au début, Jordan ne s'en aperçoit pas.

Alicia qui en a marre d'être délaissée par son mari, le trompe avec Hubert, un des guides du club qui est aussi un des hommes de main de la famille Cole et que Vanessa va manipuler à son tour...jusqu'au drame.

 

Le sujet est simple et déjà largement visité par d'autres écrivains mais l'auteur sait captiver le lecteur et nous offre un  thriller psychologique très prenant...et très bien écrit aux rebondissements imprévus.

Beaucoup de dialogues et de descriptions rendent sa lecture très facile, ce qui n'est pas toujours le cas des autres romans de l'auteur.

 

L'intrigue débute en douceur pour, peu à peu, gagner en épaisseur au fur et à mesure que le lecteur entre dans la vie et la psychologie des personnages. Les personnages sont ballotés d'un côté à l'autre sans toujours savoir où vont les mener les événements.

Mais bon on ne les plaint pas trop car ils ne sont pas vraiment très attachants !

Et c'est cela qui est une véritable réussite : on adhère totalement à leur histoire sans arriver à les aimer ou à s'identifier à eux.

Même Jordan, le gauchiste mais richissime beau gosse qui fréquente le beau monde tout en le critiquant ouvertement, n'arrive pas à être crédible dans son rôle de macho qui sait d'avance qu'elles ne pourront que toutes succomber à ses charmes !

Quant à Vanessa, c'est un personnage étonnant et machiavélique, on ne comprend pas toujours si elle prémédite tout ou si elle agit par impulsion de manière irréfléchie et totalement imprévisible.

 

La construction du récit est très particulière puisque l'auteur alterne l'histoire  que je viens de résumer et en italique, le récit des événements qui annoncent la montée du nazisme en Europe d'une part, et durant la Guerre d'Espagne, d'autre part.

Ce double récit, dans trois lieux différents, met en scène les mêmes personnages ce que le lecteur comprend peu à peu... et la morale de l'histoire est que le beau monde qui avait pu échapper à la Grande Dépression et avait pu exploiter une bonne partie de ceux pour qui cela n'était pas le cas, va être rattrapé par l'Histoire avec un grand H.

 

C'est un roman plus facile à lire que "Sous le règne de Bone" que j'avais particulièrement apprécié et que j'ai fait lire à de nombreux ados de plus de 15 ans. Mais l'histoire n'intéressera que des adultes...

 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 07:47
Les Cordes-de-bois d'Antonine Maillet

Grande romancière canadienne, l'auteur est surtout connue grâce à son roman "Pélagie-la-Charrette" paru en 1979 chez Grasset et qui a obtenu le Prix Goncourt cette année-là. Je me souviens l'avoir lu avec plaisir et c'est donc de bon coeur que j'ai récupéré "Les Cordes-de-bois" dans un carton de dons que je n'avais pas encore eu le temps de trier...

Ce roman-là est le premier long texte de fiction de l'auteur. Il a été nominé au Goncourt en 1977.

Quel plaisir de lecture ! Que d'humour dans cette fresque villageoise des bords de mer en Acadie qui s'étale sur quatre générations !

Il faut juste un peu de temps pour s'habituer aux expressions, au style d'écriture et aux personnages parmi lesquels, à vrai dire, on se perd un peu quelquefois...

Les "Cordes-de-bois" c'est le nom donné à une partie du village habité par un écossais, Franck Mac Farlane, qui fait commerce dans le bois...

Comme je ne connaissais pas ce terme de "corde de bois" j'ai cherché...et trouvé des infos sur le net. On en apprend des choses sur le monde en lisant des romans...

La corde de bois  est une unité de mesure du bois (de chauffage) anciennement utilisé en France (avant la Révolution française). La quantité de bois correspondait à la longueur d'une corde entourant les bois coupés, bien alignés et entreposés. A noter la longueur de la corde variait entre 6 à 13 mètres selon les régions !

Cette unité de mesure du bois est encore utilisée aujourd'hui dans les Ardennes belges, en Bretagne et Normandie ainsi que par certains forestiers. Elle est toujours très utilisée au Canada et aux Etats-Unis où elle correspond à une unité légale de vente pour le bois de chauffage. Actuellement en France, on mesure le bois en stère (= 1 m3 de bois).

 

Mais revenons au roman...

 

L'histoire

 

Il s'agit d'une histoire de rivalité. En Acadie, dans les années 30, les Mercenaire se sont installés dans le haut d'un petit village côtier, sur une butte qui domine le village et le port.

Ce coin du "pays des côtes" (au sud-est du Nouveau-Brunswick) est un paysage d'eau, de dunes, de rivières, d'anses et de baies sauvages.

Deux clans s'y opposent : les gens du village, nantis, bourgeois et bien-pensants "ceux du Pont", le clan des Mercenaire et un groupe de femmes libres "ceux des Cordes-de-bois".

 

Dès l'arrivée de leur premier ancêtre au XIXe siècle, ces femmes habitent la butte qui domine le port et qu'on appelle le bois ou le haut du champ.

Au village, le forgeron, le barbier, le curé et "Ma-tante-la-Veuve", une bigote qui ne veut rien changer aux traditions ancestrales, s'appliquent à faire disparaître ces femmes un peu fofolles qui menacent la moralité des jeunes filles à marier du village.

Car ces "garces" (ces filles en acadien) s'adonnent en plein jour à différents trafics (dont celui de la chair !) et Patience croque sans vergogne ceux du Pont dans ses caricatures...et lettres anonymes qui n'en sont pas.

 

Un jour Franck Mac Farlane commence à entasser du bois sur la butte, espérant déloger les femmes. Elles y restent et ne semblent pas être gênées au milieu des cordes de bois.

Toute la racaille du pays vient s'y installer aussi, au dire de "ceux du Pont" : les fainéants, les artistes, les contrebandiers dirigés par la Bessoune comme avant elle, sa mère, la Piroune l'a fait.

 

La guerre continue entre Franck MacFarlane,  les tantes (Barbe, Patience et Zelica) les nièces et "Ma-tante-la-Veuve", soutenue par le curé du village qui veut conserver sa petite vie bien tranquille... et ne prend pas partie mais compte les points : lettres anoymes, ragots, trafics en tous genres...

Mais voilà qu'arrive au village, un jeune vicaire. Les habitants du petit port "ceux du Pont" sont perturbés car il est surpris en flagrant délit de "soûlerie" avec "ceux des Cordes-de-bois", enfin d'après ce qui a été vu...

 

Heureusement, il y a des distractions au village et la tristesse s'empare des habitants lorsque le matelot irlandais Tom Thumb-le conteux est obligé de repartir en mer, les abandonnant sans histoires...

Puis, lors de la vente d'été de la paroisse, les Mercenaire décident d'accueillir les miséreux de la contrée sans aucune contrepartie. C'est le scandale chez "ceux du Pont" !

 

L'hiver sera rude chez les "Cordes-de-bois"...mais aussi chez "ceux du Pont".

De plus, le jeune vicaire a soutenu ouvertement les femmes. Une pétition le dénonce et l'oblige à quitter les lieux...

La Bessoune se jettera à l'eau de chagrin (tiens donc ?!), mais sera sauvée trois fois par le jeune matelot-conteur d'histoire, Tom Thumb, revenu lui aussi et bien décidé à ne plus repartir en mer...

 

Un régal ! Une langue, le vieux français acadien, très imagée à lire à voix haute avec l'accent pour encore mieux la comprendre, s'en imprégner et en saisir la saveur...mais pas toujours facile à comprendre, il faut bien le dire.

L'auteur dira dans une interview :

« J’écris tout haut… dans une langue fort ancienne, amenée du Poitou, d’Anjou, de Charente, de Bretagne et de Touraine, le jardin de France ; mais transplantée en sol maritime d’Amérique où les vieux mots de France se sont curieusement embrouillés de bruits de la mer et parfois de terminaison anglo-saxonnes. »

 

Le décalage est créé par le fait que la narratrice interroge les gens du pays (Pierre à Tom, la centenaire Ozite, le cousin Thaddée, le forgeron, le barbier et bien d'autres personnages) qui livrent en quelque sorte leurs souvenirs.  Les « conteux – colporteurs – défricheteux de parenté », comme les appelle la narratrice, racontent les faits comme autant de chroniques avec des dons de conteurs incontestables... mais aussi beaucoup de contradictions !

 

L'histoire de ce village n'est pas linéaire... Tout se brouille, les histoires s'interfèrent...les personnages, les faits  et les temps se mélangent...

 

On y parle beaucoup de religion (l'auteur  a été religieuse) et de traditions.

 

Bref, vous l'aurez compris, c'est à la fois un roman incontournable pour comprendre l'oeuvre de l'auteur, son style littéraire unique en son genre et à la fois, pas facile à lire...

A tester donc, si vous êtes curieux d'autres horizons et d'autres styles d'écriture francophone...

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