Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 05:16
Zulma, 2015

Zulma, 2015

Je m'appelle Paris. Je ne suis pas juste un chat roux. Je suis le vieux chat du prodige Sammy Kamau-Williams, c'est son histoire que je vais vous conter si toutefois elle n'est pas encore parvenue à vos chastes oreilles. Comme mon maître, je suis fils de la grande route. Nous avons cheminé ensemble de longues années humaines, Sammy et moi, laissant nos empreintes dans la poussière l'été, dans la neige argentée l'hiver et dans l'or des feuilles jaunies l'automne. Notre vie : la plus extraordinaire des traversées en ce bas monde.

La Providence m'a doté d'un autre don : la capacité de lire les signes et les songes qui échappent aux hommes occupés par l'incessant et harassant combat pour la survie quotidienne. Ils quittent rarement la caverne de leur corps. Mais une fois le pain et le toit assurés, les humains jettent leurs dernières forces pour satisfaire des besoins d'une fastueuse inutilité : paraître plus riche, plus fort, plus intelligent et plus beau que leur voisin de palier.

Voilà un roman qui avait tout pour me plaire. Je l'avais emprunté avant le confinement et espérais passer un bon moment dans le monde de la musique. 

L'auteur dont j'avais entendu parler pour son dernier titre "Pourquoi tu danses quand tu marches", un livre que je n'ai pas encore lu mais qui a reçu de nombreuses critiques élogieuses, est né à Djibouti et a beaucoup écrit sur son pays d'origine. C'est un conteur hors pair qui nous charme par ses mots, son humour et le rythme donné à ses écrits. Je tiens absolument à vous présenter ce livre, même si j'ai eu beaucoup de mal à entrer dedans. 

 

Le narrateur est un chat roux, prénommé Paris en hommage à cette ville qui a subjuguée son maître.  Il a vécu sept vies !

Tout en nous parlant de son dernier maître, qui a eu la bonté de le recueillir sur un trottoir de Harlem, il insère quelques anecdotes truculentes dans son récit, nous livre ses réflexions philosophiques, emplies de malice et de sagesse. Mais ne vous y trompez pas, sa vie ressemble beaucoup à celle des pauvres vivant aux Etats-Unis.

Dans le passé, il avait été le gardien de Malwlânâ, un maître soufi ce qui explique qu'aujourd'hui qu'il soit devenu un chat philosophe.  

 

Dans ce roman, Paris le chat, nous parle donc de celui qu'il surnomme "Sammy l'enchanteur" (Sammy Kamau-Williams dans le roman) qui n'est autre que Gil Scott-Héron dans la vraie vie, ce "Bob Dylan noir"qui a été le précurseur du rap, et dont la musique se situe entre le blues et le jazz. Il s'agit donc d'une biographie romancée du musicien. 

Même si vous ne connaissez pas le tub des années 70 qui l'a propulsé alors qu'il avait 22 ans, sur le devant de la scène médiatique, "The Révolution will not be televised", vous pouvez lire ce roman. 

 

Nous suivons son histoire pas à pas.

Durant les premières années de sa vie, c'est Lily, la grand-mère qui s'occupe de son éducation, une grand-mère activiste toujours révoltée, arrivée d'Afrique, qui se battra toute sa vie pour les Droits des Noirs et influencera profondément l'enfant et donc, le musicien. 

La mère Bobby, est bibliothécaire et ne s'occupera de son fils qu'à partir de l'adolescence. Elle l'élèvera alors tout seule en ville. 

Le père, Réginald, d’origine jamaïcaine est devenu footballeur professionnel mais pour arriver au succès, il laissera tomber sa famille. Il a été le premier joueur noir écossais, puis finira sa vie professionnelle au Brésil. 

 

C'est donc à l'adolescence qui se passe à New York que le petit garçon plein de charme, joueur mais à la sensibilité à fleur de peau, se découvrira poète.

Il n'aura de cesse au fil de ses concerts, de faire passer des messages de révolte et de contestation. Dans les années 70-80, aux États-Unis, les chanteurs sont libres de s'exprimer et laissent libre cours à leurs critiques sur notre société. 

Mais lui, qui pourtant avait alerté très tôt dans ses chansons, sa propre communauté, des dangers liés à la dépendance à l'alcool et à la drogue, n'arrivera pas à s'empêcher de tomber lui-même dans ce fléau. Il sera condamné pour possession de cocaïne...

On croit choisir sa vie, mais c'est le contraire qui arrive, c'est la vie qui vous choisit. C'est elle qui vous retient dans ses filets. Vous voilà inscrit dans un parcours, une histoire. Arrimé à ce socle par vos gènes et par votre salive, par votre expérience et par le legs de vos ancêtres. Cette force est immense, irrésistible...

Ce n'est pas une véritable biographie car elle ne reprend que les événements marquants de la vie de ce musicien que je ne connaissais pas, je l'avoue. C'est vrai que ce roman a le mérite de nous donner envie d'en savoir plus sur lui, de se connecter à youtube pour écouter quelques-uns de ses morceaux cultes. 

 

Le livre est construit comme un album de musique avec CD1 et 2, prologue, intermède et épilogue) mais l'ensemble est un peu trop fouillis et ne suit aucune chronologie ce qui cette fois a perturbé ma lecture.

 

Le chat narrateur, par ses sept vies, relie l'Orient, l'Afrique et l'Occident. Il nous parle des croyances soufis et vaudous et des traditions ancrées dans le passé, qui composent la culture du peuple Noir. Nous ne l'oublions pas en lisant ces lignes, ce peuple n'a pas choisi de venir vivre en Amérique : on l'a arraché à son pays, à sa culture, à ses racines, et c'est un peuple qui s'est raccroché à ce qu'il pouvait pour pouvoir continuer à vivre et exister. 

C'est un livre que j'ai lu comme si j'étais au spectacle sans pour autant entrer dans la vie des personnages. Il ne m'a pas emporté comme je l'espérais. Le roman reste trop près de l'artiste finalement. Les seules pages que j'ai adoré découvrir, sont celles sur son enfance, son attachement à sa grand-mère (quelle femme !), puis sa découverte de la grande ville...

 

Les différents sujets abordés dans ce roman sont des sujets qui habituellement me touchent beaucoup. Mais j'ai eu donc une rencontre mitigée avec cet auteur, ce qui me fait penser que ce n'était certainement pas le bon moment pour lire ce roman qui mérite d'être lu et apprécié. 

En attendant, je vous propose d'écouter un peu de musique, enfin si vous le voulez !

Vous les humains vous avez une singulière façon de voir et de lire le monde - par votre cerveau, votre bouche, autant que par vos yeux. Et pourtant vous ne voyez que l'écorce du monde et non son noyau. Vous oubliez que rien ne s'arrête, la roue tourne toujours. Je n'habite pas un pays, je n'habite même pas la terre. Le cœur de ceux que nous aimons, voilà notre vraie demeure...

Partager cet article

Repost0
22 mars 2019 5 22 /03 /mars /2019 06:12
Editions La Vache qui lit

Editions La Vache qui lit

Pour ceux qui n'en ont pas assez d'entendre parler du Marquis de la Fayette sur ce blog, je vous présente aujourd'hui un livre jeunesse... pour vous faire patienter jusqu'à demain, où nous poursuivrons la visite du château  !

 

Il faut dire aussi que ce grand homme a marqué son temps et l'histoire de l'Amérique. Il a participé à l'abolition de l'esclavage, s'est investi dans deux révolutions en France, et s'est engagé pour la Déclaration des Droits de l'Homme. 

Mais il a aussi marqué la Haute-Loire et l'Auvergne parce qu'il est né à Chavaniac  le 6 septembre 1757.

Voici comment était alors le château... 

Le château de Chavaniac-Lafayette

Le château de Chavaniac-Lafayette

Le petit Gilbert passe sa jeunesse au château. Il sera très marqué par le décès de son père en 1759, victime d'un boulet de canon à Minden en Allemagne, puis de sa mère alors qu'il n'a que 12 ans. .

C'est un enfant passionné qui est entouré par les autres enfants vivant au château. Il n'aime pas être seul et adore sa région. On dit que c'est un enfant particulièrement érudit, d'une grande logique et capable de réflexions étonnantes pour son âge.

Les jeux avec les enfants

Les jeux avec les enfants

Le 11 avril 1774, alors qu'il sert dans l'armée française, il épouse Marie-Adrienne Françoise de Noailles...

Il a seize ans, elle en a quatorze. Malgré le mariage arrangé, ils auront une grande affection l'un pour l'autre et auront trois filles et un fils. 

Le mariage

Le mariage

En 1777, il embarque sur "la Victoire" pour aller se battre aux côtés des insurgés américains.

La Fayette, courageux défenseur de la liberté / Christian Robert

Revenu en France, il soutient la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen. 

La Fayette, courageux défenseur de la liberté / Christian Robert

En 1792, considéré comme un traitre, il est fait prisonnier et est emprisonné en Allemagne. Il ne reviendra en France que huit ans après.

En prison...

En prison...

Voilà un livre jeunesse que j'ai offert à mes petits-enfants lors de notre visite du château de Chavaniac en Haute-Loire.

Il relate les différents épisodes de la vie de ce grand homme et il lui rend hommage, tout en expliquant aux enfants les principaux événements qui ont marqué sa vie. 

Les auteurs désiraient faire passer un message aux jeunes lecteurs et leur montrer qu'un seul homme pouvait accomplir de grandes choses. C'est réussi ! 

 

Vero Béné, la dessinatrice s'est longuement documenté pour faire revivre le Marquis de La Fayette au fil des pages.

Nous le retrouvons dans sa vie quotidienne au château, durant son voyage en Amérique ou autres épisodes de sa vie comme la période où il a été emprisonné...

Les costumes et décors d'époque sont superbes et les scènes inspirées de tableaux de maîtres laissent toutefois la place à l'imaginaire. 

La Fayette, courageux défenseur de la liberté / Christian Robert

Christian Robert est né à Riom et a exercé plusieurs métiers avant de se consacrer à l'écriture. Il est passionné par la vie des personnages auvergnats qui ont marqué l'histoire. Il a également des talents de conteurs puisqu'il anime des émissions de radio où il raconte les histoires et les vies incroyables de ses personnages. 

Retrouvez-le sur son blog ci-dessous...

Partager cet article

Repost0
11 février 2019 1 11 /02 /février /2019 06:18
Autoportrait (emprunté sur le site du musée : https://www.musees.strasbourg.eu/a-propos-tomi-ungerer)

Autoportrait (emprunté sur le site du musée : https://www.musees.strasbourg.eu/a-propos-tomi-ungerer)

Ce week-end, j'ai appris comme beaucoup d'entre vous, le décès du célèbre dessinateur Tomi Ungerer.

Je lui rend ici aujourd'hui, un bref hommage... 

Les albums doivent donner aux enfants le goût de la vie même s'il est amer...

Connu en France pour ses albums jeunesse qui sont devenus des classiques, l'auteur du géant de Zéralda, et des Trois Brigands, avait bouleversé en son temps, les codes de la littérature enfantine. 

 

Son oeuvre est multiple et créative. Plus de 140 livres : contes pour enfants, recueils d'aphorismes en allemand, anglais ou français (il est trilingue), des recueils satiriques et...des livres érotiques qui constituent un quart de sa production, ce que j'ai découvert assez tard dans ma carrière de bibliothécaire, car en France, on n'appréciait pas vraiment ce côté multiforme de l'artiste. 

 

C'est donc aux Etats-Unis qu'il est propulsé sur le devant de la scène littéraire. Il y arrive en 1956 et y passe la presque totalité de sa carrière.

Là-bas, il crée ses premières affiches publicitaires qui marqueront les esprits tant aux Etats-Unis dans les années 60 qu'en Allemagne, dans les années 70...

 

Parallèlement, il publie des albums pour enfant. Un de ses premiers albums "Les Mellops font de l'avion" gagnera un prix. Puis en 1958, ce sera au tour de l'album "Crictor", dont le héros est un serpent...

 

Tomi Ungerer a cassé les codes, car il a  permis  à tout un panel d'animaux, inconnus jusque-là dans la littérature pour enfants, d'entrer dans ses albums (plus de 70 titres) : le vautour, la pieuvre, le boa...de quoi modifier les mentalités durablement. Mais il a aussi, comme d'autres auteurs jeunesse, sorti la littérature pour enfants de sa "mièvrerie". 

 

Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer
Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer

Quelques-uns des albums pour la jeunesse de Tomi Ungerer

 

Dans son dernier livre jeunesse, plutôt philosophique, intitulé "Ni oui ni non", il répond aux questions existentielles des enfants...

 

 

 

Son style léger, malicieux et poétique a conquis des milliers d'enfants et leurs parents. Avec pudeur et sincérité, il savait parfaitement décrire l'humain, nos rêves, nos sentiments et nos pensées les plus secrètes...

 

De plus, il s'est toujours engagé dans ses créations contre toutes les formes de dictature et d'injustice comme ci-dessous...

 

 

Le Musée Tomi Ungerer à Strasbourg contient pas moins de 11 000 dessins originaux, parmi lesquels des publicités de l'âge d'or américain, des caricatures, des dessins érotiques et des dessins pour enfants. 

Mais il contient aussi des sculptures et 6000  jouets provenant de la collection personnelle du dessinateur. 

 

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller voir le blog de Lavandine qui a consacré plusieurs articles très intéressants à Tomi Ungerer, en juin dernier et en particulier ICI, et ICI...

 

Lui qui pensait qu'il fallait "traumatiser les enfants" pour qu'ils aient une identité, avait vécu des choses difficiles dès sa plus tendre enfance : la disparition de son père alors qu'il n'avait que trois ans et... la guerre. Il a alors juste 7 ans. Les Allemands annexent l'Alsace mais malgré l'interdiction de parler le français, les Ungerer le parlent encore.. Mais tout cela, vous le trouverez sans problème sur internet !

Donc, pour connaître sa biographie et sa bibliographie, encore une fois, l'article de Wikipedia sera précieux ICI, ou bien le résumé chronologique sur le site du musée ICI

Mais c'est en vous rendant sur le site de l'auteur que en saurez le plus...

Quand j'écris, je réponds à une attente de l'enfant que j'étais.

Partager cet article

Repost0
29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 05:27
Gallimard BD, 2017

Gallimard BD, 2017

 

Dans ce second tome encore consacré aux "femmes qui ne font que ce qu'elles veulent", Pénélope Bagieu dresse le portrait de quinze autres femmes formidables, peu ou pas connues. Je n'en connaissais que deux  cette fois !

 

Je pourrais reprendre mot à mot ce que je vous ai dit lorsque j'ai présenté le premier tome, mais ce serait me répéter. Il vaut mieux aller lire ma chronique ICI si vous voulez en savoir plus. 

 

La minutie de l'auteur, les détails qu'elle nous révèle sur ces femmes qui se sont affranchies des préjugés et libérées de leur éducation et de leur milieu, l'humour qu'elle met dans ces planches...tout donne envie de poursuivre l'aventure.

 

Comme je l'ai dit, et encore une fois c'est vrai, le lecteur a envie d'en savoir davantage et de prolonger les recherches pour tout savoir sur ces femmes courageuses et émouvantes qui se sont battues pour avoir les mêmes droits que les hommes et ont réussi à imposer leurs idées dans un contexte totalement défavorable. L'auteur forcément aurait pu n'en choisir qu'une seule mais elle a préféré nous les présenter toutes pour les mettre à l'honneur. 

 

Elle les a choisi de divers milieux et de différents pays, pour nous montrer que malgré des difficultés propres à chacune d'elles, à leur époque, à leur religion et aux coutumes du pays, elles sont devenues ce qu'elles voulaient être : activiste, musicienne, sportive de haut niveau,  scientifique, artiste, inventrice...

 

Mary Temple Grandin née en 1947, qui se considère elle-même comme une "anthropologue sur Mars" parce qu'elle est autiste, s'est impliquée dans les recherches sur le bien-être animal pendant l'élevage et sujet d'actualité, l'abattage. Elle s'oppose en particulier à l'élevage en batterie.

Parallèlement, elle se bat pour que les personnes autistes soient reconnues dans leur différence...

 

Mary Temple Grandin (photo du net)

Mary Temple Grandin (photo du net)

 

Sonita Alizadeh deviendra la première rappeuse d'origine afghane, alors qu'elle est promise à un époux dès l'âge de 9 ans...

En Afghanistan ce n'est pas facile d'être une fille et toute cette colère coincée dans sa gorge se transformera en chansons. Réfugiée en Iran, elle parlera dans ses chansons de la condition féminine dans son pays et en particulier des mariages forcés.

Vous pouvez lire son histoire en cliquant sur son nom. Le lien vous amène directement sur les pages du blog du Monde, où Pénélope Bagieu a publié ses planches avant d'en faire un album. 

 

Si vous aimez la chanson, vous croiserez aussi Betty Davis, auteur(e) et compositeur(trice). The Shaggs, un groupe formée de trois sœurs, totalement inconnues pour moi, mais qui elles n'ont pas réellement été culottées car c'est leur père qui les a forcé à devenir ce qu'elles sont devenues.

 

Chéryl Bridges deviendra athlète et battra le record mondial du marathon en 1971...Qui a dit que les filles n'avaient pas le droit de courir ?

 

Jesselyn Radack, est une avocate américaine qui s'est s'engagée pour que la vérité ne soit jamais occultée. Elle se bat pour défendre les lanceurs d'alerte dans son pays, mais défend aussi des journalistes...

 

Naziq-al-Abid, surnommée "la Jeanne d'Arc arabe" se battra toute sa vie, contre l'injustice et le droit des femmes dans son pays, la Syrie. Pour cela il lui faudra renoncer à sa vie aisée dans une famille aristocratique et s'exiler...

 

Et puis il y a celles que j'ai particulièrement aimé, car vous vous en doutez toutes ces femmes ne m'ont pas touché de la même façon.

Nelly Bly (1864-1922), deviendra la première journaliste d'investigation femme. Elle n'hésitera pas à aller voir sur place comment les choses se passent même lorsqu'il s'agit d'un hôpital psychiatrique. 

Je connaissais déjà Katia Krafft (1942-1991), volcanologue, car j'avais lu sa biographie dans mes jeunes années. Elle a eu la chance de partager sa passion avec son mari qui respectait son choix.

Maé Jemison (1956-) est la première femme noire passionnée de sciences à être allée dans l'espace en 1992.

Et Phulan Devi (1963- 2001), était une jeune femme indienne au destin incroyable, surnommée la "reine des bandits". Elle n'a jamais cessé de combattre la loi du silence et l'obscurantisme en Inde et elle est morte assassinée. 

 

Phulan Devi

Phulan Devi

 

Et vous, laquelle préférerez-vous quand vous aurez lu cette BD ?

Une BD à lire absolument, à offrir à vos filles et à vos garçons et bien sûr à faire connaître autour de soi, parce que nous voyons bien que la liberté des femmes n'est jamais définitivement acquise. 

 

Vous pouvez lire ci-dessous l'avis de Violette...

 

Et encore une fois je participe avec ce titre au challenge de Philippe "Lire sous la contrainte" puisque cette fois encore le titre devait être...

 

 

Partager cet article

Repost0
9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 06:28
Éditions Héloïse d'Ormesson, 2017

Éditions Héloïse d'Ormesson, 2017

Où étais-tu, ma mère, quand j'étais seul dans l'immensité du silence ? Où t'envolais-tu quand j'avais besoin de toi ?
...Il se laisse dériver le long des courants de son monde intérieur, entre les laminaires des songes, les phosphorescences et les coraux où cristallisent les mots qu'il n'a pas encore attrapés, ceux qu'il désire comme l'insaisissable baleine blanche. De sa mère, il ne dit rien, pas un mot. Sa mère si peu sienne, ce territoire retranché derrière les barbelés de l'enfance dont il ne s'approche pas, de peur de disperser ces miettes d'amour volées à la distraction qui lui ont permis de supporter de grandir.

 

Voici un livre dont j'ai entendu parler en bien, à plusieurs occasions depuis sa sortie, et que je languissais d'emprunter à la médiathèque...

Le précédent livre de l'auteur "La part des flammes" est toujours dans ma longue liste de livres à lire. Il me reste encore à le découvrir donc. 

 

"Légende d'un dormeur éveillé" n'est pas un roman mais une biographie romancée d'un poète que j'aime beaucoup, Robert Desnos. En quatre parties bien distinctes, l'auteur nous révèle les principaux événements de la vie de ce grand poète, des années 20 à l'Occupation.

 

Tout le monde connaît Robert Desnos, et a appris à l'école au moins une de ses poésies ("Une souris de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête"...ça vous parle ?!). Mais Desnos ne se réduit pas à cette image que l'on a de lui, ni à ce poème que les petits apprennent encore à l'école.

Sa vie est finalement peu connue, même si tout le monde sait que le poète est mort en déportation.

 

Le récit débute alors que Desnos vient de rentrer de Cuba. Nous sommes en 1928. 

Nous faisons avec lui des haltes fréquentes à Montparnasse, nous écrivons dans son atelier de la rue Blomet, nous croisons des noms connus comme Antonin Artaud, Jacques Prévert, Louis Aragon, Paul Eluard, mais aussi Pablo Neruda, Picasso, Garcia Lorca...et bien d'autres.

Nous buvons un coup au café des "Deux magots" ou passons la nuit à débattre avec les artistes surréalistes, ou bien encore à danser au Bal Nègre...

Nous traversons les années auprès de lui et de ses amis ! Une impression étrange de promiscuité, comme si nous étions là nous-aussi, à chaque instant, en train de discuter avec ses amis...

 

Robert Desnos est toujours hanté par Yvonne (la chanteuse Yvonne George) qui a contractée la tuberculose et se noie dans l'opium entre deux séjours au sanatorium. Mais il finit par tomber amoureux fou de Youki Foujita, qui deviendra son grand amour et à laquelle il restera attaché toute sa vie.

Mais toutes deux le feront beaucoup souffrir...car elles sont volages et instables, mais d'un autre côté, elles seront source d'inspiration pour le poète. 

 

Dans ce milieu d'artistes parisiens de l'avant-guerre, tout le monde ne pense qu'à s'amuser, à boire, à manger, à discuter mais aussi à abuser de drogues diverses et à mélanger le tout dans un cocktail détonant.

C'est bien l'image que j'avais des années folles à Paris !

Mais dans ce milieu intellectuel particulier, la fête n'empêche pas les artistes d'être également très réalistes. Tous voient très vite les dangers de la montée du nazisme en Europe...

Robert Desnos, dans ses chroniques, continuera à écrire et à dire ce qu'il pense, sans présager qu'un jour tout cela pourrait se retourner contre lui, et cela ne l'empêchera pas non plus de s'engager dans la résistance, ce qui causera sa perte... 

 

J'ai eu du plaisir à découvrir ce récit romancé, mais cela ne m'empêche pas moi aussi, de rester lucide et critique...


 

L’été 1930 est reparti comme un voleur, emportant sur son dos un sac de mauvais présages. Robert, Youki et Foujita ont regardé les files s’allonger aux portes des soupes populaires, entendu les clameurs montant des ventres affamés. Cette rage qui tourne comme un fauve à la recherche d’un défoulement, fût-il brutal et aveugle. Occuper des journées blêmes, sans horizon. La valse sans fin de gouvernements interchangeables, dont on ricane pour ne pas en pleurer. L’impuissance devant ces marionnettes qui n’ont que patrie et morale à la bouche. Réarmer ou pas, dévaluer le franc ou pas. Faire confiance à l’Allemagne ou redouter cette ennemie de toujours. Fermer les frontières de décrets en motions et en quotas, ou demeurer fidèles à une tradition d’accueil vieille de plusieurs siècles. Un jeu d’échecs où le peuple des crève-la faim est toujours mat, quelle que soit la stratégie retenue.

 

J'ai trouvé très longue la première partie. Or c'est justement celle qui permet au lecteur d'accrocher avec le récit et les différents personnages...

Les petits potins de l'époque, les amours trahis des uns ou des autres, les excès en tous genres, j'avoue qu'ils ne m'ont pas spécialement passionnés.

J'ai trouvé aussi que l'auteur insistait beaucoup trop sur la discorde entre André Breton et Robert Desnos qui a abouti au reniement de ce dernier qui se considérait pourtant comme un véritable surréaliste. Cependant, l'intransigeance d'André Breton, son besoin d'être le centre du mouvement et que tous le suivent sans discuter est bien rendu. Je ne savais pas cependant que Breton ne supportait pas, que Robert Desnos continue à écrire en tant que journaliste et surtout, gagne sa vie grâce à la "presse bourgeoise".

 

 

Robert sort en claquant la porte. Marcher, c'est la seule chose à faire quand il n'est que rage. Marcher, tandis que son esprit martèle au rythme de ses pas les mots auxquels plus tard il lâchera la bride. Sa colère est un miroir traversé d'un poing sanglant qui l'étoile en milliers d'éclats meurtriers. Il y a des mois qu'il s'est éloigné du groupe surréaliste, et il sait que la survie du clan repose sur le rejet des individus qui cessent de croire en lui. Mais il n'a pas mérité un tel rejet.

 

La seconde et la troisième partie nous font découvrir ce poète impétueux, mais si sensible et ses multiples facettes.

Il a donc été écrivain et poète, journaliste et chroniqueur littéraire, ça nous le savions déjà, et le lecteur découvre comment il est devenu animateur de radio, scénariste. Il crée avec Antonin Artaud, à Radio Paris, suite à la sortie d'un nouvel épisode de la série Fantomas, "La complainte de Fantomas" qui deviendra un classique.

Mais bientôt, le poète rebelle et libre, est mobilisé. Il ne ne peut plus poursuivre son activité radiophonique et redevient journaliste...mais à cause de la censure, il est obligé de ruser pour poursuivre ses activités.

 

Sa colère, celle qu'il avait du mal à canaliser parfois et qui l'a amené souvent à se battre dans sa jeunesse, il apprendra à l'exprimer avec des mots et ce sont ces mots qui serviront la Résistance. 

La Résistance parlons-en justement, elle fait l'objet de la troisième partie qui se termine quand Desnos est arrêté. Il commencera par faire des faux-papiers puis s'engagera dans des actions plus directes et destructrices...

Il publiera sous son nom ou sous de nombreux pseudonymes, des poèmes engagés...comme "Maréchal Ducono" qui n'est autre que la critique du maréchal Pétain. Il fallait oser...

 

Maréchal Ducono se page avec méfiance,
Il rêve à la rebiffe et il crie au charron
Car il se sent déja loquedu et marron
Pour avoir arnaqué le populo de France.

S’il peut en écraser, s’étant rempli la panse,
En tant que maréchal à maousse ration,
Peut-il être à la bonne, ayant dans le croupion
Le pronostic des fumerons perdant patience ?

À la péter les vieux et les mignards calenchent,
Les durs bossent à cran et se brossent le manche:
Maréchal Ducono continue à pioncer.

C’est tarte, je t’écoute, à quatre-vingt-six berges,
De se savoir vomi comme fiotte et faux derge
Mais tant pis pour son fade, il aurait dû clamser

 

J'ai aimé la personnalité très attachante du poète, sa façon d'aimer, son désir de justice et sa liberté d'action et de ton. Ce désir de liberté, d'être maître de sa vie, de ses actes et de sa pensée, explique son éloignement du groupe surréaliste qui voulait l'enfermer dans une idéologie dans laquelle il ne se reconnaissait pas (et lui faire obligatoirement prendre sa carte au parti communiste). 

Il est non seulement un amoureux fidèle (bon à peu près je devrais dire) mais c'est aussi un ami sincère et généreux, qui n'hésite pas à partager ses maigres possessions. 

Toute oeuvre d'art porte une vision du monde, observe Robert que cette discussion passionne même si les traducteurs peinent à en suivre le rythme. Les despotes entendent imposer la leur, et nous leur opposons une multiplicité de regards et de points de vue qui leur est odieuse. Pour eux, il ne peut y avoir qu'une seule vérité, qui devient un catéchisme. La culture est un enjeu. Quand on permet à ceux qui en sont exclus d'accéder à l'art et à la connaissance, on sème une graine de liberté qui peut les soustraire à la toute-puissance des tyrans.

 

J'ai aimé que le texte soit étayé de vers du poète, sélectionnés juste au bon moment et avec une grande justesse.

J'ai aimé l'écriture de l'auteur, les recherches poussées qu'elle a effectuées pour écrire cette biographie et la façon, emplie de respect et d'admiration, avec laquelle elle nous parle de ce poète.

J'ai aimé l'amour immense de l'auteur pour la capitale, un amour qu'elle nous fait partager et qui nous donne envie de prendre immédiatement le TGV pour marcher dans ses pas et, voir ou revoir, ces lieux tels qu'ils étaient autrefois...

J'ai aimé la façon dont l'auteur nous décrit le contexte historique, nous fait entrer dans la grande Histoire en passant par la guerre d'Espagne, le Front populaire, la montée du nazisme et la guerre : cela donne beaucoup de force au texte. Se placer du côté des artistes, permet en effet de mieux comprendre les conséquences de l'Occupation pour leur vie intellectuelle et en particulier, les effets de la censure.

 

J'aurai aimé que soient davantage développés, les idées du poète, son ressenti, son besoin de liberté et tout ce qui a fait de lui un être à part.

Je suis restée sur ma faim, car le lecteur ne sait plus à un moment donné ce qui relève du réel et de la fiction. Si les noms des personnages et les faits historiques sont bien réels, qu'en est-il des dialogues, des rencontres, des sentiments supposés. Est-ce bien ce Desnos-là qui a réellement existé ? Était-il réellement comme l'auteur nous le décrit ? Ses pensées, ses motivations sont-elles pure fiction ou réalité ? 

 

J'ai moins aimé la quatrième partie du récit qui cite des extraits du journal (supposé ou réel ?) de Youki. Desnos a été arrêté et il n'est plus là. C'est à cet instant qu'elle s'aperçoit à quel point il comptait pour elle...mais bon, le sujet n'est pas là. Le lecteur vit le calvaire de Desnos de son arrestation à sa déportation en passant par sa fin de vie où atteint du typhus, il s'éteint à Térezin. C'est bouleversant bien sûr, mais j'ai eu un sentiment mitigé à cette lecture. C'est de trop je trouve...

 

Donc vous l'aurez compris, ce livre n'est pas facile à lire et c'est une lecture exigeante qui demande du temps : cela fait très longtemps que je l'ai commencé mais je n'ai pas pu lire ses 500 pages à la suite, ce qui est rare chez moi.

Il m'a fallu du temps pour entrer dans le récit, m'habituer à l'époque, me retrouver dans les personnages dont il n'y a parfois que le prénom, relire entre temps une biographie abrégée pour mettre un visage et un nom complet sur certains.

J'aurais aimé finalement un livre plus court car il y a des passages où je me suis presque ennuyée (surtout au début) et où j'ai eu envie d'abandonner la lecture. Quel dommage aussi d'avoir envie de sauter des pages quand on a tout le temps requis pour s'imprégner d'une lecture et que le froid ne nous permet que de faire de brèves balades au dehors.

J'ai donc un avis mitigé sur cette lecture que par moment j'ai trouvé trop longue, par moment passionnante, émouvante et très vivante, mais qui en tous les cas, donne envie de se replonger dans les poèmes de Desnos...C'est déjà ça ! 

 

Tu diras au revoir pour moi à la petite fille du pont
à la petite fille qui chante de si jolies chansons
à mon ami de toujours que j’ai négligé
à ma première maîtresse
à ceux qui connurent celle que tu sais
à mes vrais amis et tu les reconnaîtras aisément
à mon épée de verre
à ma sirène de cire
à mes monstres à mon lit
Quant à toi que j’aime plus que tout au monde
Je ne te dis pas encore au revoir
Je te reverrai
mais j'ai peur de n'avoir plus longtemps à te voir

En définitive ce n'est pas la poésie qui doit être libre, c'est le poète.

 

Cette biographie romancée entre encore dans le challenge de Philippe "Lire sous la contrainte".

Le titre de mon livre devait contenir un des sons ci-dessous...

Légende d'un dormeur éveillé / Gaëlle Nohant

 

Vous pouvez aussi relire mon article écrit sur Robert Desnos à l'occasion du Printemps des poètes 2015...

Partager cet article

Repost0
6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 06:27
Stock, 2017

Stock, 2017

Ils ont vingt ans, beaucoup de gaieté, peu de besoins et juste assez de revenus versés par leurs parents pour ne pas se soucier de trouver vite un emploi. Autant continuer d'improbables études avant de se faire emprisonner par la vie...

De certains livres on dirait qu'ils vous ont choisi. Dès la première phrase, le coeur vous bat. Vous entendez une voix vous dire : "Tu veux être mon ami ? " C'est la voix du livre. Vous en pleureriez. Vous avez trouvé quelqu'un et ce quelqu'un est un livre, quelqu'un pour vous protéger.

Il est des livres qui sont des bateaux. Ou, si vous préférez, des grands frères. Ils vous embarquent, ils vous prennent la main. Ils vous aident à traverser cette mer cruelle et chahutée qu'est la jeunesse. Ils vous rendent plus fort, juste assez fort pour atteindre l'autre rive. Qui est votre vie.

 

Il fallait oser se lancer dans une biographie du grand "La Fontaine" surtout quand on voit tout ce qui a déjà été publié sur cet auteur, tant aimé des grands et des petits, et qui continue à ravir les écoliers de tous âges.

 

Voilà un essai qui ne manque pas de sel.

Ancré dans la modernité, c'est une vision très réaliste mais taquine qui nous est proposée par Erik Orsenna. On y rencontre bon nombre de "gentilles de corsage", "douces d'humeur" et des personnages de contes, bien éloignés des malicieux personnages des fables de notre enfance.

L'auteur en profite au passage pour nous parler de langue française, de la situation d'académicien, de l'amour des mots, des livres et de la lecture mais aussi de l'importance de la liberté dans la création.

 

Avec le talent qu'on lui connait, et beaucoup de malice, il nous donne envie de repartir sur les pas du poète et d'aller visiter les lieux de son existence, à Château-Thierry par exemple, là où il est né un certain 8 juillet 1621. 

Puis de nous rendre à Paris au Quartier latin, où il rencontra Molière, Racine et Boileau qui resteront ses amis pour la vie. 

 

Je ne vais pas vous raconter la vie de La Fontaine que vous pouvez retrouver n'importe où sur le net, juste vous dire que cet essai montre à quel point sa vie a été désordonnée, combien il a rejeté les bienséances, et la religion pour rester un homme libre et l'affirmer.

 

Ce que La Fontaine aime par dessus tout, c'est la langue française, l'amour et les belles demoiselles, la musique, ses amis et faire la fête avec eux loin des contraintes de la vie !

Mais il aime aussi démesurément la nature. N'a-t-il pas commencé sa vie comme "Maître des Eaux et des Forêts" ? 

 

Les éléments biographiques n'apportent rien de neuf à la vie connue du grand homme. On le retrouve mauvais époux et père absent, vivant une double vie.

On le retrouve écrivant des contes subversifs sans se soucier de la morale de l'époque, des contes qu'il dit lui-même avoir écrit, suite à la lecture de Boccace et de son célèbre Decameron. 

On le retrouve fidèle à son ami Fouquet, devenu son protecteur, alors que le surintendant des finances du roi est renié par la cour...

On retrouve La Fontaine alors démuni et sans le sou, à la solde de ses amis, ou de gentilles demoiselles.

Jamais la cour ne lui pardonnera d'être resté fidèle à son ami ! 

D'ailleurs, c'est à cause de cela que des années après, il aura des difficultés pour entrer à l'académie française...

 

C'est enfin à 47 ans, que La Fontaine écrit ses fameuses fables.

Il proclame bien haut qu'elles ne sont pas de lui, mais qu'il s'est inspiré pour certaines d'Esope, et cite clairement ceux qui les ont raconté les premiers. 

 

Je ne savais pas que La Fontaine à la fin de sa vie, avait été obligé si je puis dire, de renier ses propres écrits, par peur du jugement dernier et sous l'influence d'un certain abbé...

Je ne savais pas non plus qu'il était de bon ton à cette époque de faire croire qu'il était paresseux, alors que ses écrits étaient très travaillés, et que les manuscrits prouvaient tout le contraire ! 

 

L'essai est interrompu par de nombreux extraits de contes (et bien j'avoue que je les connais peu et que cela donne envie d'en savoir plus) et des anecdotes amusantes, devrais-je dire même plutôt... croustillantes !

 

Enfin, un mini recueil de fables choisies termine le récit ...histoire de ne pas oublier cette poésie des mots qui a enchanté notre enfance et enchante encore celle des générations d'aujourd'hui.

C'est sans doute leur côté universel en ce qui concerne la nature profonde des hommes, qui les rend indémodables...

 

Cette courte biographie est un livre accessible qui se lit avec plaisir.

Les chapitres sont courts et l'écriture d'Erik Orsenna est abordable.

Le personnage de La Fontaine, empli de défauts nous apparaît sous sa plume très attachant.

Même les lycéens peuvent se pencher sur cette lecture qui leur fera entrevoir toute une période de l'histoire, ainsi que les difficultés des artistes et créateurs qui n'étaient pas favoris du roi. Mais cet essai leur montrera aussi que certaines choses n'ont pas changé ! 

 

Ce livre a été l'occasion d'une série d'émissions sur France Inter durant l'été 2017, émissions que je n'ai pas eu l'occasion d'écouter mais dont m'avait parlé une amie.

Voilà pourquoi j'ai eu envie de le découvrir...

 

Il est une première loi de notre espèce humaine : tous les puissants ont toujours été louangés. Il en est une autre, plus étonnante que la précédente : tous les puissants ont toujours goûté fort ces louanges, si démesurées soient-elles.

Partager cet article

Repost0
14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 07:33
Editions Bruno Doucey / Collection Poés'idéal, 2015

Editions Bruno Doucey / Collection Poés'idéal, 2015

Je n’ai pas de frères de race,
ni de religion, ni de communauté,
pas de frères de couleur,
pas de frères de guerre ou de combat,
je n’ai que des frères de Terre.

Extrait / Michel Baglin

 

Voici un petit recueil de poésies, de comptines et de paroles de chansons qui s'adresse aux collégiens à partir de 12 ans.

 

En quatre chapitres : "Je ne suis pas du bon côté" ; "De mon peuple décimé" ; "Debout et libre" ; "Chaque visage est un miracle"...le lecteur découvre une quarantaine de poèmes d'auteurs variés qui parlent de la tolérance, de la différence, d'égalité entre les hommes, de solidarité et de respect.

Les auteurs mettent en cause le racisme, l'antisémitisme ou l'esclavage, et toutes les discriminations raciales mais toujours, et c'est important, après leurs cris de souffrance arrive une note d'espoir. 

Ils sont originaires de tous les pays ou presque et sont métis, noirs, blancs, indiens, juifs, aborigènes...

Ce sont soit de grands noms francophones comme Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Pierre Perret, Guy Tirolien, Léon-Gontran Damas, Robert Desnos, Andrée Chedid, Tahar Ben Jelloun, Maram al-Masri...soit des auteurs moins connus. 

Le lecteur fait ainsi le tour du monde, tout en découvrant des textes magnifiques et forts, mais faciles à lire et à comprendre.

 

A la fin de chaque texte, un court encadré reprend en quelques mots l'essentiel de ce que le lecteur doit savoir sur l'auteur et les circonstances dans lesquelles il a écrit ce poème. 

A côté de cette brève biographie, d'autres encadrés rappellent les lois, ou donnent des extraits de discours. 

 

Dans un dernier chapitre intitulé "Des mots pour le dire" certains des thèmes abordés sont repris pour inviter à une réflexion plus approfondie.

Puis, des pistes bibliographiques sont proposées...pour en savoir plus. 

 

Voilà une petite anthologie pédagogique incontournable car d'une grande richesse qui incite au mieux vivre ensemble dans un petit format parfaitement adapté aux jeunes. 

 

Chants du métissage / Pierre Kobel

Partager cet article

Repost0
8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 07:00
Photo prise sur le blog de l'auteur (http://fkeita2013.blogspot.fr/)

Photo prise sur le blog de l'auteur (http://fkeita2013.blogspot.fr/)

Je me souviens d’un rêveur qui chantait le fleuve.
Il disait que le fleuve est source de bonheur.
De bonheur mais aussi d’espoir inouï.

Fatoumata Keïta, l'écrivaine malienne engagée

 

Née en 1977 au Mali, Fatoumata Keïta est titulaire d'une maîtrise en socio-anthropologie et d'un DEA en socio-économie du développement. Elle est aussi rédactrice de scripts radiophoniques.

Fatoumata Keïta se définit elle-même comme "une poétesse engagée et révoltée par tout ce que nos politiques font vivre aux populations". Résolument moderne, elle propose de poser un autre regard sur son pays natal. 

Sa première oeuvre parue chez NEA en 1998, s'intitulait "Polygamie, gangrène du peuple".

Depuis elle a toujours continué à écrire des poèmes, des nouvelles et même un roman "Sous fer" où elle aborde le thème de l'excision. 

Elle est lauréate du 2e prix de la première Dame du meilleur roman féminin à la seconde édition de la Biennale des Lettres de Bamako.

Elle est également lauréate du Prix Massa Makan Diabaté 2015 de la rentrée littéraire du Mali et du 2e prix du meilleur roman de l'Afrique de l'Ouest.

Elle écrit aussi des "poèmusiques" c'est-à-dire des poèmes mis en musique par Aba Diop.

Toute son oeuvre parle de la société malienne, de la liberté d'expression, du poids des traditions et de la condition de la femme. Ce qu'elle veut, c'est interpeller les consciences tout en aidant son pays à bâtir son avenir. 

 

En novembre 2016, elle a publié, avec le photographe Michel Calzat un carnet de voyage poétique qui mêle ses poèmes aux photos prises sur les bords du fleuve Djolibà à Ségou et auprès des Bozos du village de Géini.  

 

J'aimais cet homme qui chantait le fleuve...

J'aimais cet homme qui chantait le fleuve...

 

Je vous invite à la découvrir et ce sera mon hommage personnel à toutes les femmes en cette Journée internationale de la femme

 

Pour mieux la connaître, retrouvez-la sur son blog...

 

OU écouter ce poème porteur d'espoir qui s'intitule "Demain"...

Lecture du poème intitulé "Demain", par Fatoumata Keïta

 

OU encore, si vous avez un peu de temps,  un de ses premiers poèmes, "Laissez-moi parler", un poème qu'elle a écrit lors de ses années de lycée et qui se trouve sur le premier CD regroupant ses poèmes mis en musique.

Le poèmusique "Laissez-moi parler"

Partager cet article

Repost0
8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 07:20
Editions Globe, 2016

Editions Globe, 2016

Pourquoi toute notre colère et notre chagrin accumulés ne produisent que du silence. ça ne va pas, il faut qu'une voix s'élève pour raconter cette histoire...parce que c'est mon histoire et celle de ces jeunes hommes disparus, parce que c'est l'histoire de ma famille en même temps que celle de notre communauté...

 

Grâce à la littérature et à l'écriture, Jesmyn Ward, petite fille noire, curieuse, sensible et intelligence est arrivée à "sortir de son milieu". Déjà le lecteur le sait et aborde cette lecture avec cette idée en tête. 

 

L'histoire se situe en grande partie à DeLisle, dans le sud du Mississipi et nous fait entrer dans la communauté noire, où la pauvreté et le racisme font partie du quotidien. 

L'auteur y raconte une double histoire, en alternance.

 

Tout d'abord, elle raconte l'histoire de sa propre famille. Il lui faudra remonter à ses origines pour mieux comprendre la force qui anime les femmes de sa famille et nous conter de belles histoires de passion, de courage, de maternité  et de travail...

Mais aussi des histoires d'hommes faibles qui désertent, se font plaisir, n'assument pas leurs enfants et se font servir...

Et de belles et touchantes histoires d'enfance, avec les jeux dans la forêt, les courses pieds nus en été, les taquineries...mais aussi parfois la tristesse lorsque les parents se séparent.

Le lecteur découvre aussi ses histoires d'adolescente, les difficultés scolaires, les remarques racistes, les garçons qui ne la respectent pas...

Parce qu'elle a sous les yeux l'exemple d'une mère aimante et travailleuse, elle refusera de se complaire dans l'alcool et la drogue, fera de sa réussite scolaire son cheval de bataille et survivra en faisant de l'écriture, son unique moyen d'exprimer sa difficulté de vivre.

 

Ensuite, entre deux chapitres où elle nous raconte sa vie de famille, elle nous conte la disparition de cinq jeunes parmi ses proches qui vont mourir subitement en pleine jeunesse. Quatre années terribles où la mort rôde autour de la petite communauté : overdose, suicide, accidents de voiture causés par des tiers, mais aussi règlement de compte ou décès par balle.

Parmi eux...son petit frère, le seul garçon de la fratrie, celui qu'elle n'a pas réussi à protéger ce soir-là du chauffard qui a percuté sa voiture, comme elle pouvait toujours le faire quand il était petit...Joshua.  

Elle aura attendu treize ans pour nous parler de ce drame et de ce chauffard qui n'a écopé que de cinq ans de prison, alors qu'il conduisait en état d'ivresse, cinq ans pour des vies gâchées et un événement qui a achevé de briser sa famille. 

Pour cela, la structure du récit remonte le temps, alors qu'elle partait du passé pour arriver à aujourd'hui quand elle nous contait l'histoire de sa famille, elle part de la disparition la plus récente d'un de ces cinq jeunes, pour arriver à la plus ancienne, celle de son petit frère...celle par qui tout arrive. 

C'est ici que le passé et l'avenir se rencontrent. Cela se passe après l'attaque du pitbull, après le départ de mon père et le coeur brisé de ma mère. Après les petites brutes au lycée, après les blagues racistes, après que mon frère m'a révélé comment il se débrouillait pour gagner un peu d'argent...C'est le dernier été que je passerai avec mon frère. C'est le coeur de toute cette histoire...

 

Mais au-delà des souvenirs et des drames familiaux, c'est de son pays dévasté par les cyclones, par la pauvreté, la drogue et l'alcool_qui font des ravages non seulement parmi les jeunes mais aussi parmi les adultes_ qu'elle nous parle, comme s'il y avait urgence de faire tout pour le sauver, pour redonner de l'espoir aux jeunes, pour empêcher les mères de se tuer à la tâche pour des emplois minables et aux pères d'être exploités comme les anciens esclaves l'étaient...

On sent qu'elle a à coeur de nous conter l'histoire de sa communauté et qu'elle porte en elle cette histoire comme un héritage, mais surtout comme un fardeau, comme si tous ceux qui ne savaient pas écrire ou raconter, lui avaient donné la mission de le faire à leur place. Elle souhaite ainsi donner la parole à ceux qui sont encore pointés du doigt à l'école, ceux qui sont pauvres et mal habillés, ceux qui n'ont pas le même choix de vie que les autres et qui ne peuvent envisager librement leur avenir...

 

Les passages où l'auteur dresse parfois maladroitement le portrait des cinq jeunes garçons disparus, les circonstances de leurs rencontres et celles de leur mort sont criantes de réalisme. Ceux où elle nous parle de sa famille sont émouvantes et prennent le lecteur aux tripes. 

C'est donc un récit très vivant et réaliste sur le déterminisme social et ses ravages, un récit sincère, parfois cru et dérangeant, sans concession, qui nous explique les difficultés d'être une jeune femme noire, en Amérique au XXIème siècle, quand on est issu d'un milieu pauvre et modeste et qu'on ne peut se défaire du poids du racisme et des inégalités sociales qui touchent les habitants de cette région.

Au-delà de ce récit qui ne peut nous laisser indifférent, je suis frappée à l'issue de cette lecture, par la tristesse des propos, par ce pays et cette époque qui est la nôtre, où trop peu d'espoir reste aux jeunes de s'en sortir, lorsqu'ils ont eu la malchance de tirer à leur naissance les mauvaises cartes. 

 

Un jeune auteur à découvrir donc... 

Ce récit est devenu dès sa sortie un best-seller aux États-Unis.

 

Tous les chiffres toutes les données officielles le confirment. Ici au confluent de l'histoire, du racisme et de la pauvreté, voici ce que valent nos vies : rien.

Partager cet article

Repost0
12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:15
Gallimard Folio, 2015

Gallimard Folio, 2015

Si tu as besoin de neige au printemps, ouvre un livre. Si tu as besoin de printemps au printemps, ouvre la fenêtre.

 

C'était en juin dernier déjà, rappelez-vous...juste quelques jours avant l'été qu'une merveilleuse aminaute m'avait fait une surprise énorme en m'offrant ce petit livre. Vous trouverez tous les détails racontés sur ce blog ICI.

Comme vous le devinez, j'ai pris tout mon temps pour le savourer et vous en parler.

 

La quatrième de couverture nous dit...

"Peut-on voyager à dos de baleine ?

Quel est le meilleur remède contre l'insomnie : la lecture parcours ou la lecture par coeur ?

Est-il possible qu'un rossignol de trois mètres de long offre un peu de lecture à notre oreille ?

Que retenir de notre passage dans une «biblioville» ?

Et que vient faire "L'Homme au casque d'or" de Rembrandt dans ce "Petit éloge de la lecture" ? 

De nos pieds jusqu'au ciel étoilé, tout est lecture. Pef nous entraîne dans un voyage sans autre destination que celle du plaisir de lire."

 

Comme vous le voyez, c'est tout un programme ! 

 

D'abord je voudrais préciser que ce petit essai sur la lecture n'est pas du tout un livre pour enfant (ou même ado) comme certaines personnes le présument mais un livre pour adulte et en particulier pour les adultes qui ont su garder leur âme d'enfant...

Rien ne vous empêche par contre d'en faire lire quelques  extraits choisis à votre ado ou bien d'en lire des passages aux plus jeunes. A vous de les sélectionner ! 

 

De plus, je tiens à préciser aussi, que ce n'est pas un essai pour vous convaincre de lire (bien que...) mais un essai qui vous en apprendra beaucoup sur l'auteur et ses rencontres littéraires, mais aussi sur vous-même et sur votre propre rencontre avec les livres et la lecture.

 

Ce que je vous promets, c'est qu'il vous fera rire, sourire ou rêver, qu'il  vous étonnera ou vous obligera à relire plusieurs fois la même phrase, en vous demandant si vous êtes brusquement devenus idiot(e)s _vu la chaleur de l'été cela pourrait arriver_ ou si c'est l'auteur qui vous embarque dans un ailleurs que vous ne maîtrisez plus...et qui vous oblige ainsi à lâcher prise et à vous laisser (em)porter.

 

Truffées d'anecdotes truculentes, il vous fera  surtout voyager avec quelques haltes par-ci par-là, de la poésie aux grand classiques, en passant par des auteurs jeunesse ou adulte, connus ou moins connus...Antonin Artaud, Jules Verne, Jérôme K. Jérôme, James Oliver Curwood, Charles Baudelaire, Umberto Eco, Franz Kafka se côtoient dans ces pages... ce qui ne manquera pas de vous donner envie de les noter_sur une très grande feuille de papier_ pour les (re)découvrir plus tard !

 

Le Pef que l'on connaît en lecture jeunesse, plein d'humour et de poésie, ressort au fil des pages, souvent au détour d'une phrase.

 

Rien à lire. Pas de graffito gribouillé par quelques traces de vie. Pas la moindre arabesque dessinée par un doigt ni d'hiéroglyphe à déchiffrer.
Rien. Les seuls mot en ma possession sont ceux écrits au dos de mon billet panoramique : le règlement des chemins de fer canadiens. Texte son signé, imprimé à des millions d'exemplaires, d'un prix variable, que personne d'autre que moi ne peut se vanter d'avoir lu dans son intégralité...
(...)
"Pour votre fortin, si vous n'avez pas de bille valable, nous vous conseillons de gueuler aux points d'habits. A bord votre régularisation peut tuer".

Content d'avoir tondu le règlement, décapité, amputé et détourné les mots extraits d'un pensum juridique...

 

On croise aussi sur sa route, les lectures qu'il a aimées mais pas que...car il ne nous parle pas uniquement de livres, il nous parle de lecture en général, de lecture vivante car intégrée dans notre vie de tous les jours, ce qui correspond exactement à ce que j'ai essayé de mettre en place avec tous les jeunes (et moins jeunes) que j'ai pu côtoyer dans mon métier.

 

Pef nous parle par exemple de "l'homme au casque d'or", une oeuvre bien connue de Rembrandt qu'il aime particulièrement à tel point qu'il a l'impression qu'elle lui appartient et a été peinte pour lui. 

 

L'homme peint par Rembrandt avait raison. Alexandrins ou pas, la lecture mène à l'amour.

 

Que ceux qui n'ont jamais pensé que tel poème, tel tableau ou tel roman avait été écrit uniquement pour eux, se lèvent ! 

 

Nous retrouvons aussi des lectures de notre enfance ou de notre adolescence et il nous donne envie de les relire car nous en avons oublié les détails, tant elles sont restées enfouies depuis tout ce temps en nous. 

Il nous invite à penser aux livres voyageurs que nous avons prêtés et qui ne sont jamais revenus et nous manquent parfois à présent.

 

Il sera là, ce livre qui ouvre la saison vacancière. Son titre : "Voyage à dos de baleine". En mon jeune âge, je me fiche bien de savoir qui en est l'auteur et, qui plus est, l'éditeur. Je le saisis et le feuillette boulimiquement. Les gravures qui l'illustrent sont autant d'incitations à la lecture. Elles surgissent en signe comblé de reconnaissance. Je n'ai encore aucune notion du nom de Jules Verne, de son univers de tour du monde ou de course à la Lune...

 

Mais il nous invite aussi à penser à d'autres modes de lecture...le ciel est un bel exemple pour qui sait prendre le temps de l'observer mais aussi les vieilles cartes postales comme celles que je viens de trouver dans une vieille boîte à chaussures au fin fond d'un des placards de ma mère...

Tout, absolument tout ce qui nous entoure, est propice à la lecture.

 

 

 

Marcher pieds nus. Sentir l'écorce terrestre. Lui laisser la chance de m'accorder par la caresse inépuisable des promenades une possible mais improbable réciproque. Les orteils en deux groupes de cinq éclaireurs, le premier précédant l'autre de peu, vite relayé par le second, font la course pas à pas, battant l'herbe rase devenue pampa, évitant de peu le marécage d'une flaque, la poussière, le sable ou les brûlures du goudron estival.
(...)
Fouler le sol a toujours été pour moi un jeu de parcours cartographié, la recherche de signes appropriés à une autre lecture, celle du paysage.

 

J'avais commencé à dresser la liste de toutes ces oeuvres lues durant ma jeunesse, ainsi que celles dont il nous propose la découverte lorsque je me suis aperçue qu'à la fin du livre, il y avait non seulement la liste des auteurs par ordre de leur apparition, mais aussi la liste complète des oeuvres citées ! 

 

C'est ainsi que j'ai découvert que dans sa grande bonté, Pef nous donnait en page 136, le conseil d'utilisation de son livre suivant ...

Prenez en main ce petit livre. Courbez-le comme un arbre sous le vent imaginaire né de votre pouce. Ventilées, ses pages prennent le grand galop. Votre œil abusé ne peut retenir le cheminement des mots mués en un nuage strié, dilués dans le blanc du papier et le noir des lettres. Le gris vous grise mais, au moindre arrêt, la lecture s'impose avec conviction et renaît la lenteur paisible d'un trésor à partager.

 

Moi-même je me permets aussi de vous donner un conseil : Ne lisez pas ce livre d'une traite, mais de manière discontinue et en papillonnant d'un chapitre à l'autre. Le ton est soutenu et les propos d'une telle densité qu'il ne peut se prêter aisément à une lecture continue : vous ne manqueriez pas d'y rechercher un fil directeur et comme dans un labyrinthe, vous vous y perdriez tout en vous éloignant des intentions de l'auteur...

 

C'est donc une lecture qui nous renvoie vers nos propres expériences de lecture et de lecteur et nous invite à nous y enfouir, mais aussi nous y perdre, comme on se perdrait dans nos souvenirs, pour mieux y porter un regard empli de poésie et de couleurs comme Pef le fait lui-même pour les siennes...histoire de ne pas oublier notre regard d'enfant. 

La lecture est eau, elle file entre les doigts de la mémoire...

 

Qui est Pef ?

 

Pierre Elie Ferrier, dit Pef, est né le 20 mai 1939. Il passe son enfance sous la bienveillance de sa mère, maîtresse d'école. Il a pratiqué les métiers les plus variés : journaliste, essayeur de voitures de course ou responsable de la vente de parfums pour dames.

À trente-huit ans et deux enfants, il dédie son premier livre, "Moi, ma grand-mère", à la sienne, qui se demande si son petit-fils sera sérieux un jour. En 1980, il invente le personnage du prince de Motordu.

Lorsqu'il veut raconter ses histoires, Pef utilise deux plumes : l'une écrit et l'autre dessine. La première dérape à la moindre occasion et la seconde la suit les yeux fermés. Sa femme Geneviève met en couleurs la plupart de ses livres.

Chaque matin du 36 du mois, c'est-à-dire tous les deux ou trois jours de son propre calendrier, Pef court sur les chemins de sa campagne, discute avec les alouettes et les crottes de lapin. Ses meilleurs amis sont le vent, les nuages et trois petites étoiles qu'il est le seul à connaître.

Pef a déjà signé plus de 150 ouvrages, graves, drôles, tendres ou désopilants...

"La belle lisse poire du prince de Motordu", publié en 1980, est son plus beau succès, vendu à plus d'un million d'exemplaires. Une fabuleuse reconnaissance qui l'amène à collaborer régulièrement avec des institutrices et des orthophonistes, à sa plus grande joie!

«Le prince de Motordu sera présent surtout par sa façon de parler. Il a inventé une langue, aux enfants de se l'approprier».

 

Pef a obtenu pour l'ensemble de son œuvre :

- le grand prix spécial Sorcières,

- le prix Humour Loisirs-Jeunes,

- le prix d'illustration de la ville de Bari (Italie).

 

(source : site Gallimard)

 

 

Pef à "La grande librairie", un phénomène à revoir si vous l'avez raté !

J'ai une chance : je dessine. Cela me donne une grande capacité à "photographier" les mots. Je vois tout de suite le parti que je peux en tirer. Parler en jeux de mots, c'est une gymnastique… pas une déficience mentale, hein!

.

Pef, interview dans "Ouest France"

Partager cet article

Repost0
1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 06:03
Roald Dahl en 1954 (photo wikipedia)

Roald Dahl en 1954 (photo wikipedia)

La vie est tellement dure, vraiment tellement dure. Il faut préparer les enfants à faire face au monde, leur donner un maximum d'atouts pour cela.

 

Roald Dahl aurait eu 100 ans le 13 septembre prochain. 

Une occasion de lire, de relire ou de découvrir, ce fabuleux auteur indémodable. 

 

Né en 1916 au Pays de Galles, de parents norvégiens, cet écrivain britannique célèbre est mort en 1990 à Oxford des suites d'une leucémie. 

Je vous ai déjà un peu parlé de son parcours en décembre dernier lorsque j'ai écrit une chronique sur mon album fétiche, celui que j'ai tant raconté aux enfants quand j'étais bibliothécaire et tant raconté aussi à mes enfants, et maintenant à mes petits-enfants je cite "l'énorme crocodile"... que je le connais par coeur ! 

 

Je vous renvoie donc à la courte biographie que j'ai déjà écrite et que vous trouverez en cliquant sur le lien ci-dessous...

 

Mais dans cette courte biographie je n'avais pas abordé certains aspects plus personnels de sa vie...

L'humour et la malice contenus dans ses récits contrastent étrangement avec sa vie privée qui n'a pas été facile, c'est le moins qu'on puisse dire.

 

Enfant, il a vu sa soeur aînée et son père disparaître en quelques semaines. Puis il a connu une certaine forme de solitude au pensionnat. Enfin, devenu adulte, il échappe miraculeusement à la mort lorsque son avion s'écrase. Bon tout ça cela fait longtemps que tout le monde le sait. Mais que sait-on de sa vie en tant que mari et père...

 

Sa vie avec sa première femme, l'actrice Patricia Neal, sera marquée par des drames difficiles à surmonter.

Son fils, Théo à l'âge de 4 mois, est gravement accidenté : sa poussette est renversée par un automobiliste sous les yeux de sa petite soeur Tessa. Il subit de graves lésions crâniennes mais ce seront les complications liés à une hydrocéphalie post-traumatique qui seront les plus tenaces. La valve installée pour diminuer le liquide se coince trop souvent entrainant une cécité et des troubles nerveux chez l'enfant. Tout cela incite son père à se tourner vers deux spécialistes : Stanley Wade d'une part, un ingénieur travaillant dans l'hydraulique et Kenneth Till, un pédiatre pionnier en manière de neuro-chirurgie... 

Un an après alors qu'ils ont réussi à mettre au point une valve qui portera leur nom (DWT=Dahl/Wade/Till) capable de réduire la pression intracranienne, Théo n'en aura plus besoin car ses troubles ont disparu et il reprend peu à peu une vie normale.

Mais cette valve sera indispensable et sauvera ultérieurement la vie de nombreux enfants dans le monde.

Tout semble aller mieux pour la famille. 

C'est alors qu'en 1962, leur fille aînée, Olivia, âgée de sept ans décède des suites d'une encéphalite, une complication subite de la rougeole...

 

Puis en 1965, alors que leur dernière fille Ophelia a à peine un an, c'est au tour de Patricia sa femme, enceinte de Lucy, de tomber malade. Elle est victime d'un AVC et reste fortement diminuée.

Parce qu'ils se battent tous les deux, elle réussira à poursuivre pourtant son métier d'actrice.

 

Bref, vous l'avez compris, sans entrer davantage dans les détails... la vie ne lui a pas fait de cadeaux.

 

Quand on sait tout cela, on n'est pas surpris de trouver dans les oeuvres de Roald Dahl, autant d'humanité, de tendresse et de tolérance...  

Il écrit des histoires intemporelles, peuplées de sorcières, d'ogres ou d'autres êtres imaginaires.

Son humour particulier, parfois noir et les effets décalés jubilatoires ont marqué plusieurs générations de lecteurs.  

Au delà de l'humour, ses histoires sont riches en émotions. Elles peuvent aider les enfants à grandir et à se sentir moins seuls. Car Roald Dahl porte un amour immense aux plus faibles et les fait toujours triompher, ce qui apporte espoir et confiance aux enfants...

C'est la raison pour laquelle ses héros sont très souvent des enfants malheureux qui auront à prendre une revanche sur la vie, et ce sont les adultes qui ont le plus souvent le mauvais rôle dans ses histoires.  

 

Beaucoup de ses oeuvres ont été reprises au théâtre et au cinéma. 

Cet été, est d'ailleurs sorti dans les salles "Le Bon Gros Géant / Le BGG adapté par Steven Spielberg, d'après le roman écrit en 1982.

 

Affiche du film sorti en 2016

Affiche du film sorti en 2016

 

Ce qu'il faut retenir, c'est que Roald Dahl a commencé à écrire des histoires pour la jeunesse dès 1943, comme les Gremlins par exemple, écrit pour Walt Disney.

 

Couverture de la première édition de The Gremlins (Wikipedia)

 

Mais il se consacrera vraiment à l'écriture dans les années 60 et écrira d'abord pour ses enfants.

Il a aussi écrit pour les adultes, surtout des nouvelles, comme par exemple  "Kiss ! Kiss !" et "Bizarre ! Bizarre !" nouvelles toutes aussi plaisantes et bizarres, les unes que les autres. 

 

 

Son premier livre "James et la grosse pêche" (1961) n'obtiendra pas le succès espéré... Mais son second, "Charlie et la Choclaterie" (1964), sera un succès international et deviendra le best-seller de la littérature jeunesse que l'on connaît tous. 

 

Roald Dahl a travaillé pendant des années en collaboration avec Quentin Blake. C'est impossible de parler de l'un sans parler de l'autre car Quentin Blake a su dessiner de manière incroyable les personnages de Roald Dahl et les faire vivre...

 

Depuis la mort de l'écrivain, Liccy Dahl, sa seconde épouse, gère la fondation Roald Dahl qui se consacre à la dyslexie, à l'illettrisme et à la lecture.

 

Pour en savoir plus rendez-vous sur son site officiel...qui est tout en anglais.

 

Demain, vous trouverez sur ce blog, pour lui rendre un hommage bien mérité, une petite bibliographie illustrée de l'auteur...si cela vous  intéresse, bien sûr ! 

 

 

Partager cet article

Repost0
2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 06:39
Dargaud, 2015

Dargaud, 2015

L'unique but de ma vie, c'était d'écrire.

 

Tout petit, Jean-Paul Sartre était déjà différent des autres... Passionné par les livres, il lit très jeune, des écrits qui ne sont pas de son âge.

 

Devenu professeur de philosophie, sa rencontre avec Simone de Beauvoir, la seule dont il acceptera toujours les critiques, marquera le début du mythe.

Elle devient sa muse, son amour "nécessaire" et indispensable.

 

Dans cette biographie unique en son genre, une partie essentielle de la vie de ce grand philosophe est décortiquée dans ses moindres détails.

La BD retrace en effet, surtout la période qui va de l'école normale au refus du Prix Nobel. C'est en fait la période de sa vie la plus intéressante qui est ici évoquée souvent avec une certaine pudeur. Ses rencontres essentielles, son amour fusionnel avec Simone de Beauvoir, la naissance de l'existentialisme.

La pensée du philosophe n'est pas approfondie mais juste suggérée au sein de l'intellect de l'époque.

Les autres événements de sa vie sont juste survolés (son enfance et son adolescence par exemple).

 

L'enfance de Sartre auprès de son grand-père qui l'a beaucoup marqué...

L'enfance de Sartre auprès de son grand-père qui l'a beaucoup marqué...

 

On y découvre un Sartre plus fragile que ce qu'il en avait l'air. Mais un Sartre bouillonnant d'idées...

Sa vie quotidienne est empreinte d'une liberté qui pouvait choquer à l'époque.

Son indépendance intellectuelle lui permet de se démarquer des autres écrivains de son temps et lui vaut de nombreuses critiques.

Car Sartre était à la fois un révolutionnaire et un libre penseur !

 

Sur un fond d'histoire des idées et d'Histoire tout court, le lecteur redécouvre cette vie unique en son genre, les rencontres et les amitiés mais aussi les déboires, les luttes politiques, le temps de la guerre où Sartre est fait prisonnier, les amis qui s'éloignent, les batailles intellectuelles vaines ou constructives...

 

On y rencontre tour à tour, Jean Genet, Boris Vian, Merleau-Ponty, Claude Levi-Strauss, André Malraux ou Albert Camus...les personnages importants du monde de l'édition (surtout de la NRF) mais aussi tous ceux qui ont assisté à la naissance de l'existentialisme...

 

Celui qui a été tour à tour romancier, dramaturge, autobiographe et philosophe, et le père de l'exitentialisme, nous apparaît ainsi dans sa vie privée comme un homme libre mais très attaché à celle qu'il surnommait le "castor" malgré, de part et d'autres du couple, beaucoup de rencontres éphémères.

Lui qui refusa le Prix Nobel, parce qu'il ne pensait pas mériter les honneurs, lutta aussi contre sa propre classe sociale, dont il a toujours été capable de faire la critique. 

 

Cette BD montre bien l'engagement politique, les erreurs, la nature des écrits, les difficultés de la vie... de celui qui se définissait ainsi :

Ses rencontres essentielles, son amour fusionnel pour Simone de Beauvoir...la naissance de l'existentialisme. La pensée du philosophe n'est pas approfondie mais évoquée au sein du bouillonnement intellectuel de l'époque. 

Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui...

Dans le métro...

Dans le métro...

 

Voilà donc une BD qui ne manque pas d'intérêt. Elle est à la fois historique et biographique, et témoigne d'une époque proche de la nôtre, très importante pour comprendre les idées d'aujourd'hui. Elle se lit avec plaisir malgré le texte abondant. 

 

Réalisée à l'occasion des 35 ans de la mort de Jean-Paul Sartre en 2015, elle aborde un sujet difficile car déjà largement connu du public et du monde littéraire.

La vie de Sartre n'est un secret pour personne et apporter sa touche personnelle à la vie du philosophe et au mythe bâti autour du couple charismatique qu'il a formé avec Simone de Beauvoir, n'était pas chose facile pour les auteurs.  De plus cette BD est à la fois pudique et révélatrice, à la fois pleine d'humour et très sérieuse, ce qui ne gâche rien ! 

 

Seuls les dessins m'ont au départ paru un peu trop classiques, assez froids même, et parfois trop rigides. Le visage de certains des personnages apparaît comme plutôt hermétique et manquant d'expression...Mais finalement après quelques planches, cela m'a paru évident qu'un dessin différent n'aurait rien apporté au récit ! 

Il y a un rythme, une précision dans les attitudes des personnages qui sont nécessaires au récit et qui nous permettent de les reconnaître. Ce qui est le plus important est mis en valeur : le dynamisme de Sartre, les moments de partage avec sa muse, les rencontres avec les amis et les discordes, les divergences d'opinion, les moments de doute et de solitude, d'enfermement (lorsqu'il est fait prisonnier) sont criants de réalisme...

Cela donne une BD très vivante !

 

C'est la couverture qui m'a incité à emprunter cet ouvrage...car je ne suis pas spécialement une adepte des biographies, tout en étant très attirée depuis mon adolescence par les écrits de Sartre, que j'ai beaucoup lu dans ma jeunesse et que cette BD me donne d'ailleurs envie de relire...

 

Le récit biographique est précédée d'un arbre généalogique et suivie d'une annexe où les auteurs présentent les proches de Sartre. 

 

C'est donc une BD d'une très grande qualité qui peut être proposée aux ados, dès le lycée, âge où en principe ils découvrent aussi l'auteur et la plupart des personnages présents dans l'histoire parmi les proches de Sartre. 

 

Qui sont les auteurs ?

 

Le scénario est signé Mathilde Ramadier.

Née en 1987, Mathilde Ramadier débute ses études à l'École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d'arts. Puis elle s'éloigne du graphisme pour étudier l'esthétique et la psychanalyse. 
Elle achève ses études par un master de philosophie à l'École normale supérieure. Pendant quatre ans, elle anime également, sur Radio Campus Paris, une émission hebdomadaire sur les musiques électroniques.

Son premier roman graphique, "Rêves syncopés" (Dargaud, 2013), dessiné par Laurent Bonneau, parle des musiques électroniques et de Laurent Garnier.

Mathilde vit aujourd'hui à Berlin, où elle écrit, autour de la philosophie en général, sur la sociologie et l'écologie en particulier.

Normalienne et philosophe, elle était donc l'auteur idéal pour écrire le scénario de cette BD ! 

Pour en savoir plus sur l'auteur retrouvez-la sur son site perso

 

Le dessin est réalisé par Anaïs Depommier dont c'est la première réalisation.

Son dessin est précis et délicat. Très simple, il montre l'essentiel, ce que j'ai vous déjà dit. J'ai déjà parlé aussi plus haut de mes premières impressions face à ces dessins.

Enfin voilà comment nos deux auteurs se sont rencontrées...

 

"Anaïs Depommier et Mathilde Ramadier naissent à la fin des années 1980 dans un petit village de la Drôme. Elles partagent le même couffin, tour à tour chez les parents de l'une et de l'autre. Inséparables à l'école, elles passent leurs week-ends à construire des cabanes dans les buis, à observer les processions de gendarmes, à jouer à Mouse Stampede sur un Macintosh Classic, à manger des tartines beurre-chocolat et à lire plein de BD. Elle se retrouvent plus tard dans l'atelier du soir du peintre Jean-Michel Pétrissans à Valence, quand vient l'heure de préparer les concours d'entrée en école d'art. Anaïs étudie le dessin pendant quatre ans à l'école Émile-Cohl de Lyon, puis cocrée l'atelier OneShot, lieu de travail où sont régulièrement organisés des cours de modèle vivant et autres expositions. Elle vit aujourd'hui à Paris et travaille dans la BD, le graphisme et le dessin d'animation"

Source Dargaud.

Retrouvez la page facebook de la dessinatrice ICI.

 

Les couleurs sont l'oeuvre de Anaïs Depommier et Nawëlle Saïdi, sur laquelle je n'ai trouvé aucun élément biographique. Si elle lit ces lignes, ou si quelqu'un possède des renseignements sur cette jeune coloriste, je suis preneuse car elle aussi mérite qu'on la cite puisqu'elle a travaillé avec la dessinatrice pour créer l'atmosphère particulière de la BD.

 

 

 

Bonne découverte et bonne lecture  !

Partager cet article

Repost0
23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 07:17
Gallimard jeunesse, septembre 2015

Gallimard jeunesse, septembre 2015

Dans cette Bande dessinée toute en noir et blanc, qui est en fait un roman graphique, Pénélope Bagieu nous raconte la vie d'Ellen Naomi Cohen, alias Mama Cass Elliot, qui dans les années 60, rêve dès sa plus tendre enfance de devenir chanteuse.

Le lecteur la suit jusqu'à la fondation du groupe "The Mama's & the Papa's" dont elle deviendra un des éléments marquants.

Je ne suis pas particulièrement attirée par la vie des chanteurs mais je dois reconnaître que cela faisait longtemps que je voulais lire une BD de Pénélope Bagieu, donc je me suis laissée tenter...

 

L'enfance d'Ellen se  passe dans une famille aimante. Ses parents sont juifs et pauvres et tiennent une petite boutique d'épicerie qui ne marche pas très fort. Mais son enfance est bercée par la musique : son père adore écouter de l'opéra et sa mère chante. 

 

La jeune Ellen quitte définitivement sa ville de Baltimore pour tenter sa chance à New York. Mais faire sa place dans le monde de la musique, même si on a une voix magnifique, une présence sur scène remarquable et une personnalité attachante, s'avère plus complexe que ce qu'elle pensait. Les jalousies sont nombreuses dans ce milieu.  D'autant plus que le besoin d'amour immense que possède Ellen, lui fait commettre bien des erreurs et jeter son dévolu sur des personnes qui profitent d'elle, la considèrent comme une simple copine et la font souffrir. De plus, son physique n'a rien à voir avec les normes de beauté du moment...

 

Dans chaque chapitre, c'est une personne différente de l'entourage d'Ellen qui parle et qui nous décrit une portion de sa vie, selon un point de vue très personnel. Cette construction du récit donne beaucoup de réalisme et de vivacité à l'histoire. Le changement de point de vue donne l'impression d'un reportage cinématographique...Parfois le narrateur est un simple témoin passif, parfois il nous entraine dans ses réflexions. 

La bande dessinée débute alors que les fans d'Ellen sont interviewées à la radio...Le lecteur sait donc tout de suite qu'Ellen est devenue une star. 

 

Les illustrations au trait, toute en noir (gris)  et blanc, de Pénélope Bagieu rendent merveilleusement bien, le physique de la jeune prodige,  sa personnalité pétillante ainsi que l'ambiance particulièrement légère des années 60. 

 

Un conseil : écouter ou réécouter les chansons du groupe après ou pendant la lecture !

p 65 [source Télérama]

p 65 [source Télérama]

 

Vous l'avez deviné le titre de la Bande dessinée est le titre d'une chanson mythique du groupe rock "The Mama's & the Papa's", sortie en 1965.

On assiste d'ailleurs dans la BD à la naissance de ce titre qui deviendra une des 500 plus grandes chansons de tous les temps. Il ne se passe pas une journée sans que cette chanson soit diffusée à la radio...

On assiste aussi à la difficulté pour les musiciens d'abandonner le folk pour le rock, davantage en vogue. La chanson a été écrite en 1963 par John et Michelle Phillips pendant qu'ils habitaient à New York, inspirée par le mal du pays (la Californie) de Michelle. 

 

C'est une bande dessinée qui rappelle comment était talentueuse mais si fragile et si malheureuse en amour, l'attachante Mama Cass. Elle connaîtra un destin tragique puisqu'elle mourra subitement à l'issu d'un concert en 1974, alors qu'elle démarrait une prometteuse carrière en solo.

 

A lire dès l'adolescence pour les amateurs de musique et les nostalgiques des sixties...

The Mama's & the Papa's 1968 [de gauche à droite : Michelle Phillips, Cass Elliot, Denny Doherty, and John Phillips]

The Mama's & the Papa's 1968 [de gauche à droite : Michelle Phillips, Cass Elliot, Denny Doherty, and John Phillips]

Qui est Pénélope Bagieu ?

 

Pénélope Bagieu naît en 1982, à Paris, de parents corses et basques.

Après le bac, elle étudie le cinéma d'animation à l'École nationale supérieure des Arts décoratifs, puis fait un passage à la Central St Martins de Londres.

De retour à Paris, elle crée en 2007 Ma vie est tout à fait fascinante, un blog dessiné où elle expose sa vie quotidienne avec un humour et une grâce qui font mouche. La publication du livre prolonge bientôt en librairie le succès du blog.

Elle multiplie les couvertures de romans et autres illustrations pour l'édition, œuvre pour de grandes campagnes publicitaires, dessine les aventures de Joséphine et signe même une ligne de lingerie.

Avec, dans tout ce qu'elle fait, une façon bien à elle d'épouser l'époque sans en être dupe.

"Cadavre exquis" est son premier récit au long cours.

 

California Dreamin' / Pénélope Bagieu
California Dreamin' / Pénélope Bagieu
California Dreamin' / Pénélope Bagieu
California Dreamin' / Pénélope Bagieu
California Dreamin' / Pénélope Bagieu
California Dreamin' / Pénélope Bagieu
California Dreamin' / Pénélope Bagieu
California Dreamin' / Pénélope Bagieu
California Dreamin' / Pénélope Bagieu

Partager cet article

Repost0
31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 08:09

 

Je ne voulais pas terminer mon tour d'horizon (non exhaustif) des poètes peu connus du XXe siècle sans parler d'une écrivaine et poétesse qui aurait pu tomber totalement dans l'oubli si une partie de ses oeuvres n'avait pas été découverte par hasard dans un grenier.

Il s'agit de Mireille Havet...

Mireille Havet, la poétesse maudite de l'entre-deux guerre

Je serai abracadabrante jusqu'au bout.

 

Mireille Havet est une poétesse et écrivaine française. 

Née en 1898 dans les Yvelynes, elle est morte à 34 ans (en 1932) au sanatorium de Montana (en Suisse). 

 

C'est la seconde fille d'un peintre, Henri Havet et de Léoncine Cornillier. La famille évolue dans un milieu artistique qui marque la jeune Mireille. Elle assiste à des débats littéraires animés, rencontre des écrivains, des peintres et des idéologues...parfois féministes.

 

Mais la vie familiale est difficile. Le père, en effet, est dépressif et c'est la mère qui doit assumer toutes les charges. Il est finalement hospitalisé et mourra en 1912, laissant la famille dépourvue de moyens financiers.

Mireille n'a que 14 ans et passera sa courte vie à avoir peur de tomber elle-même dans la "folie". 

 

Depuis l'âge de 7 ans, elle écrit. Mais à 14 ans (1912), elle se met à écrire des poèmes et des textes en prose. Elle sera renvoyée du collège à cause de ses écrits, jugés trop d'avant-garde.

D'avant-garde, elle le sera à peu près sur tout...Sa famille heureusement la soutient.  

 

Guillaume ​Apollinaire qui est un ami de la famille, la fait connaître dans le milieu littéraire parisien. Il la surnomme d'ailleurs la "petite poyetesse" et ils entament une correspondance assidue.

Il fait publier ses poèmes dans les "Soirées de Paris" (1914) alors qu'elle n'a que 15 ans. 

 

Puis c'est au tour de Jean Cocteau de lui témoigner son admiration. Plus tard, il partagera avec elle les nuits de rêves et d'opium.

 

Enfin Colette va devenir son amie, après avoir préfacé son premier recueil de contes fantastiques et de poèmes, "La Maison dans l'oeil du chat", paru en 1917.

 

Puis en 1922, Mireille Havet publiera un roman "Carnaval", qu'elle a écrit en 15 jours et qui sera sur la liste du Goncourt. Elle a alors plus de 20 ans. 

 

Mais entre-temps, la guerre a mis fin brutalement à tous ses espoirs. Elle y a perdu des amis, dont Guillaume Apollinaire et pas mal de ses illusions de jeunesse. C'est en 1913, qu'elle va d'ailleurs commencer à écrire son journal. Elle y décrira les états d'âme d'une jeunesse meurtrie, partagée entre la joie d'être en vie et l'angoisse d'être survivante...

Car après-guerre, rien ne sera plus comme avant.

 

Nos maîtres sont morts et nous sommes seuls.

 

Mireille Havet adorait sortir dans le monde...et son journal intime est aussi le reflet de la vie parisienne durant les années folles. Mais cette génération qui s'est amusée plus que de raison jusqu'à s'étourdir et à perdre la capacité de réfléchir, était avant tout une génération meurtrie par la guerre, il ne faut pas l'oublier, et cela explique d'ailleurs tous les excès...

 

Elle a un peu plus de 20 ans, elle aime par dessus tout vivre la nuit et les nuits parisiennes la comblent. Elle commence une liaison exaltante mais peu secrète avec la comtesse de Limur. 

Elle s'inspirera de leur aventure pour écrire son roman "Carnaval", dans lequel elle reprendra l'histoire de trois personnages, un couple (le couple de Limur) et un tout jeune homme naïf (elle-même)... 

 

Elle était homosexuelle, l'assumait et ne s'en cachait pas, ni dans ses écrits, ni dans sa vie quotidienne, ce qui était rare à l'époque.

Elle développera souvent dans ses textes et poèmes, cette ambiguité des sentiments, ses doutes, mais aussi ses humiliations. Malgré tout, l'opinion des autres l'indiffère : jeune femme amoureuse de la vie, volage et féroce, elle se fera entretenir par des femmes plus fortunées qu'elle, en mal d'amour ou d'aventures, ou par des amies égarées comme elle qui rechercheront les plaisirs de l'après-guerre.

 

Eprise de liberté, elle voulait vivre sa vie sans masque, comme elle l'entendait et tenait à ce que tout le monde le sache...ce qui était difficile dans une époque peu préparée aux incartades du "beau sexe". 

 

Je voudrais que grandir et devenir une femme ne soit pas synonyme de perdre sa liberté.

J'aime la vie. Elle me monte à la tête, elle m'envahit.
Elle surpasse ses promesses comme une maîtresse follement amoureuse

...Les horizons ne sont pas des mythes
Ils sont là pour être traversés ! vaincus ! Livrés !
Tous les secrets des montagnes,
toute la langueur des rivières,
toute la force mystique de l'océan indomptable
et le désert, qui noie, mieux que l'onde
sont pour nous.

Pour Toi : Voyageur désirable !
Que rien n'harasse et que rien ne déçoit :
avec ta besace grise sur ta hanche
ton dur bâton !
Sans arme ! Et sans fortune !
Livré au ciel, comme Jésus-Christ
Le fut aux hommes,
Livré avec le seul vêtement
de ta chair : à la source
qui coule en chantant
sur tes reins...

Extrait du poème "C'est ce désir du monde"

 

En amour comme dans la vie en général, en permanence insatisfaite, c'est peu à peu dans la drogue, que la jeune poétesse va se réfugier au détriment de sa passion d'écriture. Elle sait ce que la prise de stupéfiants lui offre et elle se méprise de ne pas réussir à y renoncer ce qui aggrave son addiction. 

 

Elle égare d'ailleurs le manuscrit de son second roman "Jeunesse perdue" qui ne sera jamais retrouvé.

 

Elle tente plusieurs désintoxications sans succès. Et elle y perdra ses amis et son argent pour s'engager dans une vie de misère, de maladie et de solitude.

 

... je souffre d'aimer trop et je souffre que l'on m'aime. Je souffre d'être si exigeante et si difficilement heureuse. Je souffre de cette différence qu'il y a entre la vie quotidienne et celle que j'imagine. Je suis incorrigible et ne me résigne à aucun arrangement.

Je m’enlise et volontairement m’aveugle et m’assoupis. On me le reproche ! Et, cependant, grâce à cela je vis, je peux vivre en souriant, sans mécontentement, sans reproche ! Que le cœur y soit, peu importe.

J'ai perdu ce qui faisait de moi un poète et je suis devenue un être avec toutes les paresses, toutes les lâchetés, tous les désirs des êtres que la vie a domestiqués, asservis sous son poing de fer, courbés sous le joug de l'argent, de l'amour et de l'ennui.

J’avais du talent encore, et de l’ambition. Je n’avais pas été malade et je croyais à l’amour. La vie s’ouvrait, centrale comme un livre à son milieu, et j’y entrais, appuyant mon présent et mon avenir sur des bases qui paraissaient incontestables et dignes de foi. J’avais la jeunesse enfin, et confiance dans les autres et en moi.

 

L'histoire a bien failli ne pas retenir le nom de Mireille Havet.

Heureusement, juste avant sa mort, elle avait confié ses carnets manuscrits à son amie Ludmila Savitzky, une traductrice franco-russe connue, morte en 1957.

 

On la redécouvre en 1995, lorsque l'héritière de son amie, par hasard, en traquant une fuite d'eau dans le grenier de la maison familiale dont elle a hérité, trouve une vieille malle qu'elle n'avait jamais ouverte, appartenant à sa grand-mère : à l'intérieur, le journal intime de Mireille Havet, écrit entre 1913 et 1929. 

 

Les cahiers étaient tous soigneusement numérotés, les pages annotées. Le journal semblait prêt à être publié et quasiment pas raturé.

Aussitôt, les éditions Claire Paulhan se charge de la publication de ce sulfureux journal intime.

 

C'est la révélation ! 

On y découvre une artiste douée, visionnaire par le regard acéré qu'elle porte sur notre société moderne à la dérive, libertine et capable de transgresser tous les tabous...des milliers de pages brûlantes qui enflamment les lecteurs et le monde littéraire, mais des pages d'une poésie rare qui sont celles d'un véritable écrivain, qu'elle nourrira de sa vie personnelle, certes, de ses déboires amoureux aussi, mais également de ses voyages et de ses escapades loin de la vie parisienne...Un témoignage d'une époque révolue, vu par les yeux d'une féministe accomplie. 

 

La vie, c'est un endroit où l'on meurt...

 

Vous pouvez lire quelques compilations d'articles de presse écrits dans les années 2000, suite à la découverte de son journal. 

 

Et l'hommage qui lui est rendu dans le magazine littéraire "Nuit Blanche", par patrick Bergeron dans lequel vous trouverez de nombreux extraits de ses textes et de ses poèmes.

LE PETIT ESCALIER DE SAINT-CLOUD

C'était un petit escalier, tout petit. Il n'avait que trois ou quatre marches, mais ces trois ou quatre marches en valaient bien des quarantaines d'autres par leur beauté. Elles étaient recouvertes de mousse, mais surtout de monceaux de feuilles mortes tout en or. Il était bien content, le petit escalier et il n'en demandait pas plus pour être heureux et de bonne humeur. Et depuis des années, il savourait cette joie si simple et si pure d'être recouvert de feuilles mortes et d'admirer la nature. Car il l'admirait ! il trouvait splendide le trou fait dans le feuillage par lequel il pouvait regarder un morceau de ciel bleu. Il adorait sa grande sœur, la statue, qui se reflétait dans l'eau glauque du bassin et les beaux troncs des arbres entourés de lierre rouge.

Quand les gens venaient visiter ce coin isolé du parc de Saint-Cloud et que, par hasard, ils disaient : « Ah ! le joli petit escalier, montons ses vieilles marches de pierre », il ressentait une joie énorme, mais pas d'orgueil ; aussi sa joie était-elle très pure et lui était-il très heureux.

C'est une tout petite histoire que celle de ce petit escalier, mais c'est celle de tous les gens modestes qui savent être heureux par eux-mêmes et par la beauté du ciel qu'ils voient.

Revue Les Soirées de Paris n°26-27

Partager cet article

Repost0
25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 09:09
Nicolas Diéterlé (1963-2000)Nicolas Diéterlé (1963-2000)

Nicolas Diéterlé (1963-2000)

 

Nicolas Diéterlé est un poète, peintre et dessinateur français né en 1963. 

 

Il est issu d'une famille de missionnaires et de pasteurs protestants. Il passe son enfance au Ghana puis au Cameroun, où son père est chirurgien dans un hôpital de brousse de l'église protestante. Ses parents ont quatre enfants. Nicolas est le second.

En 1973, la famille quitte l'Afrique pour rejoindre la France. Cette séparation avec la terre natale sera très douloureuse pour le jeune Nicolas. En Afrique, il vivait proche de la nature et cela lui manque. 

 

Il fait ses études secondaires à Grenoble. Il est passionné de lecture, de musique classique et de dessin.

 

En 1981, il s'installe à Paris pour y poursuivre des études d'Histoire de l'art à l'Ecole du Louvre. 

Il n'aime pas la ville et dans son journal "intime", écrit entre 1981 et 1982, il montre son mal de vivre.

Il poursuit ses études et obtient en 1986 un diplôme à l'institut d'études politiques.

Entre temps, il voyage et se rend plusieurs fois en Irlande et à New York d'où il revient déçu par la ville.

Puis, il sera objecteur de conscience pendant deux ans jusqu'en 1989, avant d'entamer sa vie professionnelle en tant que journaliste free lance.  Il espère devenir un jour, critique littéraire ou critique d'art. 

 

Il sera ensuite rédacteur en chef d'une revue (que je connais bien), spécialisée dans l'environnement "Valeurs vertes".  

Il collabore ensuite à "Témoignage chrétien", puis à d’autres revues. 

Il retournera en Afrique pour de brefs séjours durant les années 90 ce qui renforcera sa nostalgie pour ce pays.

 

En mars 2000, il s’installe dans le sud-est de la France, dans l'arrière-pays niçois, à Villars-sur-Var. Il trouve dans ce petit village, un cadre propice à l'écriture et au dessin auxquels il consacre désormais sa vie.

 

Souffrant de grave dépression, il se donne la mort le 25 septembre 2000.

 

"Je veux mourir. Trop de souffrances. Mais je ne regrette rien. Pas d'amertume. Jusque dans la mort, je bénis la Vie qui surpasse la vie" écrit-il dans son journal spirituel le 19 septembre. 

 

Lecture de Patricia Grange au cours de la soirée poésie organisée par la délégation Aquitaine de la Société des Poètes Français pendant le Printemps des Poètes 2012

 

Il nous laisse une oeuvre immense, composée de textes, de récits, de proses ou de vers qu'il n'a jamais désiré publier de son vivant. Malgré la publication de certains volumes qui paraissent parfois inachevés, de nombreux inédits subsistent. 

 

Son oeuvre est très marquée par le thème de l'enfance...

Être comme l’enfant qui, perdu dans une forêt, aperçoit en levant la tête l’enchevêtrement infini des branches qui se perdent dans les hauteurs.

Nicolas Diéterlé (http://www.pierre-et-oiseau.fr/wp/oeuvres-picturales-2/enfants/)
Nicolas Diéterlé (http://www.pierre-et-oiseau.fr/wp/oeuvres-picturales-2/enfants/)
Nicolas Diéterlé (http://www.pierre-et-oiseau.fr/wp/oeuvres-picturales-2/enfants/)

Nicolas Diéterlé (http://www.pierre-et-oiseau.fr/wp/oeuvres-picturales-2/enfants/)

Mille diamants s’éparpillaient sur la rivière, en une profusion joyeuse Et moi qui me baignais, j’étais l’un d’eux, je n’étais pas plus grand et pas moins éclatant qu’un diamant L’eau venait vers moi avec cette vivacité heureuse qui la caractérise, elle, la toujours-jeune, la vierge éblouissante, puis elle m’entourait de ses bras légers pour que je brille avec plus d’éclat encore N’étais-je pas son enfant qui voulait grandir sans frein, parmi l’étincellement de ses frères, et ne m’aidait-elle pas à croître, grâce à l’huile du consentement dont elle imprégnait mon âme autrefois déchirée par les cailloux du remords et maintenant pacifiée, baignant dans une lumière sans lacunes ? (l’Aile pourpre, p.36-37)

Ah, comme les enfants sont heureux, qui savent que la vie se dresse tout entière vers le haut, pareille à une fontaine .

 

Il parle beaucoup dans ses oeuvres de la nature qui l'entoure...

 

 

Au fond de moi, j'ai l'impression d'être immobile, d'une immobilité suspendue, magique, à la façon dont un oiseau planant très haut dans les airs nous semble immobile, à nous qui le regardons depuis la terre.

Pour moi, la montagne, le ciel, l’arbre... ne sont pas que la montagne, le ciel, l’arbre Ce sont des présences, de hautes présences éblouissantes, et je suis leur frère, leur compagnon
le soleil contre la fenêtre de ma salle de bains forme un visage sans traits, une face essentielle

Les arbres, le soir, retiennent la nuit dans leurs bras avec une telle force qu’il semble que rien ne pourrait la leur arracher, pas même le jour revenant
Mais le jour revient, et les arbres, s’illuminant de tendresse, libèrent la nuit .

 

Il parle aussi souvent des rêves et de la mort dans ses poèmes, bien que en tant que croyant, il n'en ait pas peur.  Il a été marqué durant son enfance par l'engagement de sa famille dans le protestantisme.

 

Il se décrivait lui-même comme un "moine et un poète" et ses écrits sont empreints de sa croyance.

 

Quand tu écris « oiseau », rien qu’« oiseau », imagine quel oiseau bariolé se met à respirer en toi, te brûle les poumons.

Ne vois-tu pas que c’est l’âme qui resplendit ainsi en toi et autour de toi ?

 

Vous pouvez aller au devant de ce poète peu connu et de son oeuvre en vous rendant sur le site de l'Association Nicolas Dieterlé "La pierre et l'oiseau".  

 

Vous pouvez aussi lire l'hommage qui lui a été fait à Paris lors du Printemps des poètes 2011.

 

Je vous invite aussi à visionner la vidéo ci-dessous et à écouter quelques-uns de ses poèmes...

 

Une très belle vidéo de textes de Nicolas Dieterlé mis en images par Joëlle Thienard.

 

Bibliographie non exhaustive (pour une bibliographie plus complète rendez-vous sur le site de l'association).

 

Quelque recueils de poèmes et récits...
Quelque recueils de poèmes et récits...
Quelque recueils de poèmes et récits...
Quelque recueils de poèmes et récits...

Quelque recueils de poèmes et récits...

 

En dehors de ses oeuvres écrites, Nicolas Diéterlé n'a pas plus voulu montrer au public ses nombreux dessins et peintures.

 

De son vivant, il ne fera que deux expositions de ses oeuvres à Paris, puis en Bretagne. 

 

Il laisse pourtant plus de 500 peintures et dessins. De nombreuses expositions ont eu lieu ces dernières années pour faire connaître son oeuvre monumentale. 

 

Dans ces oeuvres, encore une fois la nature est omniprésente, les oiseaux et autres animaux, les insectes et les fleurs...

 

 

 

On retrouve les arbres et des personnages tout en légèreté qui effleurent le ciel.

Apparaissent dans ses oeuvres, sans doute des anges sous forme de personnages peints en jaune. 

 

        

 

 

 

 

Son oeuvre picturale n'est pas triste : elle respire la sérénité et la douceur de vivre.

 

Ces tableaux n'ont pas de titre (sauf les oeuvres exposées) comme ses poèmes n'ont pas toujours de ponctuation...

 

Ils proviennent tous du site de l'association que je vous invite à aller visiter...

 

Je les publie ici sans autorisation. Bien sûr si cela devait gêner quelqu'un qu'il m'en fasse part au plus tôt par le formulaire de contact de ce blog, je les retirerai aussitôt.

Cependant, ce serait dommage que je sois obligée à le faire, car il me semble que le printemps des poètes est un bon moment pour faire connaître au plus grand nombre, les oeuvres de ce jeune artiste tôt trop disparu...

...peu importe ton talent, mais dessine avec une âme d’enfant. De cette façon le dessin fera du monde une enfance.

Partager cet article

Repost0
22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 08:14
Photo (http://www.poetesses.fr/greki-anna-1931-1966)

Photo (http://www.poetesses.fr/greki-anna-1931-1966)

Les morts sont des héros qui servent de noms de rues, de clairons, d'alibi, d'oubli...

Espace Pédagogique Contributif

Avec la rage au cœur

 

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur

C'est ma manière d'avoir du cœur à revendre

C'est ma manière d'avoir raison des douleurs

C'est ma manière de faire flamber des cendres

A force de coups de cœur à force de rage

La seule façon loyale qui me ménage

Une route réfléchie au bord du naufrage

Avec son pesant d'or de joie et de détresse

Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

 

A fond de cale à fleur de peau à l'abordage

Ma science se déroule comme des cordages

Judicieux où l'acier brûle ces méduses

Secrètes que j'ai draguées au fin fond du large

Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

 

Là où les hommes nus n'ont plus besoin d'excuses

Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire

Ils m'ont dit des paroles à rentrer sous terre

Mais je n'en tairai rien car il y a mieux à faire

Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

 

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur

Avec la rage au cœur aimer comme on se bat

Je suis impitoyable comme un cerveau neuf

Qui sait se satisfaire de ses certitudes

Dans la main que je prends je ne vois que la main

Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne

C'est bien suffisant pour que j'en aie gratitude

De quel droit exiger par exemple du jasmin

Qu'il soit plus que parfum étoile plus que fleur

De quel droit exiger que le corps qui m'étreint

Plante en moi sa douceur à jamais à jamais

Et que je te sois chère parce que je t'aimais

Plus souvent qu'a mon tour parce que je suis jeune

Je jette l'ancre dans ma mémoire et j'ai peur

Quand de mes amis l'ombre me descend au cœur

Quand de mes amis absents je vois le visage

Qui s'ouvre à la place de mes yeux - je suis jeune

Ce qui n'est pas une excuse mais un devoir

Exigeant un devoir poignant à ne pas croire

Qu'il fasse si doux ce soir au bord de la plage

Prise au défaut de ton épaule - à ne pas croire...

 

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris

De mes amis coupent la quiétude meurtrie

Pour toujours - dans ma langue et dans tous les replis

De la nuit luisante - je ne sais plus aimer

Qu'avec cette plaie au cœur qu'avec cette plaie

Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

 

Grenade désamorcée la nuit lourde roule

Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente

Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle

Je pense aux amis morts sans qu'on les ait aimés

Eux que l'on a jugés avant de les entendre

Je pense aux amis qui furent assassinés

A cause de l'amour qu'ils savaient prodiguer

 

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur

 

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

 

 

************

 

Colette Anna Grégoire (Anna Gréki) est née à Menaa en Algérie en mars 1931.

Sa famille est d'origine française et son père est instituteur. Il l'initie très vite à la culture de ce pays et à sa beauté.

Elle est élevée au milieu d'une communauté berbère chaoui et se trouve très tôt confrontée à la misère des algériens.  

Elle portera un regard très lucide sur leurs conditions de vie et les dérives de la colonisation ce qui expliquera son engagement ultérieur. 

Elle passe une enfance heureuse et fréquente l'école primaire du village de Collo, puis poursuit des études secondaires à Skikda (Philippeville).

 

Alors qu'elle est à l'université à Paris, elle interromp ses études pour retourner en Algérie et participer activement au combat et à la lutte pour l'indépendance.

Devenue à son tour, par conviction, institutrice à Annaba (Bône) puis à Alger, elle milite au Parti Communiste algérien. 

Membre actif des "Combattants de la Libération", elle sera arrêtée par les parachutistes de Massu en 1957, torturée puis emprisonnée à la prison civile d'Alger, tranférée au camp de transit de Beni Messous en 1958, et ensuite expulsée d'Algérie (sans doute parce qu'elle était française).

 

Elle rejoint alors Jean Melki, son mari, à Tunis.

C'est là-bas qu'elle publiera son premier recueil de poèmes "Algérie, capitale Alger" qui sera préfacé par Mostefa Lacheraf avec traduction arabe de l'ensemble des poèmes par Tahar Cheriaa.

Son recueil sera publié par la Société nationale d'éditions et de diffusion tunisienne et Pierre Jean Oswald à Paris.

 

 

Anna Gréki, la poétesse emprisonnée

 

Elle rentre enfin en Algérie lors de la proclamation de l'indépendance, reprendra ses études et deviendra professeur de français au lycée Abdelkader d'Alger. 

 

Mais le destin l'attend ce jour de janvier 1966 où elle meurt tragiquement à 35 ans, laissant son oeuvre inachevée...

 

Son second recueil a été publié à titre posthume. Il s'agit de "Temps forts" (Présense africaine, 1966).

D'autres poèmes sont connus car ils ont été publiés en particulier, dans une revue "Révolution africaine", un hebdomadaire créé par le FLN. en 1963.

 

 

Anna Greki a été une des premières femmes poètesses algériennes a avoir pris la parole. 

Elle est devenue le chef de file des poètes et écrivains qui se sont engagés et ont milité pour que l'Algérie soit libre et indépendante. 

Elle était très attachée à sa terre natale, une région à la fois sauvage, aride et montagneuse mais très belle. Elle a écrit de très nombreux poèmes sur sa terre.

 

Même en hiver le jour n’était qu’un verger doux
Quand le col du Guerza s’engorgeait sous la neige
Les grenades n’étaient alors que des fruits - seule
Leur peau de cuir saignait sous les gourmandises
On se cachait dans le maquis crépu pour rire
Seulement. Les fusils ne fouillaient que gibier.
Et si la montagne granitique sautait
A la dynamite, c’était l’instituteur
Mon père creusant la route à sa Citroën.
Aucune des maisons n’avait besoin de portes
Puisque les visages s’ouvraient dans les visages.
Et les voisins épars, simplement voisinaient.
La nuit n’existait pas puisque l’on y dormait.

C’était dans les Aurès...

Extrait de "Même en hiver"...

 

C'est la raison de son engagement politique : le vécu quotidien, les liens qu'elle a tissées avec ses camarades, lui permettent de tenir à distance le futur, la guerre et la haine.

Ce sera un jour pareil aux autres jours
Un matin familier avec des joies connues
Éprouvées parce qu'elles sont quotidiennes.

 

Elle rêve de rétablir une société plus humaine avec ses poèmes et fera connaître les revendications des Algériens...

Je cognerai encore trois fois
A votre porte
La première fois pour dire que j'existe
Depuis que le pain existe
La deuxième fois pour dire que j'existe
Puisque par moi vous existez
La troisième fois ce sera pour vous dire :
Il n'est pas de granit
Que n'use le vent et la pluie
Et mon vent à moi c'est ma faim
Ma pluie à moi c'est ma soif
Prenez garde
Je ne veux plus être orphelin.

 

Elle rend hommage aux femmes, aux mères et aux compagnes, qui luttent avec courage aux côtés de leurs maris, de leurs pères ou leurs frères et qui le font en silence car la société ne permet pas de les mettre en avant... et dénoncera aussi le calvaire des Algériennes emprisonnées à Barberousse, la prison d'Alger où elle a elle-même séjournée.

 

Et ces femmes fières d'avoir le ventre rouge
A force de remettre au monde leurs enfants
A chaque aube, ces femmes bleuies de patience
Qui ont trop de leur voix pour apprendre à se taire.

 

 Ce sera un jour...

 

Ce sera un jour pareil aux autres jours
Un matin familier avec des joies connues
Eprouvées parce qu'elles sont quotidiennes.

Avec des mots brûleurs du ciel
Avec des mots traceurs de route
Qui font du bonheur une question de patience
Qui font du bonheur une question de confiance.

Et ces femmes fières d'avoir le ventre rouge
A force de remettre au monde leurs enfants
A chaque aube, ces femmes bleuies de patience
Qui ont trop de leur voix pour apprendre à se taire.

Forte comme une femme aux mains roussies d'acier
Tu caresses tes enfants avec précaution
Et quand leur fatigue se blesse à ta patience
Tu marches dans leurs yeux afin qu'ils se reposent...

 

************

 

 

Dans ses poèmes, elle parle aussi des enfants qui souffrent et dénonce leurs conditions de vie pendant la guerre.

 

Colère devant l'enfant courant devant la guerre
Jusqu'aux frontières
Depuis sept ans sans s' arrêter
S' il ne se couche dans la terre

Sa poésie et toute son oeuvre forment un chant à l'amour

et à la vie, rempli d'espoir...

On n’invente jamais seul

La patience, la confiance

Nous tenons leurs fruits en main

Grâce à des millions d’amis

Qui furent patients, confiants

Longtemps avant nous pour nous.

http://146075-abderahmane-djelfaoui-ressuscite-anna-greki.html

Partager cet article

Repost0
18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 07:58
Jules Mougin, facteur-poète et figure de l'art brutJules Mougin, facteur-poète et figure de l'art brut
Jules Mougin, facteur-poète et figure de l'art brut

Jules Mougin, facteur-poète et figure de l'art brut


Le comptable du ciel
A beau compter et recompter
Il lui manque toujours une étoile.
C’est le facteur rural
Qui l’a retrouvée
Entre la Chaussée d’Antin
Et le Revest de Brousses.
Je vous prie d’en aviser
Le Préfet de Police.

 

Jules Mougin, né en mars 1912  à Marchiennes (Nord), décède en Provence, à la maison de retraite de Caireval  à Rognes, en novembre 2010 à l'âge de 98 ans.

Son père travaillait en usine et sa mère était femme de ménage. Avec son certificat d'études en poche, le jeune Jules, âgé de 13 ans, entre aux PTT comme "facteur télégraphiste" à Paris.

 

Puis par concours, il est ensuite nommé "agent-manipulant" et travaille au tri manuel des lettres dans un gros service de tri parisien. Mais au moment de la visite médicale obligatoire, le médecin découvre qu'il est tuberculeux, ce qui l'oblige à une longue convalescence.

 

A  Paris, il fréquente le "Musée du soir", ouvert depuis mars 1935, et créé par l'écrivain Henry Poullaille. Ce dernier se battra toute sa vie pour faire découvrir des auteurs issus du milieu prolétaire.

 

En 1945, après la guerre, sa signature apparaît dans la revue "Maintenant" dirigée par Poullaille, une revue antimilitariste et libertaire.  

 

Son écriture est dit-il : "Ce qu’il y a de plus vivant, de plus rebelle, le cœur gouverne"...

 

 

Très tôt, Jules Mougin écrit des textes vivants où il est question d'usines ; il nous parle de révolte, de l'urgence de crier à la face du monde, contre notre monde qui ne fabrique qu'injustice et peur, contre la guerre, contre les morts inutiles...

 


Toutes ces jolies petites croix sur les assassinés ! Ces rangées si bien rangées ! Ces alignements si bien alignés ! La guerre, cette immonde dégueulasserie, soigne bien ses morts !


La mitraille résonnait. Sa clameur s’étendait des murailles de Chine aux îles du Pacifique.
Un feu d’artifice embrassait le firmament.
Des fumées éclipsaient le soleil.
Des hurlements couvraient la voix des chiens.
On répétait souvent : « Demain ».
Les murs des échoppes vacillaient.
On se donnait la main pour avancer les canons.
On s’écrivait des lettres anonymes.
L’ironie gagnait quand Monsieur-Mensonge survint.
On vit sur les marchés des légumes contrefaits et des collectes catastrophiques.
De graves messieurs hochaient leur tête dénudée.
Des monocles soulignaient les regards haineux.
On se vendait.
On découvrit une nouvelle planète.
A la fin, un grand brouhaha sur la place (surtout quand on voulut peindre le tréponème pâle).
On y voyait des rats, des bouledogues endiablés, vociférer les commères.
Des croquemitaines en rupture de ban, des gnomes, des baguettes magiques, des laiderons aux seins, des pantouflards, des crapauds, des violons Ingres [sic], des tabliers raccommodés, des bagatelles, des alchimistes, un tas d’affaires incommodes, une pierre philosophale, des gens rassis, des mystérieux phénomènes, des techniciens à la recherche des ténèbres, des boutiquiers sans façon, d’anciens champions d’échecs.
Le monde à l’envers.
Un marmot gentil comme tout, un petiot frileux, un petit garçon grand comme ça, si petit qu’on ne le voyait plus, un petit fou de rien du tout, assis à califourchon sur une borne disait :
— J’ai faim.

Extrait de "La place"

 

Puis ses oeuvres changent...

Son écriture va devenir dit-il sa "fontaine éternelle, curieuse de lumière, présence à l'autre"...

 

Dans certains de ses textes, il nous parle de son enfance dans un milieu très modeste certes, des moments heureux comme les jeux avec sa fratrie, mais aussi  des moments où toute la famille rêvait d'un avenir meilleur...qu'elle n'a pas eu. 


Dans ce temps-là, Loti n’était pas mort, ni France. Millerand pouvait être encore Président de la République. Les copains d’école échangeaient des billes contre les poignées de marks. La France applaudissait Carpentier. La gueularde n’existait pas : on achetait des postes à galène. Au cinéma Récamier, on passait des films à quatre ou cinq épisodes. La salle applaudissait les musiciens.
Maman faisait des ménages pour je ne sais plus combien de l’heure...


Mon père était ouvrier d’usine, pointier de son métier. Je ne peux dire s’il était meilleur que les autres hommes de son âge. Avant sa maladie, nous nous déplacions avec lui. Je connus ainsi les Ardennes, l’Anjou et le Nord. Nous devions partir au Havre, quand la mort nous l’enleva. J’ai un peu hérité de son vagabondage. Je n’aime pas rester sur place… Peut-être ça lui permettait, ces départs, d’espérer une autre vie un peu moins pénible, un peu plus humaine.

 

Dans d'autres textes, il nous parle de ses chagrins, de la mort de son père en 1922, atteint de tuberculose, ou de la perte d'autres êtres chers comme celle de son neveu en particulier. 

 

L'originalité de Jules Moulin est d'écrire sur n'importe quel support : lettres, dessins, enveloppes, cahiers d'écolier, buvards, mais aussi de graver sur la roche de sa cave troglodyte  de Chemellier  (Maine et Loire) proche de la maison où il vivait avec Jeanne, sa femme. 

 

Il y avait gravé des poèmes sur son "Mur vivant des Assassinés" et y organisait des rencontres littéraires. 

 

 
La cave troglodyte / Photo extraite du site (http://c-pour-dire.com/jules-mougin-dans-la-grotte-de-lafp/)a
La cave troglodyte / Photo extraite du site (http://c-pour-dire.com/jules-mougin-dans-la-grotte-de-lafp/)a

La cave troglodyte / Photo extraite du site (http://c-pour-dire.com/jules-mougin-dans-la-grotte-de-lafp/)a

 

 

 

J’aime les pierres

 

 

J’aime les pierres

 

Les lisses comme des cheveux

 

Les bleues comme des yeux

 

Et les rondes qui font penser

 

Aux joues des oiseaux.

 

C’est peut être un morceau d’étoile,

 

Une pierre,

 

Un morceau de cœur, peut être…

 

J’admire et j’écoute.

 

Jules Mougin

 

(Extrait "Les poèmes ont des oreilles")

 

 

 

L'été le couple se rapproche du Luberon où vivent les enfants et petits-enfants et loue une maison de village au coeur de Lambesc (13).

 

L'été le couple se rapproche du Luberon où vivent les enfants et petits-enfants et loue une maison de village au coeur de Lambesc (13).

 


Lambesc ! Ses rues dotées de noms de maréchaux... m'écrit-il de son escale provençale le lundi 3 avril 1989 sur un beau papier "bleu de charrue". Il est vrai, aussi, que Madame de Sévigné n'a pas été oubliée ! Lambesc ! Pierre Michon (sa vie de Joseph Roulin) m'a appris que Roulin, mon aîné, mon "collègue" était né ici ! Hier encore, j'étais chez une petite-nièce du facteur... Je badais ! Je questionnais... Cette dame m'a montré quelques copies de documents. Il y eut deux frères facteurs, celui d'Arles, ah ! Et celui de Lambesc. L'ami de Van Gogh, c'est celui d'Arles, Joseph ! à la si belle barbe ! Remué, je l'étais ! Le suis encore en écrivant ces lignes...

La République des Lettres

 

Jules se décrivait comme un écrivain prolétaire, adepte de l’Art brut. Ecrire pour lui, c'était vivre. 

 

Giono, Dubuffet, Calaferte, Clavel, et bien d’autres encore comptent parmi ses amis. Il entretenait avec eux une correspondance assidue.

 

Il nous reste près de 40 000 lettres et une trentaine d'ouvrages, en plus des écrits taillés dans la roche, et sans compter ses dessins à l'encre de chine, ses objets fabriqués pour le plaisir...

Des milliers de pages n'ont jamais été publiées, des cartons entiers remplis de notes et de graphiques n'ont jamais été ouverts...

 

Après sa mort, le journal "Libération" dira en hommage à son talent :  "Il a fait avec les mots de la langue française ce que le Facteur Cheval a fait avec des pierres". 

 

L’épitaphe sur sa tombe est : "Je suis né en 1912, mon père est mort, ma mère est morte".

 

Vitrine décorée d'une maxime de Jules Mougin (http://123catherine.com/2011/10/12/jules-mougin-le-facteur-etoile/)

Vitrine décorée d'une maxime de Jules Mougin (http://123catherine.com/2011/10/12/jules-mougin-le-facteur-etoile/)

On ne perd pas son temps en écoutant son cœur.

Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...

Quelques unes de ses œuvres...

 

Bibliographie 

 

- "À la recherche du bonheur", éditions Debresse, 1934

- "Usines", Le Sol clair, 1940

- "Faubourgs", 1945, (compte d'auteur)

- "Poèmes", éditions Robert Morel

- "Lettres et cartes postales", éditions Robert Morel

- "La Grande Halourde", éditions Robert Morel, 1961

- "Mal de cœur", éditions Robert Morel, 1962

- "Le Comptable du ciel", éditions Harpo &, 2011.

- "Chaissac-Mougin : une correspondance". Editions Travers-Philippe Marchal. 2012

 

Quelques uns de ses livres...
Quelques uns de ses livres...
Quelques uns de ses livres...
Quelques uns de ses livres...
Quelques uns de ses livres...

Quelques uns de ses livres...

 

 

 Comme si j'avais la Paix...

 

 dans mon cœur

 j'ai tapissé le bureau avec une étoffe claire

et j'ai placé dessus

 l'image de mon pays,

peinte, o la belle image

 par Serge Fiorio, de Montjustin.

 

Comme si j'avais la Paix

Dans mon cœur

J'ai mis de la lumière

Au bureau d'Écouflant.

 

Jules  Mougin (1960)

Jules MOUGIN, facteur et poète dans Le Maine et Loire (1964)


Je voudrais ne pas crever idiot ! Pouvoir aimer, encore, après ma mort !

 

 

Un spectacle "Merci facteur" a été réalisé en 2011, à partir de ses poèmes et de ses textes, mise en scène par Hubert Jégat, musique et chant Richard Graille...

 

 

 

Partager cet article

Repost0
15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 09:18
La première biographie d'Angèle Vannier paraît demain, 16 mars 2016, aux Editions Cristel

La première biographie d'Angèle Vannier paraît demain, 16 mars 2016, aux Editions Cristel

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de pavots avaient maculé mes pieds nus

Les soirs où les bergers m'appelaient dans la ronde

Pour passer le furet de ma main dans leurs mains

Furet des bois jolis furet des vieux jardins.

 

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de chênes avaient appris à mon corps nu

Cette haute caresse où l'écorce connaît

La façon d'arracher aux jeunes filles blondes 

Des gouttes de bonheur de quelque sainte plaie.

 

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de bêtes avaient partagé mon cœur nû

Dans les hautes futaies habitées par la lune

Trop de sangliers forts à renifler l'oronge

Trop de biches mes sœurs effrayées par leurs songes

Trop de martins-pêcheurs gonflés d'humides chants

Délivrés par leurs becs en baisers trop savants.

 

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Mais l'homme au bras marin me parla de l'écume

Et l'humus des forêts fut le sable des dunes

Et les bergers laissant leurs troupeaux de moutons

Au premier loup venu gardèrent des poissons

Le nez du sanglier fouilla le goémon

La biche apprivoisa chaque lame de fond

Et les désirs des fûts chantèrent un navire

Que les oiseaux pêcheurs voilèrent sans rien dire

De leurs ailes tendues à des ciels inconnus.

 

Je suis née de la mer et ne l'ai reconnu

Qu'au bras de mon amour et ne l'oublierai plus.

 

"Je suis née de la mer" Angèle Vannier

Je n'ai pas fait exprès de vous présenter des poètes extraordinaires mais peu connus. 

J'ai simplement choisi dans la liste publiées sur le site du Printemps des Poètes ceux que je ne connaissais pas... et voilà le résultat !

Je continuerai mes investigations encore pendant quelques jours  !

 

Certains poètes ont eu une vie difficile mais ils se sont servis des difficultés de leur vie pour nous parler avec leurs mots et nous émouvoir...

 

 

 

 

Angèle Vannier, dont vous trouverez  une biographie complète sur le site, francopolis, consacré aux poètes et à la poésie francophone, est une poétesse, née en 1917 à Saint-Servan et morte en 1980 à Bazouge-la-Pérouse.

 

Elle passe une enfance heureuse dans un milieu essentiellement féminin. Sa mère la confie en effet à la grand-mère alors qu'elle n'est qu'un bébé de 8 mois. Elle y est choyée comme une reine. 

Pour mieux la nourrir puisque c'est la fin de la Première Guerre mondiale ?  Parce que la mère ne pouvait plus s'en occuper ? Angèle ne saura jamais pourquoi...

 

Elle est élevée par sa grand-mère qui vit dans la demeure familiale, "Le Châtelet" à Bazouges-la-Pérouse, avec sa belle-soeur : toutes deux sont veuves. Avec elles vivent deux autres femmes, la tante d'Angèle (fille de la grand-mère), très pieuse, et Amélie, la servante. 

Angèle vivra au milieu de ces quatre femmes jusqu'à l'âge de 8 ans. Amélie la berce d'histoires et de légendes...

Elle retrouvera ensuite ses parents à Rennes où elle sera scolarisée. Mais elle reviendra chaque été chez sa grand-mère où elle retrouve avec joie son amie Anne.

Alors qu'elle est étudiante en pharmacie, Angèle devient subitement aveugle suite à un glaucome : elle a 21 ans.

Elle décide alors de retourner vivre dans la maison de sa grand-mère. Là-bas, alors que sa grand-mère et la belle-soeur sont morte, elle passera un an auprès de sa tante et d'Amélie, la servante de son enfance, pour apprivoiser le monde nouveau dans lequel elle est obligée de vivre à présent. 

 

S’ils venaient du bout du monde
Avec leurs petits couteaux
Dont la pointe est sans défaut
Pour tuer mes yeux nouveaux
……….
Je lâcherais mes bons chiens
Sur leurs gueules d’assassins
Et m’endormirais tranquille
Aux plis de ma bonne ville.

 

Là-bas, puisqu'elle ne peut plus écrire, Angèle Vannier dicte ses poèmes et elle passe le reste de son temps à marcher dans la forêt, retrouvant peu à peu goût à la vie.

 

Son amie vient lui lire des poèmes se trouvant dans la revue "Le goéland" à laquelle elle est abonnée. Elle y découvre ceux de Théophile Briant. Elle envoie à la revue ses propres poèmes qui seront publiés et elle reçoit même le prix de poésie.

C'est Théophile Briant qui va préfacer son premier recueil de poèmes "Les songes de la lumière et de la brume" (1946) et la faire connaître. 

 

Angèle veut vivre comme tout le monde, sans apprendre le braille et sans sa canne blanche et, elle voit ça comme un défi. 

Mais elle a peur de ne pas connaître l'amour et de ne pas être aimée. 

Ah ! comment voulez-vous qu’on s’aime
Sans se regarder dans les yeux ?

Elle retourne à Rennes, fréquente la faculté des Lettres, anime des émissions sur Radio-Rennes avec Pierre-Jaquez Helias. 

 

En 1947, elle part à Paris, seule, bien décidée à vivre et à rencontrer d'autres poètes.

Elle rejoint le cercle des poètes de Saint Germain-des-prés. Elle se rend chez Lipp (la brasserie bien connue) et y rencontre  Germaine Beaumont, Charles le Quintrec, Luc Bérimont et Maurice Fombeure....et bien d'autrs personnalités de l'époque. 

Elle écrit des chansons et des poèmes et fait la connaissance d'Edith Piaf : toutes deux deviennent amies.

 

En 1955, Angèle écrit pour Edith Piaf "Le chevalier de Paris" qui sera mis en musique par Philippe Gérard et obtiendra le premier prix de la chanson française, puis fera le tour du monde en plusieurs langues et donnera lieu à de nombreuses reprises.

Elle va aussi rencontrer Paul Eluard et, avec lui,  le surréalisme qui marquera son oeuvre. Il va d'ailleurs préfacer ainsi (voir ci-dessous) son second recueil de poèmes "L'arbre à feu" (1950)

 

Le soleil et l’azur, les fleurs, les fruits, les blés,
le visage des hommes, leur rêve et leur effort, leur amour et leur peine,
la lente convulsion des mers et la rouille des continents,
Angèle Vannier, aveugle, préserve tout de l’ombre. Merveilleusement.

Paul Eluard dans la préface de "L'arbre à feu"

En 1973, alors qu'elle a 56 ans, elle retourne s'installer dans son village d'enfance et crée le spectacle "La vie toute entière" avec le harpiste Myrdhin.

Ce harpiste hors-norme, qui sait interpréter le répertoire traditionnel et créer des compositions personnelles, l'accompagnera dans  ses tournées à travers l'Europe.

 

DE MA VIE
De ma vie je n’ai jamais vu
Plus beau visage que sa voix
Ses yeux portent l’âme des eaux
Blessées à mort depuis des siècles
Par le silence des grands bois
Son front descend de la lumière
Comme l’Égypte du mystère
Et sa bouche a juste le poids
Le poids terrible du bonheur
Que pouvait supporter mon cœur.

Angèle Vannier Extrait, Poèmes choisis 1947-1978, Rougerie, 1990

 

Elle nous laisse une oeuvre poétique magnifique où il est question du mystère des êtres et des choses...des êtres que ses yeux ne pouvaient pas voir mais qu'elle-même, poétesse aveugle, voyaient par delà la cécité et que nous, clair-voyants ne savons plus reconnaître. 

 

Dans ses poèmes, elle met en scène ses souvenirs d'enfance dans la grande demeure où Amélie, la servante, lui racontait des histoires de loups, de sorcières et de princesses et où la grand-mère, lui chantait des comptines. Elle parle aussi de sa tante très croyante qui faisait vivre la maisonnée dans une atmosphère étouffante. 

 

Son oeuvre a su évoluer au cours de sa vie : elle s'est libèrée et a su créer un monde de sensations, d'odeurs de couleurs...elle qui n'y voyait plus, un monde de mystère pas toujours facile à comprendre fait de ruptures de ton, de mots juxtaposés dans lesquels, elle fait de nombreuses références à la Bretagne, à ses mythes, à la nuit, aux mystères, à la couleur bleue (de la mer ? ou de la nuit ?) 

 

 

Mes yeux fondirent dans ma bouche
Je pris la nuit comme un bateau la mer

"Le sang des nuits"

Bibliographie [source wikipedia]

 

- Les Songes de la lumière et de la brume, Éditions Savel, préface de Théophile Briant, 1947

- L'Arbre à feu, Éditions Le Goéland, préface de Paul Éluard, 1950

- Avec la permission de Dieu, Seghers, 1953

- À Hauteur d'ange, La maison du poète, 1955

- Choix de poèmes, Seghers, 1961

- Le Sang des nuits, Seghers, postface d'André Guimbretière, 1966,

- La Nuit ardente, Flammarion, 1969 (roman autobiographique)

- Théâtre blanc, Rougerie, 1970

- Le Rouge cloître, Rougerie, 1972

- L'Âtre utérin, revue Clivages no 2, 1974

- Profil de l'énigme ou Femme pluriel, revue Nard no 6, 1975

- Ordination de la mémoire", Rougerie, 1976

- Poésie verticale I, Éditions Roche sauve, 1976

- Poésie verticale II, Éditions Roche sauve, 1977

- L'Écharpe rouge et les chiens bleus, revue l'Immédiate no 10, 1977

- Otage de la nuit (essai) suivi de Parcours de la nuit (poèmes), Éditions Librairie bleue, 1978.

- Brocéliande que veux-tu?, Rougerie, 1978

- Dites-moi vous, Juan, revue Europe, 1981, réédité en 2012, Éditions La part Commune

- Poèmes choisis, anthologie 1947-1978, Rougerie, 1990

Femmes abandonnées n'attendez pas de moi
Que j'ajoute une larme et ma charge de froid
Au puits déjà trop plein dont vous êtes la source
Et vers lequel à l'heure où les enfants partagent
Leur croissant du matin avec l'ange du soir
Monte griffes rentrées la femelle du loup
Du loup qui court le guilledou.
"Il est sage qu'on marche à pattes de velours
Lorsqu'on cherche à laper quelque relent d'amour"...

Extrait de Poèmes choisis, anthologie 1947-1978, Rougerie 1990

L'Association "La voix est libre" propose dans ses stages d'apprentissage des lectures de poèmes d'Angèle Vannier afin de "faire un tour dans le jardin des autres", stages qui s'adressent aux amateurs et aux professionnels du monde du spectacle...

Partager cet article

Repost0
12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 09:57
Joe Bousquet

Joe Bousquet

PASSANTE

 

Elle a promené dans les villes

Le pas qui tremblait sur les eaux

Une chanson la déshabille

Son silence est né d’un oiseau

Elle illumine la lumière

Comme l’étoile du matin

Quand tout le ciel est sa paupière

Embellit le jour qui l’éteint

Mais l’astre d’où le ciel s’envole

Sait-il où nos vœux sont allés

Quand mon cœur bercé de paroles

Se meurt de la chanson qu’il est

Quel mal trouvait-elle à me plaire

Qu’un aveu me l’ôte si tôt

Mouillant ses regards de sorcière

Des pleurs qu’il a pris au ruisseau

Hélas ne pleurez point madame

Si j’ai mes jolis soins perdu

Près d’un enfant aux yeux de femme

Qui joue à l’amant qui n’est plus

 

Extrait du recueil "La connaissance du soir" (1947)

 

Joe Bousquet est un poète du début du XXe siècle originaire de l'Aude. 

Né en 1897, il est mort en 1950, à l'âge de 53 ans seulement. Son père était médecin-major dans l'armée. Joe Bousquet passe son bac en 1912 puis fait un voyage en Angleterre qui le marquera durablement. Il mène une vie agitée et s'initie à diverses drogues dont il restera accro jusqu'à sa mort. 

 

Durant la Première Guerre mondiale, il devance l'appel, reçoit la croix de guerre, la médaille militaire et la légion d'honneur,  avant d'être grièvement blessé à la colonne vertébrale, par une balle ennemie lors de la bataille de Vailly (dans l'Aisne).

 

Ayant perdu l'usage de ses jambes, il restera alité le restant de sa vie dans une chambre obscure de la rue de Verdun à Carcassonne.

 

Seul, couché dans mon lit, j’ai atteint des hauteurs telles, que j’ai creusé le ciel. Enfermé dans ma chambre, enfermé dans mon corps, je rayonne dans cette lumière immobile. Le mal comme le bien a son ciel en moi; et je connais la voluptueuse satisfaction de n’être médiocre en rien. Chaque jour je redécouvre que j’ai été blessé, que je suis blessé et je dois à cette blessure d’avoir appris que tous les hommes étaient blessés comme moi.

 

Cependant le poète n'est jamais seul : peintres, poètes et philosophes se succèdent à son chevet dans sa chambre close.

Tout ce que le XXe siècle comptait de créateurs y défile

 

Il entretiendra une correspondance assidue avec certains d'entre eux, écrivains ou peintres connus comme Paul Éluard, Max Ernst ou encore Jean Paulhan. 

 

La maison où le poète a vécu, lui est aujourd'hui entièrement consacrée. On y trouve la Maison des Mémoires, un musée à sa mémoire, qui est le siège d'une exposition permanente, permettant de redécouvrir la personnalité du poète, sa vie, son oeuvre et l'influence qu'il a exercé sur les milieux littéraires du début du XXe siècle.

Le Centre Joe Bousquet est consacré à la poésie et accueille la Maison des écrivains. 

 

 

Joe Bousquet fonde en 1928 la revue "Chantiers" sous l'impulsion de ses amis surréalistes, dont Paul Eluard qui se rapproche du groupe de Carcassonne.

Ci contre la réimpression intégrale de la revue

 

Puis dans les années 40, la revue "Les Cahiers du Sud" lui demande de s'occuper d'un Cabinet de lectures qu'il va mener à bien avec Francine Bloch.

 

Survivre, surmonter, passer par-dessus, vivre en creux, savoir dans sa chair que tous les feux, sur la mer, chantent qu’un homme est seul, après tout, et seul avec ce qui le mène, mais ne pas s’isoler, être plus que jamais parmi les hommes, un homme très différent, un homme-chien, plus qu’un homme, moins qu’un homme, le dernier des hommes et le meilleur des chiens.

 

Joe Bousquet est l'auteur de nombreux romans, de correspondances, d'essais et d'un recueil de nouvelles ("Le fruit dont l'ombre est la saveur", Éditions de Minuit) ainsi que d'un recueil érotique ("Le cahier noir", Albin Michel). 

 

De nombreuses oeuvres ont été éditées à titre posthume.

 

Pour lui rendre hommage, de nombreuses rues portent son nom dans l'Aude.

 

Récemment, un CD "Il s'en faut d'une parole"  lui est consacré dans lequel la chanteuse originaire de l'Aude, Yvette Yché, interpète treize poèmes du poète qu'elle met en musique avec Gilles Baissette. Ces poèmes sont extraits de "La connaissance du soir" (gallimard, 1947). 

Elle est interviewée à ce sujet dans l'Epervier incassable.

 

 

Récital musical d'Yvette Yché (extrait)

 

Retrouvez sa biographie complète et d'autres informations sur le poète sur les sites suivants...

 

- le site de la Maison des écrivains de Carcassonne.

- le site de Villalier.

- Joe Bousquet sur le site "Esprits nomades".

- Joe Bousquet / Mystique sur le site de la Revue remue.net littérature.

- L'hommage de la ville de Carcassonne.

 

A noter : le poète écrivait constamment son prénom "Joe" au lieu de "Joë" comme on le voit parfois écrit. Nous avons donc écrit dans cette chronique le prénom selon son désir...

 

Joe BOUSQUET ou le mouvement paradoxal (11 mars 1977)

-Lettre posthume à G-

3 heures
Je suis très fatigué, l'estomac, une sueur gelée sur le front, j'ai ôté mes lunettes qui me pesaient -cela doit s'appeler être de sang froid- je ne t'avais jamais écrit dans ces conditions.
Je ne dirai pas : je te voudrai près de moi. Je dirai : ton absence est la même blessure, que ma vie me porte ou que je lutte pour la retenir. Tu es ma chair. C'est parce qu'il est possible que tu ne puisse vivre sans moi que j'ai des genoux, des jambes. C'est parce que tu vis que ma pensée n'est pas la haine de la vie, mais l'amour même.
Je ne t'ai menti qu'une fois. C'est quand je t'ai dit que je pouvais vivre sans te voir. Même si tu tombais dans une déshonorante folie, je te garderais près de moi. Je n'imagine l'avenir qu'à travers la douceur de le recevoir de ta présence. Et cette douceur est tout ce qui me tiens au monde. Ma vie n'a pas de contenu, n'en aura plus, tu n'es pas en elle, elle me vient de toi, je n'existe que pour la surprise de naître à chaque instant de la femme que tu es... Le reste n'est qu'un corps rompu et le contact quotidien avec des maux physiques que tu n'imagines pas.

Cloches

 

J’ai quitté mon nid de pierres

Sur un bel oiseau d’airain

Vos douleurs me sont légères

Je suis la mort des marins

 

J’apprends la tendresse aux hommes

Que j’étreins sans les briser

Je suis l’amour d’un fantôme

Que se souvient d’un baiser

 

L’hiver conduit mon cortège

Et pour singer ses façons

J’ai mis ma robe de neige

Je suis la mort des chansons

 

Les cœurs d’amants pour nous suivre

Ôtant leurs manteaux de rois

Prennent des robes de givre

Les morts habitent le froid

 

Dans un haut grenier de pierres

Où la lune nous attend

Au galant que je préfère

Je souris avec les dents

 

Les baisers que je lui donne

Sont muets comme les lys

Dont la pâleur l’emprisonne

Au fond des jours abolis

 

Cloches d’or cloches de terre

Sonnez en vain dans le sang

J’ai des ciseaux de lumière

Je suis l’oubli des absents

 

J’ai semé sur votre face

Les iris couleur de temps

Qu’avec mes ciseaux de glace

Mes mains coupent dans le vent

 

La fleur sans ombre des larmes

A fait s’ouvrir dans les cieux

Au jour qui jette ses armes

Un ciel plus froid que vos yeux

 

Ainsi j’efface une voile

Et rends au vent sa pâleur

Qui pleure avec les étoiles

Dont elle effeuille le cœur.

 

Joe Bousquet

Partager cet article

Repost0
11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 08:30

 

Aujourd'hui, j'ai choisi de vous parler dans le cadre du Printemps des Poètes, d'une jeune poétesse dont on parle trop peu : Il s'agit de Mireille Sorgue...

 

Cette jeune poètesse gagne à être mieux connue, car malgré sa jeunesse, son oeuvre est d'une sensualité rare et d'une exigence qui révèle un talent immense trop tôt stoppé par sa brutale et trop précoce disparition. 

 

Car je veux être reine de mes soleils et de mes peines, tenir les clefs des cités que je hante et garder enclose dans ma parole la fugitive vie que je m’émerveille d’entendre battre à mes tempes.
Mireille Sorgue "Tentation"

Mireille Sorgue

Mireille Sorgue

Il me semble que je suis possédée par un langage qui s’organise sans mon secours.

Geneviève Brisac, Le Monde, 1985.

Toi, bien sûr, tu savais déjà… Mais moi… NON. Non, je ne savais pas, même s’il t’a semblé que ce que j’écrivais était d’un parler d’amoureuse parfois. Je n’avais aimé qu’avec tendresse. Mais à présent quel nom donner à cette grand faim de toi, à cette douleur latente, savourée, qui m’alourdit comme un enfant dans ma chair, à cette grande peine qui me fait rire haut et chanter le matin ?
Lettres à l'Amant I

 

Née à Castres en 1944, Mireille Sorgue (de son vrai nom Pacchioni) est fille d'instituteurs. Ses parents enseignent dans deux villages proches. Son père fait les trajets à vélo comme c'était souvent le cas à l'époque et s'engage dans la Résistance.

Il rejoint ensuite les FFI puis participe à la campagne des Vosges avant d'être envoyé en Allemagne. C'est là-bas que Mireille aura une petite soeur.

 

La famille s'installe après la guerre à Montpellier. Les vacances se passent à Cannes chez la grand-mère. Le père, dégagé de ses obligations militaires réintègre l'enseignement et la famille s'installe dans le Sidobre.

La petite Mireille se passionne dès son plus jeune âge pour la lecture : elle sait lire dès l'âge de quatre ans. En cm2, elle a deux ans d'avance, et devra patienter pour avoir l'âge requis d'entrer en sixième.

 

Elle est naturellement douée mais subit la difficile "obligation de perfection" imposée par le métier de ses parents. Ce n'est pas facile d'être fille d'instituteurs : les parents sont rigoureux et imposent un travail quotidien. Il n'y a pas de place pour la médiocrité. 

C'est donc une élève brillante ce qui ne l'empêche pas d'adorer la vie à la campagne.

Ces années d'enfance dans un village "aux carrefours déserts où les chats mêmes ne se font jamais écraser, où l’air est pur, le soir calme, la nuit muette, où les gens en passant vous sourient et vous parlent" la marqueront à jamais.

 

En 1959 elle est reçu 1ère au concours de l'Ecole Normale d'Albi.

En 1961, elle reçoit le premier prix de dissertation française au Concours Général. Retrouvez ICI le texte de sa dissertation. 

 

Un inspecteur de l'Education nationale la remarque. Il est plus âgé qu'elle mais deviendra l'Amant.

De 1961 à 1967, Mireille Sorgue et François Solesmes vont entretenir une correspondance quotidienne, qui ne sera que partiellement publiée, respectant la vie privée de chacun.

Leur relation évoluera de simple amitié vers une véritable passion amoureuse durant l'année 1963. Auprès de lui, elle a découvert l'amour : il lui a révélé qu'elle était femme et elle célèbrera cet amour ainsi que l'Amant dans des poèmes sensuels, qui parlent de l'éveil des sens et de l'abandon de l'enfance.

Cet amour durera cinq ans. Elle décrira dans ses poèmes les hésitations, le désespoir de la séparation, l'union des corps et l'extase des caresses et la nécessité de cacher cet amour aux autres pour le préserver. 

Lui-même écrira de superbes poèmes en retour.

 

Etudiante à l'école normale de Toulouse, elle écrira ses premiers poèmes en 1962. 

En 1962-1963, elle est reçu première aux IPES (concours d'élève-professeur).

En 1964, elle prépare sa licence. Elle songe alors à un diplôme d’études supérieures consacré aux "Lettres à Lou" d’Apollinaire, dont elle fait faire un micro-film à La Bibliothèque nationale, cette correspondance n’ayant encore donné lieu qu’à une édition à tirage restreint. 

C'est durant l'été 1965, en vacances en Provence, qu'elle poursuit  l'écriture des poèmes qui deviendront l'Amant. 

 

En juillet 1967, elle est reçue aux épreuves du CAPES. 

En août, elle passe quelques jours à Paris pour achever d'écrire et prendre ainsi du recul par rapport à son passé. 

Fin juillet, elle a rencontré un jeune homme dont elle est tombée amoureuse. Il est d'origine arabe et ses parents ne veulent pas en entendre parler. Elle est amoureuse. 

Que se passe -t-il ensuite ?

Comment expliquer que des témoins la trouvent en pleurs ?

Dans la nuit du 15 au 16 août, dans le train qui la ramène à Toulouse, elle ouvre la porte extérieure et tombe du train. Accident ou suicide ? Personne n'a encore aujourd'hui de réponse. Elle mourra deux jours plus tard. Elle avait 23 ans. 

 

Prémonition ? "Il me semble que je n’aurai jamais trente ans ", écrivait-elle dans une lettre datée du 24 février 1963.

 

Les textes sur l’Amant seront publiés en 1968, sous le titre "L'Amant". 

Un an plus tard, le livre obtient le prix Hermès à titre posthume.

Depuis 1994, une rue de la ville de Toulouse porte son nom.

 

Pour en savoir plus sur Mireille Sorgue...voilà quelques liens ver des sites qui m'ont inspiré.

 

- sa biographie complète.  

- le site officiel (en maintenance en ce moment).

- le blog qui lui est consacré.

- la page facebook.

- L'article qui lui est consacré sur le site de la revue épistolaire.

- L'article de Geneviève Brisac relayé sur le blog du Monde.

- La présentation qui lui est dédiée sur le site du Printemps des poètes.

- Extrait d'articles de Presse publiés après la parution de ses oeuvres à titre posthumes.

- Mireille Sorgue : à qui m’aimerait par Valérie Pera-Guillot. 

 

Si mes propos gênent quelqu'un de la famille proche, surtout qu'il n'hésite pas à m'en faire part par le formulaire de contact. Je retirerais aussitôt (ou corrigerais) mes erreurs bien involontaires, s'il en est. 

 

Ci-dessous, quelques extraits de ses merveilleux poèmes qui montrent sa nature passionnée et son talent époustouflant...

Mon amour, longtemps je me suis tue rêvant devant la feuille blanche, la feuille immense comme ce long loisir où j’entre, ne pouvant me résoudre à dire ces mots qui ne valent pas leur pesant de silence. Alors tout incertaine, étonnée de bonheur, je commence tout doucement car le soleil qui m’alourdit berce ma main, à peine effleurant ton visage, en lente reconnaissance de mes domaines. Et comme si de hautes paroles pouvaient défaire le charme que j’éprouve, je parle très bas, à ton oreille seule, à ta bouche ; et comme si des gestes trop brusques allaient susciter des prodiges, mes mains à peine s’enhardissent sur ton corps ; mais si prudentes soient-elles, je sais où elles s’acheminent et quelle vendange elles font ? je soupçonne une éclosion soudaine, imminente ? la chute du soleil dans l’herbe, comme un fruit trop mûr qui s’écrase ? la chute infiniment du soleil qui s’abîme. Mon amour, mon amour, je te retrouve et ce sont les vacances, mon amour, et je suis devant toi comme en lisière d’un pré avant d’être fauché, savourant avant que d’oser m’y étendre son parfum opulent…
L’eau à la bouche.

Je veux dire ceci :
Un jour une main s’est tendue pour que la mienne y prenne vie.
Pour que la mienne y prenne feu.
Un jour une main m’a prise et désormais je n’ai eu lieu qu’en elle.
C’est ta main, et quand je la tiens, je crois te tenir tout entier.
J’en parle comme de toi.

Mireille Sorgue Je veux dire ceci ( extrait de l'Amant)

Nos mains sont hirondelles volant bas devant l’orage, leurs cris d’avertissement. Cette griffure au cœur quand, relevant la tête, on voit que le ciel se plombe ! Quand regardant autour de soi, on ne reconnaît plus ce fond de forêt où l’on se trouve seul. Alors, cette course droit devant soi ! Alors ce corps où l’on se heurte, ou l’on s’entrave, qu’il faut franchir : ce corps qu’on repousse, qu’on lacère, qu’on écrase ! Alors ce corps de mon amour que je rencontre et que je reconnais dans le noir.

Je veux dire ta main sous laquelle je m’éveille au désir, au plaisir.
Ta main si lente à me séduire.
Si sagement, si savoureusement lente. Je veux dire ces
prémices plus émouvantes que celles du jour ou de l’avril:
quand chancellent les verticales; quand toute flamme se couche, s’allonge, comme celle bleue de nos veines.
Quand j’attends que tu me touches comme folle que sonne l’heure.

Mireille Sorgue, L’Amant.

Que se pose la mouche, afin que j’arrache ses pattes, méticuleusement, très consciencieusement, ainsi qu’on voit faire aux enfants le front penché,
En redevance du mal que tu me fais.
Que s’englue l’oiseau, afin que j’étrangle son cou, dégoulinant la perle de sang
qui sourd à son bec sur mes doigts joints en collier dans la tiédeur des plumes,
En redevance du mal que tu me fais.
Que se prenne l’éphémère au réseau de mes mains unies afin que je broie ses ailes,
très délicatement, ne gardant à mes ongles qu’un impalpable cerne blond,
En redevance du mal que tu me fais.
Que vienne ma mère m’embrasser, afin que je repousse son visage offert et
la lèvre ouverte au baiser :
C’est redevance du mal que tu me fais.

Extrait de "Préméditation"

C’est être heureuse, non glorieuse, que je préfère ;
c’est me sentir vivante, seulement cela, vivante.
(2 juillet 1966)

Bibliographie

 

- 1968 / L'amant (Editions Robert Morel) Prix Hermès.

- 1985 / L'amant (édition remaniée Albin Michel).

- Lettres à l'amant tome 1

- Lettres à l'amant tome 2

- 1986 / L'Amant et les lettres (France-Loisirs).

- 2001 / Les trois ouvrages paraissent en poche.

Je voudrais écrire comment je t'aime. En une longue lettre. Je voudrais faire ce progrès vers toi, réduire autant que c'est possible la distance entre nous, l'ignorance qui la cause. Ainsi, je ne serais pas moins différente de toi, mais peut-être te serais-je moins étrangère, peut-être te sentirais-tu moins seul. Quelqu'un aurait cherché à te rejoindre, à communiquer avec toi.

Mireille Sorgue, une jeune poétesse au tragique destin
Mireille Sorgue, une jeune poétesse au tragique destin
Mireille Sorgue, une jeune poétesse au tragique destin
Mireille Sorgue, une jeune poétesse au tragique destin
Mireille Sorgue, une jeune poétesse au tragique destin

Partager cet article

Repost0
17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 07:51
Antoine-Blaise Crousillat peint par Jean Roch Isnard. 1880 [source: Wikipedia]

Antoine-Blaise Crousillat peint par Jean Roch Isnard. 1880 [source: Wikipedia]

D'après le livre...

"Crousillat, doyen des félibres" d'Henri Teissier (1948) préfacé par Emile Ripert. 

 

 

Antoine-Blaise Crousillat est un poète provençal né le 3 février 1814 à Salon-de-Provence dans les Bouches-du-Rhône et mort en 1899.

Issu d'une famille de 11 enfants, il a la chance de pouvoir fréquenter l'école, son père réussissant à faire vivre la famille de son métier : il est fabriquant de chandelles et possède quelques propriétés.

Antoine-Blaise écrit des poèmes et apprend le latin dès son plus jeune âge.

Il poursuit ses études d'abord à Marseille dans une pension catholique, puis à Aix-en-Provence de 1832 à 1834, où il étudie la philosophie et la théologie au Grand Séminaire. 

 

 

A 20 ans, revenu chez lui dans son "village", il continue à faire ce qu'il aime : parfaire ses connaissances en littérature et traduire des textes en particulier ceux de poètes anglais.

Il part en voyage avec Margaret, son audacieuse cousine germaine qui vit en Amérique. Elle est venue en Europe pour voyager. Il parle l'italien et ne manque pas d'instruction : elle décide d'en faire son compagnon de voyage et l'emmène jusqu'en Italie, et  en particulier à Rome.

Le voyage est long et fatiguant mais sa joie est immense et il médite au milieu des ruines, se laisse aller aux sensations nouvelles qui emplissent son coeur de poète et à la beauté de la lumière du matin au milieu des vieilles pierres...

 

Ce voyage confirmera son goût futur pour les antiquités auxquelles il fera de nombreuses allusions dans ses oeuvres poétiques.

 

Ounte jason mescla dins l'erbo
Terme, palais, tèmple dei Dièu
Sant-Pèire enausso, vuei superbo,
Sa grand coupolo jusqu'ei nièu.


Là où gisent mêlés dans l'herbe
Thermes, palais, temples des Dieux,
Aujourd'hui Saint-Pierre, superbe,
Élève sa coupole aux cieux.

Après la visite de Rome et de Florence, ce sera le retour en France.

Antoine-Blaise accompagne ensuite sa cousine à Paris puis au Havre où elle reprend le bateau pour Philadelphie.

 

A son retour en Provence, le jeune Crousillat est ivre de liberté et respire la joie de vivre.

 

Pour épancher le trop plein de son coeur, il écrit ses premiers poèmes...tourmenté par sa timidité naturelle et sans nul doute aussi par les beaux yeux d'une jeune fille de son pays...

Ièu, paure troubadour que degun saup au mounde,
Quand de peno deja moun amo a soun abounde
Ei Muso vire ma passien.

Malheureux troubadour que tout le monde ignore,
Alors que de tourments mon cœur est déjà plein,
Je tourne ma passion aux muses.

 

Crousillat choisit délibérément d'écrire en langue provençale, cette langue que Pétrarque appelait la "langue du plaisir" et qui après avoir resplendi pendant plus de cinq cent ans dans tout le midi de l'Europe, a été abandonnée par les poètes... Mais c'est une autre histoire !

Pour lui, le provençal est une langue noble qui puise ses racines dans l'antiquité gréco-latine.

Il trouve naturel l'usage de cette langue que l'enseignement officiel abandonne pourtant avec trop d'insouciance. D'après lui, la langue provençale est plus savante et plus artistique que le français. Et de plus, elle fait partie de notre héritage... 

Il faut noter que l'avenir lui donnera raison puisque pendant l'occupation, lors de la seconde guerre mondiale, les résistants se sont servis du provençal pour parler en toute discrétion...et ont pu ainsi mener à bien leurs opérations.

 

En 1845, Crousillat rencontre Joseph Roumanille qui deviendra son ami et le père du Felibrige. Pour ceux qui ne vivent pas dans le sud de la France, il faut savoir que le Felibrige, créé en 1854 est une association qui a pour but de sauvegarder la langue, la culture et l'identité des pays de langue d'oc. 

Les sept fondateurs officiels du Felibrige sont Théodore Aubanel, Frédéric Mistral, Joseph Roumanille, Jean Brunet, Paul Giéra, Anselme Mathieu et Alphonse Tavan. 

Ensemble, ils ont préservé la langue provençale tout en voulant l'unifier à leur façon et en particulier, codifier son orthographe. 

 

Lorsqu'ils se rencontrent Crousillat et Roumanille ne sont séparés que par les Alpilles (Roumanille habite Saint-Rémy de Provence), mais les deux poètes commencent à s'échanger des vers et de nombreuses lettres. 

C'est Roumanille qui fera connaître à Crousillat, Fréderic Mistral en 1850, le membre fondateur du Félibrige, poète important qui a réhabilité la langue occitane et avec qui, il entretiendra aussitôt une correspondance assidue pendant 47 ans. 

 

Ces lettres seront publiées dans "Recueil de Lettres" : Crousillat à Mistral, Roumanille et autres félibres - Chah Dubost (éd. Lacour 2004) et dans "Lettres" : Mistral, Roumanille et autres à Crousillat - Chah Dubost (éd. Lacour 2006).

 

Crousillat participe à différents congrès de poètes en Arles, à Aix-en-Provence...Là il fera la connaissance du jeune Théodore Aubanel. 

A presque 40 ans, il apparaît comme un vieux à ces jeunes de 25 ans et sera toujours considéré comme un modèle par ses disciples, qui marqueront toujours une grande déférence et auront beaucoup de considération pour lui.

 

Poète discret et timide, il refusera toujours de faire partie des fondateurs du Felibrige, mais il participera au mouvement à sa façon.

C'est en effet un véritable précurseur pour Mistral ou Aubanel car il a déjà trouvé et développé les thèmes qui leur seront chers, comme par exemple celui de la jeune fille provençale...

 

 

Il collaborera dès le début à la rédaction de l'"Armana provençau", un almanach entièrement rédigé en provençal,  dont la première parution date de 1855 et qui est toujours publié aujourd'hui ! 

Il écrira de nombreux poèmes, les "Soulas" qui montrent bien l'âme poétique de l'auteur et qui soulagent son coeur timide. Car le poète vit passionnément des amours le plus souvent platoniques. Il ne possède pas l'audace nécessaire pour aller plus loin avec ses conquêtes féminines, et vit toujours seul à 40 ans avec une de ses soeurs, dans la demeure familiale. 

Pour se distraire et occuper ses mains (et son esprit) il reprend le métier de son père et travaille à la fabrication de cierges. 

Il profite aussi de la période de la chasse et retrouve une certaine sérénité dans la solitude des collines.

 

Ses amis lui reprochent de ne plus leur écrire et les réunions du Félibrige se passent sans lui...

 

Poussé par son ami Roumanille, il accepte finalement de publier un premier recueil de poèmes, en 1865 "La Bresco", préfacé par Mistral. Il y a réuni les poésies écrites depuis qu'il a 23 ans. Certaines étaient déjà parues dans une revue "lou boui abaisso" mais la plupart sont inédites. En tête du recueil est placée l'ode au Roi René grâce à laquelle il vient tout juste de gagner un concours.

 

Puis il publie un recueil de Noëls provencaux, "Lei Nadau" en 1880.

 

Enfin, "l'Eissame" (publié en 1893) où il emploie dans ses poèmes, le dialecte rhodanien, liant ainsi les différentes provinces du Rhône à celle de Marseille, créant un lien entre les différentes générations de provençaux.

 

Il se distinguera toute sa vie des autres félibres par son classicisme d'une part et, d'autre part, par ses prises de position idéologiques et son côté "libre-penseur" qui le séparera de ses condisciples.

En effet, Crousillat est un fervent adepte du Régime Républicain, il voit dans l'Eglise un adversaire de ses idées. C'est peut-être une des raisons qui l'ont tenu à l'écart des réunions  de ses collègues, les félibres d'Avignon. Leurs divergences d'opinion s'aggravent au lendemain de la défaite de 1871 et de la répression qui s'en suivit.

Mistral lui demandera de supprimer dans son recueil "La Bresco" tel sonnet qui vise le pape. Puis ce seront ces Noëls qualifiés de "libres-penseurs" qui seront visés par la censure...

De tous les félibres, Crousillat est de plus, le moins préoccupé de popularité, celui qui se soucie le moins de gloire et de son bruit flatteur...

 

Crousillat, doyen des félibres
Crousillat, doyen des félibres
Crousillat, doyen des félibres
Crousillat, doyen des félibres
Crousillat, doyen des félibres
Crousillat, doyen des félibres
Crousillat, doyen des félibres

 

Crousillat s'est toujours largement inspiré de Salon-de-Provence (sa ville natale) de ses monuments et des personnages célèbres de la région salonnaise. Son buste est d'ailleurs visible dans la ville et une place porte son nom. 

Statue de Crousillat (Salon-de-Provence)

Statue de Crousillat (Salon-de-Provence)

 

Il est connu pour chacune des odes qu'il a écrite en l'honneur des personnages célèbres de la Région :

 

- Ode au Roi René (1409-1480), René d'Anjou...qui a laissé des traces dans toute la Provence et en particulier dans la ville d'Aix-en-Provence. C'est cette ode qui est placée en premier dans son recueil "La Bresco". Il l'a écrite pour participer à un concours organisé par la ville d'Aix-en Provence qui lui a fait gagner la médaille d'or.

Les circonstances ont voulu que même le grand Mistral emprunte à Crousillat ces quelques vers pour enrichir son dictionnaire "Lou Tresor dou Felibrige" et expliquer bien des mots provençaux.

 

- Ode à Adam de Craponne (1526-1576). C'était un ingénieur français de la Renaissance, né à Salon-de-provence mais d'origine auvergnate. Il est l'auteur d'une construction gigantesque encore utilisée aujourd'hui, le canal qui porte son nom et qui transporte l'eau de la Durance, jusqu'à la Crau ce qui permet d'irriguer ses terres incultes encore aujourd'hui, et d'alimenter les eaux de toute une population de la région jusqu'à la ville d'Arles.

 

 

S’à baudre a cuilhit, pichounetto,
Tèndreis flous, filhos deis pradouns,
E, long deis riaus, su’ no cannetto
Moudulat seis proumiers fredouns;
S’es anado pièi, anantido,
Counfoundre sus la ribo humido
Soun plagnun au plagnun dau roussignòu gentieu,
Pèrfés dins la frescou s’escarcailhar risènto…
Es à tu, sèmpre à tu, bèllo âmo bènfasènto,
A tu que va dèu, après Dieu!

Centre International de l'Écrit en Langue d'Oc

,

 - Ode à Nostradamus (1503 - 1566). Nostradamus était un apothicaire français, et médecin. Expulsé de la faculté de médecine de Montpellier. Pratiquant l'astrologie comme tous ses confrères à l'époque de la Renaissance, il est surtout connu pour ses prédictions sur la marche du monde.

 

- Ode au Balli de Suffren (1729-1788)... Le Balli de Suffren est une autre figure importante dans la région. C'était un vice-amiral français. Il est (encore aujourd'hui !) à l'étranger, le plus connu des marins français. Il a traversé trois guerres navales durant le Seconde guerre de Cent Ans, et la troisième lui a apporté la gloire. 

 

 

Crousillat a été surnommé le doyen des Félibres et, si l'on parle moins de lui que des autres félibres, il garde cependant une place d'honneur au sein des poètes provençaux de langue provençale...

Dommage que ses oeuvres ne soient pas rééditées en version bilingue car si je comprends quelques mots de provençal, je ne peux pas en savourer toute la richesse...

 

 

 

Il reste encore quelques jours pour visiter l'exposition qui lui rend hommage en ce moment dans sa ville natale. Si cela vous tente...son entrée est gratuite et c'est l'occasion d'entrer dans le Château de l'Empéri (Salon-de-Provence) pour ceux qui ne partent pas au ski ou ne savent pas comment occuper les vacances et qui habitent la région !

Cette exposition propose, au travers d’ouvrages anciens, de manuscrits, de lettres mais aussi de photographies, de tableaux et d’œuvres graphiques… de découvrir ou de redécouvrir ce poète atypique. L'exposition retrace son parcours, son rôle dans le renouveau de la langue provençale au milieu du XIXe siècle et son positionnement envers le mouvement du félibrige. Elle détaille aussi les caractéristiques littéraires du poète et son amour pour sa ville natale Salon, visible dans nombre de ses poèmes.

Office de tourisme de Salon-de-Provence

Crousillat, doyen des félibres

Gardo amourousamen lou parla de Prouvènço
Es un latin pèr tu que sabes de neissènço...
Lou parla qu'as suça 'mé lou la de ta maire,
Lou parla dei felibre, autre-tèms dei troubaire...
A mo-lou, car es béu, s'accourdant viéu e clar
Emè noueste soulèu, nouesto auro e nouesto mar.


Gardes avec amour la langue de Provence ;
C'est un peu de latin que tu sais en naissant,
Langue que tu suças au sein de ta maman,
langue des troubadours aujourd'hui des félibres.
Elle est belle aime-là vive et claire elle chante
Avec notre soleil, le mistral et la mer...

Partager cet article

Repost0
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 08:11
Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens 2014

Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens 2014

Quatrième de couverture

 

"Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant: "C'est toute ma vie."

Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche."

 

Charlotte est le treizième roman de l'auteur et le premier que je lis.

 

 

Que dire de plus ?

 

Tant de critiques ont été faites sur ce roman, positives ou négatives...depuis plus d'un an. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'il a obtenu en 2014, deux prix prestigieux : Le Goncourt des Lycéens et le Renaudot.

 

C'est un livre fort et émouvant qui ne peut laisser personne insensible.

 

Il s'agit de la biographie de Charlotte Salomon, une artiste née à Berlin en 1917, déportée suite à une dénonciation alors qu'elle se cachait dans le sud de la France, et morte à Auschwitz en 1943, alors qu'elle était enceinte de cinq mois.

Cette grande artiste plasticienne et peintre a été élevée dans une famille juive allemande aisée mais non pratiquante. Son père, Albert, était médecin et professeur à l’université de Berlin.

 

Le premier drame de la famille réside dans les suicides multiples et sur plusieurs générations que vous découvrirez en lisant le roman. D'ailleurs Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe...c'est dire.

La dernière suicidée de la famille sera sa mère qui passe à l'acte alors que Charlotte n'a que 9 ans. Mais on lui dira qu'elle est morte d'une mauvaise grippe et on lui cachera toute sa vie les causes réelles de sa mort.

 

Son père se remarie trois ans plus tard avec Paula Lindberg, une chanteuse lyrique célèbre.
Charlotte est alors une enfant taciturne, timide et mélancolique. Mais Paula arrivera à se faire aimer...

 

La vie de Charlotte est une suite de désespoir, de pertes et de souffrances. Elle trouvera dans l'amour et la création un échappatoire à la maladie qui a marqué sa famille. La création a été pour elle le seul moyen de s'inscrire dans le temps et d'échapper ainsi à son destin.

Il est inutile que je rentre plus dans les détails de sa courte vie. Vous les découvrirez en lisant le roman.

 

L'auteur met dans ce récit sa touche personnelle et aborde le drame de la Shoah à sa façon sans s'apesantir sur le sujet, en donnant juste les détails nécessaires pour entrer dans la vie de son personnage et on le lui a reproché.

 

Il visite tous les lieux qui ont été les lieux de vie de Charlotte à la recherche des témoins de son histoire. Il intervient alors dans le récit pour nous en faire le compte-rendu.

 

Il nous parle longuement aussi de la difficulté de laisser libre cours à sa création, de l'obsession qui l'a habité pendant plusieurs années : il a mis 8 ans pour écrire son roman. 

 

Le style d'écriture dont il se justifie à l'intérieur même du roman est un peu perturbant pendant quelques pages puis on l'oublie car il donne un souffle particulier au récit.

 

 

Voilà ce que David Foenkinos nous explique... pourquoi ce roman a pris la forme d'un poème en prose :

 

"J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.

Mais comment ?

Devais-je être présent ?

Devais-je romancer son histoire ?

Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?

Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.

Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.

Je me sentais à l’arrêt à chaque point.

Impossible d’avancer.

C’était une sensation physique, une oppression.

J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi."

 

 

De nombreux lecteurs ont demandé à l'auteur de montrer des œuvres peintes de Charlotte Salomon parmi les centaines de gouaches qu'elle a laissées et dont l'ensemble, intitulé "Vie? ou Théâtre?", évoqué dans le roman, raconte son histoire.

 

C'est chose faite avec le livre ci-dessous, illustré de cinquante gouaches de Charlotte Salomon, choisies par l'auteur et d'une dizaine de photographies où elle est parfois parmi ses proches.

 

Il est inutile de préciser que les illustrations ajoutent beaucoup de force au roman, tout en levant la partie mystérieuse de la jeune femme.

 

L'auteur lui rend ici un magnifique hommage...

 

Roman intégral illustré par une cinquantaine d'oeuvres de Charlotte et des photos de famille, paru en octobre 2015

Roman intégral illustré par une cinquantaine d'oeuvres de Charlotte et des photos de famille, paru en octobre 2015

 

L'œuvre de Charlotte Salomon est composée d'un millier de gouaches. Elle y raconte dans l'urgence sa tragique histoire familiale. Ces peintures et dessins sont accompagnées de courts textes que son père appelait "dessins autobiographiques" et de morceaux de musique.

 

Elle a composée ces oeuvres en moins de deux ans.

"Vie? ou Théâtre?" est conservé au "Joods Historisch Museum" d’Amsterdam.

 

Cette oeuvre monumentale est aujourd’hui publiée pour la première fois dans son intégralité aux Éditions du Tripode, accompagnée de la fameuse et étrange lettre, évoquée dans le roman où Charlotte Salomon confesse avoir empoisonné son grand-père...

 

Livre paru aux Editions du Tripode en 2015

Livre paru aux Editions du Tripode en 2015

Partager cet article

Repost0
14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 09:06
Le géant de Zéralda / Tomi Ungerer

Il était une fois un ogre... Cet ogre, évidemment vous vous en doutez, était très méchant et aimait dévorer les petits enfants.

Alors les gens s'organisent et cachent leurs petits dans des tonneaux, des coffres ou des caves obscures... Il n'y a plus un seul enfant à la ronde et l'ogre en est réduit à manger des céréales et des légumes ! Il en devient de plus en plus grincheux...

 

Loin de cette agitation, Zéralda vit avec son père dans une petite clairière au coeur d'une forêt tranquille. Sa passion à elle, c'est la cuisine... Un jour où elle se rend seule au marché, elle croise le chemin de l'ogre.

Mais en essayant de l'attraper, il se blesse. Il est si affamé que Zeralda sacrifie les bons produits qu'elle allait vendre au marché pour réaliser un fabuleux dîner improvisé.

Zéralda est une petite fille pleine de talent et d'imagination ! L'ogre est surpris et lui propose de venir cuisiner pour lui au château.

Elle va tellement le régaler, ainsi que tous les ogres et les ogresses de la région, que plus un seul d'entre eux n'aura l'idée de s'en prendre aux enfants...

 

Tomi Ungerer est un génie !

Il y a dans cet album, autant dans l'histoire que dans les illustrations, juste ce qu'il faut d'horreur pour semer la peur chez les enfants et d'humour pour le faire rire...

 

"Le géant de Zéralda" est un "classique" indémodable.

L'année dernière, en GS de maternelle, la maîtresse de ma petite fille était stupéfaite de découvrir qu'elle connaissait déjà l'histoire par coeur...

Il faut dire que les petits s'identifient immédiatement aux enfants cachés dans les tonneaux ou les caves,  puis à Zéralda !

 

Du haut de ses six ans, elle seule détient le secret pour faire fondre le coeur de l'ogre : lui cuisiner des bons petits plats...et ramener la sérénité dans la région.

Donc, même quand on est petit on peut réaliser des prouesses...

 

L'idéal est bien sûr de se procurer cet album en grand format pour ressentir la force des illustrations de Tomi Ungerer.

Mais le livre édité chez lutin poche, développera aussi l'imaginaire des enfants et enrichira leur vocabulaire...

Tomi Ungerer est né le 23 novembre 1931, à Strasbourg.

Il débute dans la vie comme dessinateur publicitaire.

Puis il écrit et illustre de nombreux albums pour enfants tous inoubliables...

Il collabore à plusieurs magazines pour la jeunesse.

Il a réuni une collection de jouets impressionnante dont il a fait don au musée de Strasbourg ainsi que de nombreux dessins.

Mais il a aussi réalisé des affiches pour les adultes dans lesquelles il s'engage contre le racisme (ou autres).

 

Pour une biographie plus complète, consulter ma chronique sur "Les Trois brigands".

Partager cet article

Repost0
12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 10:30
Une couverture rétro qui cache une petite pépite de tendresse trop peu connue...

Une couverture rétro qui cache une petite pépite de tendresse trop peu connue...

Un album à raconter... à partir de 3 ans par tous les parents qui attendent un enfant, que le bébé soit prévu pour naître à la maison ou pas...

 

 

"J'veux pas naître, dit Bébé .

J'suis bien là au chaud, j'suis bien nourri et bien bercé".
 
Qu'elle histoire ! Bébé se trouve tellement bien dans le ventre de sa maman qu'il ne veut plus en sortir. Mme Bontemps (la maman) lui parle, le nourrit, et s'occupe tellement bien de lui...
Pourquoi sortirait-il ?
Toute la famille l'encourage et lui fait des promesses.
Mais ni un morceau de gâteau au chocolat de sa grand-mère, ni une promenade en voiture de son grand-père n'arrivent à le décider.
Il est bien têtu ce bébé !
C'est finalement papa qui trouvera la solution en lui promettant tout simplement...un baiser !
"Ummm! Je reste, j'aime ça." a dit Bébé
 
 

Voilà un album (format à l'italienne) que je suis vraiment surprise de trouver encore à la vente ce qui prouve qu'il a été réédité régulièrement depuis l'année de sa sortie en 1976 !

 

Cet album a plusieurs particularités...

 

L'histoire est originale.

 

L'album nous parle de l'attente : toute la famille languit la naissance de ce bébé dans la joie. Il montre une famille heureuse, une maman artiste, sensible et rêveuse, qui aime dessiner et parler avec son bébé et des grands frères et soeurs, curieux de tout.

Les grands savent d'instinct que cela a été pareil pour eux et posent pleins de questions...

Et moi aussi je mangeais ? je boudais ?

 

 

Mon fils aîné a découvert cette histoire lorsque j'attendais son frère et cela nous a aidé à préparer la naissance et la venue de cet "intrus" dans la famille.

Mon jeune fils adorait que je la lui raconte  : cela me permettait de rajouter des détails et de parler de lui quand je l'attendais. In utero, il avait souvent le hoquet ou bien restait très calme parce qu'il tétait son pouce (on avait vu ça à l'écho et à sa naisssance...son pouce était très rouge et tout pelé).

 

Mais au delà du fait que cet album me touche personnellement, je me suis souvent servi de cet album lorsque j'était bibliothécaire et  tous les "grands" frères" ou "grandes soeurs" adoraient cette histoire et se mettaient à me raconter leur propre expérience.

Une bonne occasion pour eux de laisser libre cours à des paroles parfois retenues en famille.

 

 

Le bonheur de la famille après la naissance et le partage des bisous sont des passages très parlants pour les jeunes enfants et qui ne manquent pas de rappeler qu'un bébé a avant tout besoin d'amour !

 

 

 

Les illustrations

 

L'album est illustré en noir et blanc ce qui renforce le côté vieillot (ou rétro) des illustrations. Mais je vous rassure, elles m'apparaissaient déjà très vieillottes (très rétros) à l'époque !

Il n'a pourtant pas pris une ride...et les enfants ne remarquent pas la couleur dans les illustrations mais le comique des situations.

Les images montrant le bébé  à l'intérieur du ventre de sa maman, sont particulièrement amusantes et très expressives.

Les enfants adorent et ne se lassent pas de les commenter...

 

C'est un album bourré de tendresse à chaque page.

 

Il est assez "rétro" aussi parce qu'il montre une famille idéale avec un papa, une maman, grande soeur et grand frère et aussi des grands-parents...ce qui n'est pas toujours le cas aujourd'hui.

 

Par contre il est très moderne car il parle d'un bébé qui naît non pas dans une maternité mais...à la maison.

Et je crois bien qu'il est le seul à aborder ce type de naissance. C'est donc une approche intéressante pour les familles qui prévoient un AAD (accouchement à domicile).

Je rappelle ici que ce type d'accouchement est marginal en France (1% environ des naissances) mais tend à se développer, et qu'il reste très prisé en Europe du nord. De plus il représente 90 % des naissances dans le monde.

Qui sont les auteurs ?

 

"Bébé" a été traduit de l'américain par Anna Solal avec la collaboration du Docteur Frédéric Leboyer.

 

Anna Solal est la traductrice. Elle est aussi illustratrice. Elle a entre autre traduit le roman "A la dure" de Mark Twain ainsi que des albums.

 

Cet album lui est d'ailleurs dédicacé :

"à Frédéric Leboyer qui comprend si bien les bébés".

 

Je rappelle que Frédéric Leboyer est un gynécologue et obstétricien qui a développé, suite à un voyage en Inde,  sa méthode d'accouchement en douceur, permettant au nouveau-né de venir au monde sans traumatisme.

Il a préconisé entre autres de mettre le bébé venant de naître sur le ventre de sa mère pour qu'il continue à en sentir la chaleur et le battement cardiaque (ce qui n'était jamais fait avant lui) et de couper le cordon ombilical uniquement lorsqu'il a cessé de battre.

Il a préconisé une ambiance calme autour de la mère, sans lumière excessive ni bruit inutile.

On lui doit aussi d'avoir été le premier à préconiser le massage néonatal (que certaines mères pratiquaient par instinct) et de faire connaître le livre Shantala.

Après s'être préocuppé du bébé il s'occupera plus précisément au cours de sa carrière du bien- être de la mère, grâce à des mouvements spécifiques, au chant...il tentera de faire diminuer ses douleurs et son angoisse...

La plupart de ses préconisations sont aujourd'hui intégrées dans les services d'obstétrique des maternités.

Mais à l'époque de la sortie du livre c'était une véritable révolution !

 

Fran Manushkin

Née en 1942 dans l'Illinois de parents immigrés d'Europe de l'Est, Fran Manushkin a grandi à Chicago dans une famille de six enfants (et un chien).

Elle a fait des études pour être enseignante car elle savait qu'elle voulait travailler avec des enfants mais n'a jamais pensé qu'elle deviendrait un jour écrivain...

Une fois à New York elle a la chance d'être embauchée comme assistante éditoriale chez Harper and Row et dans le département de l'édition pour enfants où Charlotte Zolotow, directrice éditoriale, l'incite à écrire ses propres histoires.

 

"Bébé" est son premier livre. Il est sorti en 1972 en Amérique puis a été réédité en 1984 sous le titre "Baby, come out !"

 

Sauf erreur de ma part c'est le seul de ses livres traduit en français, avec "Une petite fille sur une balançoire" paru en France en 1977 pour la première fois puis réédité en 2004,  à l'École des loisirs dans la collection "lutin poche", mais actuellement non disponible.

 

L'auteur raconte que ce livre est né à partir d'une seule image qu'elle avait en tête d'un bébé dans le ventre de sa mère en train de communiquer avec elle.

La plupart de ses livres vont naître ensuite de la même façon, d'une seule image qu'elle développera pour le plus grand plaisir des enfants.

Elle est donc l'auteur de nombreux livres. Elle vit toujours à New York où elle participe à des conférences et à de nombreuses rencontres avec les élèves dans les écoles.

 

 

Ronald Himler est l'illustrateur.

Né en 1937 à Cleveland dans l'Ohio, Ronald (Ron pour les intimes) Himler a fréquenté l'Institut d'Art de Cleveland, où il se spécialise dans la peinture et l'illustration.

Après avoir obtenu son diplôme en 1960 et  travaillé pendant plusieurs années dans les arts, il voyage beaucoup en Europe.

Dès 1972, il illustre des livres pour enfants. Il en a illustré environ 150 aujourd'hui...

Mais il est aussi l'illustrateur de centaines de couvertures de romans pour jeunes adultes.

Actuellement, sa grande passion est  de peindre à l'huile des tableaux représentants les Indiens des Plaines.

Il a gagné de nombreux prix durant tout sa carrière qui se poursuit encore aujourd'hui.

Pour en savoir plus, et visionner ces oeuvres, vous pouvez consulter son site internet.

 

D'autres idées de lecture autour de la naissance d'un bébé...sur cette bibliographie qui m'a paru être la plus complète du web et non dénuée d'intérêt, puisqu'elle répond à toutes les éventualités...

Chaque référence vous renvoie sur  le site marchand d'amazon.fr, ce qui vous donne aussitôt, non seulement la disponibilité du livre mais aussi son prix.

 

Partager cet article

Repost0