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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 05:19
Grasset, 2019

Grasset, 2019

Le surmenage professionnel est un mal fréquent, lui dit le psychiatre d'une voix calme et posée. Il prononce des mots savants qu'elle entend sans vraiment les comprendre, sérotonine, dopamine, noradrénaline...

Voici un auteur que j'ai découvert l'année dernière en lisant son premier roman "La tresse", présenté ICI, un roman qui a reçu de nombreuses éloges sur beaucoup de blog mais sur lequel j'avais eu un avis plus mitigé car je l'avais aimé, tout en restant sur ma faim, trouvant le sujet et les personnages trop peu approfondis par rapport aux différents thèmes abordés et ce malgré une idée de départ qui me plaisait beaucoup. 

 

Dans "Les Victorieuses" l'auteur croise le destin de deux femmes. 

Tout d'abord il y a Solène qui est une brillante avocate de 40 ans. Déçue par la vie, car elle a tout sacrifié à sa carrière, elle craque le jour où un de ses clients se jette du haut du Palais de Justice. 

C'est le "burn out" et son psychiatre pour l'aider à s'en sortir lui conseille de faire du bénévolat, aider les autres étant une bonne façon de prendre du recul par rapport à ses propres problèmes. Elle contacte une association parisienne et devient écrivain public...

Mais rien n'est simple pour autant car au Palais de la femme, ce foyer pour femmes en difficulté où elle est envoyée pour une heure tous les jeudis, ce n'est pas facile de se faire accepter. Toutes les femmes qui y séjournent sont des écorchées vives. Elles sont distantes voire indifférentes ou carrément hostiles. Cependant, elle va se faire peu à peu accepter, certaines lui demandant des choses irréalisables, tandis que d'autres enfin se décident à venir vers elle, pour lui raconter leur vie, ou enfin, formuler leur demande.

 

Peu à peu, Solène se rend compte que sa petite vie bourgeoise l'empêche d'éprouver une réelle empathie pour ces femmes malmenées par la vie et donc, que ne les comprenant pas vraiment même si elle sort souvent bouleversée de leurs rencontres, elle ne peut pas les aider efficacement. 

Ses doutes sont sincères mais à la faveur de certains événements imprévus, elle va découvrir que Binta, Sumeya, Viviane, Salma et même Cynthia et les autres ont beaucoup de choses à lui apprendre...

 

En parallèle, le lecteur découvre la vie à Paris dans le même quartier au début du XXe siècle, en 1925 exactement. Là, Blanche Peyron, une jeune femme volontaire et pugnace, s'occupe en tant que Capitaine d'une toute jeune association, l'Armée du Salut. Avec son mari Albin, ils décident d'acquérir un immense bâtiment parisien qui deviendra le Palais de la femme et servira de toit à toutes les femmes exclues par la Société d'après-guerre et à leurs enfants. Le Palais ouvrira ses portes en 1926. 

Le lecteur partage leur combat, écoute avec attention leurs discours passionnés prononcés ici ou là, afin de récolter des fonds pour payer l'emprunt, les travaux et les frais de fonctionnement de l'établissement. Il s'émeut des tragédies racontées, mais aussi de voir que malgré un siècle passé, des êtres humains continuent à souffrir du manque de tout, parce que rejetés par  la société. 

Blanche Peyron et son mari ne se seraient sans doute pas doutés qu'au XXIe siècle, des enfants, des femmes et des hommes dormiraient encore dans la rue, connaîtraient la précarité, la faim et la violence...

 

 

Loulou lui écrit pour tenter de la dissuader : "Je garderai toujours mon idée que ce n'est point le rôle d'une femme de courir les rues de Paris, qu'une femme qui prêche est une chose aussi peu naturelle qu'un homme qui raccommode ses bas, et que la vraie, la seule, la plus noble mission de la femme est de se consacrer toute à son intérieur, à sa famille où, passant inaperçue, elle fait le bonheur de son mari et s'occupe de exclusivement de ses enfants." Peine perdue, Blanche n'a pas l'intention de raccommoder des bas toute sa vie. Elle n'a que faire du rôle de figurante qu'on veut lui assigner.

C'est Albin, le partenaire fidèle et dévoué, le complice de toujours, le compagnon d'armes et de cordée, qui trouve les mots pour la relever. Ils se l'étaient promis ce jour-là, sur le grand-bi : si l'un tombe, l'autre le rattrapera. Ainsi font les soldats....

J'ai beaucoup plus apprécié la lecture de ce second roman, plus abouti, plus juste, plus profond alors qu'il a reçu davantage de critiques négatives. Comme quoi le ressenti de chacun lui est bien personnel ! 

Je n'ai cependant pas éprouvé beaucoup d'empathie pour Solène qui ressemble étrangement à Sarah, qui dans le premier roman était elle-aussi avocate. Elle a su cependant me toucher davantage et j'ai aimé ses doutes et la sincérité avec laquelle elle les expose pour avancer dans sa vie de jeune femme privilégiée certes, mais profondément seule et malheureuse. 

Les différentes femmes résidentes du Palais sont bien entendues un peu caricaturées pour que tous les cas de figure soient présentés au lecteur. C'est vrai, comme je l'ai lu sur le net, qu'on fait le tour des misères du monde, mais étonnamment cela ne m'a pas gêné du tout car tout sonne juste. Je n'ai pas eu de mal à les imaginer et ressentir l'ambiance du foyer, la violence des mots ou des actes.  

J'aurais aimé cependant que les pages  consacrées à Blanche et Albin Peyron soient plus approfondies et plus nombreuses.  C'est vrai que le roman est court et facile à lire mais quelques pages de plus ne l'auraient pas appesanti pour autant. De plus, cette partie-là est vraiment très intéressante car ce couple  a vraiment existé et l'auteur s'est documenté pour pouvoir nous donner des informations précises sur leurs actions dont j'ignorai tout. 

 

J'avais dit à sa sortie que je ne lirai pas car j'avais bien d'autres auteurs à découvrir (!) mais finalement, les avis totalement opposés que j'ai lu ici ou là m'ont donné envie de me faire ma propre opinion et en plus en ce moment, j'avais envie de lectures faciles.

C'est donc un roman à découvrir même s'il reste encore trop léger à mon goût, mais le sujet suffit à alourdir l’atmosphère et le présenter de cette manière est aussi une façon de le faire lire au plus grand nombre. Encore une fois, il pourra facilement être lu par les collégiens dès la 3ème et les lycéens, qui ainsi prendront connaissance de ces actions solidaires et profondément humaines, qui permettent d'aider les plus démunis, et de l'intérêt des actions bénévoles quand elles permettent d'aider ceux qui en ont le plus besoin. 

 

Je n'ai pas regretté ma lecture malgré ces défauts et en tous les cas,  il me donne envie d'en savoir plus sur Blanche Peyron, cette femme formidable qui a su collecter des fonds importants pour pouvoir aider les plus pauvres et dont l'oeuvre finalement totalement oubliée, perdure aujourd’hui au Palais de la femme mais aussi ailleurs à travers les actions menées en France par l'Armée du Salut...

Dans quelques années, le Palais fêtera son premier siècle. Cent ans au cours desquels il n'a jamais failli à sa mission : offrir un toit, aux exclues de la société. Il a pris l'eau parfois, mais il est là, tel un phare dans la nuit, une forteresse, une citadelle. Solène est fière de faire partie de son histoire. Cet endroit l'a sauvée, elle aussi...Elle se sent utile, en paix. A sa place, pour la première fois de sa vie.

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