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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 17:13

 

Je n'avais pas particulièrement lu de critiques sur ce roman autobiographique.  En règle générale je n'aime pas le faire avant de me faire ma propre idée. Ce sont mes élèves qui m'en ont parlé en particulier plusieurs adolescentes de 3ème. Elles adorent les livres de Delphine de Vigan.  Je leur en propose souvent à la lecture. Ce livre a reçu le Prix Renaudot des Lycéens en 2011, puis le Prix des Lectrices de Elle en 2012... je n'ai pas hésité ! Les ados ont été de bons conseils.

 

L'auteur nous livre une autobiographie émouvante. Comme elle le dit elle-même, "ce n'est pas très original d'écrire sur sa mère", elle, pourtant, le fait à sa façon et ce qu'elle écrit sonne juste.

 

A la mort brutale de Lucile, sa mère, qui s'est "en quelque sorte" suicidée  comme le lui demande son fils, l'auteur décide de mener une enquête minutieuse sur sa famille.  Elle découvre avec stupeur que derrière l'apparente unité de la famille créée par ses grand-parents maternels (neuf enfants dont certains ont disparu dans des circonstances douloureuses)  se cache des secrets enfouis...

Sont-ils responsables de la fragilité de sa mère ? Rien n'est moins sûr. En tous cas ce n'est pas si simple et impossible à résumer ainsi.

 

Delphine de Vigan arrive à nous faire entrer dans sa mémoire familiale tout en maintenant une certaine distance : les personnages, leurs caractères, leurs différences, le récit des événements heureux ou malheureux, la description des lieux importants pour elle, comme Pierremont où tous les membres de la famille aiment à se retrouver pour une fête triste ou joyeuse.

Son récit alterne souvenirs et moments de bonheur intenses, confidences récoltées auprès des amis ou membres de la famille, angoisses d'enfant, émotion et pudeur (c'est dur pour l'auteur de dévoiler ce qui a été, tout en restant fidèle aux récits des parents encore vivants).

Ce qu'il y a de remarquable c'est que Lucile, si timide, si fragile, si lumineuse et si extravagante car elle ne voit pas le monde comme les autres et ne sait pas comment vivre sa vie ni par quel bout la prendre, ni comment parler d'amour, elle qui est si belle qu'enfant elle pose pour des photographes, arrive à nous émouvoir (à nous fasciner ?)  malgré la violence de certains passages.

 

J'ai été touchée par les mots que l'auteur emploie pour parler de sa mère. A chaque instant, même dans les moments les plus durs, on comprend l'amour qu'elle ressent pour cette femme si mystérieuse, qu'elle n'ose pas l'appeler "maman" avant la fin du roman.  Lucile a beaucoup de failles, elle a souffert et a fait souffrir ses filles mais elle a aussi beaucoup donné. Elle a lutté pendant des années contre sa bipolarité, puis son cancer avant d'avoir voulu mourir "vivante". Entre temps elle a eu des années de répit où elle a été une mère "normale" et une grand-mère inoubliable.

 

On sent surtout qu'écrire ce roman a permis à l'auteur de peut-être lui pardonner...et d'enterrer des souffrances qu'enfant elle n'a pas toujours comprises, qu'elle avait déjà abordées dans "Jours sans faim" où elle parle de son anorexie, véritable appel au secours pour que sa mère la regarde... enfin.

 

Ce livre ne peut que toucher le lecteur, même s'il n'a rien vécu de tel. Il  fait échos à nos blessures familiales (qui n'en a pas ?), aux non-dits de notre propre famille (il n'y a pas de famille où l'on peut tout se dire), à la violence verbale ou cachée qui se dévoile dans la fratrie lorsqu'un des parents disparaît.

La dernière partie où elle raconte le moment où elle a découvert sa mère morte est tout à fait bouleversante...Elle lâche prise, enfin ! Le lecteur en est presque soulagé pour elle.

Autant de mots (maux) qui doivent impérativement s'exprimer par la voix (voie) propre à chacun.

Il reste un questionnement...

La mère idéale existe-t-elle ? Certainement pas mais quoi qu'il arrive pour se construire il faut accepter qu'être adulte "ne prémunit pas de la peine"...et que, "on a beau grandir et faire son chemin et construire sa vie et sa propre famille"  "nous venons de là, de cette femme", notre mère, et sa douleur... "ne nous sera jamais étrangère".

 

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