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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 06:18
Actes sud, 2016

Actes sud, 2016

Elle n'a pas vu les arbres. ça la sidère aujourd'hui, cinquante ans plus tard. Elle fait le tour des ruines les pieds dans la boue et les feuilles pourries, et elle regarde la forêt autour, la profonde forêt de la Bucaille....
Elle se souvient des pièces closes. Des images de la maladie. De la langue de la maladie. Il n'y a pas eu d'arbres. la mémoire est une somme d'images vivantes et de fenêtres murées.

J'ai lu peu de livres de Valentine Goby et je la connais mieux à travers ses écrits pour la jeunesse. Ainsi depuis que j'avais lu et présenté "Banquises" en 2013 et "Kinderzimmer" en 2017, je n'avais plus rien lu d'elle. Je me suis donc décidée à emprunter à la médiathèque ce titre dont j'avais beaucoup entendu parler. 

Paul et Odile Blanc tiennent un café en plein centre de La Roche Guyon. Le samedi soir on y valse au son de l'harmonica de Paulot et de ses amis. Le couple y vit heureux dans les années d'après-guerre. Ils ont trois enfants, Annie, Mathilde et le petit dernier, Jacques.

Paulot est généreux, il aide des campeurs et garde leur matériel toute la semaine gratuitement, et il oublie souvent de faire payer ses amis.

Avant la naissance de Mathilde, le couple a perdu un petit garçon et le père ne s'est jamais remis de cette perte. Il voulait un fils à tous prix et il a toujours favorisé chez Mathilde, son côté "garçon manqué". Elle qu'il n'hésite pas à appeler devant tout le monde "mon p'tit gars", partage donc avec lui les parties de pêche...tandis qu'elle le regarde faire danser sa sœur avec envie. Puis Jacques est arrivé, fragile et timide, rien à voir avec le fils dont Paulot rêvait en secret...

 

Un jour Paulot suite à un accident, se retrouve avec des côtes cassées. Une d'entre elle a perforé son poumon et il attrape une pleurésie qui va laisser place peu à peu à la tuberculose, la peste blanche.  Il ne croit pas à sa maladie. La famille vend le bar et s'installe dans la maison d'en face, achetée pour une bouchée de pain. 

Mais voyant que tout le monde les fuit par peur de la contagion, ils finissent par quitter le village, isolant Paulot de sa vie d'avant et déracinant un peu plus les enfants déjà malmenés par les réflexions à l'école et dans la rue...

Finies pour toujours les soirées heureuses au Balto. Paulot n'y jouera plus jamais de l’harmonica alors que c'était toute sa vie.

Le paquebot blanc c'est le sanatorium d'Aincourt où les parents de Mathilde sont tous les deux envoyés quand on découvre qu'ils sont atteints de tuberculose. La famille éclate, Mathilde et son frère sont placés dans des familles d'accueil séparées, tandis qu'Annie l’aînée, va vivre à Paris. 

 

Mathilde Blanc revient cinquante ans après sur les lieux de son adolescence, là où alors qu'elle n'avait pas encore 17 ans, elle a vu ses parents enfermés. 

Mathilde qui avait tenté d'accrocher le regard de son père toute son enfance, tandis qu'il n'avait d'yeux que pour Annie, la grande sœur qui a fui devant le malheur des siens, va tout faire pour réunir cette famille tant aimée. Elle avancera le plus courageusement possible dans cette vie semée d'embûches, ira voir ses parents tous les week-ends, fera front contre l'exclusion, les décisions des assistantes sociales, les médecins...

Alors qu'elle ne reconnait rien des lieux ou presque et qu'elle s'assoit sur un banc elle se rappelle sa vie misérable et la volonté qui a été la sienne pour tenter de s'en sortir toute seule, sans l'aide des services sociaux jusqu'à obtenir son premier travail rémunéré...

Elle se souvient des comprimés avalés dans le car, du sol mou à la descente. Elle ne sait pas si elle a voulu mourir. Elle a voulu que quelque chose s'arrête. Devenir personne...

Elle ne veut plus être Mathilde Blanc.

Le personnage de Mathilde est très touchant. Le lecteur se prend d'affection pour cette jeune adolescente déterminée et rebelle, que tout le monde rejette mais qui va cependant de temps en temps accepter une main tendue pour être aidée. Elle rencontrera quelques personnes généreuses, comme Walid qui l'emmènera en voiture jusqu'au sanatorium sans rien lui demander, les boulangers chez qui elle trouvera de temps en temps de quoi manger sans payer, Jeanne, un peu simplette qui lui offrira son amitié et bien davantage, mais surtout la directrice du lycée, qui fera tout pour l'aider à obtenir son diplôme, tout en cherchant à mieux lui faire comprendre le monde qui l'entoure et en particulier, la Guerre d'Algérie qui bouleverse le pays.

Le poids des responsabilités qui incombe à Mathilde, la dignité et le courage dont elle fait preuve, ne pourront  que toucher le lecteur. On se demande comment elle va pouvoir s'en sortir malgré sa volonté, les privations et cette émancipation qui l'oblige à devenir adulte trop tôt, au risque d'oublier sa propre vie et ses propres désirs en chemin. 

 

C'est une histoire toute simple, sans fioriture, inspirée d'une histoire vraie où la maladie prend toute la place. Elle retrace une période du XXe siècle où seulement les salariés avaient droit à la Sécurité Sociale et où toute maladie détruisait d'un coup des familles entières, faute d'avoir l'argent suffisant pour être soignés convenablement et rapidement. Les parents de Mathilde s'aiment profondément mais sont totalement imprévoyants car bien entendu, possédant un café, ils auraient pu avoir de l'argent de côté comme tout le monde le pense tout bas. 

 

Il m'a fallu du temps pour entrer dans l'histoire de cette famille. J'ai trouvé par moment ce roman d'une grande tristesse, quasi éprouvante pour moi, mais je voulais arriver au bout et savoir comment Mathilde allait s'en sortir.

Il a su me toucher par moment, me mettre en colère dans d'autres, et en tous les cas mérite d'être découvert, car il constitue un pan de notre histoire sociale. Il ne faut pas oublier que les "trente glorieuses" dont on parle beaucoup ces derniers temps, ne l'ont pas été pour toutes les familles. 

"Mieux vaut la liberté dans la pauvreté que la richesse dans l'esclavage".
Est-ce qu'on peut être libre sans argent ? Mathilde le sait, la pauvreté est une prison. N'empêche : elle a voulu son émancipation, préférant la misère aux tyrannies de la veuve et de l'assistance sociale.

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commentaires

chemindetables 09/03/2020 15:08

une fois encore je en connais pas merci de ta présentation
bisous
patricia

manou 09/03/2020 17:45

Valentine Goby écrit des livres marquants et j'avoue que de temps en temps j'aime bien la lire...Bisous

Bébert du 33 06/03/2020 17:04

ah oui merci pour ce livre qui plaira à Danièle gros bisous bon weekend Manou a+

ecureuilbleu 06/03/2020 10:22

Bonjour Manou. Je le lirai peut-être car le personnage de Mathilde semble intéressant. Bisous

zazy 04/03/2020 22:40

Pas encore lu ce livre

manou 05/03/2020 07:59

Il me tendait les bras à la médiathèque, tu me connais je n'ai pas pu résister !

Tlivres 04/03/2020 22:15

Un très grand roman de Valentine GOBY, étayé par de nombreuses recherches historiques, qui assure la mémoire d'un lieu. Enorme coup de coeur pour moi.

manou 05/03/2020 07:58

Avec Kinderzimmer que j'ai lu il y a quelques années, ce sont mes deux préférés !

Philippe D 04/03/2020 21:47

Je pensais t'avoir déjà répondu, mais tu n'es pas la seule à m'avoir posé la même question. Je n'ai jamais réussi à mettre la news de mon premier blog. Si je regarde dans l'administration, elle y est, mais elle n'apparait pas. Je n'ai jamais compris et je n'ai jamais pu régler le problème. J'ai conscience que c'est un problème...

Et en parlant de news, je n'ai jamais pu m'abonner à la tienne ! Je mets mon adresse mail. Je dois recevoir un message de confirmation que je ne reçois pas.

Goby, j'en ai lu un et je n'ai pas aimé, alors, je l'ai laissée tomber.

manou 05/03/2020 07:57

Merci beaucoup de ta réponse par rapport à la news de ton blog. En effet tu ne me l'avais jamais dit. ça marche pour les deux autres et il faut tout simplement que je pense à venir te visiter sur celui-là...Par contre c'est bizarre ce que tu me dis de la mienne parce que j'ai de nouveaux abonnés régulièrement. Peut-être un problème avec ta messagerie. Par exemple, je n'ai pu m'abonner aux blogs hébergés par Canalblog qu'avec une adresse sur gmail que j'ai créé exprès, mon ancienne adresse mail à la poste qui fonctionne très bien pour tous les autres hébergeurs, blacklistait tout ce qui venait de Canal !! C'est en soumettant mon problème au webmestre de canalblog qu'il m'a donné la solution...Tout va bien depuis ! L'informatique est encore souvent pleine de mystères...

Alex-Mot-à-Mots 04/03/2020 21:27

J'avais beaucoup aimé l'ambiance années 50.

manou 05/03/2020 07:52

Et oui tu es jeune, pour moi c'était mon enfance et du coup j'ai eu un choc car bien entendu, je n'avais pas conscience de ce genre de situation à l'époque...

CathyRose 04/03/2020 18:33

J'ai déjà entendu parler de ce livre, mais impossible de me souvenir où ! En tous cas le sujet me plaît beaucoup, je le note sur ma liste, merci Manou pour ce conseil !
Belle soirée, bisous !
Cathy

manou 07/03/2020 09:59

C'est pas grave mais tu m'as bien fait rire et je te rassure ça nous arrive à tous ! Repose-toi bien, promis je ne dirai rien à Maryse (L'espigaou) je sais qu'elle est adorable et qu'elle t'aime beaucoup en plus...mais ça la ferait rire elle aussi ! Bon week-end et profite bien de ton escapade cela te fera du bien

CathyRose 07/03/2020 08:32

Oups ... oui en effet je suis même très fatiguée, je crois que mes douleurs et ma sinusite ont eu raison de mon état mental ... Désolée car non je n'ai pas été prévenue de cette réponse.
Belle journée, bisous !
Cathy

manou 05/03/2020 13:15

Euh tu dois être fatiguée aujourd'hui parce que je vois régulièrement tes commentaires chez elle et même sur son dernier article :) Vous aviez même écrit un article commun...Alors je reprends mes mots "L'Espigaou l'avait présenté sur son blog" !!! bisous

CathyRose 05/03/2020 09:32

Oui mais ça ne peut pas être chez elle ... car je ne connais pas de Maryse !
Belle journée, bisous !
Cathy

manou 05/03/2020 07:52

Maryse l'avait présenté sur son blog et comme j'avais déjà lu cet auteur, je l'avais noté pour le lire, puis oublié...jusqu'à ce que je le vois à la médiathèque. Bisous et une douce journée

Mo 04/03/2020 16:54

Il est assez démoralisant, ce bouquin...
Bises Manou,
Mo

manou 05/03/2020 07:51

Pour moi cela a été une superbe lecture très édifiante mais je comprends que beaucoup parmi mes lecteurs le trouvent trop triste pour le lire. Bises

ruthiebear 04/03/2020 16:46

THis sounds touching and full of feeling. Friendship

Josette 04/03/2020 15:36

C est vrai on n avais pas de secu et mes parents n avait qu une retraite terriblement ridicule... Aussi ne prenait il aucune vacances pour prévoir l avenir...

manou 05/03/2020 07:50

C'était le cas de beaucoup de gens...Mes parents ont eu plus de chance pour la sécu, car papa était ouvrier mais pour le reste, je reverrai toute ma vie les enveloppes que maman faisait tous les quinze jours pour les dépenses avec celle pour les urgences (car la paie n'était pas mensuelle) et le porte-monnaie vide certains jours...avec juste de quoi acheter le pain...ça marque une enfance

Eve-Yeshé 04/03/2020 15:24

une très belle histoire... j'ai beaucoup aimé ce roman ("Kinderzimmer" avait déjà été un choc!)
j'ai trouvé ces gamins plus adultes que leurs parents parfois...
Ce sanatorium est devenu hélas une ruine cela m'avait tellement choquée que j'avais publié des images dans ma chronique...
bonne journée bises

manou 05/03/2020 07:47

Ce sont pour l'instant mes deux titres préférés...Kinderzimmer m'a en effet beaucoup marqué aussi. J'aime sa plume...et je compte bien continuer à la lire ! Belle journée à toi chez nous c'est pluie de printemps...

Petits Bonheurs 04/03/2020 15:14

Bonjour Manou,
En voyant le titre j'ai été surprise puis j'ai compris en te lisant.
Une histoire lourde et triste. Bien des gens ont pu connaître les sanatoriums.
Tu es vraiment un rat de bibliothèque et tu fais toujours d'excellents résumés.
Belle journée Manou. ici après quelques heures de soleil tout est redevenu grisouille.

manou 05/03/2020 07:45

C'est vrai que je lis au moins deux heures tous les soirs mais j'alterne livres courts et longs ! Bises et une douce journée (pareil hier heureusement nous avons baladé le matin...aujourd'hui il pleut !)

Maryse LOPEZ 04/03/2020 13:48

Je l'ai lu il y a quelques temps.
Tu me donnes envie de le relire car bien sur à chaque lecture je perçois des différences.
Est ce que ça te fait la même chose?
Où c'est moi qui suis moins attentive à la première lecture?
Passe une belle journée Manou.
Je t'embrasse.
Maryse.
PS : je t'envoie un MP

L'Espigaou 05/03/2020 08:25

En ce moment je lis "le jatdin des fleurs secretes"de Critina Carboni.
Est ce que tu l'as lu?
Sur un fond de fleurs, de parfum et de couleur une histoire de famille apparaît, je n'en suis qu'au debut mais j'adore je vais en parler sur mon billet suivant.
Aini que d'un autre que j'ai aussi beaucoup aime.
Bisous.
Maryse.

manou 05/03/2020 07:44

Je l'ai noté je pense après avoir vu ta présentation car j'avais déjà lu deux de ses romans, dont Kinderzimmer qui m'a beaucoup marqué et qui te plairait je pense...Je ne relis que des livres découverts pendant ma jeunesse et souvent je n'ai pas tout oublié et des pans entiers de l'histoire me reviennent...la mémoire est parfois surprenante et prend des chemins détournés ! Bisous et une douce journée dans la grisaille et la pluie aujourd'hui

Kalypso 04/03/2020 11:40

Waouah!! Que tout ça est triste. J'espère que l'espoir est au bout de ce dramatique destin.
Vivement les beaux jours car les journées hivernales, pluvieuses, venteuses et froides ont tendance à me démoraliser. LOL

manou 05/03/2020 07:42

On sait dès le départ que Mathilde s'en est sortie puisqu'elle revient sur les lieux 50 ans après et c'est pourquoi on veut savoir comment elle y est arrivée...Mais je reconnais que ce livre est poignant et que mieux vaut le lire quand on a le moral ! Belle journée

Maryline 04/03/2020 10:53

Un roman qui doit être bouleversant, mais il est toujours bon de constater que certaines vies ont été vraiment dures, ça permet de relativiser... A lire quand on a le moral, par contre!
Merci Manou!
Bisous

manou 05/03/2020 07:40

C'est vrai que je n'imaginais pas cette situation-là dans les années 60...parce que j'étais bien trop petite à l'époque pour en prendre conscience...Bisous et à bientôt

lilwenna 04/03/2020 10:23

TU en parles bien, tu nous donnes envie de le lire. je vais voir s'il est dans ma médiathèque
Bisous et bonne journée

manou 05/03/2020 07:38

Tu trouveras sans nul doute d'autres romans de cet auteur...Bisous et une belle journée à toi aussi

Claudine/canelle 04/03/2020 10:21

Merci Manou pour cette nouvelle idée de lecture , je ne connais pas cette auteure , donc il faut se laisser tenter parfois pas d'autres lectures
J'ai pris note bien sur
Bises

Pascale MD 04/03/2020 10:08

Coucou Manou,
Une histoire que ma mère aurait pu écrire après guerre quand elle et sa mère ont été atteintes et ont connu la vie en sanatorium.
Heureusement, maladie disparue de nos jours.
Bises et bonne journée

manou 05/03/2020 07:37

Beaucoup de familles ont été marquées par cette maladie qu'heureusement on ne voit plus aujourd'hui et qu'on sait soigner efficacement en tous les cas. Bises et une belle journée

cathycat 04/03/2020 10:01

Je n'ai jamais lu cet auteur. L'histoire est bouleversante et elle a le mérite de rappeler que tout n'était pas mieux avant. Belle journée à toi. Bisous

manou 05/03/2020 07:35

J'ai tendance je le reconnais à avoir envie de lire des romans qui me touchent...et dans lesquels j'apprends quelque chose. Bisous et une belle journée

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