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27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 06:19
L'Iconoclaste, 2019

L'Iconoclaste, 2019

Voilà encore un roman marquant qui nous parle de l'enfance défavorisée et qui se lit comme un témoignage.

L'auteur, journaliste de métier, nous explique en fin d'ouvrage que son propre père était éducateur à la PJJ. Il nous raconte quel parcours professionnel et personnel il a suivi avant d'effectuer lui-même un stage de six mois, en immersion totale à la PJJ d'Auxerre. Ce qui devait être un simple article de journal est devenu ce roman.

Marc Winzembourg n'était pas ce qu'on appelle un type inquiet. Il avait ce truc rassurant qu'ont les héros dans les films pour enfants, la conviction que la pire des situations n'est jamais perdue...

En conclusion, Marc avait écrit : "L'impulsivité de Madame, mélangée aux différentes prises de toxiques du couple, vient attiser la braise existante. L'incommunicabilité génère des crispations des deux côtés. Dans ce contexte, Wilfried est exposé à un climat de violence récurrente."
Au stylo noir, la juge nota :
- Couple inconsistant. Nécessité de placement.

Quand Wilfried naît, Louise sa mère est toute jeune et complètement paumée. Après mûre réflexion, Marc Winzembourg et son équipe qui la suit, et bien entendu la juge aux affaires familiales, décident de lui enlever l'enfant, alors âgé de 8 mois pour le placer dans une  famille d'accueil.

Une décision difficile, un déchirement mais c'est dans l'intérêt de l'enfant. Au début sa mère vient régulièrement le voir mais un jour, elle ne donne plus signe de vie et personne ne peut alors l'obliger à le faire.

 

Wilfried grandit et se passionne pour le foot. En plus, il est doué et intègre un centre de formation. Mais alors qu'il a 15 ans, un jour de colère il se bat avec un autre joueur de l'équipe adverse. C'est l'exclusion définitive ! Son rêve de devenir un joueur professionnel s'effondre.

Le pire c'est qu'il ne sait même pas pourquoi il a fait ça ! 

 

Thierry et Anna, les parents d'accueil,  cherchent à comprendre ce qui lui arrive tandis que Wilfried renoue avec certains ados du quartier, se fait renvoyer du lycée où il s'ennuie sans le foot, se détache de sa famille et tombe peu à peu dans la délinquance... C'est ainsi que l'équipe d'éducateurs dans laquelle Marc est toujours en activité, se penche sur le cas du jeune adolescent. 

A la demande de Marc, c'est Nina, elle-même issue d'un milieu défavorisé, qui va s'occuper du jeune homme. Elle va tout faire pour l'aider.

Pendant ce temps, Thierry et Anna déposent une procédure d'adoption voulant prouver à Wilfried leur attachement, mais Louise, la mère est retrouvée : elle doit signer les papiers pour renoncer définitivement à ses droits...

 

- Qu'est-ce ça change, en vrai ?
- Comment ça, qu'est-ce que ça change ? C'est ton avenir. ça change tout.
L'avenir, vous pouvez le prendre par tous les bouts, face à un gamin de seize ans qui a décidé de vivre au jour le jour, c'est un mot qui ne veut rien dire.

Voici un roman très réaliste et totalement crédible écrit dans un style journalistique ce qui ne m'a pas gêné du tout. On sent bien que l'auteur sait de quoi il parle et par moment j'ai revécu avec lui la relation que nous avions avec certains de nos élèves de LEP, quand nous tentions de leur donner un cadre, des règles adaptées pourtant à leur âge, mais que dès la sortie du lycée ils oubliaient, le groupe reprenant tout son pouvoir... et le lendemain, il fallait tout recommencer.

 

Je l'ai lu d'une traite tant j'ai été touchée par ce jeune ado écorché vif qui se cherche, voudrait comprendre pourquoi il a été abandonné, qui sont ses parents biologiques et s'assurer que sa famille d'accueil ne lui donne pas de l'amour uniquement parce qu'ils sont payés pour ça.

Le lecteur a peur pour lui, peur qu'il n'y arrive pas, peur qu'il fasse de trop mauvaises rencontres.

 

Mais il n'y a pas que lui dans l'histoire, on croise d'autres jeunes perdus, des jeunes qui ne savent pas faire confiance à la vie, parce que de vie, ils n'en ont pas, ni d'amour, ni d'avenir, ni personne justement qui leur fasse confiance et leur donne une image positive d'eux-même. 

Ce roman est aussi une plongée dans le quotidien de tous ces éducateurs qui se débrouillent pour essayer de sauver des enfants, et des ados en perdition. C'est en effet comme le dit la quatrième de couverture, une véritable course contre la montre pour les empêcher de tomber dans un engrenage irréversible, prendre les bonnes décisions face à une famille incapable de jouer son rôle dans une société inhumaine, où la pauvreté qui ne devrait pas être une fatalité, entraîne souvent des violences, et des actes répréhensibles. Les parents répliquent sans le vouloir, les violences qu'ils ont eux-même connus enfants et cela semble parfois inéluctable...

 

C'est une histoire contemporaine emplie de générosité et très émouvante qui à mon avis peut-être proposée aux lycéens et devenir l'objet de débats afin d'amener peut-être plus de tolérance et de compréhension. 

Car c'est une histoire heureusement porteuse d'espoir qui fait réfléchir le lecteur sur tout ce gâchis humain, entièrement créé par notre société trop inégalitaire... mais moi je veux croire que tous ces jeunes diront un jour, comme le fait dans le roman, Viviane, dans la bouleversante lettre posthume adressée à sa mère : "Je te promets de faire mieux"...

L'enfant finit par comprendre qu'il ne doit pas s'attacher s'il ne veut pas souffrir. A chaque fois que ça se passe bien avec un adulte, une petite voix lui dit :"Attention, te détends pas, sinon le jour où ça va te péter à la gueule- et il est certain que le jour viendra- tu vas morfler." Donc il saborde la relation.

Pour échouer, il faut avoir essayé...

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commentaires

ta d loi du cine 02/06/2020 09:12

Même référence que Farfadet, ça me faisait penser à "Chiens perdus sans colliers" de Cesbron, qui date de ... 1954 (je n'étais pas né!). Alors que Sale gosse se déroule de nos jours... Sans doute que, dans 65 ans, d'autres pourront encore rédiger des romans contemporains autour des mêmes thèmes... En voilà pourtant dont on aimerait espérer qu'ils ne soient pas éternels (maigre consolation, je ne serai plus là pour les lire!).
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola

manou 02/06/2020 09:25

Tu as raison et c'est finalement effrayant de se dire que la vie est un perpétuel recommencement et que les hommes se savent pas tirer de leçons de leurs erreurs...Merci de ton passage ici, bientôt tu vas pouvoir retourner au cinéma ! belle journée

chemindetables 09/03/2020 14:54

merci de ta très bonne présentation et ton avis, tu le sais je ne te le dis pas sous tous tes articles mais j'aime beaucoup tes chroniques
je vis un peu dans cet univers même si pas en contact régulier avec les élèves je connais donc le sujet et j'ai pas envie d'n lire encore après mais il est surement très bien ce livre
belle journée à toi
bisous
patricia

manou 09/03/2020 17:38

Je te comprends quand on travaille avec des élèves on a besoin de prendre du recul et donc de lire autre chose ;) Bisous et merci pour tes nombreux messages, tu sais bien que tu n'étais pas obligée de mettre un commentaire en rentrant de vacances

Cristie 01/03/2020 09:37

Il a l'air intéressant !

écureuil bleu 01/03/2020 08:48

Bonjour Manou. Le sujet est intéressant. Je note le titre. Bonne journée et bisous

Alex-Mot-à-Mots 28/02/2020 11:54

J'avais beaucoup aimé l'aspect social du roman.

Maryline 28/02/2020 11:45

Tu ne seras pas surprise si je te dis que ce livre m'interpelle....
Alors c'est noté dans mon petit carnet... par ordre alphabétique, je m'y retrouve mieux! ;-)
bisous et bon week-end!

Farfadet 86 28/02/2020 09:32

Généralement - est-ce une fatalité - la misère culturelle accompagne la misère résultant de la pauvreté matérielle. Des parents "caustiques", des familles d'accueils pas toujours solides, des éducateurs dépassés malgré leurs implications, voilà qui engendre la petite puis la grande délinquance. Certains des ces enfants et ados s'en sortent tandis qu'une majeure partie plonge dans cette vie sans but où la violence fait loi... Je repense au livre de Gilbert Cesbron : "chien perdu sans collier " et à la mission de Guy Gilbert , le prêtre des loubards..
Après cette présentation, je ne manquerai pas de lire, à mon tour : "Sale Gosse" de Mathieu Palain.
Bonne journée Manou.

CathyRose 27/02/2020 21:47

Je viens directement chez toi Manou car je n'ai pas eu de notification. Voila un livre qui me plairait beaucoup je crois, pas facile parfois de savoir vraiment pourquoi certains jeunes basculent dans la délinquance, quoique là ayant été abandonné par sa mère il a mal débuté dans la vie ...
Belle soirée, bisous !
Cathy

manou 28/02/2020 07:40

Le sujet est intéressant vu la façon dont il est traité parce qu'on a l'histoire selon le point de vue de tous, éducateurs, parents et bien entendu celui de l'ado... C'est la notification d'aujourd'hui qui n'est pas passée, hier je l'ai bien reçue Peut-être qu'elle n'est partie que vers certaines destinations et pas d'autres car nous avons été prévenus que toutes les nuits il y aurait des maintenances partielles importantes dont des perturbations, cela va donc peut-être arriver ces jours-ci encore. Perso je ne regarde les notifications que pour être sûre de n'oublier personne, et voir les abonnés qui publient de façon irrégulière, je ne passe jamais par cette voie-là elle n'est pas assez fiable ! Bisous et une douce journée

laramicelle 27/02/2020 20:07

coucou tu donnes envie de lire ce livre ; bisous

Céline 27/02/2020 18:17

Un thème intéressant... pourquoi pas ? en tout cas, tu donnes envie de le découvrir !
Bonne soirée, bises

manou 28/02/2020 07:35

Merci Céline, c'est sûr que ce thème ne peut nous laisser indifférents. Bises et une belle fin de semaine

ruthiebear 27/02/2020 15:55

It sounds like a story full of feeling. Friendship

Eve-Yeshé 27/02/2020 15:30

je le note, mais pas pour tout de suite, c'est un thème sensible pour moi :-)

manou 28/02/2020 07:34

Ne te force pas...l'écriture assez journalistique permet de prendre un peu plus de distance que si c'était un témoignage du coup ça passe mieux...

Renée 27/02/2020 14:37

Rien que le titre donne envie de le lire mais va falloir que j'attende par contre je note. Merci Manou

manou 28/02/2020 07:33

Il mérite d'être lu mais on en a très peu parlé, c'est dommage...bisous

Petits Bonheurs 27/02/2020 13:54

Bonjour Manou,
J'imagine comme ce livre doit être poignant.Une réalité bien triste qui arrive si souvent.
La générosité de ce couple (famille d'accueil me touche personnellement)
Belle fin de journée. Bises de ta voisine de Hte Provence sous la neige !

manou 28/02/2020 07:33

Je comprends ce n'est jamais facile pour les enfants, ni pour les parents d'accueil ou adoptants. bises et une douce journée

Féelaure 27/02/2020 12:55

Un livre qui doit être très prenant en effet et tellement réaliste pour certains !
Bisous et douce journée

manou 28/02/2020 07:32

Trop aussi parfois car au cours de la lecture on se sent impuissant comme le sont les services sociaux...bisous et une douce journée

Josette 27/02/2020 10:27

Trite réalité hélas

Doc Bird 27/02/2020 08:47

C'est un roman fort que tu nous proposes, mais qui reflète tellement la réalité de certains jeunes et de leurs familles ! Comme tu le dis, c'est un bon roman à proposer aussi aux lycéens. Bonne fin de semaine !

manou 28/02/2020 07:31

On s'attache beaucoup à l'adolescent et comme on comprend bien son ressenti cela permet aussi de mieux comprendre pourquoi il a besoin de toute cette violence et se démarquer en tombant dans la délinquance. D'autres ados peuvent avoir envie de parler d'eux, après la lecture de ce livre...Belle fin de semaine

missfujii. 27/02/2020 08:22

Encore une belle proposition de roman qui me tente beaucoup

Mitou 27/02/2020 07:12

Une histoire qui malheureusement arrive de plus en plus souvent , les enfants placés en foyer sont si nombreux que les familles d'accueil manquent et que les jeunes ados se révoltent très souvent,j'ai l'exemple d'une voisine qui les accueille et je t-assure qu'elle a beaucoup de mérite ! Les parents sont de plus en plus démissionnaires . . . .
gros bisous et bonne journée
MITOU

manou 28/02/2020 07:29

Je connais aussi une personne qui accueille les enfants de la DASS, elle a eu beaucoup de mal avec certains d'ailleurs et parfois rendre l'enfant à ses parents est pour elle un véritable déchirement parce qu'elle sait que rien n'est réglé définitivement de leur côté et ça recommencera un jour...c'est dur de tous les côtés, même pour les juges et les éducateurs...bisous et une douce fin de semaine

moqueplet 27/02/2020 06:44

ça y est, je pense que OB a fait le nécessaire pour tout reprenne comme il y a quelques jours....passe une belle journée

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