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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 06:14
Flammarion, 2019

Flammarion, 2019

Mon père se terre dans le silence. Il acquiesce. Dans son fauteuil, il repense à son voyage en bateau. Dans les yeux des naufragés il revoit tous ceux qui ont fait la traversée avec lui en 1969...
"ça ne sert à rien de parler, vous pouvez pas comprendre le diola sinon je vous aurais raconté plein de choses".

"J'ai vu la souffrance, moi"
Apéraw prononce cette phrase en mettant le doigt devant son oeil. Comme s'il avait vu de ses propres yeux le visage de la souffrance. Pendant toute la durée de nos entretiens, il mène la danse. Le récit commence là où il veut et s’interrompt quand il le décide...

Tous les jours, tu montes sur les bateaux , et avec beaucoup d'aisance et de politesse tu dis que tu cherches du travail, tu cherches à partir. Du travail en Europe, en Amérique ou en Chine, peu importe. Partir loin d'ici, traverser l'océan pour toucher d'autres soleils. On va te trouver du travail. La France vous a colonisés, vous avez le droit de venir. Vous avez le droit de venir et de rester.

 L'auteur repart sur les traces de son père, arrivé un jour en France en provenance de son pays natal, le Sénégal. 

Élevé à Kagnarou,  un petit village de Casamance, Apéraw a travaillé très tôt dans les rizières et les champs d'arachide, a appris très jeune à retourner la terre à l'aide du Kaliandou. Un jour il fuit  la pauvreté pour se rendre à Dakar d'où il embarquera pour Marseille, après des mois d'attente. 

Derrière lui, il laisse sa famille et ses racines, mais aussi les histoires racontées au coin du feu et les animaux sauvages qui vivent dans les forêts.

 

De Marseille, il gagnera Aulnay-sous-bois où le travail en usine éreintant l'attend, comme c'est le cas pour beaucoup d'africains, sénégalais, mauritaniens, algériens, mais aussi pour des portugais et des italiens.

C'est alors la vie d'ouvriers chez Citroën, le mariage avec Ina, et après quatorze ans de travail,  le licenciement économique, les marchés au petit matin avec son ami Moussa, puis des travaux en intérim passés à nettoyer des avions.

Il prendra une seconde femme et aura en tout neuf enfants.

 

L'auteur nous parle aussi de sa mère, morte très jeune qui a toute sa vie fait des ménages, comme le font encore aujourd'hui beaucoup de femmes de sa condition. 

Et au passage, il nous dresse une intéressante et touchante photographie sociale de la vie dans les banlieues,  des années 70 aux années 2000. 

Il nous raconte aussi par des allers-retours entre le présent et le passé, son premier voyage alors qu'à 11 ans son père les avait emmenés en Casamance pour faire connaissance avec la famille restée là-bas. Un voyage qui lui a permis aussi de briser les "images imaginées", et d'en construire d'autres beaucoup plus réelles.

 

Très tôt désigné par ses frères pour raconter l'histoire familiale, l'auteur qui ne voulait pas devenir écrivain, a finalement par les jeux du hasard de la vie, pris la plume pour parler à la place du père.

Alors que son père reçoit enfin quarante ans après être arrivé en France, une lettre lui annonçant sa naturalisation, l'auteur est surpris de ne pas le voir sauter de joie et ranger tout simplement la feuille dans un tiroir.

Un an après, alors qu'ils regardent ensemble à la télévision, un reportage montrant l'arrivée de réfugiés sur une plage corse, le père dresse en quelques mots, un parallèle entre eux et ce qu'il a vécu lui-même des années auparavant. 

 

Dès lors, l'auteur le "force" à raconter, pour retrouver lui-aussi ses racines, effacer les silences, en savoir plus sur cette vie qui a démarré en Casamance.

Ce témoignage est aussi l'histoire des Diolas que je ne connaissais pas du tout et qui "du temps de avant-avant" n'étaient ni musulmans, ni chrétiens. 

L'histoire du père est celle d'une vie partagée entre deux mondes, celles de tous les immigrés qu'ils soient venus seuls ou qu'on soit "aller les chercher", le déracinement est le même et la coupure avec les siens, restés au pays, identique. 

L'auteur donne ainsi la voix à ceux qui ne peuvent que rarement s'exprimer et parler de la douleur de l'exil et du déracinement, mais qui savent vivre dans le travail et la dignité. 

 

Voilà un roman-témoignage touchant, non dénué d'humour, qui est aussi un bel hommage au père. 

J'ai juste eu un peu de mal à me retrouver dans les noms des villages sénégalais, les mots de dialectes, et aussi dans le rythme du roman qui ne suit aucune chronologie. L'auteur a voulu nous plonger dans une ambiance, dans la manière même dont il a pris lui-même connaissance de la vie mouvementée de son père. 

C'est un premier roman qui m'a permis de découvrir un jeune auteur qui a encore, je le pense beaucoup de choses à nous dire et que je suivrais avec grand plaisir.  

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commentaires

Marion L. 25/02/2020 11:43

Un sujet intéressant et un angle intéressant. Je ne l'avais pas du tout vu passer l'année dernière, celui-ci. Un grand merci donc pour cette découverte.

manou 25/02/2020 19:57

Pas de soucis Marion je ne regrette pas ma lecture, c'est une belle découverte !

manou 25/02/2020 08:26

Un grand MERCI à tous pour votre commentaire mis ici ! Apparemment le bug sur la plate-forme d'OVERBLOG qui a perturbé nos échanges, a été réglé et donc je vais pouvoir venir visiter tous vos blogs...Belle journée en attendant

Alex-Mot-à-Mots 24/02/2020 18:39

Un bel hommage au père, que j'avais beaucoup aimé.

manou 25/02/2020 08:27

Je ne me souvenais pas avoir lu ta critique...je vais désormais noter dans mon petit carnet qui m'a donné envie de lire...

Maryline 24/02/2020 11:16

Je viens de terminer un livre qui m'a emballée, il s'agit de : le jour d'avant" de Sorj Chalandon.
La vie des mineurs du nord, la tragédie de Lievin dont le coup de grisou fit 42 morts, une autre histoire sous-jacente ... à découvrir!
bisous et belles lectures

manou 25/02/2020 08:31

Je l'ai lu et présenté ici l'année où il est sorti et je me souviens que tu avais dit que tu le lirais un jour parce que l'histoire se passait près de chez toi ! Tu as reçu mon petit message ? (je suis passée par le formulaire de contact de ton blog...) bisous et une douce journée

Maryline 24/02/2020 11:11

Les thèmes de l'intégration, de l'enracinement, des vies difficiles et de l'adaptation, venant d'un pays aux coutumes si différentes, sont toujours enrichissants et permettent de relativiser les difficultés de nos vies!
Merci Manou !
bisous

Farfadet 86 24/02/2020 10:40

Bonjour Manou,
Encore une intéressante présentation d'ouvrage biographique et saga familiale. le déracinement et les générations d'émigrés en France depuis une cinquantaine d'année , voilà qui est intéressant. Merci.
PS. OB vient de rétablir les commentaires et l'accès aux commentaires. donc accès à mon dernier article présentant le dernier ouvrage d'Erwan Larher en lien ci-dessous. :
http://www.mirebalais.net/2020/02/j-ai-lu-pourquoi-les-hommes-fuient-de-erwan-larher.html
Amitiés.

manou 25/02/2020 08:33

Hier quand je suis venue le soir (car je suis en mode nounou en ce début de semaine) la fenêtre des commentaires avait à nouveau disparue et chez certains overblogueurs, les commentaires mis dans la journée apparaissaient tous à la queue le leu...Je suis fidèle et viendrai te lire quand je le pourrai...belle journée

Marie Minoza 23/02/2020 20:10

Ta page me donne envie de le lire...
Sur le même thème j'ai lu des livres de Fatou Diomé
https://www.fnac.com/Fatou-Diome/ia409838/bio

manou 25/02/2020 08:35

Je connais Fatou Diomé mais cela fait un certain temps que je n'ai rien lu d'elle !

wolfe 23/02/2020 15:16

Bonjour
Ce livre doit être un très bon mémoire!
Bisous

Dani et ses Chats (P) 23/02/2020 13:33

Coucou. Certainement un très bon bouquin, je vais faire une copie d'écran et voir pour le trouver... Bisous

marine D 23/02/2020 11:45

Bon ça passe chez toi mais pas partout, chez moi ça foire alors je poste chez Titi
Bon dimanche Manou

moqueplet 23/02/2020 07:44

toujours difficile de mettre un commentaire sur mes pages de blog....ce qui m'énerve un peu, alors j'essaie de passer tout de même de passer chez tous ceux qui ont l'habitude de venir pour leur souhaiter entre autre un beau dimanche

Philippe D 22/02/2020 21:37

Je ne connaissais pas, mais d'après ce que tu en dis, ça doit être intéressant.
Merci pour la découverte.

virjaja 22/02/2020 17:52

il a l'air intéressant ce livre, je le découvre. gros bisous Manou. cathy

ruthiebear 22/02/2020 16:53

A great review! Friendship

Renée 22/02/2020 16:31

ça je prend note car le Sénégal me touche encore malgré l'éloignement....Bisous

manou 25/02/2020 08:36

Tu verras il n'est forcément facile au départ mais j'ai aimé cette immersion au coeur de ce pays. Alors puisque tu le connais, cela te plaira...bisous

marine D 22/02/2020 12:45

Des vies difficiles, merci pour cette présentation toujours épatante, Manou

domi 22/02/2020 11:45

Merci pour cette critique nuancée qui laisse de l'avenir à l'auteur

sylvie 22/02/2020 11:38

Bonjour Manou, un livre certainement bouleversant, fuir son pays pour trouver du travail et nourrir sa famille ou a cause de la guerre, quoi de plus tragique, s'integrer dans une nouvelle societe, faire face aux préjugés, tant d'obstacles, le monde est dur, merci pour le partage! Bises.

laramicelle 22/02/2020 10:02

coucou tu es une rescapée du bug de ob ^^ ah les noms étrangers sont souvent un frein pour lire ; je me demande toujours qui est qui :; bisous

Doc Bird 22/02/2020 09:39

C'est un roman bien intéressant sur les racines que tu nous présentes, sans chronologie comme tu le dis, mais qui restitue une ambiance et une époque. Bon week-end !

manou 25/02/2020 08:37

C'est vrai que parfois il faut faire un effort pour découvrir certaines lectures. Mais je ne regrette pas de l'avoir faite...

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