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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 06:20
Flammarion, 2017

Flammarion, 2017

Ce sera cette image-là qui s'installera derrière les yeux de Hamid et ressurgira chaque fois que quelqu'un dira "Algérie". Et c'est pour lui un phénomène étrange car cette ville, il la voit pour la première fois au moment où le bateau s'en éloigne. Ce n'est pas elle qui devrait représenter le pays perdu...Pourtant c'est elle qu'il emporte, sans même le vouloir. Alger se glisse dans ses bagages.

-C'est pour l'école, baba.
Hamid insiste sur le mot qui constitue-il le sait- une sorte de sésame dans sa famille. L'école est supposée leur apporter à tous, au terme d'années qui paraissent interminables aux petits, une vie meilleure, un statut social appréciable et un appartement hors de la cité.

Elle lit sans beaucoup de surprise, que plusieurs anciens harkis se sont vu récemment refuser le droit d'entrer sur le territoire. Un homme a été arrêté à la frontière à cause d'actes commis par son frère, ce qui la trouble davantage puisque cela laisserait entendre que la responsabilité, la culpabilité et le châtiment voyagent et d'un membre à l'autre d'une même famille, sans distinction.

Naïma ne sait rien de son passé, et pourtant tout, dans sa vie quotidienne, son travail et ses relations intimes la renvoie à ses origines. Personne ne lui a jamais parlé d'Ali, son grand-père, cet homme qui était un harki et dont tout le monde semblait avoir honte.

Qui était-il vraiment ? Pourquoi a-t-il été obligé de fuir la Kabylie, en pleine guerre d'indépendance, pour se retrouver en France en 1962, parqué comme un malfaiteur, avec femme et enfants dans ces camps de transits dont nous devrions avoir honte qu'ils aient un jour existés sur notre territoire ?

 

Elle sait juste ce que rapporte la légende familiale, qu'un jour où Ali se baignait avec ses frères dans l'oued proche de leur village, il a ramené sur la rive un pressoir à olives transporté par les flots. Et ce pressoir a fait sa fortune ! Mais de fortune, un jour il n'en a plus été question : Ali a été obligé de tout abandonner pour sauver sa famille. 

 

A son arrivée en France, il  ne sait plus qui il est : il est rejeté par les français alors qu'il en est un et a combattu pour sauver le pays, en particulier lors de la bataille de Monte Cassino en 1944. Et il est considéré comme un traître par les algériens, et même par certains membres de sa propre famille. 

 

Hamid, le père de Naïma ne lui a jamais non plus parlé de l'Algérie comme s'il avait à jamais enfoui ses souvenirs d'enfance heureuse, et que seule subsistait la souffrance de l'exil et de l'enfermement qui a suivi. 

Alors ce pays existe-t-il vraiment ou l'image qu'elle en a, n'est-elle que fantasme ?

Si Naïma interrogeait Yema, sa grand-mère peut-être aurait-elle des réponses, mais encore faudrait-il que dans sa jeunesse on lui ait appris à parler et à comprendre cette jolie langue kabyle, si chantante et si chaleureuse, qu'elle a renoncé à comprendre. 

 

Naïma va être rattrapée par son destin quand son amant et collègue de travail décide de l'envoyer en banlieue rencontrer un peintre kabyle dont il veut faire la rétrospective dans sa galerie d'art. Elle sera obligée de partir jusqu'en Kabylie pour y retrouver les œuvres de cet artiste, et un peu de la vie de ce peintre, en même temps que de la sienne. La rencontre avec sa propre famille, et l'accueil qu'elle lui réserve, font partie des moments forts de ce roman, tout comme est émouvante, sa propre découverte de ce pays dont elle ne savait rien. 

 

Voilà un roman magnifique dont on a tant parlé lors de sa sortie qu'il n'était jamais disponible en médiathèque et que j'avais renoncé à le lire un jour. 

 

Ce roman a reçu, il y a deux ans exactement, en 2017, le Prix Goncourt des Lycéens, un prix largement mérité à mes yeux qui prouve que nos jeunes ont été particulièrement touchés par la quête de Naïma pour retrouver ses racines, pouvoir enfin choisir d'être elle-même et non pas porteuse d'un douloureux passé qui l'étouffe, comme il a étouffé toute sa famille durant trois générations de 1930 à nos jours. 

Voici donc une quête de soi enfin libérée des entraves de la grande Histoire et de l'histoire familiale qui se transmet de génération en génération, une quête qui revendique la non-appartenance à une quelconque communauté, et s'allège de la haine et de la culpabilité familiale...Il faut accepter de perdre, pour "Être" tout simplement. 

C'est un roman remarquable qui est sans doute d'inspiration autobiographique, l'auteur étant elle-même originaire d'une famille harkie. Il est à découvrir  bien évidemment, je me doute que vous êtes nombreux à l'avoir déjà fait ! 

L'Histoire est écrite par les vainqueurs, pense Naïma en s'endormant. C'est un fait désormais connu et c'est ce qui lui permet de n'exister qu'en une seule version...

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commentaires

Farfadet 86 15/11/2019 12:18

Une bien belle présentation d'un roman, sans doute autobiographique (ou en partie) qui invite à faire la lecture de ce chef-d'oeuvre . Oui, ses racines, le chemin peut être long, parfois douloureux pour les retrouver et en percevoir la vibrante substance familiale à l'origine...
J'ai également fait la lecture de cet ouvrage et en ai fait aussi la présentation sur mon blog que vous trouverez à ce lien :
http://www.mirebalais.net/2018/04/l-art-de-perdre-de-alice-zeniter.html

manou 15/11/2019 15:56

Merci pour votre gentil commentaire, je vais venir vous lire avec grand plaisir, en plus je crois bien ne pas me tromper, nous sommes embarqués ensemble dans un étrange bus conduit par un dangereux énergumène...c'était donc le destin que l'on se rencontre :)

Quichottine 13/11/2019 08:34

J'avoue ne pas l'avoir lu... comme c'est souvent le cas pour les livres que tu nous présentes.
Mais je vais le noter... pour quand ma PAL aura un peu diminué. :)

manou 13/11/2019 09:15

Nous avons tant d'auteurs à découvrir il faudrait plusieurs vies pour les découvrir tous...j'essaie de varier les plaisirs :) Bisous et une douce journée

zazy 10/11/2019 22:11

Je ne l'ai pas encore lu

manou 11/11/2019 07:54

Moi qui croyait être comme toujours...la dernière !!

Mimi 10/11/2019 11:56

Une lecture marquante en-effet ! Elle est encore bien présente dans ma mémoire. Mais pas dans mes notes, car je m'aperçois que je n'en ai jamais laissé de trace. Il va falloir mettre ça au propre !

manou 11/11/2019 07:54

Et bien te voilà de retour dans la blogo...J'espère que tu vas bien ! J'ai vu que tu avais programmé des articles pendant ta pause. C'est amusant ce que tu me dis, car figure-toi que je l'ai cherché sur ton blog pour mettre le lien vers ta critique, car nous avions parlé de cette lecture, de vive voix ou au téléphone je ne sais plus ! Et en effet je n'ai pas trouvé de traces...bisous

Céline 10/11/2019 11:52

Il a l'air bien ce roman. J'ai lu d'elle : "Juste avant l'oubli" que j'avais bien aimé.

manou 11/11/2019 07:51

Je l'ai lu aussi et comme toi je l'avais bien aimé !

dasola 10/11/2019 09:18

Rebonjour Manou, toujours pas lu. Je ne sais pas pourquoi mais j'hésite à le faire malgré les louanges unanimes. Bonne journée.

manou 11/11/2019 07:51

Je ne regrette pas de l'avoir fait et c'est vrai que parfois comme toi j'hésite quand on parle trop d'un livre à le faire...belle semaine

écureuil bleu 10/11/2019 08:26

Bonjour Manou. J'ai beau coup aimé ce livre moi aussi, mais surtout pour Ali et Hamid. Bon dimanche et bisous http://www.unebonnenouvelleparjour.com/2018/07/l-art-de-perdre-d-alice-zeniter.html

manou 11/11/2019 07:50

Je ne me souvenais pas de ta chronique :) bisous et une douce journée

Maryline 08/11/2019 11:02

Merci de ce partage Manou! Ce livre vaut sûrement d'être lu et il doit être plein d'enseignement sur ce qu'il s'est passé à cette époque. Je me souviens vaguement de baraquements en bois sur les boulevards d'Amiens et d'avoir entendu parler de Harkis, mais j'étais une petite fille... Et je voudrais maintenant en savoir plus.
Je viens de finir le caveau de famille de Katarina Mazetti...
bisous

manou 11/11/2019 07:49

Je suis bien certaine que ce roman te plairait...Moi je vivais dans un lotissement juste à côté de la cité des harkis et les enfants venaient jouer avec nous sur la place devant la maison. Il y avait juste une route qui nous séparait...bisous

missfujii. 08/11/2019 07:23

Un titre que je m'empresse de noter, je sujet m'interesse

manou 08/11/2019 09:14

J'aurai parié que tu l'avais déjà lu :)

Elena800 08/11/2019 05:30

Bonjour, e viens de finir ton livre "Aussi libres qu'un rêve" une bonne fiction que j'ai bien aimé ! Bisous

manou 08/11/2019 09:14

Déjà ! Il se lit vite c'est vrai j'avais prévenu que c'était pour ados :) bisous

Philippe D 07/11/2019 21:41

Je suis parfois surpris par le choix des lycéens. Je en connais pas ce livre.
Bon vendredi.

manou 08/11/2019 09:14

Je trouve les lycéens bien plus intéressés que nous par ces sujets encore tabous...bonne fin de semaine à toi aussi

sissi63 07/11/2019 20:35

Coucou Manou,
Je regarderais à la bibliothèque. Une petite question, tu lis aussi vite que tu nous proposes de nouveaux livres ? Si c'est oui, je te félicite car personnellement je lis, mais 1 livre par semaine maximum.
Bisous et bonne soirée

manou 08/11/2019 09:13

Je lis deux à trois romans par semaine, mais j'alterne les genres, les longs et les plus courts, les faciles et difficiles...et comme je me mets souvent en pause pendant les vacances, je prends en plus du retard pour les présenter ! C'est ainsi, j'ai été bibliothécaire puis documentaliste dans ma vie pro et donc j'ai toujours beaucoup lu et aimé lire, en plus je regarde rarement la TV le soir et je suis matinale, alors voilà !! bisous et une douce journée

Durgalola 07/11/2019 20:24

on en a beaucoup parlé. Tu me donnes envie de le lire. Bises

manou 08/11/2019 09:11

Je n'ai pas regretté de l'avoir fait et d'avoir attendu que le feu médiatique s'apaise pour le faire :) bises

lemenuisiart 07/11/2019 19:17

C'est bien, pas de temps de lire, enfin, je n'ai pas la même lecture, mais tu le verras prochainement

maggie 07/11/2019 18:44

Je n'ai encore rien lu de cette romancière, ni les prix goncourt lycéen. Je note bien sûr :-)

manou 08/11/2019 09:10

Tu y viendras un jour, il y a tant à découvrir en matière de lecture et il faut avant tout se faire plaisir ! En tous les cas j'aime alterner entre polars, romans étrangers, lectures plus difficiles, ou classiques (mais je reconnais qu'en ce moment je me relâche de ce côté là!) et aussi lectures pour ados...

mouneluna77 07/11/2019 18:10

on dit que l'on ne perd jamais, ou on gagne, ou on apprend, même a mon age Bises

manou 08/11/2019 09:08

On apprend à tous les âges en effet tu as bien raison de voir la vie ainsi, je fais pareil. Bises

laramicelle 07/11/2019 17:09

coucou je ne connaissais pas ; bisous

Alex-Mot-à-Mots 07/11/2019 16:04

Un très bon souvenir de lecture.

manou 08/11/2019 09:08

Je me doutais bien que tu l'avais lu, je ne regrette pas de l'avoir attendu...

Renée 07/11/2019 15:15

Ce doit être un roman poignant...mais trop en retard encore une fois. Bisous bisous

manou 08/11/2019 09:07

Je te comprends, ma liste est démesurément longue et pourtant je lis beaucoup...bisous

Eve-Yeshé 07/11/2019 14:08

j'ai beaucoup aimé ce livre, la démarche de l'auteure m'a vraiment touchée (elle n'est jamais dans la victimisation et son but n'est pas de faire pleurer dans les chaumières comme disait ma grand-mère...
Ali et son épouse sont mes préférés, je trouve que le père par contre est peu "étudié"
bref ce livre est magnifique, les lycéens ont très bon goût: la plupart du temps je préfère le Goncourt des lycéens au classique...

manou 08/11/2019 09:07

Comme toi je préfère le Goncourt des Lycéens, mais l'an dernier j'ai aimé le Goncourt et cette année, il me tente beaucoup aussi mais vu la liste d'attente à la médiathèque, je ne sais pas quand je le lirai...

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