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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 05:22
Collection 10/18 2002

Collection 10/18 2002

Le vieil homme que je suis ne peut aujourd’hui évoquer ce livre sans perdre sa trace dans le passé. Parfois, avant de m'endormir, une phrase, un paragraphe, un personnage de cette oeuvre de jeunesse m'obsède : alors, dans une sorte de rêve les mots émergent et tissent autour de cette vision le souvenir mélodieux d'une lointaine chambre à coucher du Colorado...

Arturo détestait cette période, car il pouvait oublier sa pauvreté si les autres ne la lui rappelaient pas : chaque Noël était semblable, aussi désespéré que le précédent...

Poursuivons si vous le voulez bien, la découverte des œuvres de John Fante...

Le lecteur retrouve le jeune Arturo Bandini durant son adolescence. Il a 14 ans et vit dans une petite ville du Colorado. Donc le roman se situe chronologiquement avant "La route de Los Angeles" bien qu'il ait été écrit par l'auteur, après. 

 

Arturo nous conte son enfance au milieu de sa fratrie, ses jeux avec ses deux frères, August et Frederico, ses taquineries parfois violentes (c'est lui l'aîné) et sa vie quotidienne. Tous trois vont dans une école catholique où ils vivent leur vie de jeunes garçons bien que rien chez eux ne se passe comme chez les autres.

Arturo est empli de contradiction : il aime sa mère et adule son père, tout en les détestant. Il s'en prend à la bigoterie excessive de sa mère et tremble devant son  père, ce héros dont il a si peur...

A l'école, il est souvent puni ce qui occasionne encore plus de rejet du côté de ses camarades. Il souffre en particulier que la jolie Rosa, italienne comme lui, repousse ses avances et n'accepte pas de lui parler. Il est prêt à tout pour lui prouver son amour, même à voler sa propre mère qui ne possède pas grand chose pourtant. 

 

Maria, la mère est toute douceur et résignation. Entre deux repas, qu'elle organise comme elle peut, vu que le ménage vit à crédit, elle passe le temps en déroulant son chapelet, tout en regardant par la fenêtre et en rêvant à des jours meilleurs : elle remet sa vie entre les mains de Dieu, ce qu'Arturo ne supporte pas !

Il ne supporte pas non plus que les autres la considère comme une "pauvre créature". Cela l'obsède, l'attriste, le révolte...

Svevo, le père s'ennuie en famille et va au bar, jouer aux cartes et boire un verre, tout en attendant la fin de l'hiver qui l'empêche d’exercer son métier de maçon au-dehors. Excessif, il ne supporte pas la pauvreté et ne se résigne pas à son sort, voulant appartenir coûte que coûte à l'Amérique, se sentant américain plus qu'italien et ne comprenant pas pourquoi ce pays ne l'accepte pas avec tout ce qu'il a fait pour lui. 

 

L'argent manque cruellement mais encore plus durant cette période de l'année, proche de noël, que tous détestent car ils savent bien que ce noël sera comme les précédents, qu'ils rêveront devant les vitrines, à des cadeaux que jamais ils n'auront...

 

Un soir où le père a rejoint son ami Rocco, il ne revient pas à la maison. Svevo est soupçonné de fréquenter une des riches veuves de la ville pour qui il a travaillé occasionnellement...

Très vite, la nouvelle se répand dans la petite communauté et la mère tombe alors dans une terrible dépression : les trois garçons doivent à présent se débrouiller complètement seuls...

Dire qu'il était venu ici pour essayer de ramener son père à la maison ! Il avait donc perdu la tête. Pour rien au monde, il n'aurait profané l'image de son père rayonnant dans la splendeur de ce nouveau monde. Sa mère devrait souffrir ; ses frères et lui-même auraient faim. Mais leur sacrifice serait récompensé. Ah, quelle vision merveilleuse ! Comme il dégringolait au bas de la colline, bondissant sur la route et lançant parfois une pierre dans le ravin, son esprit se nourrissait voracement de la scène qu'il venait de contempler.
Mais un seul regard au visage émacié et ravagé de sa mère plongée dans un sommeil qui n'apportait aucun repos suffit à ranimer la haine qu'il éprouvait pour son père

Dans ce roman en partie autobiographique, John Fante décrit son adolescence au plus près de la réalité et, parce que le lecteur sait que la plupart des événements ont été réellement vécus par l'auteur durant son enfance, il est d'autant plus émouvant.

Ainsi John Fante a réellement vu ses parents se séparer, son père étant parti avec une autre femme ; il a réellement connu la pauvreté, le rejet des autres enfants de son âge, même de ceux issus de l'immigration. 

Le jeune Arturo n'a plus que ses rêves pour échapper à une réalité qui le dépasse. C'est un adolescent torturé mais à la sensibilité à fleur de peau.

 

John Fante nous livre encore ici un roman empli de tendresse mais aussi de cruauté. Rien n'est épargné au jeune Arturo Bandini, l'alter égo de John Fante ! 

Mais l'humour décapant de l'auteur, son talent pour nous émouvoir à travers des situations réalistes et sans pathos, ne pourra laisser le lecteur indifférent.

 

C'est  un  roman de John Fante que j'ai découvert avec plaisir car je ne l'avais jamais lu. Écrit avec simplicité et sans fioriture, il nous décrit la vie des immigrés italiens du début du XXe siècle et la difficulté pour eux de s'intégrer dans une Amérique qui ne veut définitivement pas d'eux. 

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commentaires

Mimi 18/09/2019 15:25

Une lecture que je note pour plus tard, un auteur que j’apprécie beaucoup. Merci Manou !

Petits Bonheurs 18/09/2019 15:10

Un roman qui me semble si douloureux. Un quotidien difficile.

Elena800 18/09/2019 06:10

Merci de nous en parler aussi bien, je vais le commander car c'est un livre qui me donne envie de le lire ! Bisous

Philippe D 17/09/2019 21:28

Je ne le connais vraiment pas !
Bonne fin de soirée.

laramicelle 17/09/2019 19:44

coucou je ne connais pas cet écrivain ; tu en parles bien et tu donnes envie de le découvrir ; bisous

marine D 17/09/2019 17:27

hips, manou, excuses moi

marine D 17/09/2019 17:27

hier j'étais en clinique pour ma main pour complications avec phlegmon, opération, 6 h en clinique, soins pendant une semaine, pansements, antibios, douleurs à nouveau et pas facile de faire avec une seule main !
bisous nanou

manou 17/09/2019 18:22

Ohhh ben mince alors, ça s'est aggravé dis donc. Il faut vraiment que tu essaies de te reposer si tu veux que ça guérisse. Le phlegmon c'est pas rien et c'est pour ça que tu souffrais tant. Je suis désolée que tu aies ce souci en plus. Laisse tomber tout ce qui n'est pas important, tu le feras plus tard quand ce sera guéri. Je sais c'est facile à dire on a bien besoin de nos deux mains mais si tu t'en sers trop ça ne cicatrisera jamais. bisous et bon courage

ruthiebear 17/09/2019 15:38

Thank you for another excellent review. Friendship

domi 17/09/2019 15:09

j'admire ta faculté de lire autant de bonnes oeuvres

manou 17/09/2019 18:23

Je me régale avec John Fante mais j'alterne avec d'autres car je ne veux pas ni me lasser ni lasser mes lecteurs :)

CathyRose 17/09/2019 14:52

Il n'est déjà pas facile d'être un ado, mais alors immigré, avec une mère bigote, un père qui passe son temps au bar, et qui finissent par se séparer ... ça n'arrange pas les choses !
Bel après-midi, bisous !
Cathy

manou 17/09/2019 18:24

Le mélange est détonant et pas facile pour lui de se construire avec deux parents aussi opposés en tout. C'est un auteur intéressant qu'il faut replacer bien entendu dans le contexte de l'époque. bisous et une douce soirée

Eve-Yeshé 17/09/2019 14:39

ta critique me plaît ... il va vraiment falloir que je découvre son écriture...

manou 17/09/2019 18:25

Merci Eve ! J'ai déjà commencé le troisième :) Tu sais que je décale un peu mes chroniques pour les rédiger en ayant un peu de recul...

Martine Martin 17/09/2019 13:12

J'ai lu un seul livre de john Fante "demande à la poussière" et j'ai beaucoup aimé . Merci pour cette critique. Je note ce livre et si j'ai un peu de temps je le lirai. je ne pourrai passer sur ton blog pendant 3 jours, je pars à Paris pour des examens médicaux. Bisous

manou 17/09/2019 18:26

Je viens de le commencer celui-là, mais c'est une relecture car à part "Demande à la poussière" et "Mon chien stupide", je ne me souviens plus des autres titres que j'ai lu de lui, il y a des années ! J'espère que ce sont des examens de routine...prends soin de toi et ne t'en fais pas tu sais que je ne t'oublie pas. bisous et bon courage

Féelaure 17/09/2019 12:25

Merci pour ce nouveau partage Manou, une enfance plus que difficile, ça doit être très émouvant
Bisous et douce journée

manou 17/09/2019 18:27

C'est un auteur qui nous parle avec les tripes mais je comprends que tu préfères lire des choses plus gaies le soir avant de t'endormir. bisous et une douce soirée

écureuil bleu 17/09/2019 11:55

Bonjour Manou. C'est un auteur que je n'ai encore jamais lu. Merci pour cette belle chronique. Bonne journée et bisous

manou 17/09/2019 18:28

Un jour tu le croiseras dans les rayons de la médiathèque et tu auras envie de le lire. Nous avons tant d'auteurs à découvrir quand on aime lire :) bisous et une belle soirée

Claudine/canelle 17/09/2019 11:11

Un auteur à decouvrir surement !
Merci pour ton ressenti
Bises Manou

manou 17/09/2019 18:29

Certains découvrent ses oeuvres au cinéma moi en lisant, chacun ainsi le connaît à sa façon :) bisous

Céline 17/09/2019 10:27

Je ne connais pas du tout John Fante. Cela a l'air d'être très bien, j'aime bien parfois lire ds livres autobiographiques.
Bonne journée !

manou 17/09/2019 18:29

Toute son oeuvre est imprégné de sa vie mais seulement quelques romans, la raconte vraiment à travers le fameux Arturo, son double :) bises bonne soirée

Golondrina63 17/09/2019 10:10

"Le vieil homme que je suis ne peut aujourd’hui évoquer ce livre sans perdre sa trace dans le passé".... n'est-ce pas ce que nous faisons chaque jour sur la blogosphère je crois que tout en chacun on peut se retrouver dans ce que nous transcrivons au fil du temps comme sur ce livre que tu nous suggères
Oui certes sans rechercher la notoriété mais c'est aussi cela la vie offrir ce qui nous a émus , ce qui nous touche ...
@ chacun son degré d'interprétation car la aussi tout le monde n'a pas son savoir interpréter mais avoir quelque chose à écrire de sa vie c'est déjà donner sans rien attendre ...
Bonne journée à toi
Bises

manou 17/09/2019 18:31

J'ai aimé aussi cette citation car je trouvais qu'elle était finalement très actuelle aussi pour tous les écrivains accomplis ou pas....bisous et une douce soirée

maggie 17/09/2019 08:12

Moi aussi je relirai bien Fante : je ne me rappelle pas de tout; Amusant, il y a une vogue de ses romans en ce moment surla blogo...

manou 17/09/2019 18:33

Je ne m'en étais pas aperçue !! J'ai emprunté ces œuvres avant que la médiathèque que je fréquente ferme pour travaux pour tout l'été et comme elle n'ouvre que dans 3 semaines, j'ai pu emporter ce que je voulais...un pur hasard de l'avoir (re)trouver en rayon c'était l'occasion de le relire à petite dose...Moi non plus je ne me rappelle pas de tout mais il me revient des flashs ! Bonne soirée

missfujii. 17/09/2019 08:09

C'est le genre de lecture qui me plaira sans aucun doute, la couverture est attirante, et j'ai bien les histoires vraies

CATALANE 17/09/2019 07:57

Je n'avais jamais entendu parler de John Fante, et je le découvre grâce à toi. Dur dur d'être émigré au début du XXème siècle aux Etats Unis ! Merci pour ce partage et bises.

manou 17/09/2019 18:36

Il est très connu en Italie en tant qu'immigré. Comme je l'ai dit je l'avais lu dans les années 90 mais plus du tout depuis, et en ce moment j'ai envie de relire certains auteurs mais d'aller plus loin en relisant toutes leurs oeuvres...c'est une autre façon de lire, alors j'alterne avec d'autres auteurs tout de même pour ne pas me lasser et vous lasser...bises

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