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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 06:28
L'Asiathèque, 2018

L'Asiathèque, 2018

Petit à petit, je dois moi-aussi apprendre à grandir, grandir une deuxième fois avec ma fille, apprendre à cacher certaines de mes émotions, certaines babioles, les empiler sur l'écume de la mer de mes souvenirs et les voir se faire emporter une à une par les rouleaux d'une plage lointaine.

A ce moment-là de l'histoire, j'ai du mal à respirer. Ce jeune homme qui ne vivait que dans mon imagination semble désormais pousser la réflexion plus loin que prévu et ses pensées, une fois traduites en mots et tissées en intrigues, se font plus vivantes...

Parfois, je suis un peu perdu et je me demande si ce jeune homme dont je parle n'affronte pas réellement ces gens et ces événements dans sa vie. Je suis comme un spectre qui hante son âme...

Ce roman, traduit pour la première fois en français par Lucie Modde et préfacé par Gwennaël Gaffric, vient de sortir fin novembre chez l'Asiathèque que je remercie ici pour cet envoi.

C'est la dernière lecture de l'année que je vous présente sur mon blog...

 

L'histoire

 

Un professeur d'histoire et un jeune homme vivent une existence tranquille mais profondément ennuyeuse, malgré la présence de leurs proches. Ils s'installent donc au clavier pour se changer les idées et oublier leur quotidien. 

Mais ce qu'ils ignorent, c'est que chacun d'eux est en train d'imaginer la vie de l'autre...à moins que ce ne soit la leur, ou que les deux personnages n'en forment qu'un seul ! 

 

Le premier est au chevet de sa mère gravement malade et arrivée en fin de vie, son père est parti il y a bien longtemps, les abandonnant tous deux ; le second a une femme et une fille, réelles ou fantasmées...

Lequel des deux a réellement des frères jumeaux imaginaires...ou une fiancée qu'il appelle la "fille de Néruda".

Cette jeune fille aimante qui l'a abandonné, a-t-elle seulement existé ? 

Le narrateur parle-t-il de lui quand il évoque ses souvenirs, ou du héros de son livre ? 

 

Comme Pluton, la célèbre planète qui n'en est plus une depuis 2006, notre histoire, notre mémoire est sans cesse réécrite au vue des souvenirs et de nos ressentis d'aujourd'hui et de ce que les événements présents nous permettent de nous rappeler....

Les hommes ont-il réellement marché sur la Lune ?

L'empereur des Etats-Unis a-t-il existé autrement que dans l'esprit de l'écrivain ?

Les jumeaux sont-il nés uniquement dans l'imaginaire d'une mère qui les a fortement désirés ?  

 

Ainsi en est-il de ces deux personnages mystérieux et décalés dont les vies se confondent, nous entraînent dans leurs réflexions, nous détournent de la réalité, et nous permettent de voir coexister plusieurs vérités probables ou improbables, mais qui nous obligent en tant que lecteur à nous impliquer dans leur histoire, et à les suivre... pour suivre les cheminements étranges de leur pensée et participer à leur incroyable destin. 

 

Voilà un premier roman tout à fait singulier et déroutant où le lecteur peut se perdre tant la construction narrative est complexe, et faite de retours en arrière, à moins qu'il n'arrive à se laisser bercer par les mots, par les souvenirs réels ou inventés, par le ressenti des personnages, par les dialogues parfois poétiques, parfois crus et dérangeants mais le plus souvent très réalistes...

 

Ce que j'ai aimé

- Les moments où il (l'écrivain ? le héros du livre ?) évoque ses souvenirs d'enfance...même si ceux-ci sont parfois douloureux. 

- Les moments où le lecteur doute de l’identité de celui qui parle et c'est fréquent mais des indices sont semés sur notre chemin.  

- Les histoires qu'il raconte à sa mère pour lui faire oublier la maladie et la faire rêver un peu. 

- Les dialogues pleins de tendresse qu'il (l'écrivain ? le héros du livre ?) a avec sa fille.

Et surtout la poésie qui se dégage de ses réflexions existentielles incessantes...

 

Ce que j'ai moins aimé...

Certains passages m'ont carrément choqué comme ceux où il (lui ou son personnage ?) évoque les jumeaux et la façon dont la mère en parle. Le rapport à la mort est sans nul doute différent du nôtre en Orient mais je reste choquée par l'usage du sac plastique. Je n'en dirai pas plus pour ceux qui désirent lire le livre. En plus l'auteur en reparle plusieurs fois. 

La relation à la mère est aussi par moment très violente. Mais là par contre je peux la comprendre, car lorsqu'on a vécu ces événements-là, il y a un mélange de colère, de désespoir et de tristesse qui peuvent expliquer les propos de l'auteur. 

 

Ce roman, paru en 2012 à Taïwan a été acclamé par la critique dès sa sortie. Je sais d'avance qu'il faudra faire un effort au public français pour l'apprécier...

 

Si vous voulez mieux connaître Taïwan, je vous invite à aller visiter le blog de Sylvie qui y vit et nous le présente joliment...

 

Dans cet optique, les suicides en hausse constante, les homicides toujours plus originaux, la pollution galopante ainsi que la natalité en chute libre des pays industrialisés pourraient être des moyens pervers de contrôle démographique mis en oeuvre par l'humanité...

Je ne me suis pas trompé, un nouveau village s'est construit à la place de l'ancien en ruines, et il est possible d'écrire ce qui n'est pas encore arrivé.

Ces bouts de passé peuvent remuer très fort et laisser sans voix, une courte seconde suffisant à faire éprouver douleur ou douceur. On comprend alors que sortir se promener puisse être dangereux, vu ce passé qui erre dehors, à l'affût...

Né en 1981, à Taïwan, Huang Chong-Kai est diplômé d'histoire. Il est l'auteur de trois romans et de deux recueils de nouvelles et a obtenu plusieurs prix littéraires. 

Ses œuvres sont considérées comme d'inspiration post-modernes et je pense qu'il faut davantage connaître l'histoire de Taïwan pour comprendre les nombreuses références qu'il fait dans ses écrits à sa culture et à son histoire...

La préface nous informe déjà à ce sujet. L'auteur en effet appartient à la génération des "fraises" c'est-à-dire de ceux qui sont nés dans les années 80, considérés comme des "gâtés, égoïstes et trop sensibles à la pression sociale et professionnelles". 

Evidemment tout écrivain est marqué par sa génération et l'histoire de son pays, et il ne peut que s'engager dans ses écrits  par rapport à son vécu.

Un auteur à découvrir pour les passionnés...

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commentaires

Marion L. 18/12/2018 11:21

Il paraît très intriguant et original. Une maison à retenir ? (tu as proposé plusieurs livres de cette maison)

manou 18/12/2018 17:54

Oui j'ai découvert vraiment de belles choses avec L'Asiathèque et je pense que lorsqu'on s'intéresse aux pays d'Orient, elle est indispensable car grâce à elle des auteurs sont traduits pour la première fois...bonne soirée Marion

Maryline 15/12/2018 12:28

Mouais.....je ne suis pas trop tentée par ce genre de lecture en fait.
Je viens de terminer Idiss de Robert Badinter... un beau livre dédié à sa grand-mère ...
Bon préparatifs de Noël Manou!
Bisous

manou 15/12/2018 17:24

Je te comprends j'ai aimé le lire et je suis contente de l'avoir découvert mais c'est très littéraire et je suis contente de l'avoir terminé pour passer à des lectures un peu plus faciles avant noël et pendant les vacances...bisous et bon week-end

moqueplet 15/12/2018 04:55

il me parait un peu trop irréel, dans le comportement de chacun, pour moi le temps n'est pas aux rêves mais bien à la réalité....nous n'avons certainement pas la même façon de nous comporter que ceux de Taïwan.....passe une bien agréable journée

manou 15/12/2018 06:56

C'est certains mais lire ce genre de livres, ne m'empêche pas d'être dans la réalité, au contraire justement :) bises et un doux we

CathyRose 14/12/2018 20:45

J'avoue ne pas être particulièrement tentée, mais je te remercie pour ton avis qui intéressera sûrement beaucoup d'autres personnes !
Belle soirée, bisous !
Cathy

manou 15/12/2018 06:55

Je pense que ce roman reste difficile à lire. C'est un auteur connu dans son pays et qui est traduit pour la première fois en France. Je trouve qu'il mérite d'être connu, même si je suis sûre comme je le disais à Sylvie qui habite Taïwan, que je n'ai pas tout compris...bisous et un doux we

lemenuisiart 14/12/2018 17:39

C'est bien de lire, je passe vite et je te souhaite un bon week-end

manou 15/12/2018 06:53

Pas de pb Christian je sais que tu es occupé et même si tu ne passais pas je ne t'en voudrai pas

Colette 14/12/2018 17:09

Je crois ne pas être assez sereine pour le moment pour me lancer dans la lecture de ce livre, peut être dans quelque temps …. j'ai du mal à me concentrer, cela reviendra, mais quand ?? !! merci pour le décryptage toujours aussi plaisant ! Bisous Manou.

manou 15/12/2018 06:59

Et j'oubliais de te remercier pour le diaporama que tu m'a envoyé avec ces lieux de randonnée idylliques ! ça donne envie de voyager...et en attendant ça fait rêver ! Un grand merci et rebisous

manou 15/12/2018 06:52

Ne te force pas ! Il faut aussi se faire plaisir en lisant. Tu as vu que j'alterne et avec Noël qui approche, je vais passer à des choses plus facile (hier j'ai lu une BD !!).bisous et un doux we

Chinou 14/12/2018 16:22

Apprendre à grandir n'est pas facile et demande un grand travail sur soi.La lecture doit certainement aider à progresser.

manou 15/12/2018 06:51

C'est certain ! Voilà pourquoi je veux continuer à lire de temps en temps des auteurs davantage littéraires...ce qui ne m'empêche pas d'avoir du plaisir à le faire même si c'est difficile...bises

marine D 14/12/2018 15:25

Taïwan j'aimerais le découvrir, ce livre me tente moins, cela fait deux bouquins que je laisse tomber car je m'ennuyais à les lire...
Plein de bises Manou

manou 15/12/2018 06:50

Pour celui-là il faut être concentré si je puis dire. Je ne regrette pas de l'avoir abordé après des lectures pour ados, des polars et des nouvelles...Mais je te rassure je vais passer à des lectures plus faciles à présent dans les semaines qui viennent...bisous

Eve-Yeshé 14/12/2018 14:44

ta critique est très belle! je ne suis pas sûre de me laisser tenter car petits problèmes perso avec la Chine (je préfère la littérature japonaise) mais je note quand même pour vaincre mes préjugés :-)

manou 15/12/2018 06:48

Comme toi je préfère lire les auteurs japonais. Mais je découvre avec plaisir d'autres littératures asiatiques de temps en temps...

eliane roi 14/12/2018 13:47

Bravo pour ce beau texte. Te lire est comme lire un livre. Tu écris tellement bien. Ce bouquin doit être intéressant, à tête reposée, l'esprit libre et la détente assurée. Je le lirai peut-être, plus tard, lorsqu'un certain calme sera revenu. Merci pour ce beau partage.

manou 15/12/2018 06:47

Merci Eliane ! J'essaie de partager mes lectures avec le plus d'objectivité possible. Il faut en effet le lire en s'immergeant totalement. Mais comme je venais de lire pas mal de nouvelles courtes et de romans d'ados, j'y suis arrivée. Il faut alterner lectures faciles et difficiles :) bises

danielle 14/12/2018 13:38

je passe... mais merci d'en avoir parlé, je feuilletterai si je le croise, ce roman. pas plus.

manou 15/12/2018 06:45

Tu en as le droit ! bises

BARBIZON 14/12/2018 12:22

Bonjour Manou, je n'ai pas pu passe avant car j’étais un peu grippée mais j'avais lu ton commentaire et je découvre ton article, merci beaucoup. J'ai entendu parler de ce roman mais je vais me le procurer au plus vite car tu me tentes avec ta critique plutôt positive. Par contre, je me demande bien de quoi tu parles avec le plastique, j'ai assiste a plusieurs crémations humains et animaux mais je ne vois pas de plastique. Bon, faut que j’achète le livre alors pour comprendre..ah ah. Projet du week-end!! Merci, bises et belle soirée.

manou 15/12/2018 06:44

Je serais ravie de connaître ton ressenti par rapport à cet auteur, toi qui vit là-bas. Je suis sûre que tu y verras beaucoup de choses en rapport avec la situation politique de Taïwan que moi je n'ai pas vu car comme dit dans la préface c'est un auteur engagé...Après je reconnais que je me suis laissée porter par les mots et que des indices nous permettent de mieux savoir où s'arrête la fiction et où commence la réalité. Bisous et un beau we

domi 14/12/2018 11:40

encore une fois ta critique est riche de discernement, du bon boulot

manou 15/12/2018 06:41

Merci Domi...cet auteur mérite d'être connu en Occident

Mimi 14/12/2018 10:59

La vie n’est-elle qu’un rêve éveillé ? Tu m’intrigues avec ta critique et j’aimerais en savoir plus... Dernière critique de livre ? Tu te prépares pour Noël sans doute. Bisous Manou.

manou 15/12/2018 06:41

Je présenterai mes dernières lectures (et la liste est déjà bien longue) l'année prochaine. Je n'ai rien dit d'autre :) bisous et bon we

Quichottine 14/12/2018 09:56

Je ne sais pas si j'aurai l'occasion de le lire, mais merci pour la découverte.
Bisous et douce journée.

manou 15/12/2018 06:40

Je voulais connaître un peu mieux la littérature taïwanaise c'est fait ! Mais je reconnais que même s'il est très intéressant au niveau construction littéraire, il n'est pas facile à lire...Je passe à des choses plus simples à présent. bisous

écureuil bleu 14/12/2018 09:25

Bonjour Manou. Merci pour cette belle critique. Ce roman me semble bien compliqué et ne me tente pas. Bonne journée et bisous

manou 15/12/2018 06:39

Il n'est pas facile je l'avoue mais il se lit facilement tout de même en se laissant porter par l'histoire. Moi qui cherche toujours à tout comprendre cela me permet de lâcher un peu :) Bisous

Thaddée 14/12/2018 09:21

L'UAI a décidé de faire de Pluton le prototype d'une nouvelle catégorie d'objet transneptunien. À la suite de cette modification de la nomenclature, Pluton a été ajoutée à la liste des objets mineurs du Système solaire et s'est vu attribuer le numéro 134340 dans le catalogue des objets mineurs.
On en apprend tous les jours !!!

manou 15/12/2018 06:38

:)

Thaddée 14/12/2018 09:19

Voilà une analyse très complète d'une roman dont le thème me rappelle un livre de Queneau, les fleurs bleues peut-être, qui des deux invente la vie de l'autre. Et tu m'apprends que Pluton n'est plus une planète ? C'est quoi alors ? Je vais aller regarder ça sur le Net, je suis très intriguée. Belle journée Manou !

manou 15/12/2018 06:38

Oui c'est un thème déjà vu dans la littérature et toujours fascinant ! Et bien si je t'apprends quelque chose j'en suis contente. bisous

Feelaure 14/12/2018 08:45

Merci pour ce nouveau partage Manou
Bisous & doux week end

manou 15/12/2018 06:37

Passe un doux week-end Laure...cette semaine je ne parlerai que de...noël !! bisous

Doc Bird 14/12/2018 08:39

Un titre dont la lecture me semble ardue de par sa construction. Mais encore une découverte de l'Asie grâce à toi. Merci

manou 15/12/2018 06:36

Je n'avais jamais rien lu de cet auteur et j'aime découvrir de nouveaux styles d'écriture...C'est chose faite mais comme tu le dis il n'est pas facile...bon we (bientôt les vacances !)

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