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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 05:29
Fayard Roman, 2010

Fayard Roman, 2010

J'ai quand même posé la question, par cruauté ou par innocence, peut-être, je ne sais plus.
"Il va revenir aujourd'hui, papa ? "
A six ans, jouer l'ignorance quand on a parfaitement compris.
Mourir n'empêche pas un père de revenir à la maison. Mourir est un acte comme un autre.

 

Voilà un court roman-récit d'une centaine de pages qui se lit très vite...

 

Lorsqu'à six ans la narratrice perd son père, personne parmi ses proches ne lui explique ce qui se passe...Alors c'est facile pour elle de feindre l'ignorance. D'autant plus que sa mère, écrivain, s'enfonce dans le déni et le silence, et qu'elle plonge dans l'écriture comme dans le seul salut possible pour continuer à vivre.

C'est facile pour une petite fille de six ans de penser qu'être mort n'implique pas forcément, ne plus revenir à la maison.

Elle se sent abandonnée et invente son propre monde où son père est encore vivant.

 

Est-il parti en voyage ?

A-t-il mystérieusement disparu ?

A-t-il fondé une autre famille avec une autre femme et peut-être d'autres enfants ?

Tout est possible quand on a six ans.

 

Pendant le jour, la narratrice contemple le contenu d'une boîte contenant milles petits objets ayant appartenu à son père, elle reproduit son écriture en recopiant ses lettres... et la nuit c'est dans les bras de sa mère qu'elle se réfugie en une étreinte fusionnelle.

 

Dans ce récit, tout réside dans l'ambiance et dans les mots employés par l'auteur, la poésie de certaines phrases, la fusion mère-fille où toutes deux trouvent un réconfort et ce silence qui les relie parce que les mots n'ont pas de place pour dire leur souffrance...

 

C'est un beau texte très doux et intimiste, autobiographique d'un(e) auteur(e) que j'avais découvert en lisant "J'ai longtemps eu peur de la nuit" en 2016. 

 

A découvrir...

 

Nous vivions muettes, les mots n'avaient pas leur place ici...
La mer écumait le bord des mots, raturait les lettres inutiles...
La disparition de mon père avait inspiré ses plus beaux poèmes, mais la vie tout entière était devenue à ses yeux une strophe de poème où le mot "mort" est sans cesse paraphrasé...

J'ai dessiné un graffiti sur la table, un cœur sans doute, à l'aide de mon index...
elle dessina deux autres cœurs sur la table à proximité du mien. Je compris ce qu'elle voulait me dire. Sans un mot je traçai une ligne séparatrice qui lui signifiait que l'un d'eux était passé de l'autre côté.

 

Yasmine Ghata est d’origine libanaise par sa mère, la romancière et poète Vénus Khoury-Ghata, et franco-bulgare par son père, le médecin et chercheur Jean Ghata. 

Elle a étudié l’Histoire de l’Art à la Sorbonne et à l’Ecole du Louvre. Spécialisée dans les arts de l’Islam, elle a travaillé dans le milieu de l’expertise des objets d’art. 

Elle a connu un grand succès avec son premier roman, La Nuit des Calligraphes (Fayard, 2004), inspiré par la vie de sa grand-mère paternelle, et a été très remarqué par la critique. 

Premier roman traduit en treize langues et couronné par le Prix de la découverte Prince Pierre de Monaco, le Prix Cavour (Italie), et le Prix Kadmos (Liban) et le Prix des Lecteurs d’Herblay 2005. 

Biographie extraite du site BABELIO

Je la voyais rétrécir chaque jour, s'amoindrir. C'est le sommeil qui me la rendait. Je m'agrippais à elle, blottie contre sa poitrine, nos jambes entremêlées, humant son odeur jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Moments de fusion qui me remplissaient à ras bord jusqu'à la nuit suivante. À nouveau, je m'accrochais à elle, enserrant sa taille, mon mollet posé sur le sien comme on clôture la terre pour signifier qu'elle vous appartient. J'ajustais mon ventre, emboîtais mes cuisses cernant chacun de ses membres avec exactitude. Ma mère n'était qu'à moi, rapports exclusifs et inconditionnels. Nous avions remplacé le père, elle et moi, l'une envers l'autre.

 

Voilà encore un roman qui entre, sans que je l'ai fait exprès, dans le challenge de Philippe, "Lire sous la contrainte".

 

Le titre du roman devait être...

Muettes / Yasmine Ghata

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commentaires

Marion L. 15/06/2018 17:43

Je ne connais pas du tout cette auteure. Merci pour le partage.

manou 16/06/2018 19:53

C'est le second que je lis et j'avoue que j'aime son style

Sigrid 13/06/2018 18:18

J'ai lu l'an dernier de cette autrice, J'ai longtemps eu peur de la nuit et tu m'avais écrit que tu connaissais, merci de me/nous faire connaître celui-là, je vais le chercher !

manou 14/06/2018 06:34

Elle sait nous toucher par son écriture...Je lirai ton avis avec grand plaisir !

Maryline 13/06/2018 10:23

Je ne connais pas cette auteure, c'est tentant!
Merci Manou!
bisous

manou 14/06/2018 06:34

C'est le second que je lis et j'ai retrouvé sa plume intimiste et poétique avec plaisir. bisous

manou 13/06/2018 08:38

Merci à tous pour votre visite et vos commentaires...

Elena800 13/06/2018 05:20

Bonjour, sûrement un livre passionnant mais le sujet est trop dur et triste pour moi ! Je lis des livres plus légers. Bisous

Philippe D 12/06/2018 21:25

Même si ce n'est pas fait exprès, merci pour cette participation à mon challenge avec un livre qui me plairait bien d'après ce que tu en dis.
Bonne soirée.

chez laramicelle 12/06/2018 17:58

coucou une découverte cette auteure ; bisous

Doc Bird 12/06/2018 17:58

Ce doit être un très beau texte, émouvant, qui permet à cette petite file de s'évader de la réalité, et de rêver un ailleurs plus heureux pour son papa.

CathyRose 12/06/2018 15:26

Celui-là je le note ! Comme quoi il faut tout dire à un enfant, avec ses mots bien sûr, mais à 6 ans, et même avant, on est capable de comprendre je pense. Après je crois que chacun a une façon différente de vivre son deuil ...
Bel après-midi, bisous !
Cathy

missfujii. 12/06/2018 13:26

Merci Manou, pour cette découverte qui je pense ne manquera pas de me plaire

écureuil bleu 12/06/2018 13:20

*Bonjour Manou. Belle critique de ce court roman qui semble très émouvant . Bisous

Nell 12/06/2018 13:11

Un livre qui doit-être bouleversant à lire (rien que le petit paragraphe que tu nous as mis nous en dit beaucoup). Il faut dire la vérité à un enfant et sachant trouver ses mots, bien sûr. Car la révélation, bien plus tard, peut être catastrophique, voire même dramatique. Gros bisous, ma chère Manou. De la pluie et encore de la pluie chez nous. Belle journée à toi ♥

Quichottine 12/06/2018 13:00

Il est difficile d'expliquer la mort, surtout a un enfant.
Je lirai ce livre si je peux.
Bisous.

Maria-Lina 12/06/2018 12:48

Merci pour ce beau partage chère Manou! Bise, bonne journée toute douce!

Mimi 12/06/2018 09:52

Je ne connais pas cette auteure mais sa mère poétesse si ! Encore une belle decouverte, merci Manou !

Rose63 12/06/2018 09:08

Intéressant ce livre dès la lecture de ton introduction , il ne faut pas leur raconter des salades aux enfants, la vérité en toutes circonstances c'est ma devise
Merci pour la suggestion
Bonne journée

Azalaïs 12/06/2018 08:46

merci pour ce conseil de lecture, je le lirai mais un peu plus tard. Je termine "Eleanor" de Lionel Duroy, un livre poignant sur un épisode de l'histoire roumaine pendant la dernière guerre et il me faut un livre plus léger pour faire la transition. Bises et bonne journée

Claudine/canelle 12/06/2018 08:36

Un livre essentiel surement pour gerer ces situations ..on pense qu'un enfant ne peut pas comprendre mais ces sensations sont decuplées par le silence ..
Merci pour ce livre
Bises

Mitou 12/06/2018 08:12

Mais c'est triste ! c'est bien pour çà qu'il faut expliquer les choses aux enfants . . .
gros bisous et bonne journée
MITOU

Martine MARTIN 12/06/2018 08:02

Belle critique mais trop triste comme sujet pour moi. Bisous

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