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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 05:55
Albin Michel, 1997

Albin Michel, 1997

 

Il était temps que je me décide à emprunter le titre emblématique d'Alessandro Baricco, qui l'a propulsé sur le devant de la scène littéraire et vous savez quoi et bien je l'avais déjà lu lors de sa sortie... il y a à peu près 20 ans ! 

Comme quoi, la mémoire nous joue parfois des tours, car je n'en avais aucun souvenir précis. 

 

Dès les premières lignes, une fois entrée dans l'ambiance, toute l'histoire m'est revenue d'un seul coup et le relire a donc été un double plaisir ! 

 

On était en 1861. Flaubert finissait Salammbô, l’éclairage électrique n’était encore qu’une hypothèse et Abraham Lincoln, de l’autre côté de l’Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin. Les sériciculteurs de Lavilledieu se mirent en société et rassemblèrent la somme, considérable, nécessaire à l’expédition. Il parut à tous logique de la confier à Hervé Joncour.

 

Hervé Joncour est un sériciculteur sérieux et passionné par son métier.

En 1860, les élevages de vers à soie sont en péril, suite à une épidémie inconnue, qui touche les oeufs.

Pour sauver les entreprises de son village de Lavilledieu (en Ardèche), et trouver des oeufs sains, il se voit contraint, pour ne pas décevoir les habitants qui lui font confiance, de partir au bout du monde, toujours tout droit, c'est-à-dire, au Japon ce qui n'était pas une mince affaire en ce temps-là. Il ira quatre fois, quatre expéditions mémorables !

Mais là-bas, outre les différences culturelles, auxquelles il lui faut faire face, son regard croise celui d'une jeune femme mystérieuse et envoûtante... 

Sa vie monotone et ennuyeuse jusque-là, bascule : il est pourtant marié et aime Hélène, sa femme, de tout son coeur. 

 

Notre héros, jusque-là spectateur de sa vie, va vivre des moments chargés d'émotions dans la plus parfaite indifférence apparente. 

 

Toute sa vie se déroule sous nos yeux, en quelques pages impossibles à raconter tant elles sont étranges, jusqu'au final que je ne peux vous dévoiler. 

 

A acheter et vendre des vers à soie, Hervé Joncour gagnait chaque année une somme suffisante pour assurer à sa femme et à lui-même ce confort qu'en province on tendrait à nommer luxe. Il jouissait avec discrétion de ses biens, et la perspective, vraisemblable, de devenir réellement riche, le laissait tout à fait indifférent. C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie.

 

Est-ce un roman ou un conte ?

Est-ce de la poésie ou une partition de musique ?

Est-ce une ambiance ?

C'est tout cela à la fois...

 

C'est un roman bref mais intense, doux, pudique et sensuel comme la soie, écrit dans un style limpide, mais minimaliste, sans fioritures inutiles.

Les quatre longs voyages sont racontés en une-demi page, toujours identiques d'année en année, et répétitifs comme le refrain d'une chanson. 

 

Ce roman est une belle histoire d'amour au XIXe siècle ou plutôt une histoire sur l'amour : celui dont on rêve et qu'on recherche toute notre vie, celui qu'on a reçu ou perdu à jamais, celui  qu'on reçoit...si on sait voir qu'il est près de nous.

Cet amour est aussi fragile que ces oeufs de vers à soie, qu'il faut mettre au chaud et protéger tant ils sont vulnérables, nourrir au bon moment avec patience et attention, et libérer comme le papillon qui sort de sa chrysalide, pour avoir le plus doux des cadeaux, ce qui reste après tout ce travail quotidien... le doux cocon de soie. 

 

Même en le dégustant, ce court roman se lit d'une traite en une soirée et quand on referme la dernière page, on regrette que ce soit déjà fini.

Mais l'essentiel, comme toujours avec Baricco, est dans ce qui n'est pas dit et que chacun interprétera à sa façon...

 

- Tu étais mort.
Dit-elle.
- Et il n'y avait plus rien de beau, au monde.

Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu'au lac et passait des heures à le regarder, parce qu'il semblait voir, dessiné sur l'eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu'avait été sa vie.

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commentaires

bibliblog 26/08/2017 14:39

Je l'ai lu il y a plusieurs années et j'en garde un très beau souvenir. Maintenant que j'habite au Japon, je devrais le relire... en tout cas ton billet me donne envie de le faire, merci ;)

Maryline 20/08/2017 12:11

Un livre que j'ai découvert il y a un an ou deux et que j'avais beaucoup apprécié. je l'ai lu dans la même édition que toi d'ailleurs!
Bon dimanche, bisous

Mousse 19/08/2017 09:04

Bonjour chère Manou,
Ta chronique est riche et ce récit sert bien en effet de "piste de décollage" pour l'imagination du lecteur.
Toujours un régal de lire tes chroniques, ce livre a tout pour me plaire.
Ma liste s’allonge.
Je viens de finir "Venise n’est pas en Italie", une pépite, j’ai adoré, gros coup de coeur.

écureuil bleu 18/08/2017 22:32

Tu me donnes envie de le lire. J'avais déjà lu de nombreuses critiques sur ce roman. Bisous

Mon arbre aux violettes 18/08/2017 22:18

Je l'ai lu il y a quelques années... je ne me souviens plus très bien de l'histoire mais je garde le souvenir de quelque chose de très beau et bien écrit...
J'aime comment tu parles de ce livre... j'irai peut-être le rechercher dans ma bibliothèque.. biz

Anne 18/08/2017 18:10

Je ne connais pas du tout!

yannn 18/08/2017 12:51

Quatre expédions au Japon,; en une demi page, voilà qui est expédié! En voilà un passage pour moi qui ne lit pas de peur de ne pas tout retenir. Et même toi, tu as su tout oublier. Mais c'était en toi, prêt à être réinvesti dans l'une ou l'autre situation. Pour moi, c'est un bon exemple, qui devrait me donner confiance en la lecture, en la mémoire.
Et ces cocons, à l'image de sa vie. On ne laisse pas la chenille devenir papillon, sinon, ça briserait la fil de soi. Et là, si loin de chez lui, il ose se décoconner. Et en sort un papillon, prêt à voir la vie d'une autre façon.
Bise encore estivale. Yann et excuse mon précédent com, il m'a échappé :-((

yannn 18/08/2017 12:47

Quatre expédions au Japon,; en une demi page, voilà qui est expédié! En voilà un passage pour moi qui ne lit pas de peur de ne pas tout retenir. Et même toi, tu a

yannn 18/08/2017 12:40

..... je fais le rapprochement car je n'avais pas fait le lien ...... Je rebondis sur ton com à propos des devinettes. Parfois en tête on a les éléments un peu éparpillés, et un indice supplémentaire fait se cristalliser tout le reste autour. Du coup, on mémorise bien. On croise, recroise les infos, et ça tisse mieux.
Bon WE à toi, et je vais lire ton résumé de livre, moi qui ne lis pas. Yann

danielle 18/08/2017 10:47

tu parles si bien de tes lectures... (j'ai lu "Soie", je crois que c'est un livre qu'on peut "relire" sans problème, avec plaisir)

Domi 18/08/2017 10:30

Encore la révélation d'un livre à lire ; je trouve magique l'élevage des vers à soie et trouvant qu'il est bien d'avoir un verre à soi je le lève à ta santé et à ton talent
D'accord avec Doc Bird

Doc Bird 18/08/2017 10:26

Ta chronique me donne une fois de plus envie de lire ce titre ! Merci du partage !

Pascale DELALANDRE 18/08/2017 10:13

Tentant encore cette proposition de lecture.
Merci et bonne journée Manou

Azalaïs 18/08/2017 09:59

Moi aussi je l'ai lu à sa sortie, 20 ans dis-tu, le temps passe vite. Si j'avais aimé ce livre je ne suis jamais parvenue à prendre du plaisir dans ses autres titres, certains me sont tombés des mains
bises et bonne journée

Mimi 18/08/2017 08:35

C'est vrai que dés qu'on a terminé sa lecture, on ne rêve que de la recommencer. Un roman qui resté attaché au lecteur. Il y a des histoires comme ça qu'on ne peut oublier même si tous les tenants et aboutissants deviennent un peu flous au fil du temps. Tu comprends bien que moi aussi j'ai adoré ce roman !

missfujii. 18/08/2017 08:26

J'aime beaucoup la description que tu fais de ce livre à n'en pas douter tu donnes envie de se le procurer.

Elena800 18/08/2017 08:13

Tu me donnes envie de le lire, je vais le commander. Bisous

moqueplet 18/08/2017 07:07

je vois que ton livre t'a tenu en halène.....c'est un beau moment que tu as passé....je te souhaite un bien doux vendredi

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