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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 06:00
Editions Anne Carrière, 2017

Editions Anne Carrière, 2017

Privés de leur humanité, ces neuf cent esclaves avaient souvent imaginé l'immense bâtisse en flammes, dans les hurlements de douleur de leurs maîtres blancs, oh si blancs.

 

La coïncidence a voulu que durant le week-end dernier, alors que des feux ravageaient ma région, je sois en train de lire le dernier roman de Robert Goolrick "Après l'incendie" qui j'en conviens, n'est pas du tout une lecture de vacances...

Avec Robert Goolrick, ce n'est pas l'histoire qu'il raconte qui importe, mais bien la façon dont il le fait  :  tour à tour, il me touche ou me dérange tant il y met de passion, de poésie et de sensibilité. 

Mais je le précise tout de suite, l'incendie dans le roman n'est aucunement lié à un feu de forêt. 

 

On dit que la vie est longue. C'est un mensonge. Elle s'écoule en un instant . On voit les choses de tout près, puis, presque instantanément de très loin, à une distance inatteignable, tandis que l'on reste sur la rive, dépossédé, vieux et fourbu, hanté par les souvenirs...

 

En 1999, un journaliste part à Saratoga, pour tenter de comprendre qui était Diana Cooke, la propriétaire du domaine, et comment elle a pu mystérieusement disparaître sans laisser de traces, après l'incendie de sa maison.

Saratoga était une des plus belles maisons de Virginie, voire la plus belle. Elle avait connu des jours fastes, du temps de l'esclavage, quand des femmes et des hommes, privés de leur liberté y travaillaient dans les champs de céréales et de coton, les ancêtres de Diana, à sa grande honte, ayant bâti leur empire sur la souffrance de centaines de noirs.

Il en restait encore quelques-uns qui s'occupaient de la cuisine, du jardin et du domaine, avant l'incendie, comme la fidèle Priscilla et son mari mais traités différemment à présent... 

 

Le roman retrace la vie de Diana, de son enfance dorée de privilégiée à ses années de jeune épouse et de mère. 

Née au début du XXe siècle, Diana Cooke est une jeune femme, charismatique, intelligente et cultivée. Elle vit dans ce vaste domaine avec ses parents, au coeur de l'Etat de Virginie.

Après avoir connu ses heures de gloire, le domaine est désormais anéanti par la crise qui sévit dans le pays. En effet, comment entretenir des milliers d'hectares de terres qui représentent aujourd'hui un gouffre financier.

A 18 ans, en tant qu'unique héritière, il ne reste à Diana qu'une seule solution : épouser un homme riche qui pourra l'entretenir. Elle qui était enfant, un véritable garçon manqué, et qui a été éduquée à Farmington, dans la plus rigide pension de jeune fille de l'époque, va devoir quitter son domaine le temps de se trouver un mari. 

Alors que la Première Guerre Mondiale touche à sa fin en Europe, Diana se rend à Baltimore, pour participer aux multiples bals des débutantes...

C'est ainsi qu'elle rencontre le riche capitaine Copperton.

 

Diana savait que sous ce vernis de politesse, il était d'une vulgarité indescriptible et qu'il ne serait jamais "comme eux", ainsi que l'aurait dit sa mère. Diana l'avait épousé pour l'argent, et le fait qu'il fût grand et beau , parfaitement policé et courtois en public ne pouvait éclipser ce qu'il était au fond : un rustre qui mettait les pieds sur la table et traitait mal les domestiques.

Il l'avait désiré avec l'ardeur d'un enragé. Dès l'instant où il l'avait vu se relever de sa révérence, à Baltimore, il avait ressenti cette nécessité de la posséder. Il fallait qu'elle fut sienne. Après avoir cherché qui elle était, quel était son rang, il ne l'en avait désirée que davantage...Il l'avait traquée , comme il aurait fait pour un cerf ou un ours.

 

Le capitaine, très amoureux, cache bien son jeu car sous ses airs séduisants, c'est un arriviste. Elle, croit être amoureuse, mais après une lune de miel idyllique, elle va déchanter très vite. Elle va en effet vivre de déception en déception, devenant à la fois pour son époux, objet de son plaisir, et de sa rancoeur. Sa vie, malgré l'argent qui coule à flot, le faste retrouvé, les soirées mondaines et les belles robes, sera faite de violence et d'humiliation...

Heureusement de cette union va naître un fils, Ash. Il fera lui-aussi sa joie et sa peine. Elle ne sait pas l'aimer comme il le faudrait et le petit garçon, malheureux à son tour, va s'attacher davantage à son père qui en fera son unique héritier, laissant à sa mort, sa femme sans le sou... 

 

 

Sur fond d'histoire des Etats-Unis au XXe siècle, cette fresque romanesque est dépeinte par l'auteur sans détour avec la passion qu'on lui connait.

J'ai retrouvé avec plaisir le talent narratif de l'auteur et sa sensibilité. Il sait s'attacher à ses personnages avec beaucoup d'humanité et nous les faire aimer. Il nous les montre sans fioriture et toujours avec une justesse telle, que tout ce qui leur arrive nous touche.

 

C'est un roman très fort que j'ai pris et que je n'ai pas lâché tant je désirai connaître le destin de cette jeune femme privilégiée certes, mais si attachée à ses racines.

Tandis que son monde s'écroule et, qu'autour d'elle tout se délite, comme si sa vie devait servir à rembourser toutes les dettes de ses ancêtres, elle va prendre une décision irréversible afin de laisser derrière elle le poids du passé qui l'étouffe et l'empêche d'être heureuse...c'est le prix à payer pour expier leur faute et être enfin, libre. 

 

Le roman est suivi, dans cette édition, par une nouvelle intitulée "Trois lamentations". Largement autobiographique, cette nouvelle retrace des événements vécus par l'auteur durant ses jeunes années de lycéens. Robert Goolrick nous raconte la vie de trois de ses camarades de classe, rejetées par les autres : Claudie est trop grosse, Wanda à l'inverse, un vrai "sac d'os" et Curtissa est noire. 

Imprégnée de violence et d'intolérance, cette nouvelle nous rappelle la cruauté de la ségrégation raciale, et les conséquences du déterminisme social qui en découle, et de toute autre forme d'exclusion.

C'est réaliste et triste à pleurer...

 

"Et vous, que faites-vous dans la vie ? " Et Lucius, dans son costume mal coupé et élimé, qui balbutiait en rougissant ; "Je repasse des livres". L'homme le dévisageait quelques secondes d'un air indifférent, avant de se tourner vers son voisin de gauche pour ne plus jeter un regard en direction de Lucius.
"Je repasse des livres" quand il aurait pu dire "Je restaure des livres", ou bien "Je sauve des bibliothèques", n'importe quoi de plus affriolant à quoi son voisin aurait pu répondre : "Vraiment ? Comme c'est fascinant."

Parfois au milieu du flot des petites choses, il en arrive de grandes...

 

Du même auteur, voici deux autres romans que j'ai déjà présenté sur ce blog...

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commentaires

Vietnam Dragon Travel 25/07/2017 11:28

Je vais les acheter! Bonne chance et bonne continuation!

Gomez Victoria - Lynn 23/07/2017 19:57

coucou je ne connais pas du tout

René 23/07/2017 11:34

Merci Manou pour tous tes articles très intéressants. Bonne journée.

Thaddée 23/07/2017 11:26

C'est en effet la première chose que je me suis dite en voyant le titre du livre, tiens, il est en relation avec l'incendie dont nous parlait Manou il y a quelques jours. Les extraits que tu cites me font dire sans hésiter que c'est diablement bien écrit, et toujours quand je vois de la belle littérature, ça me donne envie d'écrire, il faut vraiment que je m'y remette. Merci pour cette lecture captivante Manou, passe de super vacances auprès de ceux que tu aimes, gros bisou.

Quichottine 23/07/2017 10:08

Tes lectures m'enchantent. :)
Passe un bon dimanche, Manou.

moqueplet 23/07/2017 07:02

c'est l'essentiel d'une lecture, il faut être passionné en la lisant, sinon pas la peine de continuer....en tout cas profites bien de ces instants ....douce journée

manou 23/07/2017 06:53

Un grand MERCI à TOUS pour vos commentaires. BON DIMANCHE

lemenuisiart 22/07/2017 16:32

Hé bien une histoire qui doit toucher.

Eglantine 22/07/2017 16:25

L'histoire me touche vraiment !Quel destin!

Mousse 22/07/2017 12:46

Bonjour chère Manou,
Un univers romanesque qui pourrait me plaire.
Je n'ai encore rien lu de cet auteur.
Je note !
Bon et doux week-end, bisous en pagaille.

Maria-Lina 22/07/2017 12:46

Merci douce Manou pour ce beau partage! Bise, bon week-end tout doux!

Plume vive 22/07/2017 11:18

Hum ta chronique m'intrigue, j'aime ces romans qui évoquent toute la vie d'un personnage, c'est souvent très intéressant !!!

Mimi 22/07/2017 11:11

Porter le poids et la responsabilité du passé... un thème très intéressant et en plus si l'écrivain est bon (et celui-là l'est), ne peuvent que me séduire. Merci Manou !

Doc Bird 22/07/2017 10:33

Ce roman me semble fort et douloureux à la fois. Il doit laisser des traces, d'après ta chronique qui donne envie d'en savoir plus sur le destin de cette femme. Bon week-end !

Domi 22/07/2017 09:50

quelle lectrice tu fais, et avec quelle flamme tu sais partager !

écureuil bleu 22/07/2017 08:38

Bonjour Manou. Je ne connais ni l'auteur ni le roman mais ta belle chronique me donne envie de le lire et découvrir cette Diana qui semble très attachante. Bonne journée et bisous

CathyRose 22/07/2017 07:25

Comme Danièle je découvre cet écrivain, et je note le titre de ce livre car je crois qu'il pourrait me plaire ! Merci Manou pour ce conseil de lecture ...
Excellent week-end, bisous !
Cathy

danièle 22/07/2017 07:10

Je ne connais pas cet écrivain, mais je pense que la découverte sera intéressante.
Très belle journée et bonne semaine, bises
danièle

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