Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 06:30
Gallimard, 2004 / Folio 2005

Gallimard, 2004 / Folio 2005

Globalia, ou nous avons la chance de vivre, proclamait le psychologue, est une démocratie idéale. Chacun y est libre de ses actes. Or la tendance naturelle des êtres humains est d’abuser de leur liberté, c’est à dire d’empiéter sur celle des autres. La plus grande menace sur la liberté, c’est la liberté elle-même. Comment défendre la liberté contre elle-même ? En garantissant à tous la sécurité. La sécurité c’est la liberté. La sécurité, c’est la protection. La protection, c’est la surveillance. La surveillance, c’est la liberté.

L'obsolescence programmée des choses faisait partie de la vie. Il était acquis qu'elle entretenait le bon fonctionnement de l'économie. Acquérir était un droit mais posséder était contraire au nécessaire renouvellement des productions.

 

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman d'anticipation. Et je devais pour le Cercle de lecture auquel j'appartiens lire un des romans de Jean- Christophe Rufin. Aussi lorsque j'ai découvert ce titre, j'ai trouvé que c'était une bonne chose de le lire. 

 

"Globalia" est un roman moderne et visionnaire qui dresse le portrait d'une société soi-disant démocratique, mais protectrice à l'excès qui a enfermé ses habitants dans une sorte d'énorme bulle où tout est parfaitement calculé, contrôlé, vérifié...

Dans cette société régit par un seul état, on parle l'anglobal et on emploie le globar pour payer. 

Mais la prospérité apparente du lieu où l'expression de chacun est favorisée, cache en réalité un régime totalitaire qui surveille chacun étroitement par l'intermédiaire de la "Protection sociale",  une sorte d'armée secrète visant à faire respecter l'ordre et qui n'hésite pas à faire de vos proches, vos pires ennemis et espions...

Des fêtes factices et obligatoires sont créées pour satisfaire le besoin de s'amuser, chacun sait tout sur tout le monde, les informations fausses circulent et les habitants sont abrutis par des écrans géants qui se trouvent à peu près partout. On a le droit de vivre très vieux car tout est fait pour que la vieillesse n'existe pas et les habitants sont obligés d'avoir recours à la chirurgie esthétique et autres actions pour rester éternellement jeunes.  Bien sûr, dans un monde clos où la mort n'existe pas, les naissances sont rigoureusement contrôlées. 

Ah oui ! J'oubliais : le papier et les stylos s'achètent au rayon jouets...car on écrit plus du tout puisque tout est informatisé. 

Les politiques sont pourtant élus par le peuple, mais il y a tellement d'élections que les gens ne se dérangent plus pour voter.
 

 

C'est la grande sagesse du peuple, voyez-vous. Les gens ne se dérangent que pour les élections qui ont un sens.

 

Alors on fabrique de toute pièce des stimulants, on fait exploser des bombes et on invente un ennemi qui n'existe pas pour faire peur aux gens et les abêtir un peu plus.

C'est là dans Globalia que vivent Baïkal et Kate. Ils sont amoureux et leur rêve est d'aller voir de l'autre côté de la bulle, de quitter ces paysages factices, cet air artificiel et cette météo toujours trop prévisible.

Alors lors d'une randonnée organisée, ils passent la barrière de verre... 

 

On entendait un gazouillis en hauteur dans les arbres : elle se demanda si c’était un véritable oiseau ou un haut-parleur dissimulé car la salle était habilement sonorisée.

 

Baïkal, toujours rebelle depuis son enfance veut découvrir ce qu'on leur cache.

Car en dehors des parois de verre, il y a des gens qui vivent : ce sont les non-zones, des êtres misérables, plus ou moins organisés dont certains survivent uniquement grâce à la mafia locale. 

Mais très vite, la zone extérieure étant protégée par de nombreuses caméras de surveillance, les deux jeunes gens sont arrêtés, séparés et ramenés à Globalia.

C'est alors qu'un dénommé Ron Altman propose à Baïkal de lui rendre sa liberté s'il accepte de retourner à l'extérieur, lui faisant croire qu'il a une mission spéciale à lui confier. En fait, à son insu, il va le faire passer pour un terroriste...

Baïkal devient alors l'ennemi public numéro 1. Le voilà obligé de rester sur place, loin de Kate, au milieu de ces êtres qu'il ne connaît pas mais qui vivent en toute liberté hors de Globalia...

 

 

Un livre fort qui au delà des personnages et de l'histoire, nous rappelle quel est le prix à payer pour vivre dans un monde sécurisé. 

L'écriture de Jean-Christophe Rufin est très agréable et d'une grande richesse...

Beaucoup de pistes de réflexion sont mises en avant dans ce roman et vous y penserez longtemps...

Un faible pourcentage de dirigeants possèdent toutes les richesses et c'est donc l'économie qui gouverne et non pas les politiques ; 

Le terrorisme est créé de toute pièce pour annuler tout désir de remise en question du peuple et créer une sorte de cohésion sociale ; 

 

Le problème, je vous l’ai dit, c’est que les gens ont besoin de la peur… Pourquoi croyez-vous qu’ils allument leurs écrans chaque soir ? Pour savoir à quoi ils ont échappé… La peur est rare, voyez-vous. La vraie peur, celle à laquelle on peut s’identifier, celle qui vous frôle au point de vous cuire la peau, celle qui entre dans la mémoire et y tourne en boucle jour et nuit. Et pourtant, cette denrée-là est vitale. Dans une société de liberté, c’est la seule chose qui fait tenir les gens ensemble. Sans menace, sans ennemi, sans peur, pourquoi obéir, pourquoi travailler, pourquoi accepter l’ordre des choses ? Croyez-moi, un bon ennemi est la clef d’une société équilibrée.


 

Le nivellement par le bas donne une société uniforme où les quelques individus qui sont encore capable de réfléchir sont mis aux bans des accusés comme Puig par exemple qui va se battre aux côtés de Kate et l'aider à retrouver Baïkal. Il a été rejeté parce que son témoignage allait à l'encontre des versions officielles ;

Les livres sont bannis et l'histoire oubliée ;  

La jeunesse est jalousée et rejetée car elle formerait une menace pour la cohésion sociale...

 

Bien sûr, ce roman nous rappelle de grands classiques du genre comme les romans de Bradbury, d'Orwell, de Huxley et même de Kafka  que nous avons tous lu dans notre jeunesse et que j'ai même dévoré à l'époque ! 

Celui-ci est différent car plus proche encore de notre monde d'aujourd'hui : c'est justement parce qu'il est encore plus crédible que nous nous laissons prendre. 

J'ai pourtant mis un peu de temps à entrer dans cet univers, mais une fois immergée, j'ai trouvé de l'intérêt à suivre les personnages, découvrir les complots et la personnalité de ceux qui tiennent les ficelles.

J'ai juste regretté que par moment, le roman présente quelques longueurs ce qui peut empêcher des grands ados de s'y intéresser.

Ce roman sorti en 2004, provoque toujours des avis très divergents sur le net, on adore ou on déteste, on y croit ou pas, on le trouve proche de la réalité ou pas...

A lire donc pour vous faire votre propre opinion ! 

 

Par bonheur, le retour d'un être n'est pas seulement l'incarnation du souvenir qu'on avait de lui. C'est sa vie tout entière qui revient, son parfum, sa mimique, le son particulier de sa voix. Celui qui apparaît rapporte d'un coup tout ce qu'il est, ce dont nous nous rappelions et ce que nous avions oublié.

L'ennemi c'est celui qui vous hait et veut vous détruire. L'adversaire c'est celui qui vous aime et veut vous transformer...

Partager cet article

Repost 0

commentaires

marine D 01/06/2017 07:47

Un excellent auteur même si on n'est pas toujours d'accord avec lui !

manou 01/06/2017 17:13

C'est vrai qu'"il est très engagé mais il a le mérite d'ouvrir le dialogue et de laisser chacun penser ce qu'il veut ! C'est déjà pas mal :)

écureuil bleu 31/05/2017 10:54

Je note ce titre, bien que je n'aime pas la science fiction. Bisous Manou

manou 31/05/2017 14:38

Tu peux essayer un autre titre car il a écrit très peu d'anticipation...ses romans sont ancrés dans la réalité mais la révolte n'est jamais très loin. Regarde son parcours personnel, car tu verras que son engagement personnel est intéressant. Bisous

Quichottine 30/05/2017 23:10

Merci pour cette envie de lecture.
Je le note... :)

manou 31/05/2017 14:35

C'est un auteur parfois difficile à suivre mais son parcours engagé de médecin sans frontière, de diplomate et autre...est intéressant et donne une grande richesse à ses écrits. Bisous

sofia 30/05/2017 13:22

Belle semaine, bisous !

manou 31/05/2017 14:34

Merci !

missfujii. 30/05/2017 08:37

Comme ça doit être ennuyeux un tel monde !!

manou 31/05/2017 14:34

C'est tout à fait ça, voilà pourquoi ces deux jeunes gens veulent explorer les endroits interdits et non "préfabriqués"

Yannn 30/05/2017 08:13

De lui, je crois avoir lu immortelle randonnée, mon côté chemin de Compostelle.
Rouge Brésil, on m'en a parlé. Avec Globalia, ça me fait trois livres dont j' aurai entendu parler.
Pour meutres à Strasbourg, il y avait des endroits vraiment tres peu mis en valeur. Le pont tournant, que tu as du passer et la maison des tanneurs très proche.

Je te souhaite un bon jour, ici, une douceur retrouvée, apres les récents excès.
Yann

manou 31/05/2017 14:33

Bien sûr Rouge Brésil est un incontournable car il a eu le Prix Goncourt ! Mais j'ai bien aimé aussi "Check Point" (j'ai écrit une chronique sur le blog) qui parle des problèmes de l'humanitaire aujourd'hui sous forme romancé. Bisous Yann et à très bientôt

virjaja 30/05/2017 00:05

des années que je n'ai pas lu de roman d'anticipaion, j'adorais ça avant pourtant...je ne connais pas cet auteur, tu donne envie de le découvrir. gros bisous Manou. cathy

manou 30/05/2017 07:30

Comme toi cela faisait longtemps ! Mais cet auteur n'écrit pas d'anticipation d'habitude. J'ai parlé aussi dans le blog d'un autre titre "check-point" qui est sur le thème de l'action humanitaire. Bisous

Rebecca G. 29/05/2017 23:28

Le résumé me fait très envie (il me rappelle 1984 de George Orwell que j'avais a-do-ré!!) mais les extraits me montrent que le style n'es pas celui que j'aime lire... En vérité, Gallimard et moi on est pas trop copains: généralement, je n'arrive pas à finir les livres que je commence de cet éditeur...
Bisous et merci pour cette chronique. PS: tu as déjà lu 1984??? Publié en 1949, il est d'une incroyable modernité!!!!

manou 30/05/2017 07:32

Oui bien sûr que j'ai déjà lu Orwell ! La SF était mon style préféré quand j'étais adolescente et j'ai dévoré tous les classiques à cette époque puis j'en ai relu pas mal lorsque j'ai voulu les conseiller à mes enfants devenus ados. La différence c'est que JC Rufin est beaucoup plus proche encore de notre monde d'aujourd'hui. Bisous

CathyRose 29/05/2017 21:06

Pas du tout mon style de lecture, mais c'est bien que nous ayons des goûts différents ! Ravie de te retrouver Manou, je suis revenue moi aussi aujourd’hui après ma petite pause !
Belle soirée, bisous !
Cathy

manou 30/05/2017 07:34

Je sais bien Cathy mais comme nous avions choisi cet auteur pour notre réunion du cercle de lecture il fallait bien que je lis un titre qui m'attirait :) Je sais que tu es rentrée et je vais d'ailleurs venir voir tes anciens articles car j'ai "raté" plein de choses :) Bisous

Nell 29/05/2017 20:16

J'adore ce genre et cela d'autant plus vrai que cela se rapproche de notre vie, celle dans laquelle nous évoluons. L'oeil du robot est là et va nous guetter de plus en plus... Belle soirée, ma chère Manou, et gros bisous

manou 30/05/2017 07:36

J'adore aussi mais c'est vrai que dans celui-ci il y a quelques longueurs et il faut donc avoir du temps pour le lire... Gros bisous et une douce journée. Je vais essayer d'ici la fin de la semaine d'explorer tous les articles en retard de mes ami(e)s préféré(e)s

Encore Un Blog ?

  • : Dans la Bulle de Manou
  • Dans la Bulle de Manou
  • : Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes ou mes voyages : intellectuel, spirituel, botanique ou culinaire...
  • Contact

Qui Suis Je ?

  • manou
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...

BLOG Zéro carbone !

Perdu Dans Le Blog ?

Y a-t-il des curieux ?

litterature

 

  D'où viennent-ils ?

 

  litterature

C'est bien l'été maintenant !

 

N'oubliez pas de protéger Xin Xin et de le nourrir en cliquant sur more...

 

 

Mes livres sur BABELIO

Les dix droits imprescriptibles du lecteur

mod article2138927 3

Extrait de "Comme un roman" de Daniel Pennac

Illustrations de Quentin Blake

Retrouvez-moi sur Pinterest !

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -