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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 07:10
Albin Michel, 2016

Albin Michel, 2016

 

"Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir et un père comme André Sfar." nous dit l'éditeur sur sa quatrième de couverture. "Ce livre pudique, émouvant et très personnel, est le Kaddish de Joann Sfar pour son père disparu. Entre rire et larmes".

 

Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien.

 

Il est inutile de présenter Joann Sfar. Tout le monde le connaît. J'aime ses bandes dessinées décalées ! Mais je suis très partagée concernant ce récit de vie.

 

Le père de l'auteur est mort il y a deux ans... 

Ce récit est son hommage à ce père disparu et qui lui manque tant. 

Son père était un avocat célèbre, au caractère bien trempé, qui a mené d'une main de maître toute la maisonnée. Il a fait partie des personnages forts qui ont marqué son enfance.

Ce qui a touché l'auteur est, comme pour nous tous, de voir son père devenir vieux, fragilisé et malade, puis de le voir entrer dans une lente agonie. Il nous raconte ces jours difficiles et ceux qui ont suivi l'enterrement et laisse les souvenirs remonter à la surface.

Entre autres figures marquantes, il y a eu aussi le grand-père dont l'auteur nous parle aussi beaucoup. 

Ces deux hommes ont d'autant plus marqué sa vie que sa mère est décédée alors que Joann n'avait que  trois ans et demi et qu'il a attendu en vain son retour, car on lui avait dit qu'elle était partie en voyage, comme cela se faisait dans beaucoup de famille. 

Un jour, le grand-père lève le voile et lui explique que sa mère ne reviendra plus. Cet accès de vérité marquera le petit garçon à jamais...

 

Deux ans plus tard, parce que ça le démolissait de m'entendre nuit et jour demander quand ma mère reviendrait de son voyage, mon grand-père Arthur a brisé le diktat paternel. Il m'a pris sur ses genoux et m'a dit la vérité : elle est morte.
Ce jour-là, il m'a donné la parole, j'ai cessé d'être un chat domestique, j'ai su où j'étais.
Et le visage de mon grand-père à cet instant-là, je m'en souviens pour toujours. On l'aime un siècle après sa mort, l'homme qui vous dit vrai. Et celui qui par amour vous cache un morceau du monde, je veux dire papa, on l'aime tout autant, mais on met quarante ans à comprendre combien il avait peur, et combien c'est lui qui redoutait les mots.
C'est toi que j'aurais dû prendre dans mes bras, cher papa. J'avais les bras trop petits. Je ne comprenais pas que tu voulais que je te rassure sur la suite des événements.

 

Mais ce livre n'est pas qu'un hommage à sa famille. C'est aussi une ambiance unique dans une époque et des relations familiales particulières, ainsi qu'une immersion dans la religion juive, mais une immersion emplie de critiques.

De bonnes idées y circulent, comme celles sur la paix entre Israël et la Palestine...

Donc mes chers frères, là-bas il y aura la paix le jour où les gens le voudront bien. Et aujourd'hui, ils ne veulent pas.
...
Voilà, mes frères, aimer la paix, c'est se mettre dans une colère folle. Plus je songe à la paix, plus je souhaite vous casser la gueule à tous. Mon papa faisait ainsi, il souhaitait la paix dans le monde et se bagarrait tout le temps. Je crois que c'est inévitable, dès qu'on a un tout petit peu d'ambition pour l'espèce humaine, de se mettre dans une colère folle.

 

L'histoire en elle-même n'est pas à juger bien qu'elle soit très décousue comme le sont nos souvenirs qui remontent à la surface, ou nos pensées lorsqu'on les laisse affleurer. On ne les dompte pas, mais si on les écoute, elles arrivent en désordre, sans aucune chronologie, une pensée amenant les autres et nous faisant passer "du coq à l'âne".

Je connaissais depuis l’âge de trois ans et demi les mensonges des grandes personnes, « ta maman est partie en voyage », mais il a fallu attendre quarante-deux ans et demi pour que j’assiste à ça…Je connais les cadavres. J’en ai disséqué à l’hôpital Pasteur, je connais les os. Aux Beaux-Arts, on n’allait jamais loin sans brandir un fémur ou un maxillaire. Mais je n’avais jamais vu une âme quitter un corps. Voyant comme elle s’est dévouée au chevet de papa, j’ai failli présenter des excuses à ma sœur chérie, pour avoir eu à sa place l’étrange privilège de voir mon père mourir dans mes bras.

 

Ce qui m'a empêché d'accrocher par moment au récit que par ailleurs j'ai lu très vite, car il a un côté prenant, c'est plutôt, je crois,  le style de l'écriture. Je n'ai pas été sensible à ses phrases courtes, mais surtout à son langage cru,  en particulier les passages où il nous parle de la sexualité de son père, que je trouve déplacés car très personnels.

Il y a pourtant beaucoup d'émotion que, sans doute par pudeur, l'auteur stoppe aussitôt, et de l'humour ce qui lui permet de prendre de la distance...

J'ai dessiné, car mon père était incapable de dessiner,
le seul domaine où il ne pouvait pas me juger !

 

J'ai trouvé qu'en cela c'était un livre d'hommes, et c'est sans doute en partie une des raisons pour lesquelles j'ai décroché par moment, bien que ce soit un livre sur le deuil du père et la difficulté d'y faire face auquel tout être humain  est confronté un jour, quel que soit son âge et son sexe. 

Ce qui me reste après quelques jours de cette lecture...malgré les idées et l'hommage touchant à son père, c'est que c'est un récit qui aurait mérité d'être approfondi.  

Le lecteur reste en surface et c'est dommage finalement. 

A lire si on est fan de ses BD décalées pour mieux connaître l'auteur, mais sans plus...

Ensuite à l'hôpital, il n'y a que des bonnes nouvelles. Chaque matin, on vous annonce : "Il va un peu mieux". Et puis un jour, il est mort.

 

Pour en savoir plus sur Joann Sfar, vous trouverez ci-dessous, sur le site de bédéthèque, le lien vers sa biographie et son impressionnante bibliographie.

Car en plus d'être écrivain,  il est aussi réalisateur, scénariste, et ...à vous de le découvrir !

 

Un autre avis beaucoup plus enthousiaste que le mien chez Zazy...

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commentaires

FMarmotte5 01/12/2016 15:29

Voilà un auteur que j'aime beaucoup lire, que ce soit ses BD avec le "Chat du Rabbin" que ses romans. beaucoup d'ironie et d'auto dérision bien dosées. Je note ce titre. Merci

manou 01/12/2016 22:12

Je ne connaissais que ces BD que j'aime beaucoup. Il faudra que je tente ses romans...

Quichottine 29/11/2016 18:15

Je ne sais pas si je le lirai... mais qui sait ?
Merci pour ton avis de lecture, Manou.
Bisous et douce soirée.

manou 30/11/2016 07:16

J'aime tellement son côté décalé dans ses BD que j'ai été tenté. Après c'est sûr que son style ne plaira pas à tout le monde et que nous avons tant à découvrir ! Bisous et une belle journée

missfujii. 29/11/2016 16:01

J'ai perdu mon père il n'y a pas très longtemps, alors je n'ai pas trop envie de lire ce livre

manou 30/11/2016 07:15

Je comprends. C'est ce qui m'a fait beaucoup hésiter moi aussi et puis je me suis dis que les souvenirs qui remontent à la surface font aussi du bien et aident à faire son deuil...

Nell 28/11/2016 20:52

Franchement je ne pense pas que ce livre soit dans mes cordes. J'ai besoin de gaité et de douceur depuis quelques temps... Belle soirée, Manou et gros bisous

manou 29/11/2016 07:24

Je sais bien Nell mais j'aime varier mes lectures que veux-tu et j'adore ses BD et son humour décalé...Bisous

Audrey - Que Lire ? 28/11/2016 18:47

J'aime beaucoup ses BD. Maintenant, j'ai lu plusieurs critiques qui rejoignent ton avis. Je ne pense pas que je le lirai mais à sa sortie, il me faisait vraiment envie... le bouche à oreille aura eu raison de mon intérêt.

manou 29/11/2016 07:22

J'ai craqué suite à la lecture de la critique de Zazy ! Mais voilà nos ressentis divergent sur ce livre...Moi aussi j'aime beaucoup ses BD et on retrouve dans ce récit ce côté décalé qui le caractérise, mais cela ne suffit pas !

zazy 28/11/2016 18:05

J'ai apprécié cette lecture. Ce livre lui correspond très bien.

zazy 29/11/2016 18:14

Je n'avais pas vu !! seulement noté le lien chez Sfar

manou 28/11/2016 18:08

Oui c'est pour ça que j'ai fait un lien vers ton blog :)

CathyRose 28/11/2016 15:44

Euh ... moi c'est la première fois que j'entends parler de lui ! Bon de toutes façons, à part Astérix, je ne suis pas du tout BD !!! Hélas tu dois te douter encore une fois que ce n'est pas mon style de lecture ... j'ai presque honte de le dire ... tu vas finir pas croire que j'en fais exprès ! ;)
Bel après-midi, bisous !
Cathy

manou 29/11/2016 07:25

Cela ne t'arrivera pas avec moi Cathy, je te l'assure. Bisous

CathyRose 28/11/2016 17:53

Merci pour ta compréhension Manou, mais depuis que j'ai eu des soucis avec une fille qui m'a reproché de ne rien aimer ... je prends des gants pour donner mon avis, car j'aime être honnête !
Belle fin de journée, bisous !
Cathy

manou 28/11/2016 17:51

Mais non Cathy ! Ne culpabilise pas...il y a de nombreuses choses que l'on partage et on peut ne pas lire les même choses, c'est ça la liberté de chacun. Pr exemple, mon mari ne lit que des documentaires et un policier par an pendant les vacances et je vis avec lui depuis...1974 :) Alors tu vois je suis pour le respect... Bisous et une douce soirée

Mimi 28/11/2016 13:25

Je préfère me plonger dans ses BD que dans sa vie. Tu connais mon sentiment là-dessus. Mais si écrire le soulage, grand bien lui fasse...

manou 28/11/2016 17:48

C'est parce que je connaissais ses BD que je me suis laissée tenter. Ce n'est pas que j'adore les autobiographies mais comme j'avais lu l'avis positif de Zazy et qu'il parlait de son père, j'ai voulu essayé. Ma main s'est tendue toute seule pour l'emprunter :) Bisous

Cléo 28/11/2016 13:08

Pour être franche, je n'aime pas les lectures, comme les films, décousus. Je trouve que c'est mêlant. Ça a dû lui faire du bien d'écrire ce livre. Bises et bonne journée !

manou 28/11/2016 17:46

Oui je suis sûre que d'écrire tout ça a été pour lui une véritable thérapie. Je ne peux pas de dire que c'est totalement décousu car ce n'est pas le cas, je voulais juste préciser que, comme dans nos souvenirs le récit ne suit pas une simple chronologie. Bises et une douce soirée

L'Espigaou 28/11/2016 13:00

Tu te doutes que je note de suite ce livre, bien sur je sais que je vais verser ma larme en pensant à mon père.
Merci Manou de nous en parler
Passe une belle journée
Je t'embrasse fort
Maryse

manou 28/11/2016 17:45

Lui il écrit son chagrin à sa façon...nul doute que cela lui a fait du bien d'écrire ce livre, parfois avec maladresse. Bisous Maryse. J'espère que tu vas un peu mieux et que tu te reposes.

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