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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 07:10
Stock, 2016

Stock, 2016

Je leur raconte que sept cent quinze passagers et membres d'équipage sont morts ce jour-là. je ne leur dis pas qu'il y avait parmi eux deux sauveteurs dont les destins se sont tragiquement entrelacés. En général, ils préfèrent entendre parler des victimes, pas des sauveteurs. Ils ne savent pas encore que nous sommes une seule et même personne.

Il n'est pas rare en Antarctique de voir des choses qui n'existent pas, des montagnes qui lévitent au loin, des gratte-ciel qui s'élèvent à l'horizon. Quand la mer est plus froide que l'air, une couche se forme qui crée un mirage polaire. Plus il y a de superpositions, plus la lumière est réfractée. Des montagnes naissent de l'océan ; des falaises deviennent des châteaux...

 

Deb Gardner étudie les manchots empereurs et les manchots Adélie et pour cela, elle se rend chaque année en Antarctique où elle effectue, depuis plusieurs saisons, des missions de recensement. 

En échange de son voyage, elle joue d'abord les guides touristiques, avant d'être débarquée quelques temps, toute seule ou avec un coéquipier, sur une des îles...et d'y poursuivre ses recherches.

Nous connaissons peu de choses sur la capacité d'espérance des animaux. Nous savons qu'ils peuvent être tristes, heureux, gais et joueurs, malicieux et intelligents. Qu'ils savent collaborer dans un but commun, utiliser des outils pour obtenir ce qu'ils veulent. Malgré ce que beaucoup pensent, ils ne sont pas si différents de nous.
Cependant nous ignorons tout de leur coeur et de leur esprit. Nous ne pouvons qu'observer leur comportement.

 

Cette année, elle se trouve à bord du "Cormoran" lorsqu'elle constate que Keller Sullivan, qu'elle a rencontré quelques années auparavant et qu'elle revoit chaque année, n'est pas à bord. Il a été obligé de se joindre à l'équipage de l'Australis, un énorme bateau de croisière. 

Alors qu'elle espérait beaucoup de ce voyage sur le plan affectif, car Keller et elle, vivent une belle, mais épisodique et fragile relation amoureuse, elle apprend en même temps, qu'elle est enceinte et que l'Australis, prisonnier des glaces, se trouve en difficulté avec ses centaines de passagers à bord.

 

L'équipage du Cormoran n'a pas d'autres choix que celui de se porter au secours du paquebot et de tenter de sauver le maximum de passagers. 

Un véritable drame se joue au coeur même des eaux glaciales de l'Antarctique et touche autant les hommes que la nature environnante ...

 

Deb nous raconte à la fois son histoire d'amour pour ce pays hostile, mais si fascinant, et son amour pour Keller, qui se terminera mal, le lecteur le sait, hélas,  dès les premières pages...

 

L'étude du règne animal ne m'avait pas appris que l'espoir est pire que le chagrin.

 

Voilà un livre émouvant à plus d'un titre.

Émouvant... parce qu'il apporte une connaissance précise de l'équilibre fragile de ce continent qui risque à tout instant de disparaître, si les hommes ne prennent pas les bonnes décisions pour la planète. 

Durant la nuit antarctique, des dizaines de milliers de manchots empereurs se rassemblent pendant de longues semaines d’obscurité totale, à des températures avoisinant les moins cinquante degrés, pour couver leurs œufs. Lorsque les femelles reviennent, quatre mois après leur départ, les mâles qui ont perdu la moitié de leur poids, ne sont pas loin de mourir de faim. Pourtant, ils attendent, patients. Parce qu’ils sont ainsi programmés.

C'est peut-être ce qui nous sépare des animaux, cette incapacité à vivre simplement en suivant nos instincts, ce besoin de devenir qui nous aimerions pouvoir être.

 

Émouvant... parce que le lecteur en découvrant les moeurs des manchots, découvrent aussi la précarité de leurs conditions de vie, leur fragilité, et le mal que leur fait le tourisme de masse, et en particulier les Tours-Operators, qui n'hésitent pas à braver les interdits et à s'aventurer dans les zones protégées, pour satisfaire une clientèle de plus en plus avide de sensations fortes...et inconnues.

 

Nous continuons à mesurer les effets du tourisme sur les oiseaux. Il y a deux cents ans, les manchots avaient le continent pour eux seuls ; aujourd’hui, ils sont au contact de bactéries contre lesquelles ils n’ont aucune défense.

On a pas besoin de passeport pour visiter l'Antarctique, si bien qu'on a maintenant tout un tas de soi-disant explorateurs qui se fichent du continent, qui veulent juste faire du saut en chute libre, du ski nautique, du parapente à l'endroit le plus froid de la Terre afin de se vanter à leur prochaine soirée.

 

Le lecteur est bien sûr profondément touché par le récit du naufrage dans ce milieu hostile et froid, un milieu qui ne fait de cadeaux à personne et, où le moindre faux-pas peut provoquer la mort.

L'eau douce se transforme en glace à zéro degré ; l'eau de mer entre moins quatre et moins deux. A cette température, les chances de survie d'un homme se réduisent à quelques minutes.

 

Tout d'abord, j'ai été subjuguée par la description des paysages, de la mer, des icebergs et de ce désert de glace.

Puis j'ai eu peur un instant que l'idylle entre Deb et Keller vire trop "fleur bleue" et gâche le décor...mais cela n'a pas été le cas, car au-delà de l'histoire d'amour entre les deux héros, qui se croisent chaque année, se quittent à chaque fin de mission, s'aiment mais ne vivent presque jamais ensemble, ce roman s'attache à décrire avec réalisme la précarité de ce continent et nous donne toutes les clés pour en comprendre l'enjeu.

L'auteur nous fait pénétrer grâce à son écriture précise et fluide dans l'ambiance et le silence...

 

"Je voulais juste voler quelques instants seul avec toi".
Il coupe le moteur et laisse le canot dériver.
Après des journées de bavardages, d'annonces tonitruantes dans les haut- parleurs, du vrombissement régulier du moteur, le silence me remplit comme l'eau étanche la soif. le monde devient lisse, clair, on n'entend plus que les coups de fouet du vent sur la glace, les plongeons des manchots dans l'eau, le clapotis de l'eau...

 

Les gens qui viennent là ont tous des blessures à panser, des drames à oublier, une envie pressante de changer de vie, voire de trouver une nouvelle raison de vivre et les scientifiques n'échappent pas à la règle. Tous sont des écorchés vifs capables de tout...mais à la différence des scientifiques qui ont l'expérience et la connaissance de la fragilité du milieu et ne font pas n'importe quoi, les touristes sont prêts à partir à l'aventure, quitte à mettre les autres inutilement en danger. 

 

Le seul bémol est dans la manière dont les événements sont relatés. Le naufrage est raconté dans une succession de chapitres qui se déroulent dans un laps de temps très court d'une semaine avant le drame jusqu'au jour J. Ces chapitres alternent avec une rétrospective qui ramène le lecteur dans le passé des personnages, et remonte de plus en plus loin dans leur vie. Ce découpage crée un certain suspens, mais peut gêner éventuellement la fluidité du récit. 

 

Nous avons désormais tout un nouveau champ d’études : les effets des naufrages. La façon dont ils affectent la survie et la reproduction des manchots, tués ou blessés par les déversements de mazout, l’ingestion de plastique et autres déchets ingérés.

 

Voilà un premier roman très documenté. Il est à conseiller à tous les amoureux de la nature, en particulier à ceux qui voudraient la préserver mais se sentent parfois dépassés par les événements.

C'est un bel hommage à tous les scientifiques qui tentent de sauver l'Antarctique, ses glaces et sa faune même microscopique, et qui mettent le plus souvent leur vie et leur passion au service de la planète, pour préserver ce milieu magnifique de la pollution des hommes...

Parce que le corps de Keller appartient désormais à l’océan Austral, j’aime à croire qu’on le verra un jour, grâce à une "fata morgana", debout parmi un groupe de manchots, son bandana rouge au cou, clignant des yeux sous le soleil. Qu’il nous apercevra à son tour et sourira. Qu’il nous dira, comme il le faisait, "Fin del mundo", et que nous lui répondrons,"Principio de todo".
Le bout du monde, le début de tout.

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commentaires

moqueplet 03/11/2016 05:46

la Sicile a été notre destination mi septembre, nous recherchions un endroit ensoleillé, et nous l'avons eu...mais nous n'avons pas pu en 8 jours visiter Palerme, dommage, douce journée à toi

manou 03/11/2016 06:37

C'est sûr que 8 jours c'est bien court mais c'est déjà pas mal aussi, pour se changer les idées et voir d'autres horizons...Tant pis pour ce que tu n'as pas vu ! Une belle journée à toi aussi, je vois que tu es très matinale

écureuil bleu 02/11/2016 22:52

Bonsoir Manou. Je note le titre du livre pour l'emprunter à la médiathèque dans quelques temps. Bisous

manou 03/11/2016 06:40

Je trouve tout à la médiathèque et n'achète plus que des poches...et malgré tout mes bibliothèques débordent à la maison. Comme tu lis beaucoup tu devrais t'inscrire sur le réseau Babelio, une fois par mois, on est tiré au sort pour avoir un livre que l'éditeur nous envoie...en échange de notre avis. Dis-moi si cela t'intéresse je te donnerai plus de détails. Bisous et une bon jeudi

lemenuisiart 02/11/2016 18:51

Cela doit-être un bon livre

manou 03/11/2016 06:40

Pour ceux qui comme toi aiment la nature, certainement...

Maryline 02/11/2016 17:08

Il me tente ce livre, je suis très concernée par la sauvegarde de la planète... Les retours en arrière sont devenus monnaie courante dans la littérature contemporaine, l'école américaine pour faire durer le suspens.... mais parfois ça lasse. Néanmoins, je le note!
Bisous
maryline

manou 02/11/2016 17:54

Je le mentionne mais ces nombreux retours en arrière ne m'ont pas vraiment gêné car la date est clairement mentionné en haut de chacun des chapitres. Je crois que ce roman ne peut que plaire aux personnes concernées par l'environnement et la préservation de la planète. Bisous et une belle soirée

Nell 02/11/2016 17:07

Je suis toujours autant émerveillé par ce continent et essaye toujours d'en voir des documentaires. Ce livre va très certainement me plaire, Manou, car toutes les conditions y sont réunies. Merci de nous en avoir parler avec autant de fougue. Gros bisous et très agréable fin d'après-midi

manou 02/11/2016 17:57

Il est très facile à lire Nell et très intéressant. Celui-ci te changera les idées même si la fin est triste... Bisous et une douce soirée, je constate qu'il fait déjà nuit et je ne sais plus si on est encore dans l'après-midi ou déjà dans la soirée :)

Mimi 02/11/2016 16:20

Sûrement de belles découvertes à faire dans ce milieu dit hostile. Je regarde assez souvent les émissions sur le Grand Nord, la vie là-bas est tellement éloignée de la nôtre que je suis toujours subjuguée par les personnes qui désirent s'y rendre volontairement pour y travailler. Certainement un très bon roman. Merci Manou.

manou 02/11/2016 17:58

C'est un roman contemporain bien écrit et qui nous fait voyager sans trop polluer la planète ! C'est déjà ça :) Bises

barbizon 02/11/2016 13:53

Je suis sure que ça me plairait, tous ces hommes qui tentent de sauver un morceau de notre terre alors que nous devrions tous le sauver, quel bel hommage, ces animaux qui souffrent toujours de notre cynisme a leur égard..grr... Tu as de bons choix de lectures, très diversifies, j'aime beaucoup! Merci Manou. Bises.

manou 02/11/2016 18:00

Tous les enjeux et les problèmes sont expliqués clairement sans nous culpabiliser. Les gros paquebots à touristes sont un peu montrés du doigt mais les scientifiques passent beaucoup de temps à expliquer aux touristes ce qu'il faut faire et ce qu'il faut mieux éviter de faire. Bises

Roguidine 02/11/2016 12:26

Bonjour Manou,
Je viens répondre à la question que tu m'as posée sur mon blog et que je me suis posée aussi !!!
et comme j'ai posé la question à la personne qui était responsable , j'ai eu la réponse ..... tous les chrysanthèmes sont vendus le lundi aux gens à prix coûtant !!! tu peux croire qu'en vrai c'est superbe !!!!
je ne lis pas , c'est trop long !! lol, je te souhaite une bonne journée plus froide, bises

manou 02/11/2016 18:02

Merci pour ta réponse...tu sais que je n'aime pas les gaspillages même si c'est pour le plaisir des yeux et je reconnais que c'est très beau. D'ailleurs, moi qui aime beaucoup les marguerites j'adore les chrysanthèmes et si ce n'était pas une fleur associée aux cimetières j'en aurai plein mon jardin...
Tu as parfaitement le droit de ne pas aimer lire et tu vois cela ne nous empêche en rien de communiquer :) Bises et une excellente soirée

Doc Bird 02/11/2016 10:36

Ce roman semble mêler habilement amour, préservation de l'environnement, et drame. Un bon mélange ! Bon mercredi.

manou 02/11/2016 18:04

Et en plus je le trouve bien écrit ce qui ne gâche rien :) En tous les cas il m'a permis un beau voyage et j'y ai appris certaines choses sur les manchots que je ne savais pas. Bonne soirée et surtout pour toi demain bonne reprise, je te promets de penser à toi pendant ma petite balade matinale...avec mes copines

missfujii. 02/11/2016 09:28

Je note le titre ce livre devrait beaucoup me plaire

manou 02/11/2016 18:05

Oui j'en sûre aussi car tu aimes la nature et donc comme beaucoup de randonneurs tu fais tout pour la préserver...c'est une bonne chose et nous sommes tous responsables de son avenir.

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