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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 06:13
Robert Laffont, 2016

Robert Laffont, 2016

Tu es resté plus de trois nuits à cet endroit où le chemin s'efface...
Ce que tu ignorais, c'est qu'aucun œil familier ne pouvait plus te voir. Leurs corps avaient été empilés non loin des caféiers du village, une fosse barrait le sol comme une cicatrice profonde faite à la terre.

 

Les objets ont une force insoupçonnée en eux. Il suffit de les sortir de leur tiroir ou que nous sachions qu'ils sont là pour qu'une horde de souvenirs nous assaillent : ce sont nos racines qui nous parlent et nous font découvrir ce que nous sommes...

Mon Dieu que cette odeur t'a rappelé des choses...Tu as fermé les yeux, et aussitôt des images se sont mises à défiler, des papillonnements de lumière.
Dormir dans cette valise t'avait protégé du froid, des bêtes sauvages, des pluies torrentielles et de cette brume épaisse qui te cernait. Recroquevillés, tes pieds étaient tous deux calés sur les bordures intérieures. Tu sentais les cailloux aiguisés à travers la peau épaisse, mais tu dormais quand même...

Suzanne anime des ateliers d'écriture à l'école où elle a été elle-même élève. Elle demande à chacun des élèves d'apporter un objet de famille car elle veut que les enfants s'expriment sur leur vie personnelle et sur leur vécu familial.

 

Ce qu'elle ne sait pas en proposant cet atelier d'expression, c'est qu'elle met dans l'embarras Arsène, un jeune garçon tutsi, originaire du Rwanda qui a été sauvé par une ONG et adopté en France par un couple d'enseignants. 

Seul rescapé de son village, il ne possède qu'un seul objet pouvant attester de ses origines, une valise en cuir qui a appartenu à son grand-père et que sa grand-mère lui a mise dans les mains, avant de l'obliger à se sauver...juste avant le massacre des habitants du village.

Sa grand-mère lui a sauvé la vie, la valise aussi. Elle lui a servi d'abri et de lit pendant sa longue fuite. 

 

Alors que l'enfant ne se sent pas d'écrire, Suzanne accepte de l'écouter...

 

Les mots peuvent -ils aider à exorciser le passé et à cicatricer des plaies ?

 

Vous étiez deux sur ce chemin. Seul, tu n’aurais pas survécu.

 

L'auteur revient avec une plume légère, mais sensible, sur le génocide rwandais, décidément exploré à cette rentrée littéraire. 

Le récit de la fuite d'Arsène est émouvant et le lecteur ressent la force de ce petit garçon, son instinct de survie, son courage aussi et les blessures profondes que lui a infligé la vie. 

 

Le roman alterne le récit de l'errance du petit garçon (à la deuxième personne du singulier) transportant toujours sa valise avec lui, valise qui le sauvera des hommes et de leur cruauté mais aussi des bêtes sauvages, avec le récit de l'enfance de Suzanne qui a, elle aussi, des plaies à panser, même si ses souffrances paraissent dérisoires à côté de celles d'Arsène. Elle a perdu son père alors qu'elle était toute petite et jamais personne ne lui a dit qu'il n'avait pas "disparu" mais qu'il était mort. 

 

Deux visions de la mort différentes mais qui occasionnent toutes deux des traumatismes irréparables...

Dans le cas d'Arsène, c'est une vision trop précoce d'une horrible réalité, enfouie tant elle est terrible, et sur laquelle il ne peut dire aucun mots, puis le sentiment d'être abandonné, de se retrouver seul au monde, la peur de mourir, et celle de la nuit source de tous les dangers, la faim, la soif....

 

Dans le cas de Suzanne, c'est un espoir qui ne s'éteindra jamais car des mots n'ont pas été prononcés. Même devenue adulte, elle attendra toujours son père. Il lui faudra retourner sur les lieux où elle a habité et redécouvrir dans la cache près de la cheminée, qu'elle avait elle-même imaginée, le petit mot d'adieu qu'elle lui avait écrit lorsque sa mère a décidé de déménager...

Il lui faudra elle-aussi ressortir des objets...un rasoir, une pipe, pour voir resurgir cet homme qu'elle a tant aimé. Elle arrivera enfin à faire son deuil.

 

L'auteur nous livre ici une histoire poignante mais toute en délicatesse.

La façon dont les deux personnages se rapprochent, la patience et la pudeur avec lesquelles Suzanne aide le jeune garçon à se livrer et à parler pour la première fois de ce qu'il a vécu, est tout à fait intéressante.

 

C'est un roman court et très facile à lire qui, à l'inverse de "Petit pays" dont je vous ai parlé récemment, pourra être mis dans les mains de lecteurs adolescents dès 14-15 ans. Il n'offre aucune difficulté de lecture et peut être considéré comme une première approche de ce drame contemporain.

 

Les lattes du parquet grincent toujours, réaniment les détails d'une vie passée. A l'époque, la mère tapait sur une machine à écrire, ses doigts agiles sautaient sur les touches. Ce bruit était devenu un bruit domestique, tel le sifflement de la cocotte ou le bruit de l'aspirateur. Il y avait un son qui euphorisait par-dessus tout Suzanne, c'était le bruit de la serrure de la porte d'entrée audible de chaque extrémité de l'appartement. Les yeux rieurs, bien que fatigués, de son père la scrutaient comme un animal affamé d'amour.

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commentaires

missfujii. 20/10/2016 13:11

D'après les extraits que tu proposes ce doit être une histoire assez dur, je note le titre

manou 20/10/2016 19:03

Oui assez dure mais traitée avec intelligence. Tu me donneras ton avis

yannn 20/10/2016 11:35

Je découvre l'histoire et le VQ de cette valise qui revêt une signification toute symbolique.
Sauvé par une valise, son seul héritage .....

manou 20/10/2016 11:42

Oui tu as raison en effet c'est très symbolique. Moi quand je lis ce type de roman je pense aussi aux enfants d'aujourd'hui qui vivent encore ce type de traumatisme avec toutes ces guerres qui n'en finissent pas de briser des vies

yannn 20/10/2016 11:31

Super cette idée de faire une page bibliographie récapitulative.
Par ordre Alphabétique.
Pour moi, de ces lectures, je n'en saurai que tes impressions et tes extraits.
Mais je peux glisser l'un ou l'autre tuyau à ma voisine de palier, qui, elle, lit.
Amicalement.

manou 20/10/2016 11:40

Les idées de lecture sont faites pour circuler ! En fait j'avais déjà créer une page récapitulative mais toute la fin de l'alphabet avait sauté...ce sont les plaisirs des mises à jour dans overblog. Alors je l'ai reprise et je l'ai dédoublé ! A bientôt

Azalaïs 19/10/2016 22:25

je vais voir si je le trouve à la médiathèque mais nous avons changé de bibliothécaire et c'est le désert actuellement, je dépense des fortunes à la Fnac ou bien je relis les classiques, en ce moment je découvre avec un grand bonheur le Robinson Crusoë de Defoe

manou 20/10/2016 07:45

Celui-là je l'ai trouvé aussi à la médiathèque car je ne peux acheter trop de livres maintenant que je suis à la retraite...Mais j'aime aussi relire des classiques. D'ailleurs j'ai ressorti pleins de livres que je voulais lire et je les réunis maintenant en prévision des soirées d'hiver :) Relire Robinson est une bonne idée. Une belle journée

vivi 19/10/2016 22:03

J'imagine ce livre comme un ouvrage bouleversant...

manou 20/10/2016 07:46

Tout à fait est parfaitement abordable pour ceux qui n'ont pas trop de temps à consacrer à la lecture. Belle journée à toi

zazy 19/10/2016 21:49

Il faudra quand même que je fasse un pas vers cet auteur

manou 20/10/2016 07:48

J'ai beaucoup hésité surtout après avoir lu "Petit pays" mais finalement le sujet n'est pas traité de la même façon. Je dirai que celui-ci est plus abordable (cela se voit aussi à l'éditeur n'est-ce pas !). Une belle journée

Eglantine 19/10/2016 21:46

Très émouvante histoire! Je note ! Gros bisous Manou !

manou 20/10/2016 07:48

Oui Eglantine, il te plaira. Bisous et bon jeudi

Nell 19/10/2016 20:32

Un pan de l'histoire où deux peuples se sont détruits et où il y a eu tant d'atrocité. Les mots ont beaucoup de force et peuvent permettre de soulager, un peu, les souvenirs. Merci de nous en parler. Gros bisous, ma douce et très agréable soirée

manou 20/10/2016 07:50

Un livre facile à lire malgré le sujet douloureux et il paraît qu'il est en tête des ventes ce que j'ignorai quand je l'ai lu puisque je l'ai emprunté en médiathèque. C'est-à-dire qu'il doit faire sa promotion tout seul, par le bouche à oreille...Bisous et un bon jeudi

Rose63 19/10/2016 20:27

Un livre qui mérite d'être lu
OUI DES MOTS QUI FONT DU BIEN mais parfois des mots moins beaux mais il faut apprendre à relativiser et passer outre les imbu(e)s qui les prononcent
Merci à toi
Je te souhaite une belle soirée

manou 20/10/2016 07:52

C'est tout à fait ça Rose. En tous les cas il faut penser en le lisant que d'autres enfants souffrent pareillement en ce moment pour des raisons différentes mais qui aboutissent aux mêmes conséquences. Bisous et une belle journée

lemenuisiart 19/10/2016 20:03

C'est une belle histoire pour un livre

manou 20/10/2016 07:53

Très belle cette rencontre entre deux personnes qui ont souffert différemment, une s'est repliée sur elle-même, l'autre aide les autres à parler... Bon jeudi

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