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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 07:14
Le livre de poche,2015

Le livre de poche,2015

Précisément, au dessus de ma tête, la constellation magique de la Croix du Sud était fixée dans l'infini, avec d'éblouissants clous de diamant, et il semblait qu'elle se déplaçât, alors que c'était le navire seul qui créait le mouvement, lui qui, se balançant doucement, la poitrine haletante, montant et descendant comme un gigantesque nageur, se frayait son chemin au gré des sombres vagues.

Roman traduit par Alzir Hella et Olivier Bournac.

Préface de Romain Rolland.

Postface de Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent.

 

 

Ce court roman, souvent considéré comme une nouvelle, nous fait entrer dans l'univers psychologique des personnes atteintes de ce que nos voisins allemands appellent "l'amok".

Il s'agit d'un brusque accès de folie constaté pour la première fois chez les Malais par les Hollandais qui est une sorte de "rage incontrôlable", entraînant un comportement violent et meurtrier proche du délire. L'amok prend fin par la mise à mort de l'individu.

 

 

 

...un Malais, n'importe quel brave homme plein de douceur, est en train de boire paisiblement son breuvage...il est là, apathiquement assis, indifférent et sans énergie...tout comme j'étais assis dans ma chambre...et soudain il bondit, saisit son poignard et se précipite dans la rue...il court tout droit devant lui, toujours devant lui, sans savoir où...Ce qui passe sur son chemin, homme ou animal, il l'abat avec son kris [poignard malais], et l'odeur du sang le rend encore plus violent...

 

Sans doute connaissez-vous déjà l'histoire ?

 

Le narrateur a réussi à obtenir in-extremis, une cabine sur le paquebot "Oceania" pour rentrer chez lui en Europe.

En pleine nuit, alors qu'il profite de la tranquillité du pont, il reçoit les confidences d'un homme étrange, un médecin viennois en grande détresse, l'obscurité et la solitude des deux hommes favorisant les confidences, tout en préservant  leur anonymat. 

 

Alors qu'il pratiquait dans un petit village d'Indonésie, le médecin lui confie qu'il a vu un jour arriver chez lui, une dame anglaise toute drapée dans sa dignité, pour lui demander un grand service : celui de se faire avorter alors que son mari était sur le point de rentrer et qu'elle ne l'avait pas vu depuis de longs mois. Il s'agissait pour elle d'une question d'honneur et même de vie ou de mort. 

 

J'étais là-bas dans mon trou maudit, j'étais là-bas comme l'araignée dans son filet, immobile depuis déjà des mois. C'était précisément après la saison des pluies. Pendant des semaines et des semaines, l'eau avait clapoté sur mon toit. Personne n'était venu ; aucun européen ; chaque jour, j'avais passé le temps assis chez moi, avec mes femmes jaunes et mon bon whisky. J'étais alors au plus bas ; j'étais complètement malade de l'Europe ;

 

Pris d'un cynisme certain, le médecin tombe sous le charme de cette femme rigide, froide et surtout hautaine, incapable de s'abaisser à un peu d'humanité, et qui ne se résout pas à lui demander cette intervention comme un service qu'il lui rendrait, lui qui a tant besoin d'un peu de chaleur humaine.

Sous prétexte d'avoir prêté serment, il n'accepte pas. 

 

Mais, dès le départ de la dame qui avait tout prévu sauf son refus, le remords l'envahit et ne cesse de le torturer. 

Il sait bien que la jeune femme devant son refus, n'aura d'autre recours que de visiter une faiseuse d'anges.  Alors devenu fou,  il la poursuit jusqu'en ville et n'aura de cesse que de la retrouver... 

 

Cette passion vire à l'obsession, jusqu'à entraîner chez lui un comportement proche de l'amok.

 

Dans cette longue nouvelle d'une incroyable intensité, Stefan Zweig découpe l'histoire en épisodes (en plusieurs nuits), nous faisant entrer peu à peu dans l'ambiance psychologique, le suspense et la touffeur oppressante du récit...

Encore une fois, il réussit comme personne à décrire les sentiments humains tels qu'ils sont.

Peu à peu le narrateur comprend comment ce médecin, dont on ne saura jamais ni l'âge, ni le nom, a pu ainsi basculer dans la folie,  au bout de sept années de solitude passées en Malaisie à ne soigner que les gens du village, loin de toute civilisation.

 

La fin est sublime et c'est tout simplement du grand art ! 

Un classique que je vous invite à revisiter si vous le désirez...

 

 

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commentaires

FMarmotte5 12/09/2016 10:40

Bonjour Mamou, fan de Zweig, J'ai lu ça il y a longtemps il revient avec ces vagues "d'attentat" en Allemagne, mais je crois que l'Amok est loin de la barbarie des terroristes actuels ? Bonne journée (à relire de Zweig : "Le monde d'hier" ressorti en poche.

manou 12/09/2016 15:21

Je n'ai bizarrement jamais lu "le monde d'hier" ! C'est vrai que je reviens souvent vers cet auteur qui écrit si bien et me procure un vrai plaisir littéraire tout en ayant vraiment un don pour décrire les sentiments des gens. L'amok est une maladie et c'est vrai que les journalistes l'ont cité après les actes violents qui ont eu lieu en Allemagne mais je suis d'accord, ce n'est pas sur le même registre...

écureuil bleu 10/09/2016 21:50

Bonsoir Manou. A priori je n'aurais pas été tentée par cette histoire mais tu m'as donné envie de le découvrir. Bonne soirée et bisous

manou 11/09/2016 11:44

Merci ! C'est très court en plus donc ça ne t'engage à rien. Tu peux toujours t'arrêter en chemin car tu verras vite si tu aimes ou pas. Bisous bon dimanche

Velidhu - Que lire ? 10/09/2016 18:14

Je l'ai dans ma pile à lire depuis si longtemps ! Tu me donnes envie de l'en sortir maintenant. J'adore cet auteur qui a une écriture si belle.

manou 11/09/2016 11:45

Moi aussi j'ai du plaisir à relire Stefan Zweig de temps en temps... Et je ne l'en lasse pas ! Bon dimanche

Mimi 10/09/2016 15:11

Un titre de Zweig que j'ai dévoré, comme beaucoup d'autres d'ailleurs. Quel brillant écrivain et quel talent pour nous conter les travers psychologiques de chacun.

manou 11/09/2016 11:48

C'est toujours un vrai plaisir de lecture, de belles phrases, de la poésie, une ambiance particulière, des personnages très réalistes et "humains" et même si ce n'est pas une époque connue pour nous, on y plonge avec délice...Bon dimanche

Nell 10/09/2016 14:08

Une maladie dont je n'avais jamais entendue parler, Manou. Ce livre me paraît bien ténébreux par cette ambiance psychologique. Un sujet qui me plairait assez. Je te souhaite un merveilleux week-end, Manou, et t'embrasse.

manou 11/09/2016 11:50

C'est une maladie dont on a pas mal parlé à propos de certains terroristes qui agissent seuls, comme sous l'emprise d'un "amok". Bises et bon dimanche si tu vois ce message

Doc Bird 10/09/2016 11:19

Je ne connaissais pas ce titre de Stephan Zweig, ni cette maladie appelée amok. Un classique que tu donnes envie de lire quand on ne l'a pas fait.
Bon week end à toi !

manou 11/09/2016 11:52

Et bien tu as tout ton temps, tu vois cette année c'est la seconde fois que je relis certains de ces titres. J'en avais lu certains à l'adolescence, puis j'en ai lu ou relu d'autres quand mes garçons les ont étudié au lycée, et puis maintenant, j'ai l'impression de les redécouvrir ! Bon dimanche

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