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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 06:30
Belfond, 2016

Belfond, 2016

"Combien de temps resterez-vous à New York ? lui avait-on demandé.
— Seulement trois mois, monsieur. Seulement trois mois, et je jure que je vais revenir."
Et il avait avancé des preuves pour montrer sa bonne foi : une lettre de son supérieur le décrivant comme un employé zélé, si amoureux de son travail que jamais il ne le laisserait tomber pour aller vagabonder en Amérique ; le certificat de naissance de son fils pour prouver que rester là-bas reviendrait à l’abandonner ; son droit de propriété sur une parcelle de terrain que son père lui avait donnée, afin de montrer qu’il comptait bien revenir pour y faire bâtir quelque chose ; une autre lettre du service d’urbanisme de la mairie, obtenue en payant un lointain oncle qui travaillait là-bas, déclarant que Jende avait déposé un dossier de permis de construire pour une maison ; et une dernière d’un ami qui avait fait le serment que Jende ne resterait pas aux États-Unis, car tous deux comptaient ouvrir un débit de boissons lorsqu’il reviendrait.

L’employé de l’ambassade avait été convaincu.

 

Pourquoi les hommes cherchent-ils toujours le bonheur dans un ailleurs idéalisé ?

 

Nous sommes à New York, en 2007.

Jende Jonga vient tout juste de débarquer illégalement de son Cameroun natal grâce à l'aide de Winston, son cousin qui lui, a plutôt réussi en Amérique.

Il a menti sur la durée de son séjour pour obtenir un visa provisoire et depuis, tout en cumulant plusieurs petits boulots, son objectif est d'obtenir la "green card", la carte verte, véritable sésame qui doit lui permettre de rester ici. 

 

Lorsque Winston l'aide à décrocher un poste de chauffeur pour Clark Edwards, un riche banquier chez Lehman Brothers, Jende est fou de joie.

Il va enfin pouvoir faire des économies et réaliser tous ses rêves et surtout il va pouvoir aider Neni, sa femme venue le rejoindre, à poursuivre ses études de pharmacienne et offrir à Liomi, son fils, une vie meilleure. 

 

Le job est plaisant, Jende n'a aucun problème pour s'intégrer à la famille car il sait rester à sa place.

Il prête une oreille attentive à chacun car malgré l'argent, ce n'est pas une famille heureuse...c'est le moins qu'on puisse dire. 

 

Mais la crise des subprimes pointe son nez et l'entreprise de Clark est directement impliquée. Une grande complicité va naître entre le banquier et son chauffeur.

Aussi pour Jende, le monde s'écroule quand on lui refuse son titre de séjour et qu'en plus il perd son emploi...

 

Il ne voit plus qu'une solution, celle de rentrer au pays, mais Neni, sa femme ne l'entend pas de cette oreille...

 

Jende commença à lui raconter qu'il avait eu une très agréable conversation avec un ami de Winston, mais elle ne l'écoutait qu'à moitié. Pour la première fois de sa vie, elle remarquait une chose : la plupart des gens dans la rue marchaient aux côtés d'une personne qui leur ressemblait...
Même à New York, même dans cette ville de mélanges, les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres composaient leur petit cercle de gens comme eux.

 

Grâce à la plume d'Imbolo Mbue, ce roman qui raconte une histoire comme il en existe des millions dans le monde, atteint une intensité dramatique très forte mais émouvante sans tomber pour autant dans le pathos.

Son écriture, pleine d'humour et très imagée, nous fait entrer aisément dans les coutumes du Cameroun et mieux comprendre les difficultés et les rêves de la famille. 

 

Du coup, le lecteur ne peut s'empêcher de comparer la vie quotidienne américaine et la vie africaine et comprend mieux pourquoi Jende et ses camarades rêvent tous de l'Amérique et confondent ce pays avec un paradis où tous les rêves se réalisent.

Hélas ce n'est pas si simple...

 

Les immigrés sont rejetés et ne trouvent que des petits boulots mal payés et ne voient presque plus leur famille car ils travaillent plus de 12 heures par jour, six jours sur sept ; ils vivent la peur au ventre à l'idée qu'on découvre leur situation irrégulière ; ils habitent dans des logements indécents, remplis de cafards au coeur des quartiers les plus pauvres de la ville ; les avocats les attendent au tournant pour se remplir les poches pendant qu'ils tentent d'obtenir des papiers en règle...

 

L'auteur ne fait pas de cadeau en nous montrant les bons et les mauvais côtés de notre société occidentale. La déception qui vient un peu plus briser ces êtres humains qui pourtant nous faisaient confiance, est décrite avec beaucoup de réalisme.  Et eux, qui savent avec dignité se relever encore et encore malgré les coups du sort et la pauvreté, nous ne pouvons que les admirer pour leur courage et leur tenacité.

 

C'est un très beau roman, très humain qui nous montre aussi que grâce au respect mutuel, une certaine complicité peut naître entre deux hommes que tout oppose mais qui, pour des raisons différentes, souffrent...

 

J'ai aimé les dialogues très imagés et les expressions camerounaises ; les personnages hauts en couleur et les membres de cette famille tous aussi attachants les uns que les autres.

J'ai trouvé que l'auteur n'était pas tombée dans la caricature ce qui aurait été facile lorsqu'elle parle de la famille américaine. Elle montre que eux aussi souffrent pour des raisons différentes, et que Cindy, la mère ressent ce que toutes les femmes du monde ressentirait en vivant sa situation.

 

L'auteur aborde donc le grave sujet de l'immigration sans porter de jugement. Elle nous montre aussi que l'écart entre les différentes classes sociales est énorme en Amérique (ainsi que l'échelon des salaires), encore plus que chez nous, ce qui n'arrange pas l'ambiance générale si on y ajoute les différences culturelles.

L'auteur nous explique aussi qu'il n'y a pas de véritables mélanges dans la société américaine, chacune des communautés de migrants se repliant sur elle-même et ne fréquentant que les membres de leur pays d'origine à cause du racisme latent entre blancs et "noirs" toujours existant d'une part, mais aussi du racisme intercommunautaire.

La place de la femme dans le couple africain est également abordée sans fioriture mais avec une certaine pudeur : l'homme a toujours raison et la femme suit, un point c'est tout, quitte à renoncer à ses rêves.

 

Ce roman qui m'a souvent rappelé les propos de Chamamanda Ngozi Adichir dans Americanah, est cependant plus facile à lire et plus léger tout en nous montrant avec réalisme l'envers du décor du rêve américain.

 

"Le mieux pour avoir des papiers et rester, c'est l'asile. Ça, ou épouser une vieille blanche édentée du Mississippi."
C'est ce que Winston avait dit à Jende qui , tout juste remis du décalage horaire, venait de passer une demi-journée à arpenter Times Square, émerveillé.
"Que Dieu nous préserve des malheurs, lui avait répondu Jende. Je préférerais avaler une bouteille de kérosène et mourir sur-le-champ."

 

Je remercie Masse critique de Babelio et bien sûr les éditions Belfond, de m'avoir permis de lire ce roman en avant première de sa sortie le 18 aôut prochain...

tous les livres sur Babelio.com

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commentaires

Velidhu - Que Lire ? 26/08/2016 19:31

Je suis en pleine lecture de ce roman et je me régale !

Ravie de voir qu'il te plait également.

manou 29/08/2016 21:42

Oh super je languis de lire ton avis !!

cathycat 18/08/2016 20:37

Je crois que j'aimerais ce livre ! Une histoire pleine d'humanité, qui semble bien écrite et qui donne à réfléchir ... Je note le titre. Merci de bon avis.

manou 18/08/2016 22:56

Ravie de t'avoir donné envie de le lire ! Je viendrai lire ton avis avec plaisir sur ton blog :) A bientôt

FMarmotte5 18/08/2016 17:01

ça doit être passionnant d'autant plus que ça me rappelle une expérience personnelle identique à vendre des bougies sur un parking aux USA en 74. En dépassement de validité de passeport, une rafle de l'immigration a failli me coûter un retour "manu militari" mais à l'époque pas d'internet, alors ça s'est terminé par une reconduite à la frontière de l'état voisin ! Je ne crois que ce genre d'aventure soit si facile de nos jours ?

manou 18/08/2016 22:55

Dans les années 70 il y avait comme un vent de liberté...Et en effet je ne crois pas qu'aujourd'hui on se contenterait de te reconduire à la frontière de l'état voisin ! Mais une belle expérience pour toi et sans doute une belle frousse aussi...Merci de ta visite

missfujii. 17/08/2016 13:07

On dit que l'herbe n'est pas plus verte ailleurs ! Ce roman à l'air bien

manou 17/08/2016 14:01

Il montre bien les dégâts familiaux que le "non statut" des immigrés entraîne...
Il te plaira je crois !

lemenuisiart 16/08/2016 20:40

Je te souhaite une bonne lecture

manou 17/08/2016 07:16

Merci ! Pas de problème c'est un de mes passe-temps préféré avec la rando (cool) et le jardinage ! Bonne journée et merci de prendre le temps de venir me voir...

Eglantine 16/08/2016 18:24

Coucou Manou 'juste pour te dire que j'ai commencė à lire " la fille du train " mais que je nai pas pu terminer! Il ne laisse pas lire facilement :-))

manou 16/08/2016 18:51

C'est dommage...mais je te remercie de me donner ton ressenti ! Je connais pourtant plusieurs personnes qui l'ont encore plus aimé que moi car je n'avais pas trouvé le personnage principal très attachant (elle passait son temps à boire à l'excès, je me souviens)...mais le suspense était présent.

Roguidine 16/08/2016 15:08

Un petit coucou, moi, je n'aime pas lire,
je préfère bricoler et il y en a !!!!!!
Passe une bonne journée, bises

manou 16/08/2016 18:53

Et bien, bricoler, c'est une occupation que j'adore aussi : je te rassure je ne passe pas tout mon temps à lire...c'est juste que je suis tombée dans les livres toute petite et que j'ai du mal à m'en passer ! Jardiner, coudre, tricoter, cuisiner...décorer sa maison...il y en a des choses à faire toutes aussi agréables les unes que les autres !
Bises et bonne soirée

Maryline 16/08/2016 13:52

Je suis tentée après la lecture de ton résumé. J'aime bien découvrir les façons de vivre dans d'autres pays, les quêtes d'un monde que l'on suppose meilleur...Un livre de plus à noter... Merci pour le partage...
Bisous
Maryline

manou 16/08/2016 18:54

J'espère qu'il te plaira Maryline...parce que si la situation de cette famille est difficile, le roman lui est facile à aborder.
Bisous et bonne soirée

écureuil bleu 16/08/2016 10:33

Bonjour Manou. Tu m'as donné envie de lire ce livre, mais j'ai déjà une belle pile qui m'attend et qui ne descend pas car j'en rachète toujours d'autres... Bisous

manou 16/08/2016 13:44

Je fais comme toi...ma pile a une certaine hauteur et ma liste n'en parlons pas !
Alors c'est comme tu veux ! Peut-être un jour prochain tu tomberas dessus et tu le liras.
Bisous et bon après-midi

L'Espigaou 16/08/2016 10:27

J'ai vraiment envie d'en savoir plus et de lire ce roman.
Merci de nous le faire connaitre
Passe une belle semaine
Je t'embrasse
Maryse

manou 16/08/2016 13:46

Merci Maryse c'est un roman empli d'humanité qui devrait te plaire. Nous avons tant de choses à lire et si peu de temps à consacrer aux livres en été. J'ai l'impression de lire beaucoup plus en hiver quand les jours sont courts !
Bisous et à bientôt

Doc Bird 16/08/2016 09:56

Tu me donnes, une fois de plus ;-), envie de lire ce titre. J'espère que la médiathèque où je vais va le commander. Très belle journée à toi.

manou 16/08/2016 13:47

Il sort cette semaine en librairie alors je crois qu'il te faudra un peu de patience pour le trouver en médiathèque. Tu peux leur suggérer l'achat ! Très bon après-midi à toi.

Mimi 16/08/2016 09:30

Voilà un roman qui me plairait à coup sûr. J'aime ces histoires qui confrontent plusieurs modes de vie. Notre passé, notre culture, l'histoire de notre pays sont tellement décalés, parfois, de ceux d'autres pays, qu'il est toujours très intéressant d'avoir un autre regard sur nos us et coutumes. Et puis, ce roman me fait penser à "Americanah" , une autre histoire d'immigration. Merci Manou pour cette belle critique.

manou 16/08/2016 13:49

Totalement d'accord avec toi j'y ai retrouvé aussi beaucoup de choses d'Americanah, comme je le dit d'ailleurs mais celui-ci est plus léger et encore plus près de nous car il nous décrit la vie d'une famille. Les deux se complètent et se répondent en fait.
Bises et bel après-midi

Rosre63 16/08/2016 09:29

Une critique qui tient la route
Merci d'être venue sur mes pas ce matin
Bonne journée

manou 16/08/2016 13:51

Je ne sais plus qui m'a mené vers toi parmi mes blogueuses préférées mais j'y reviendrai...d'autant plus que j'ai vu que tu habitais l'Auvergne ! Il faut que tu saches que je suis à moitié du Velay...alors ceci explique cela :)
Bel après-midi

danièle 16/08/2016 08:53

j'aime beaucoup ta critique de ce livre, je note !
bonne journée, bises
danièle

manou 16/08/2016 13:52

Merci Danièle, les blogs sont faits pour partager nos ressentis et cela nous aide à mieux choisir...autant nos voyages que nos lectures !!
Bises et bon après-midi

Quichottine 16/08/2016 08:06

J'avoue que je ne connais pas du tout l'Amérique si ce n'est au travers de certains reportages ou de livres lus.
J'imagine souvent que, finalement, c'est comme partout...
J'aime bien ce que tu dis de ce livre, je le note. :)
Merci à toi.
Bisous et douce journée.

manou 16/08/2016 13:54

Merci Quichottine ! Moi-même je découvre aussi en lisant. J'imaginais un pays davantage prêt au partage et plus évolué que nous et je constate qu'il reste un long chemin à parcourir...
Bises et bel après-midi

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