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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 06:19
JCLattès /2015

JCLattès /2015

 

On ne présente plus Delphine de Vigan.

 

Elle est l’auteur en particulier de...

- "Jours sans faim" (2001, paru en poche en 2009) où elle nous parle de sa période anorexique et que j'ai lu il y a très longtemps.

- "No et moi", Prix des Libraires 2008, adapté au cinéma par Zabou Breitman.

- "Les Heures souterraines" (2009), que je n'ai pas lu et qui a été adapté pour Arte par Philippe Harel.

- "Rien ne s’oppose à la nuit" (2011), Prix Fnac, Grand prix des lectrices de Elle et Prix Renaudot des lycéens.

 

Ses livres sont traduits dans le monde entier.

 

Ce dernier roman "D'après une histoire vraie" a obtenu le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des Lycéens 2015.

 

Quand j'étais enfant, je pleurais le jour de mon anniversaire. Au moment où les convives entamaient la traditionnelle chanson dont les paroles sont sensiblement identiques dans toutes les familles que je connais, tandis que s'avançait vers moi le gâteau surmonté de quelques bougies, j'éclatais en sanglots.
Cette attention centrée sur ma personne, ces regards brillants, convergeant à mon endroit, cet émoi collectif m'étaient insupportables.

 

Secouée par le succès de son dernier roman, largement autobiographique qui met en scène sa famille, et surtout sa mère, Delphine, l'héroïne du roman n'arrive plus à écrire (comme l'auteur ?). 

Elle reçoit des lettres anonymes provenant sans doute de quelqu'un de proche qui n'a pas apprécié ses propos et ces lettres l'ébranlent plus que de raison... 

Elle est fatiguée de sa vie, des interviews qui la mettent en scène, des salons où elle doit assumer ses dédicaces pendant des heures...

Timide de nature depuis toujours, elle doit faire des efforts constants pour se sentir à la hauteur. L'attente des autres est très forte et elle n'était en rien préparée à ce succès médiatique. 

 

Bref, c'est le burn out : elle craque et reporte tous ses rendez-vous.  

Et puis, il y a cette question qui la taraude, une question que se posent d'ailleurs non seulement les lecteurs mais aussi les journalistes : "Mais qu'est-ce qu'on peut écrire après ça ?".

 

Quoi qu'il en soit cette question n'était pas neutre. Elle me semblait abriter une confuse menace, un avertissement.
Peut-être étais-je la seule à ignorer ce que tout le monde savait. Ce livre était un aboutissement, une fin en soi. Ou plutôt un seuil infranchissable, un point au-delà duquel "on" ne pouvait aller, en tout cas pas moi. Après, il n'y aurait rien...

 

C'est alors que son moral est au plus bas qu'elle rencontre L. avec qui elle va nouer une amitié exclusive et donc... dangereuse.

D'autant plus que Delphine est souvent seule puisque son compagnon, François qui travaille dans le cinéma documentaire, doit s'absenter très souvent pour passer plusieurs semaines aux États-Unis.

 

Les deux jeunes femmes ont le même âge et beaucoup d'affinités. L. semble bien la connaître et avoir lu tous ses romans. Delphine l'admire car elle est très belle et sensuelle, sûre d'elle et avenante.

Tout ce que Delphine rêvait d'être un jour...

Combien de temps faut-il pour être une femme comme ça, me demandais-je en observant L., comme j'avais observé des dizaines de femmes avant elle, dans le métro, dans la file d'attente des cinémas, aux tables des restaurants ? Coiffées, maquillées, repassées. Sans un faux pli.

 

Delphine, fragilisée par sa déprime, se laisse aller aux confidences...

L. va toujours trouver les mots justes pour l'apaiser, donc la rassurer ou bien, tout simplement, être là au bon moment...

 

Mais le véritable problème est que L. va s'imposer de plus en plus dans la vie de Delphine. Elle va lui proposer de l'aider à se retrouver et à libérer "le livre caché" que tout écrivain est censé avoir en lui.

Delphine n'y croit pas, mais se remet à ses conseils...

 

Peu à peu au fil de leurs discussions, Delphine sous l'emprise de L., va perdre totalement confiance en elle et en ses capacités d'écrivain.

Et cette amitié va la mener aux portes de la folie...

 

Voilà exactement ce que j'ai éprouvé ce soir-là : j'étais capable de prendre les devants, saboter moi-même tout ce à quoi je tenais, tout détruire pour n'avoir plus rien à perdre. Voilà ce qui m'a submergée, l'idée folle que le moment était venu de mettre fin à tout ça...

 

L'auteur, en mettant en scène son héroïne, nous livre une réflexion profonde sur l'angoisse de l'écrivain devant la page blanche, mais aussi sur le pouvoir de la littérature, et ce qu'il implique chez le lecteur.

Delphine est-elle son double réel ou fictif ?

La frontière entre le réel et la fiction est souvent tellement ténue !

 

Le lecteur comprend tout de suite que cette relation entre les deux jeunes femmes a un côté malsain et que ce n'est pas normal que L. prenne autant d'ascendance sur Delphine. Il se sent souvent prisonnier et angoissé, comme Delphine l'est à cause de l'emprise de L. sur sa vie quotidienne, une certaine forme de suspense est d'ailleurs au rendez-vous. 

Jusqu'où Delphine, va-t-elle se laisser manipuler se demande-t-on ?

On a envie de la secouer pour lui ouvrir les yeux ! 

 

Cette situation donne un côté si irréel au roman que cela m'a empêché d'entrer en empathie avec l'héroïne et donc d'apprécier pleinement cette lecture pourtant agréable. 

 

Je n'ai pas pu m'empêcher d'être très surprise (voir choquée) que ses enfants, certes jeunes adultes et étudiants, ne s'aperçoivent de rien, ainsi que son compagnon.

Car quand un proche est dépressif au point de donner son âme, cela se voit forcément à un moment donné. 

 

De plus j'ai trouvé ce roman à la fois très prenant et par moment un peu long...

 

L'écriture de Delphine de Vigan est toujours aussi agréable, mais il ne m'a pas ému autant que les précédents.

Je suis même surprise qu'il ait été primé et qu'il ait suscité un tel engouement et des critiques aussi dithyrambiques sur le net...en particulier chez les jeunes. 

 

Il est vrai que je ne suis pas une grande adepte des épanchements personnels des écrivains angoissés par la page blanche. Heureusement ce roman est plus que ça et il reste donc à découvrir...

Par contre, si vous n'avez jamais rien lu de cet auteur, il vaut mieux commencer par lire ses précédents romans avant de lire celui-ci...enfin ce n'est que mon avis !

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1%

Livre lu dans le cadre du challenge 1%

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commentaires

Valérie 05/06/2016 12:02

J'ai aimé ce roman alors que je n'avais pas aimé le précédent, et je l'ai davantage aimé après avoir écouté ce qu'en dit l'auteure dans l'entretien qui suit le livre dans sa version audio. Je trouve qu'elle a bien su jouer avec l'autofiction, moi qui n'aime pas du tout ce genre.

manou 05/06/2016 16:18

C'est intéressant ! Je ne connais pas du tout cet entretien...Il doit bien exister sur internet en dehors de la version audio du livre... Je ne suis pas non plus une grande adepte de l'autofiction mais sa façon d'écrire me touche. J'avais aimé d'ailleurs "Rien ne s'oppose à la nuit".

Mimi 27/05/2016 20:41

Très jolie critique qui m'amènera sans doute à réviser mon jugement (hâtif) sur ce livre que j'avais mis de côté jusqu'à présent. Je n'avais pas du tout aimé le livre sur sa mere, c'est pourquoi j'attendais de me replonger dans l'écriture de cette auteure que j'apprécie malgré tout. Merci Manou.

manou 03/06/2016 19:01

J'avoue que si une amie du Cercle de lecture ne me l'avait pas prêté je ne l'aurais pas acheté et j'aurais attendu de pouvoir l'emprunter en médiathèque. Mais j'ai été agréablement surprise...

Nell 25/05/2016 16:16

Tu as toujours une belle façon d'amener le lecteur et ta démarche est toujours bien pensée. Il faut, quand même, que je fasse des choix car ma bibliothèque va bientôt s'écrouler. Gros bisous, Manou, et superbe après-midi. Tu vois, je ne t'oublie pas.

manou 26/05/2016 07:20

C'est clair la mienne déborde ! Et comme je suis toujours plutôt du style enthousiaste je note tout ce qui me tente lorsque je lis les chroniques des autres ! Il me faudrait plus de temps pour tout lire :) Si une copine de mon cercle de lecture ne me l'avait pas prêté, je ne l'aurais sans doute pas lu tout de suite ! A bientôt...

missfujii. 25/05/2016 08:35

Encore une belle chronique qui donne envie de lire ce livre. C'est souvent les personnes les plus proches qui ne se rendent compte de rien !

manou 25/05/2016 09:07

C'est vrai tu as raison ! Souvent on ne veut pas voir ce qui nous touche de trop près ou ce qui nous obligerait à nous remettre en question...

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